Après Tati et Céline, détruisons les pyramides!
«Nous respirons trop vite pour pouvoir saisir les choses ou en dénoncer la fragilité. Notre halètement les postule et les déforme, les crée et les défigure, et nous y enchaîne».
Cette phrase d’Emil Cioran tranche avec sa période d’admiration de Hitler. Comme beaucoup d’autres à cette époque trouble il a été tenté par un régime fort capable de reconstruire un semblant d’avenir. Il a fait son autocritique par la suite.
Céline l’antisémite
Pourquoi citer Cioran, philosophe du «no future»? Parce que Frédéric Mitterrand vient de condamner l’écrivain Céline à cause de son antisémitisme. Certes Cioran n’a jamais écrit les monstruosités antisémites ni eu l’engagement politique de Céline. Pour ceux qui ne connaissent pas ce dernier voici un extrait repris de Wikipedia: «Les juifs, racialement, sont des monstres, des hybrides, des loupés tiraillés qui doivent disparaître. […] Dans l'élevage humain, ce ne sont, tout bluff à part, que bâtards gangréneux, ravageurs, pourrisseurs. Le juif n'a jamais été persécuté par les aryens. Il s'est persécuté lui-même. Il est le damné des tiraillements de sa viande d'hybride.» (L'École des cadavres, Paris, Denoël, 1938, p. 108).
Il a encore écrit après la guerre des textes particulièrement virulents, revendiquant haut et fort un antisémitisme idéologique très poussé dans l’ordurerie de la pensée. On peine même à comprendre une telle nullité intellectuelle et cette pure méchanceté chez lui. Pourtant l’écrivain des débuts a écrit sur l’absurdité de la condition humaine et de la guerre.
Ses romans ont une force exceptionnelle. Je me souviens avoir lu le Voyage au bout de la nuit à 16 ans. J’en ai été ébranlé, déstabilisé, pendant des semaines. Je ne pourrais pas rejeter Céline, son écriture, son talent, uniquement parce qu’il a été aussi ouvertement, aussi violemment raciste. Même si ce racisme me fiche la haine.
La victoire posthume du stalinisme
Je comprends la difficulté qu’il y a à faire la part des choses. C’est le même problème avec le poète Brasillach, ou avec Aragon qui défendait le régime stalinien. Doit-on refuser à Aragon l’honneur dû à l’écrivain pour avoir soutenu une dictature et une idéologie totalitaire.
Ce que je vois, et qui m’inspire le titre de ce billet, c’est le grignotage progressif de la libre pensée. On a effacé la pipe de Jacques Tati sur des affiches récentes, afin de le rendre conforme à la doxa actuelle. On réécrit l’histoire passée pour la faire correspondre à la volonté du présent. C’est la victoire posthume du stalinisme.
Que l’Europe ait été le théâtre d’un antisémitisme déchaîné et dramatique, d’une violence exceptionnelle, et que cet antisémitisme ait largement gagné les sociétés de cette époque, c’est une réalité que nous ne devrons jamais oublier. Fascisme, stalinisme: les deux idéologies avaient une vision pour l’humanité - pas la même. L’une voulait libérer la société d’une race décrite comme exploitante. L’autre voulait libérer la société d’une classe décrite comme exploitante. Les deux idéologies ont eu leurs intellectuels pour les défendre. Les deux ont laissé une Europe délabrée. Mais nous devons faire la part des choses entre Céline l’écrivain et Céline le fasciste, entre Aragon le poète et Aragon le communiste.
Nous devons admettre la complexité de l’humain sans quoi de nouvelles terreurs nous attendent. On nous prépare à ne jamais accepter la part d’ombre qui est en nous. Refuser d'honorer la part de l'écrivain du Voyage c'est refuser aussi de mettre en pleine lumière sa part d'ombre. Refuser celle de Céline, d’Aragon ou d’autres, c’est refuser la nôtre. C’est s’angéliser à bon prix.
Tout détruire
Dans cette logique de réécrire le passé ou de l’évaluer à l’aune du présent, quelle sera la prochaine tendance?
