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Care: le bonheur obligatoire, ou la progression de l’Etat-Mère

Si vous n’êtes pas encore familier avec le mot «care», c’est de l’anglais. C’est un mot qui a plusieurs sens. On peut citer comme traduction: le soin, la prise en charge, s’occuper, prendre soin de, se charger de, et contient aussi les aides thérapeutiques et plus loin la notion de souci.


care.gif1. La notion de «care»

C’est aussi le mot emblématique d’un courant issu du féminisme radical dans les années 80. Il s’agissait de demander à l’Etat de s’occuper mieux des femmes et des gens en général, de viser plus à leur bien-être qu’à la simple gestion du bien commun et des aspects administratifs de la société. A l’origine il s’agissait de demander à la justice d‘être moins abstraite, moins «masculine et froide», et de faire preuve de plus de sentiments envers les victimes - les femmes donc, par principe, selon l’évangile féministe.

La notion de care, «prendre soin de» ou «prendre en charge», a été et est de plus en plus opposée aux valeurs marchandes de consommation et à l’idée de mépris de l’humain, qui seraient associés à une société masculine.

On voit ici que le féminisme radical et différencialiste continue dans trois directions qui lui sont chères:

1. La société masculine est une société violente, une société du mépris, de la destruction, les hommes seuls étant porteurs de violence, mépris et destruction et pas les femmes.

2. Il faut faire passer la vie privée sous le contrôle de l’Etat: le couple, le soin, le bonheur, tout cela doit être administré et supervisé par l’Etat. 1984 approche!

3. Ce féminisme cultivait la victimisation uniquement féminine, maintenant tous les humains sont des victimes aliénées et l’Etat doit prendre en charge cette aliénation pour définir le bonheur et l’appliquer à tous. L’ennemi est l’aliéneur, l’homme blanc capitaliste. Le marxisme continue à creuser son trou.

Le Club Med faisait slogan sur «Le bonheur, si je veux». La théorie radicale-féministe care dit: «Ton bonheur malgré toi, je le veux».


2. La société matriarcale
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Passons sur cet anglicisme malheureux de "care" dont la sonorité même heurte l’oreille. L’exotisme fait mode et l’on sait le féminisme professionnel susceptible de manger à tous les rateliers et à tous les opportunismes, quand ce n’est pas à toutes les falsifications. Il y a d’autres mots en français, déjà utilisés et clairs dans leur sens: solidarité, fraternité, humanité, entraide, coopération, par exemple. Mais cela fait moins neuf que care. A part une couche de peinture fraîche, care n’apporte rien en terme de contenu. Le «prendre soin de» existe déjà sous le capitalisme. Par les politiques de santé communautaires, par les formations médicales orientées patient et équipe, par l’implication des patients et d’une manière générale des citoyens dans les décisions sur le mode de vie et l’organisation partielle des activités relatives au vivre ensemble, entre autres. Je ne vois pas ce que le care apporte de nouveau par rapport aux développements de la société depuis 30 ans, sinon d’en faire une trade mark à l’usage exclusif des socialo-féministes. On dirait presque une OPA inamicale.

Par contre on voit immédiatement le bond en avant que cette théorie va faire faire à l’assistanat. Rien de changé à gauche! Vous n’êtes pas responsables de votre malheur, c’est la méchante société masculine-capitaliste qui vous en veut, vous êtes irresponsables, l’Etat va donc être responsable pour vous et va s’immiscer de plus en plus dans votre vie privée.

On peut aussi pressentir les dégâts de la société des sentiments: la dictature de l‘émotion, déjà très répandue, deviendra la norme. On n’évaluera plus selon des critères objectifs mais selon les sentiments. Toutes les interprétations sont possibles. Si c’est cela la société féminisée, alors vive la société masculine! Tiens, dans les idéogrammes chinois, le bonheur est de genre masculin, comme en français.

Avec la loi objective, au moins rien n’était imposé par l’Etat en matière de bien ou de mal. Avec le «prendre en charge» et les sentiments, tout choix pourra contrevenir aux goûts et aux représentations du bonheur des uns ou des autres. Cette subjectivisation de la société, porte ouverte à tous les délires au sens propre car sans repère fixe et durable, sera compensée par l’Etat et sa bienveillance. L’Etat maternant creuse son lit et la dictature "douce", celle qui rogne les ailes de l'indépendance et de la responsabilité individuelle, progresse.

Car le but de ce féminisme qui tape sur le masculin sans que personne n’ait le courage de s’y opposer est bien là: imposer peu à peu une société matriarcale et maternante, déresponsabilisante, surveillée par l’Etat-Mère.


care-martine-aubry_34.jpg3. La fin de l’espèce?

