Avec Superman, le gouvernement mondial est en route
Superman ne veut plus être américain. Non, ce n’est pas l’effet Bin Laden: Superman ne manifeste pas contre l’armé américaine ou contre le président Obama. Mais, indirectement, il y a quand-même un petit quelque chose de ça.
Dans le dernier épisode de ses aventures dessinées, Superman n’y va pas de main morte. L’auteur le fait défiler à Téhéran lors d’une manifestation pacifiste contre Ahmadinejad. Le gouvernement américain n’apprécie pas l’initiative et craint un incident diplomatique. Il envoie au héros un conseiller à la sécurité. Et là Superman se lâche:
«... j'ai l'intention de parler devant les Nations Unies demain et de les informer que je renonce à ma citoyenneté américaine. Je suis fatigué que mes actions soient perçues comme des instruments de la politique des États-Unis. La vérité, la justice et le style de vie américain c'est n'est plus suffisant désormais. Le monde est trop petit. Trop connecté.»
Cette prise de position a mis le feu aux poudres. Un vaste débat s’est engagé aux States sur l’opportunité ou non de cette sortie. La droite américaine du Tea Party, celle qui comptabilise le moins de neurones au centimètre cube de cerveau et dont Sarah-les-Mamelles-qui-louchent Palin veut être l’égérie, propose aussi sec au président Obama de faire de même et de rendre son passeport américain.
D’autres trouvent simplement inconvenant l’idée que le superhéros puisse ne plus incarner la nation de la liberté.
Heureux pays qui peut babiller sur de telles futilités!
Futilités? Pas tellement. On est en pleine période des symboles, comme on l’a vu avec Kate, Bin Laden et consorts. Et pour un symbole Superman en est un fort. C’est LE superhéros par excellence. Le débat est donc loin d’être anodin. Imaginons un instant Astérix vouloir abandonner la nationalité française, ou Gaston Lagaffe renoncer à la Belgique. Ou pire: Guillaume Tell déclarer que la Suisse est trop petite pour lui. On verrait probablement autant de commentateurs monter au créneau qu’aux Etats-Unis.
Mais que veut donc l’homme à la cape rouge et aux habits de schtroumpf? Devenir citoyen du monde, ni plus ni moins. Il trouve la planète trop petite, trop interconnectée pour se contenter des USA. Avoir déjà été nommé citoyen d’honneur de tous les pays par l’ONU dans une précédente aventure ne lui suffit pas. Il ne veut plus servir un nationalisme étroit, fut-il celui de la première puissance mondiale.
C’est au fond très logique. D’une part il n’est pas un bon américain puisqu’au départ il est né sur la planète Krypton. Superman est un extraterrestre kryptonien naturalisé américain. D’autre part l’évolution politique va des petites entités vers des plus grandes, depuis le clan jusqu’à la nation. Une citoyenneté mondiale, donc la Terre comme un seul pays et une seule nation, devrait être l’une des prochaines étapes de l’humanité. Mais s’il devient citoyen du monde, qui seront ses ennemis? Ce ne seront ni des peuples ni des nations. Eventuellement quelques grands bandits, comme d’habitude. Mais surtout ce seront les nationalistes, les antimondialistes, les antiglobalistes. Tous ceux qui ont passé aux pertes et profits les idéaux humanistes du 20e siècle, ces idéaux supposés en finir avec les nationalismes et leurs guerres inévitables.
Ah mais ça non, ça ne va pas! Superman veut nous mettre dans les mains des banquiers du monde unique!
Pourtant je vois déjà une aventure palpitante: Superman contre l’anti-monde! Le héros ira arracher les bâtiments de douanes, les drapeaux des pays, les fabriques de passeport, enfin tout ce que les ennemis de la planète tenteront de maintenir pour séparer les humains entre eux et alimenter les différences, les jalousies et les guerres. Il débusquera l’antimondialiste et l’enverra en orbite.
Enfin il imposera un gouvernement mondial, seul à même d’en finir avec les guerres et le vol des richesses. Le Superman nouveau se présentera à l’élection de Président du Monde avec un programme basé sur deux piliers: l’espace appartient à tout le monde, et le sous-sol appartient à tout le monde.
Car quelle logique y a-t-il à ce qu’une contrée soit considérée comme propriétaire du sous-sol? Les habitants de tel ou tel pays ont-ils quelque mérite, ont-ils fait quelque chose pour posséder du pétrole, des diamants, du gaz, de l’uranium, etc? Non, ils n’ont rien fait et n’y ont aucun mérite. Seul le hasard des migrations au cours des derniers millions d’années a rendu cette aberration possible. Le sous-sol sera décrété propriété mondiale et réparti selon les densités de population. De même pour toutes les richesses.
L’air sera également à tout le monde. L’énergie solaire est plus facile à capter dans le Sahara qu’en Ecosse. C’est une injustice fondamentale uniquement due à l’inclinaison de la Terre. De plus la pollution se moque des frontières. Pourquoi un pays devrait-il nettoyer chez lui la saleté émise par un voisin? Inacceptable. La solution: une seule planète, un seul monde. Une seule humanité, une seule nation. Un seul Etat, un seul gouvernement.
Il restera des régions, dont la seule richesse sera celle du fruit du travail sur le sol, qu’il s’agisse d’agriculture ou de services.
Alors commencera un règne de paix et de fraternité, où celui qui produit plus partagera avec celui dont le sol est aride. I have a dream...
Alors, vite, pas une minute à perdre:
SU-PER-MAN, PRE-SI-DENT! SU-PER-MAN, PRE-SI-DENT!