Elle sera de plus en plus tirée vers l’absurde. Tout ce qui a été fait et dont nous ne voulons plus aujourd’hui devra être effacé, oublié, ôté de la carte géographique de la conscience et si possible de la mémoire. La nouvelle Terreur se met lentement en place. Ils ont compris qu’en procédant lentement l’obéissance s’incrusterait plus profondément. Ils vont réécrire le passé et nous enlever la mémoire. Ainsi le charbon et le mazout polluent: il faut détruire tous les chauffages centraux qui ont répandu leur chaleur, et tous les livres qui en parlent. La culture intensive détruit les sols: il faut éliminer autant d’humains qu’elle a permis d’en faire vivre.
Les pyramides sont un gaspillage incroyable: utiliser autant de place pour seulement deux personnes n’est plus admissible! De plus elles sont le modèle de la société inégalitaire: détruisons les pyramides!
Ou alors, si cette logique de la censure, de la réécriture de l’Histoire et de la pensée unique vous paraît aussi liberticide qu’à moi, procédons autrement. Rendons hommage aux grands écrivains, publiquement, Céline y compris. Mais rappelons en même temps à la télévision, devant le pays entier, quelle fut sa part d’ombre et sa monstruosité. Là est le vrai devoir de mémoire: ne pas l'ignorer. Il serait tellement plus fort, tellement plus pédagogique, de mettre les deux parts côte à côte en même temps.
L’oubli proposé par Frédéric Mitterrand est un pas de plus vers la prochaine intolérance, la prochaine Terreur. Ne pas prendre en compte la complexité et les contradictions de l’humain c’est ouvrir la porte aux idéologies absolues ou à leur masquage. C’est lancer la population dans leurs bras. La tactique? Escamoter les problèmes, faire consommer sans penser, faire penser que tout a toujours été comme maintenant.
Je termine avec cette autre citation de Cioran:
«Tout absolu - personnel ou abstrait - est une façon d'escamoter les problèmes.»



Tous les commentaires
Lui meme en disait cela dans ce si fou et dément "voyage"...
..." La grande fatigue de l'existence humaine n'est peut-être en somme que cet énorme mal qu'on se donne pour demeurer vingt ans, quarante ans, davantage, raisonnable, pour ne pas être simplement, profondément soi-même, c'est-à-dire immonde, atroce, absurde. Cauchemar d'avoir à présenter toujours comme un petit idéal universel, surhomme du matin au soir, le sous-homme claudicant qu'on nous a donné."
Merci pour cette citation, qui en effet éclaire singulièrement la suite de son parcours, et - peut-être - la faille dans son psychisme par où il a basculé. Où beaucoup ont basculé.N'y aurait-il pas là un condensé de l'époque?
Voulait-il, inconsciement, faire du monstre un héros, et se libérer enfin de cette fatigue, de cette oppression du petit idéal universel?
Inconsciement? ce serait nié sa folie son courage et sa liberté...
Une vérité: la sienne qu'il a percu avec son acuité(d'homme et de témoin) dans "l'immonde" de son sciècle, montrant son immondité (peut etre à tort), pour mieux aller au fond de l'ame humaine et ainsi, peut etre comme il l'a écrit....:
..."Il y a un moment où on est tout seul quand on est arrivé au bout de tout ce qui peut vous arriver. C'est le bout du monde. Le chagrin lui-même, le vôtre, ne vous répond plus rien et il faut revenir en arrière alors, parmi les hommes, n'importe lesquels. On n'est pas difficile dans ces moment-là car même pour pleurer il faut retourner là où tout recommence, il faut revenir avec eux."
Si je vous comprends bien, il serait allé au bout pas exactement comme une provocation, mais pas loin. Peut-on lui prêter cette distance qui ferait de son antisémitisme une amplification de l'époque? Fallait-il vraiment aller jusque là? Et continuer après la guerre? N'y avait-il pas une conviction réelle, personnelle, dans son antisémitisme?