Le bonheur n’en est qu’un prétexte. Car franchement, mettre le bonheur au centre d’un projet politique comme le fait aujourd’hui le parti socialiste français, n’est-ce pas la pire des duperies que l’on puisse proposer en politique? Comme si le bonheur ne dépendait que de la société et non de ses propres actions et dispositions, comme si l’individualisme responsabilisant n’était qu’une mauvaise déclinaison du méchant capitalisme, sur lequel on peut cracher sans vergogne aujourd’hui et le traiter de trop associé au consumérisme puisque l’on a déjà tout. Et comme si, en creux de la notion de soin, émergeait la validation que nous sommes tous plus ou moins malades. Le déni de notre simple humanité, avec ses forces et faiblesses, commence là: nous sommes malades, la société est malade, il faut nous soigner.

Cette philosophie, c’est la fin de l’humanité qui approche. Toute espèce a dû se battre pour exister. La fin de la lutte pour la vie (valeur méchamment capitalisto-masculine, bien sûr...) est probablement la fin de l’espèce. Décidément, le féminin n’est probablement pas l’avenir de l’Homme.

Les partis ou les Etats qui veulent faire le bonheur des peuples, on les connaît. Ils n’ont laissé que des bains de sang, de la torture, des millions de cadavres derrière eux. Cela a toujours été des Etats totalitaires.

Le bonheur obligatoire (obligatoire n’est pas dit mais est implicite dans le projet care) sera l’objectif nouveau à consommer. Qui veut du bonheur? Qui n’a pas eu son rail de bonheur ce matin? Qui veut être soigné?
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Pas de bonheur signifiera prise en charge par l’Etat ou exclusion sociale. La compétition vers le bonheur va entraîner des pressions terribles, des dépressions, de nouvelles pathologies.

Le bonheur collectif, le bonheur dû à la prise en charge par l’Etat, le bonheur en soi durable et stable est un mythe, un nouveau paradis perdu ou à venir. Et le socialo-féminisme en est la nouvelle religion. A voir la tête de Martine Aubry ou de Ségolène Royal, je doute qu’elles apportent le bonheur aux français. Ah, ce n’est pas bien de juger sur la tête. Mais avec le bonheur au centre du programme socialiste, je suis maintenant en droit d’estimer qui a la tête  susceptible de me rendre heureux!...

Laissons le bonheur aux poètes, aux philosophes, aux amoureux et aux individus. Et demandons à la politique de ne s’occuper que de ce qu’elle sait faire. Et je doute que la politique soit matrice de bonheur.

(Autre blog de hommelibre ici)

 

 

 

Tous les commentaires

" Laissons le bonheur aux poètes, aux philosophes, aux amoureux et aux individus. Et demandons à la politique de ne s’occuper que de ce qu’elle sait faire. Et je doute que la politique soit matrice de bonheur "

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 Vous croyez , vraiment , que les poètes , philosophes connaissent mieux le bonheur ?

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Alors, permettez moi, que l'on soit poètes, philosophes,amoureux , homme politique , nous sommes tous des humains et tout idée provenant  des uns ou des autres est la bienvenue

En ce qui me concerne, je pense que c'est très bien que les hommes politiques , mettent l'homme au centre de leurs préoccupations

Je suis pour un Bonheur National Brut

Bonjour,

 

Mettre l'Homme au centre des préoccupation, oui, et c'est différent de mettre le bonheur comme objectif politique.

 Bonheur National Brut? Cela supposerait que chaque individu soit capable de créer son bonheur même dans des situation difficiles, sans attendre que quelqu'un le lui fournisse. Dans quelques milliers d'années peut-être...

 Mais je doute que ce soit aux politiques de faire le bonheur des gens. C'est même dangereux d'attendre cela d'eux. Ne leur donnons pas le pouvoir sur notre être intime, car le bonheur est de l'ordre de l'intime. Ils n'en feraient qu'objet de consommation et de domination.

