Avortement: l’indignation, piège à cons moderne
L'indignation peut être un piège à cons. En Suisse un débat est lancé sur le remboursement de l'IVG par l'assurance maladie. Une initiative populaire sera votée proposant de sortir l'IVG de l'assurance maladie. Une journaliste éditorialiste s'oppose au refus de remboursement en termes assez recherchés. Je lui réponds ici en citant les passages concernés:
Je me permets de m’adresser à vous, Madame Mayencourt, qui dirigez la rubrique Suisse de la Tribune de Genève. Votre édito de ce jour concerne l’initiative populaire demandant que l’IVG ne soit plus remboursée par l’assurance maladie de base. Vous vous élevez contre cette initiative et prenez position pour que le remboursement continue. Je pense que votre propos pourrait produire le contraire de ce que vous souhaitez.



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"Indignation, piège à cons..."
Manifestement , c'est un piège (indignation ou pas ...) que l'auteur n'a pas su éviter.
Dans les années 1970, selon mes lectures, c'est quelques "soixantehuitards (es)", ici en France(mais qu'importe lieu), bien dans leurs têtes comme dans leurs souliers qui avaient forgé cette maxisme à savoir: "Les élections est un piège à cons..."
Aujourd'hui, selon vous, c'est "l'Indignation", dans ce clin d'oeil mal posé à l'endroit de ceux qui s'indignent et se battent dans le monde pour diverses raisons, qui est "un piège à cons". Franchement, ce rapprochement épocal, et ce collage de cette maxisme "piège à cons" à "l'indignation" citoyenne, puis encore et de surcoît à "l'avortement" dont on sait pourtant les combats...est incohérent et purement incompatible que ce soit du point de vue de forme (sémiologie) ou du point de vue de fond (histoire de tous ces mots: "piège à cons", "Indignation", "Avortement"); car les mots sont d'une valeur d'échange et non une plus value que l'on transforme au bon vouloir des uns et des autres. Les mots aiment rester constants par fidélité.
Décidément, ce monde nous a pas encore révélé tous ses bazards de bizards secrets...
Oui, je me suis permis d'emprunter cette expression aux années 70. Non ce n'est pas incohérent. Le piège à con est de croire que l'émotion (et l'indignation se nourrit de l'émotion) peut faire loi et peut faire discours politique. Dire qu'une proposition populaire est abjecte est juste de l'émotion. C'est bien le problème avec la mode de l'indignation.
Comme vous l'aurez lu ce n'est pas l'avortement le piège à cons, c'est bien l'indignation. Je le redis: l'indognation, en tant que somme d'émotions sans logos, est bien le piège à cons. Faire croire qu'en s'indignant on a changé un milimètre du monde, quelle belle illusion.
Après avoir lu l'article de la Tribune Libre (ici), je précise que Mme Mayencourt ne reprend pas à son compte l'argumentaire de Mme Bader, ce qu'on pourrait croire dans votre billet (je cite la dernière phrase en entier : Pour combattre un acte qu’elle réprouve, Elvira Bader a choisi la voie la plus indéfendable: la pénalisation des femmes par l’argent. Une voie tout simplement abjecte.)
Vous pensez possible que le droit à l'avortement soit remis en question en Suisse ? Au-delà du non-remboursement (l'avortement est peu unifié en Europe comme vous pourrez le voir ici) vous voulez dire ?
En tous cas, pour une fois qu'on est d'accord sur le fond au-delà des raisons que vous invoquez, Hommelibre, vous m'en voyez heureusement surprise...
@ Anne: S'il pouvait y avoir confusion, merci d'avoir précisé.
Non, je ne pense pas que le droit à l'avortement soit menacé. On ne peut prédire l'avenir, et ma fin laisse entendre que les époques et les moeurs changent. Mais si c'est pour revenir aux faiseuses d'anges avec les drames que cela suppose, et si c'est pour revenir à une opprobre sociale, non merci. En tous les cas, je suis surpris de la virulence des propos de Madame Mayencourt. Comme je l'écris je pense que son argumentaire est trop émotionnel.
Il n'y a pas de tendance de fond qui montrerait une remise en question de la loi. Le peuple suisse avait accepté à 72% la décriminalisation. Le signe était fort.
Content aussi que nous puissions être en accord une fois!
Bien que vous ayez rajouté le lien, ce matin l'article en question n'était pas encore en ligne, enfin je ne l'avais pas trouvé.