Lun.
01
Sep

MEDIAPART

Connexion utilisateur

Dans la famille Renault-Ghosn, je demande la carte Kafka

Dans l’affaire des fausses accusations d’espionnage contre trois cadres de Renault, l’Express publie aujourd’hui l’enregistrement de l’entretien avec l’une des victimes. Kafkaïen!


renault-ghosn-in-3-5-08_100145029_l.jpgM. T.: Je ne te la joue pas...
C. H.: Matthieu, nous savons...
M. T.: Mais vous savez quoi?
C. H.: Nous savons.
M. T.: Je ne vois pas ce que vous pouvez savoir? Pour la voie dure, vous pouvez "checker" tout ce que vous voulez... Mais sur mes comptes, vous avez vu quelque chose?
C. H.: Nous savons. Entre maintenant et le 11 janvier, tu vas bien réfléchir.»
La transcription complète est
disponible sur le site de l’Express.
Les conséquences
Les trois hommes accusés ont passé pour des traîtres devant le monde entier, cela durant plus de deux mois, jusqu’aux excuses minimalistes de Carlos Ghosn. Les innocents accusés à tort recevront une indemnité et pourront être réintégrer. Christian Husson a ensuite démissionné. Mais pas Carlos Ghosn, qui pourtant avait repris les accusations à son compte.
renault-excuses1-310x233.jpgEst-ce bien normal? En d’autres temps un dirigeant aurait eu davantage le sens de l’honneur. Aujourd’hui il n’assume réellement aucune responsabilité personnelle. Sur ce point je ne pense pas qu’il faille donner autant de responsabilités à un dirigeant: il n’est pas le maître absolu à bord. Autrefois un dirigeant démissionnait ou se suicidait parce qu’il se sentait seul maître après Dieu. Aujourd’hui la responsabilité d’un dirigeant est relativisée. Et je conviens que les seconds couteaux doivent être sanctionnés, car eux aussi devaient vérifier les accusations.
Mais dans la mesure où le PDG a repris ces accusations à son compte il devrait être soumis au même régime: il a un devoir moral de démissionner. Il déclare aujourd’hui: «J'ai la conviction que, pendant une crise, un capitaine n'abandonne pas le navire.» Le problème est qu’en l’occurrence le capitaine a contribué à cette crise par des propos délictueux. Il a commis une faute pénale: une dénonciation calomnieuse. Il l’a fait publiquement, ajoutant la diffamation. Autre délit pénal. Sans compter l’atteinte à la présomption d’innocence et l’atteinte à la vie privée. Enfin son maintien à la tête de Renault après cette lamentable affaire dessert la firme et salit son image. S’il ne démissionne pas il devrait être rapidement poussé vers la sortie par le CA et les actionnaires. Cet homme n’est plus digne de confiance.
Car actuellement l’image de Renault est entachée du double stigmate de la calomnie et de l’impunité.
Suffit-il qu’il ait renoncé à ses bonus? Certainement pas. La peine est légère pour celui qui touche 9,2 millions d’euros par an. Le dédommagement demandé par les trois victimes correspond d’ailleurs à peu près à cette somme. Cela dérange la direction qui craint d’être poursuivie pour abus de biens sociaux qui elle accepte ce montant. Mais si elle refuse la firme sera poursuivie au Prud’hommes, avec des dégâts encore plus importants en terme d’image. De plus le PDG pourrait être poursuivi pénalement pour les raisons citées plus haut.
De cela il faut garder à l’esprit à quel point une fausse accusation est une arme, et le fait que tout doit être vérifié. Il faut apprendre à ne rien croire qui n’ai été vérifié, avec des garanties sur cette vérification. Ici l’innocence des trois accusés est vérifiée et attestée par un magistrat après enquête et par l’absence de tout élément de preuve dans le dossier.
Ici, un résumé de l’affaire.

Newsletter