Bonjour, En première lecture j'ai trouvé votre texte assez excessif et provoquant, mais pourquoi pas ? Même si, comme moi, on se tient plutôt à distance de ce concept du Care anglo-saxon, il n'empêche que, même dans une société où l'assistanat ne serait pas roi, il y aura toujours des personnes plus faibles et plus démunies (à commencer par les enfants, les personnes malades ou handicapées, les personnes affaiblies physiquement et/ou psychiquement, rêvons qu'il n'y aura plus de pauvres bientôt ...). Il y aura donc toujours des personnes pour veiller à ce que leur bien-être soit le meilleur possible, issues de l'entourage personnel de la personne, ou des professionnels. Reconnaître cela dans le cadre d'une éthique politique, serait reconnaître aux personnes qui aident une place réelle et actuellement peu valorisée, même sans grande qualification professionnelle, et une valorisation également financière d'un rôle qui serait considéré enfin comme important. Et pourquoi pas primordial ? S'occuper des gens est actuellement totalement dévalorisé par rapport à fabriquer des hélicoptères ou des biens matériels, cela ne rapporte rien, cela ne produit rien. En cela, le postulat de Sandra Laugier ne me choque pas. Le PS avait plutôt l'air d'insister sur la notion de bien-être, plutôt que de bonheur, et votre description est là outrancière (mais peut-être est-ce pour lancer la discussion ?). Et déjà, rien qu'avec ce terme de bien-être, il y a matière à discuter, tant est peu clair ce qu'on doit y comprendre au sens politique ... Je ne suis pas féministe, mais sincèrement, vous me faites assez marrer avec ce spectre immonde d'une société matriarcale et maternante, déresponsabilisante, surveillée par l’Etat-Mère. C'est clair que ce n'est pas pour demain ... Disons alors que c'est très progressif. Sur le plan éthique, vouloir le bonheur de l'autre et lui imposer ce qu'on pense être son bonheur est en effet tout à fait discutable. En tout cas, cela a le mérite de porter un autre regard. Bonne discussion (je vous aurais bien mis un smiley, pardon un émoticône, souriant pour atténuer mon scepticisme, mais il se trouve qu'ils ont disparu, pour l'heure ...).

Anne,

 

Merci pour ce commentaire. Enj effet j'espère bien susciter ou un débat ou une réflexion chez le lecteur, avec un regard moins politiquement correct par rapport au féminisme et à la gauche (sans pour autant donner un chèque en blanc à la droite ou au centre). Vous verrez que j'ai un discours critique souvent pointu, voire sans appel, sur un certain féminisme - pas celui qui a corrigé les 150 ans de code Napoléon qui a mis les femmes à l'écart, mais le féminisme idéologique.

 La valorisation des personnes qui aident mérite discussion.  Maislaquelle? Financière? C'est encore faire de la bonne volonté une marchandise, or le projet socialiste prétend vouloir rompre avec la marchandisation qui est le pendant du consumérisme. Paradoxal. Et puis où mettre la limite entre ce qui est géré par une institution ou un Etat, soit une profession, et ce qui appartient aux relations humaines hors financement: relations familiales, ou d'amitié.

 N'est-il pas souhaitable de valoriser sans financement certaines activités d'aide? Simplement parce que, dans une certaine mesure, l'entraide entre humain est une valeur aussi importante que l'initiative et la responsabilité individuelle?

 Au fait, j'ai repris le terme de "bonheur" parce que Libération le met en avant. Innocent

Si Libé met en avant le terme de "bonheur", je comprends mieux, mais il ne faut pas vous croire obliger d'être à la remorque d'une baudruche médiatique, en tant qu'hommelibre ça fait tache sur votre beau costume tout blanc !

Votre conception de la femme maternante est foncièrement réactionnaire, complètement à côté de la plaque et dénuée de fondement. Ce serait plutôt l'inverse, quand les femmes ont des postes de responsabilité, elles sont généralement plus impitoyables que les hommes, voire sans le moindre scrupule.

Vous parlez de la lutte nécessaire des hommes pour leur survie, oui je suis d'accord mais tous ensemble, pas avec une poignée qui accapare le fruit du travail des autres, comme c'est le cas aujourd'hui .

Lutter pour sa survie, c'est avant tout pouvoir travailler, participer à la richesse commune qui n'est pas que marchande, loin de là !

 

Vous êtes trop gentil de vous inquiéter pour mon beau costume blanc, Emmanuel, mais n'ayez crainte: je sais être très imperméable quand il le faut, même sous les éclats d'une baudruche médiatique. Je ne suis obligé à rien. Si je reprends le terme mis en avant par Libération c'est parce que je pense qu'il a du sens et que dans le "bien-être" politique il y a une forme de bonheur implicite, du moins dans la sémiologie socialiste qui a besoin de vivre de fantasmes. Royal l'a bien compris, qui joue la déjantée illuminée.

 Réactionnaire, ce n'est pas un argument pour moi. J'ignore ce que vous voulez dire par là. Mais j'entends bien que le mot fait mousser vos lèvres comme un oenologue savourant un grand cru. Chacun son onanisme. Pour le reste, il faudrait aussi argumenter. Je ne saurais me contenter de quelques mots lâchés comme des chiens.

