L’union extraconjugale, ou l’amour séparé
- Chérie, je t’aime. On s’appelle?
Ah, ne vivre que le meilleur dans le couple: le désir et le plaisir. Sans les inconvénients: les humeurs, l’habitude, enfin ce qui selon certains tuerait l’amour. La solution: ne pas vivre ensemble.
Ce modèle de couple a ses adeptes. Chacun vit chez soi et l’on se voit quand les deux en ont envie. Cela s'appelle l'union extraconjugale. Selon l'écrivain Stéphane Rose:
« La promiscuité tue le désir. Un matin, on se réveille à côté de son amoureuse, devenue en fait sa colocataire. Se voir doit être le fruit d’un désir commun, non pas d’une fatalité. L’éloignement crée un manque, qui joue un rôle-moteur dans la relation. Vivre à deux tue l’individu : penser à deux, recevoir à deux, faire tout à deux. C’est la disparition de l’altérité. »
L’analyse se discute. Mais voyons d’abord les aspects pratiques. Cela suppose deux appartements, et pas mal de choses à double. Il faut avoir des moyens. Il y a aussi, en principe, renonciation aux enfants. Je vois en effet mal les parents séparés se partager les gamins lorsqu’ils s’aiment!
Un point m’interpelle dans la citation: la disparition de l’altérité. Quelle curieuse conception. Je crois au contraire que c’est l’éloignement confortable qui fait disparaître l’altérité. Pas besoin de s’adapter à l’autre, de l’écouter quand on n’a pas envie, de le soutenir quand il-elle rentre fatigué-e et que notre feuilleton préféré passe à la télé. Ne recevoir, ou ne prendre l’autre que quand on veut bien et qu’il veut bien, c’est écarter les problèmes. C’est-à-dire ne pas avoir à les régler. Ne pas sortir vraiment de soi pour aller vers l’autre.
Sur le reste de la citation, c’est assez bateau et bien triste comme vision du couple: «la promiscuité...», comme si choisir de partager sa vie était une promiscuité. Si on pense cela autant vivre totalement seul. «Fatalité», «manque», «tuer l’individu»: pour ma part je n’ai pas cette conception du couple. Me réveiller le matin avec la personne aimée est un délice auquel je ne saurais me soustraire par principe purement égoïste. Passer du temps, parler à l’improviste, se faire à câlin à point d’heure: en vivant séparément et donc en prenant rendez-vous, il n’y a plus vraiment de spontanéité dans l’amour, ni de continuité dans le couple. Tout ce qu’on se dit le soir en s’endormant? Disparu! Certains voudraient voir dans l'union extraconjugale une préservation de la pureté du désir. Moi j'y vois la difficulté d'assumer les ajustements normaux du couple.
J’imagine l’agenda: «Lundi, sport. Mardi, cinéma avec ma chérie. Mercredi, pizza dans le quartier avec mon frère. Jeudi crac-crac...» Et puis, à chaque fois: «Chéri, je reste ou je rentre après?» Quelle tristesse.
Pour moi il n’y a pas là de couple.
Et puis, avec un peu d'humour, la vie à deux est si simple...



Tous les commentaires
On apprend à l'université que "la libido" est d'abord dans la tête!
J'ai toujours pensé que le monde était donc à l'envers.
Vous voyez comme un foetus avant de naître.
Il arrive que certaines personnes naissent spirituellement. Elles se comptent sur les doigts de combien de mains?
Pesonne ne demande à ceux qui croient être "tendance" de se justifier. La croyance ne s'explique pas mais se vit. Laissons les faire, ils nous assènerons bien une nouvelle tendance un autre jour, encore meilleure que la précédente.