Si je ne m'égare pas dans ce questionnement, je reste dubitatif. Est-ce vraiment si difficile de porter un idéal ordinaire? Si illusoire de préférer le beau au laid, l'espoir au cynisme? Au fond, de quoi était-il habité que son génie a peut-être longtemps masqué. On peut aussi se poser la question dans ce sens là, peut-être.
Il serait allé au bout, peut etre par provocation de son double, du médecin et de ce que cela implique, d'une humanité que l'on retrouvera aussi pendant la période sombre, voir :
dans la biographie d'Yves Buin:"Mais ses comportements ont emmuré, comme par anticipation, Céline dans l'opinion. Doit-on cependant ignorer que son voisin du quatrième étage, rue Girardon, Champfleury, et sa compagne Suzanne Mabille, une héroïne du livre de Roger Vailland, "Drôle de jeu" (1946), ont témoigné que Céline savait qu'au-dessous de chez lui, des résistants allaient et venaient, qu'on y accueillait et cachait des parachutises, des réfractaires au STO, qu'il soigna même un de ceux-là gravement torturé par la Gestapo et dit en substance à Chamfleury : "Vous n'avez rien à craindre de moi." Et il tint parole. Le commissaire de police de Bezons, Vanni, gaulliste et anticommunsite, dont le commissariat servait d'hébergement clandestin de juifs et de résitants pourchassés, a indiqué que Céline ne lui avait jamais refusé les certificats médicaux de complaisance, sachant, là encore, à qui ils étaient destinés. Emile Brami a révélé qu'un juif polonais, Oscar Rosembly, venait régilièrement consulter Céline et que Gen Paul le cacha de 1943 à la Libération." (repris dans une réponse de X.Bonaventure dans le billet de Blog suivant :
http://www.mediapart.fr/club/blog/shadokskaia/210111/louis-ferdinand-celine-chasse-au-mechant
Il se serait reconnu comme un homme, avec sa vérité en acceptant ses ou sa peurs, en les vivant , ce qui pour moi est le signe de la liberté assumée...malgré tout...!
"La meilleure des choses à faire, n'est-ce pas, quand on est dans ce monde, c'est d'en sortir ? Fou ou pas, peur ou pas." (VABDLN)
"Ce monde n'est je vous l'assure qu'une immense entreprise à se foutre du monde !... Ibid
Merci, je ne l'avais pas vu et j'ignorais cet aspect des choses. Pour le moins cela augmente la complexité du personnage.
Merci pour ces échanges de qualité.
Céline est mort. Pourquoi s'acharner? Est-ce qu'on interdit à Klasfeld de publier sa perception du personnage? Céline n'est pas Papon.
Mais bon notre Monarque cède si facilement aux caprices de ses amis.
C'est vous qui avez écrit ce billet ?
Oui. Pourquoi?
J'aime bien cela change de vos billets réacs. J'ai voté
Amber, je suis pourtant dans la même démarche: ne pas me formater sur les catégories ou clivages courants, ne pas respecter les lignes, mettre en question ce qui est généralement admis, ne pas donner trop de place au silence, discuter et argumenter de tout, valoriser l'associations de valeurs antinomiques (ex: individualiste ET solidaire), bref travailler à être le moins possible dans l'idéologie, tenter le ET/ET plus que le OU/OU.
Que je critique la stéréotypie et l'autoritarisme de la gauche, le manque de solidarité de la droite, le féminisme radical (marxisme recyclé) et ses deux branches: la victimisation à outrance et l'indifférenciation des genres (avec comme corollaire la guerre faite aux hommes), que je questionne l'immigration comme Lévi-Strauss le faisait aussi, que j'apprécie Cioran, Morin, Jaccard, Girard, que je fasse le constat que la justice n'est pas plus que gauche que de droite, que je soutienne le libéralisme (= liberté) tout en souhaitant sa régulation dans le domaine de l'économie, que gauche et droite m'emmerdent souverainement, que je sois pour un monde sans frontière tout en reconnaissant que les frontières ne s'abattront pas demain, que je sois enthousiasmé par la révolution démocratique tunisienne, que je cherche des systèmes de fonctionnement moins autoritaires, je suis le même.
