De la haine des USA à la révolution européenne
Il y a quelque chose de surprenant ces temps dans les forums politiques: une recrudescence d’attaques contre les Etats-Unis. La grande démocratie nord-américaine est l’objet des critiques les plus acerbes. On la rend responsable de tous les maux de la Terre.
Alors que les dictatures d’Afrique du nord rejettent avec leurs tripes et leur sang le système du parti unique, ici, peut-être trop baignés dans le luxe de la liberté, peut-être devenus aveugles à la chance extraordinaire de cette liberté, nous crachons dans la soupe comme des tuberculeux en phase terminale.
Tout y passe: le capitalisme supposé asservir l’humanité, la volonté colonialiste, l’individualisme forcené, le puritanisme hypocrite, la puissance politique de la religion, entre beaucoup d’autres.
«C’est la faute aux USA» semble être devenu une sorte de cri de ralliement. Et plutôt que d’imaginer un monde sympathique, positif, on se vautre dans une véhémence négativiste à côté de quoi les plaintes du mur des lamentations font penser à un sketch de Bigard.
Et bien je pense que l’on se trouverait bien à revoir notre copie. Que les Etats-Unis soient critiquables, certainement. D’ailleurs qui ne l’est pas? Mais où mène une telle virulence à l’égard d’un pays qui offre un tel espace de liberté? A préparer la place à des systèmes moins appétissants? L’Europe poursuit une guerre civile intellectuelle contre les patrons, les politiciens, le monopole, enfin tout ce qui représente le pouvoir, et les Etats-Unis sont en première ligne pour représenter cela puisque personne d’autre qu’eux ne va au charbon.
Je partage le projet non-autoritariste qui s'est développé en Europe de longue date. Mais il doit être repensé. L’anarchisme latent qui pousse sur la litière abandonnée des droites et des gauches du passé ne doit pas être l’absence d’autorité, mais une relation repensée à l’autorité et de meilleurs garde-fous contre ses excès. La contestation des hiérarchies que propose l’anarchisme devrait se porter sur les privilèges du pouvoir, non sur le pouvoir lui-même.
Car le pouvoir en occident a déjà grandement évolué. Je sais par exemple où je n’ai pas envie de vivre: ni la Libye, ni la Chine, ni la Suède, ni bien d’autres pays où, d’une manière ou d’une autre, une idéologie ou une terreur broie les individus et où le pouvoir est abusif. Je préfère de loin être dans un système qui demande à être corrigé à de nombreux points de vue, et où j’ai la possibilité de le faire. Je ne souhaite pas non plus me flageller comme occidental blanc - forcément le mauvais rôle aux yeux de certains. Avant nous les mongols, les arabes, les musulmans, les perses, et bien d’autres, ont colonisé, guerroyé, dominé, exploité. Nous n’avons rien inventé en matière de pouvoir sur le monde.
, peuvent-ils assurer la survie des groupes humains occidentaux? Une société non-violente, alors que le monde est violent partout, alors que personne d’autre que nous ne voulons vraiment la paix, est-elle viable?
Mais, pouvons-nous encore nous poser la question? Pouvons-nous encore réagir, après des décennies où les héros furent jetés à terre, où les pères furent traités en criminels et désavoués? La tentative radicale de transformation de la société humaine, qui suppose une transformation radicale de l’humain, est-elle non seulement possible mais souhaitable?
Elle n’est de toutes façons pas réalisée. C’est même un échec total. Pourquoi? Parce que les réformateurs ou les révolutionnaires n’ont pas changé leur propre comportement. C’est ainsi que la violence qui se lit dans certaines prises de position anti-américaines vaut largement un tir de missile. Côté comportemental, pas de différence entre un G.I. et entre un pacifiste! Et cette contradiction-là enferme la pensée depuis maintenant trop longtemps.
La révolution européenne, c’est la remise en question de certains des dogmes qui en modèlent la pensée depuis 200 ans: l’idéologie égalitaire, dont les limites sont évidentes mais non encore validées culturellement; la tentation hyperprotectrice du nationalisme; la dilution déraisonnable des identités due à l’internationalisme et au multiculturalisme; le pacifisme, concept impossible s’il n’est pas établi partout en même temps avec destruction simultanées de toutes les armes; le plein emploi comme modèle de référence; entre autres. De tout cela devrait découler non seulement une autre pensée mais un nouveau contrat social.
Si l’on admet que ces dogmes peuvent être remis en cause, c’est une révolution culturelle qui s’engage.
(Prochainement: le nouveau contrat social)


