Civilisation perdue
Le pic pétrolier est désormais derrière nous. L’annonce en a été faite par plusieurs dirigeants, dont le premier ministre français au début avril. Cela signifie qu’après une phase en plateau de quelques années, la quantité de pétrole disponible sur le marché diminuera inexorablement alors que la croissance mondiale est actuellement de 4,5% par année.
On pourrait se mettre au balcon et distiller une vision très dépressive de notre monde. Il y a de nombreuses raisons pour douter des bienfaits de la civilisation que nous connaissons. Mais étant d’un naturel optimiste j’ai quelques difficultés à adhérer au scénario sombre lu dans différents médias. Je refuse de voir notre civilisation comme perdue. D’ailleurs prévoir le pire ne sert à rien. La question est: voulons-nous la fin de notre civilisation? Voulons-nous le pire? Le scénario catastrophe est-il une fatalité ou voulons-nous prendre notre vie en main?Dans le deuxième cas il faudrait se mettre au travail. Il y a besoin d’une vision et d’une volonté politique que l’on n’a pas vues en Europe depuis la création des bases de l’Union Européenne. Les peurs sur l’avenir ne peuvent en aucun cas devenir une vision d’avenir. Que depuis 40 ans au moins les gouvernants n’aient pas anticipé et soutenu une industrialisation différente est regrettable. Avoir tout laissé dans les mains de l’industrie privée ne suffit visiblement pas. L’industrie rentabilise au maximum ce qu’elle sait faire avant d’innover. Du moins dans le domaine de l’énergie. Depuis longtemps il aurait fallu soutenir politiquement les recherches sur l’énergie solaire, sur les moteurs à hydrogène, entre autres, afin de les rendre peu coûteux, peu polluants à la fabrication, et d’une efficacité totalement concurrentielle avec les autres sources. Dans un r
écent article je citais le pétrole d’algue, en passe d’être utilisable industriellement.
On y vient, avec beaucoup de retard.
On a besoin de politiciens courageux, audacieux, décidés à préserver notre civilisation et à relancer une machine industrielle innovante et durable. Les politiciens qui ne gèrent que les 6 mois à venir avec un bandeau sur les yeux, ou ceux qui freinent des quatre roues sur le développement, ne nous servent à rien. Il faut une vision pour les 30 ans ou 50 ans à venir. Puis il faut une réelle impulsion donnée à la société, avec des soutiens directs, des incitations, bref tout un arsenal de mesures de nature à relancer la machine.
On ne peut, au nom du libéralisme, laisser le privé décider de tout et croire que le marché se suffit à lui-même. Le politique doit reprendre sa place et se poser en partenaire de l’économie privée.
Il faut aussi prendre en compte toutes les ressources. Mais avec l’impératif d’une dangerosité faible. Il n’est pas certain que nous puissions du jour au lendemain réaliser une société sans pollution. Les questions aujourd’hui ne sont pas simplement de polluer moins. Une question essentielle est: voulons-nous préserver notre civilisation et l’améliorer? Et si oui, quels moyens sommes-nous prêts à nous donner pour éviter une fin dramatique?


Une volonté politique