Quel sont mes dénominateurs communs? La liberté, le refus de systématiser la pensée vers une philo-idéologie, et une éthique de l'humain, entre autres. Mes référents ne sont pas la gauche et la droite, mais la tête, les tripes, le coeur, l'humain dans sa souffrance ou dans sa liberté. Historiquement la gauche a joué un rôle important dans l'établissement de contre-pouvoirs à un système hérité de la féodalité. Elle semblait être porteuse de créativité intellectuelle. Mais je ne crois pas qu'elle puisse générer durablement la liberté et clore la souffrance. Les changements de systèmes que l'on connaît depuis deux siècles ont eu leur lot d'avancées et de nouvelles souffrances. Je ne cherche plus dans cette direction. Je suis plutôt orphelin, ce qui me permet de chercher de nouvelles voies.
Sur un plan plus perso, Alphonse Allais disait: "N'être qu'un, oui, mais lequel?" J'ai fait mienne cette question depuis longtemps.
Alors, réac, cela n'a pas vraiment de sens pour moi et je ne m'y reconnais pas. Je ne me reconnais pas dans les intentions ou connotations que certains me prêtent ici. Et au vu du conservatisme et des préjugés de gauche, je me demande qui est réac en politique.
Mais l'individu n'a jamais été antinomique avec la solidarité. Les Droits de l'homme et du citoyen sont précisément ce qui fondent les droits de l'individu et de la solidarité !
Vous êtes Suisse, ça se sent. Je comprends que pour un Suisse, la solidarité et les droits de l'homme, ça détonne. Ils ont repoussé pendant la guerre les Juifs qui demandaient refuge, gardé les avoirs juifs dans les banques suisses et installé dans les Grisons des groupes nazis. Ça vous forge un état d'esprit ! Lisez Max Frisch, ça vous rafraîchira un peu les idées sur la Suisse.
Oh que c'est minable! Ça y est, on en vient à cette forme de racisme qui attaque la nationalité. C'est vrai que nous on a pas eu Pétain, ni le Vel d'Hiv et les trains pour la mort... Voyez, ce n'est pas une bonne piste que vous prenez. Mieux vaut tout de suite laisser tomber.
Et si vous connaissiez un peu la Suisse, vous sauriez que les gens savent être très solidaires.
"Un homme fait de tous les hommes et qui les valait tous et que n'en valait aucun"
Renseignez-vous sur la jeunesse de Cioran, la Garde de fer, vous verrez qu'il a sa part, il a trempé dans la "monstruosité" antisémite... Mais c'est juste un petit moment d'égarement, qu'il a d'ailleurs renié, tant mieux pour lui, il s'en sort...
Alors que pour Céline, non, c'est indécollable, c'est une marque de fabrique et d'infamie, le prisme qui juge l'homme tout entier et l'ombre qui recouvre l'oeuvre, ni répit ni pardon !
Parce que le style l'aura mené trop loin, lui aura fait toucher l'exercice de haine qu'est la vie tout au fond d'elle-même, et qu'il ne pouvait en revenir que ce loqueteux fébrile au bord du délire ?
Pour approcher Céline, peut-être faut-il délaisser "Le voyage au bout de la nuit" tutélaire et lire de plus près, se plonger dans "Mort à crédit" :
"Nous voici encore seuls.Tout cela est si lent, si lourd, si triste... Bientôt je serai vieux. Et ce sera enfin fini. Il est venu tant de monde dans ma chambre. Ils ont dit des chose. Ils n'on pas dit grand chose. Ils sont partis. Ils sont devenus vieux, misérables, et lents chacun dans un coin du monde."
Le Requiem et le Magnificat dans la même musique ?
Vous faites des amalgames qui n'ont aucun sens. Les détails de la vie de Céline rapportés ci-dessus par Didier Fourcine sont connus de tous les céliniens depuis longtemps. Cela n'exonère en rien Céline de la responsabilité de ses écrits.
La République française se couvrirait de honte si elle rendait officiellement hommage à un écrivain qui s'est couvert de honte et d'opprobre pour ses écrits antisémites.
Cela n'a rien à voir avec son génie d'écrivain. Il est lu, commenté, des colloques analysent son œuvre, il est régulièrement aux programmes de l'agrégation. Il ne viendrait à l'idée de personne de s'en offusquer. J'ai personnellement la plus grande admiration pour ses grands romans des années 30. Je l'ai étudié pour passer l'agrégation. Mais il est hors de question de l'admettre comme représentant de la culture française dans des célébrations officielles.
Ma grand-mère, ma grand-tante sont mortes gazées à Auschwitz en 1942. Les Français ne savent pas les blessures engendrées par ses crimes dans ma famille jusqu'à aujourd'hui. Ils doivent en tenir compte et le respecter. C'est en tout cas mon devoir de mémoire à leur égard. Il n'y a pas un seul jour de ma vie où je ne pense pas à elles et à tous les autres qui ont subi le même sort.
Vous vous énervez inutilement... Voir la réponse de Marcel Aymé, indéfectible ami de Céline, à l'intention du Président Auriol : "Je les prierais qu'ils voulussent bien, leur Légion d'honneur, se la carrer dans le train, comme aussi leurs plaisirs élyséens." Ne vaut-elle pas pour la présente circonstance ?
Elle(RF) se couvre de honte en occultant tant de choses...
Le devoir de mémoire, forcément...
Oui il a écrit tout ce que l'on sait mais aussi ce que l'on ne veut plus voir..."La jeunesse vraie, la seule, [....] c'est d'aimer tout le monde sans distinction, cela seulement est vrai, cela seulement est jeune et nouveau." (VABDLN),
car il faut qu'il corresponde à une vue morale, d'une certaine histoire surtout quand elle fut à ce point folle, mais tout compte fait, peu importe la vérité il nous faut croire partiellement pour correspondre tout aussi partiellement à....
..."C'est peut-être pour tout le monde la même chose d'ailleurs, dès qu'on insiste un peu, c'est le vide."(ibid)
Il nous faut des "tetes de Turc", des icones sacrificielles, des rites pour faire perdurer les croyances, celles, incomplètes qui nous permettent de nous vautrer, vide, en attendant la fin, ne jamais voir le dedans...
Allez, au gibet des écrivains maudits...
..."Le délire de mentir et de croire s'attrape comme la gale."(ibid)
Michel Alba,
Vous auriez un mouchoir à me prêter ?
rien de choquant dans ce retrait d'une liste d'anniversaires de personnalités exemplaires d'un Céline antisémite viscéral qui fut tout sauf exemplaire, ce qui n'enlève rien à ses qualités littéraires.
La question soulevée par le maintien de Cioran pose néanmoins problème. Est-il vraiment exemplaire ? A mon avis non.
D'où une réponse possible à la question soulevée par bonaventure/aymé :
ces listes d'anniversaire ne sont pas plus pertinentes que la galerie des grands hommes que le ministre volte-face Frédéric Mitterrand nous promet pour la future maison d'histoire de France : une fresque idéologique, pas une histoire exhaustive des hommes et des évènements.
http://www.archivesdefrance.culture.gouv.fr/action-culturelle/celebrations-nationales/brochure-2010/anniversaires-2011/
Mettre en cause Cioran. Alors Antoine Blondin aussi, Brasillach, et bien d'autres qui ont ouvertement soutenu des idées très à droite, comme aussi ceux qui ont ouvertement soutenu l'ex URSS alors que l'idéologie en place était la "rééducation du peuple" et l'élimination de ceux qui n'étaient pas dans la bonne classe sociale - sans parler de l'antisémitisme de gauche et de la revendication ouverte de la "dictature" du prolétariat.
Ça va en faire du monde à mettre à l'index. Il restera Guy des Cars et la collection des Bob Morane (quoique...).
On doit apprendre à faire le distingo entre l'oeuvre et la position politique. Sinon, sous peu, on va voir se réaliser Farenheit 451 avec des livres brûlés. Même brûlés moralement c'est toujours brûlés.
Mais c'est vous qui évoquez mal à propos Cioran Pour quelqu'un qui n'a jamais écrit de "monstruosités antisémites", trouvez mieux ("Si j'étais un Juif, je me tuerais à l'instant même !")...
Par ailleurs, n'exagérez pas non plus : nul ne menace les livres de Céline ni ceux de Brasillach !
Cioran est mort philosémite. Il a fait son mea culpa et il admirait profondément les Juifs. Aucun rapport avec l'odieux Céline.
Vous ne savez pas de quoi vous parlez. Le grand poète Mandelstam était vers 1924 secrétaire d'état à l'éducation, il n'était pas question de "rééducation du peuple", sinon pour lui permettre d'accéder à la culture dans l'enthousiasme des idéaux révolutionnaires. Vous savez sans doute que plus tard Mandelstam fut arrêté pour un poème contre Staline, déporté et qu'il est mort dans un camp de Sibérie. Il ne faut confondre l'URSS des années 20 et les horreurs criminelles des procès de Moscou à partir de 34. Et ce sont tous ceux qui avaient fait la révolution de 1917 qui furent alors éliminés par Staline ! Ils étaient dans la bonne classe justement.
Je ne défendrai pas ici l'URSS ni de Staline ni de Lénine. Ma famille en a été victime dès 1922 à Odessa, où mon arrière grand-père juif est mort assassiné d'une balle dans la tête tirée par la Tcheka, la police secrète. Mais je veux simplement dire que vous confondez tout et n'importe quoi, que vous faites des comparaisons douteuses entre Hitler et Staline. Comparaison n'est pas raison.
Voltaire a écrit des horreurs sur les Juifs dans son Dictionnaire philosophique. Mais il ne viendrait à l'idée de personne, pas même aux juifs, de l'interdire de commémoration. Il fait partie du génie de la France. Céline, ses pamphlets, les horreurs de la Shoah, c'est encore une plaie qui n'est toujours pas cicatrisée. Pouvez-vous seulement comprendre ça ?
Michel Alba,
Vous auriez un mouchoir à me prêter ?
Tortillez ça comme vous aimez, mais "Cioran n'a jamais écrit de monstruosités antisémites ni eu l'engagement politique de Céline" est faux, tout simplement faux ! Mais qui vous reprochera de ne pas le trouver "odieux" ?
Quand à ne pas commémorer Céline, faites donc, c'est tout ce qu'il demande, je le parierais !
En effet ! Pour la dernière phrase, je vous donne entièrement raison.
Et vous ne pouvez non plus me donner tort sur la première !
L'idée principale de ce billet était quand même celle de notre lavage de cerveaux.
Hommelibre faisait le parallèle avec la réécriture de l'histoire, avec les effacements d'Untel ou d'untel sur les photos de groupe. C'est effectivement ce qui est en train de se passer.
C'est comme quand les Talibans avaient détruit des statues millénaires en Afghanistan.
C'est comme dans 1984, de George Orwell, sauf que le prétexte n'est pas guerrier, il est plus subtil et bien plus efficace, puisqu'il est soit-disant pavé de bons sentiments et soit-disant démocratique.
Non, aucun lavage de cerveau. La morale républicaine, c'est tout.
Brasillach ? son Anthologie est publiée, oui, mais signée Georges Pompidou !
Quelle démocratie qui se plie devant les intérêts de quelques uns ? Où est la morale républicaine ?
Le ministre Fr Mitterrand a cédé à une pression extérieure - et c'est dommage pour notre liberté d'expression -
Pourquoi ne pas expurger Apollinaire : il appelle au meurtre des juifs dans un de ses textes d'Alcools - mais propos d'ivrognes sans doute....
Balzac haissait le système Nucingen qui est celui de l'aristocratie de la finance (l'inspiration du personnage de N est un banquier fameux) : doit-on le virer des bibliothèques ?
Que reste-t-il de la littérature après votre censure éhontée qui flirte avec la tyrannie de l'émotion , que reste-t-il de l'histoire une fois que vous l'avez réécrite à votre goût ? Comme l'écrit Axel J ; c'est plus subtil que 1984 pour un résultat semblable.