 Lutter tous ensemble pour la survie, soit. Mais chacun selon ses mérites. Celui qui produit 100 n'est pas celui qui produit 50. Nous ne sommes pas égaux. Mais nous pouvons gérer l'inégalité de manière à ce qu'une part du surplus des uns serve à ceux qui souffrent - mais pas aux jaloux qui veulent prendre aux autres ce qu’ils sont incapables de produire eux-mêmes - ou trop feignants pour le faire. Je ne vois pas de raison de saisir la récolte de carottes de celui qui bosse 20h par jour et produit 2 tonnes puis engage des auxiliaires, pour la partager avec celui qui bosse 5h par jour et produit 1/2 tonne. Ce serait simplement du vol. Un peu d’éthique, please!Et puis, les auxiliaires peuvent aussi bosser 20h par jour, comme cela ils seront leur propres patrons. Tiens, pourquoi donc y a-t-il si peu de gens prêts à être indépendants et à être leur propre patron? Que voilà une bonne question pour les sociologues. Est-ce trop dur? Trop cher payé d'être indépendant? Trop insécure? Faut-il des qualité que la majorité n'a pas?

 Ah, qu'il est bon d'être réactionnaire aux yeux d’un autre! Même si je ne sais pas ce que vous voulez dire, mais ça ne fait rien, ça me fait penser à avion à réaction, vitesse, modernité, audace, et bien d'autres choses encore. lol lol lol Tranquile

J'avais donc raison, vous êtes profondément réactionnaire et à côté de la plaque !

Vous vous trompez sur toute la ligne, pour moi ce n'est pas une surprise tant vous êtes à l'affût de la nouveauté marketing en croyant qu'elle a de la substance. Le mot réactionnaire ne fait pas mousser mes lèvres de plaisir, il me fait gerber. Pour moi ce n'est pas un argument, simplement une constatation.

Vous dîtes être d'accord pour lutter ensemble pour la survie, immédiatement après vous amenez le contre-point : "mais chacun selon ses mérites" ! C'est ambigü à souhait ? Vous précisez tout de même, ce qui doit être le fond de votre pensée, et qui n'est que l'expression d'une petite fable poujadiste destinée sans doute aux attardés mentaux.

Travailler 20h/jour, je connais, je l'ai fait, parfois pour ne rien gagner ou des clopinettes, parce qu'un hypermarché me volait mon travail en cassant les prix en-dessous des prix de revient !

Et vous parlez d'éthique, désolé mais votre éthique est en toc, car complètement déconnectée de l'économie réelle. Pourtant en tant que Suisse vous êtes payé pour savoir que ceux qui palpent l'oseille ne sont pas ceux qui travaillent réellement !

Soyez mort de rire, c'est une bonne façon de trépasser et vos idées réactionnaires avec.

 

Rien de prenable, rien à commenter dans vos propos à l'emporte-pièce et vos jugements préfabriqués. Un peu court pour entrer dans un débat de fond.

Mon p'tit bonhomme, mes jugements préfabriqués comme vous dîtes sont l'expérience d'une vie, je ne suis pas surpris que cela vous échappe totalement.

Quant au fond, vous êtes expert, vous venez de le toucher et vous commencez à creuser. Continuez, ainsi vous coacherez encore mieux un tas d'abrutis et vous déformerez encore plus les malheureux qui auront eu la malchance d'être obligés de vous écouter.

 

Faute d'argument, vous en venez à la condescendance et aux attaques contre la personne sur la base non pas de ma réalité mais de l'idée que vous vous faites des choses - idée fausse au demeurant.

 Je vous laisse à vos certitudes et préjugés - on se raccroche à ce qu'on peut... Pas content

Je vous avais bien cerné. Care et Carol Gilligan c'était pour appâter le chaland, uniquement pour pouvoir déverser votre idéologie de petit bourgeois malpropret, vous pouvez essayer de tordre tout ce que vous voulez, pour que cela ait l'apparence de ... , vous n'amuserez que les gogos.

Certitudes et préjugés, il me semble que vous en êtes bardé, quand vous évoquez la peur supposée de l'entreprenariat individuel. En plus traiter les autres de fainéants, n'est ce pas des attaques (gratuites) contre les personnes ? Oui vous êtes un tout petit bonhomme mesquin, méprisable, et le fait de connaître quelques auteurs d'ouvrages de philosophie ou de psychologie ne change rien à l'affaire. Elle en devient juste pathétique.

 

Et bien, développez si vous avez mieux à dire ou une critique précise à faire. Je vous le demande depuis un moment. Les insultes ne sont pas des arguments.

Je ne crois pas que la politique soit la matrice de bonheur mais je ne doute pas la politique de certains hommes politiques ( comme Hitler, Staline ou Mussolini)était (est) le porteur du malheur de beaucoup d'autres.

Maintenant les gens disent "care", comme ils parlent en disant "black". C'est une mode snob et cruelle consistant à ne pas vouloir voir la réalité en face et dire ce qui est réel.

"Le monde appartient aux femmes.
C’est-à-dire à la mort.
Là-dessus tout le monde ment.
"  

(Philippe Sollers - "Grand beau temps")

Vous avez donc raison, cher Hommelibre, mais peut-être pas raison de vous en émouvoir (une fois que l'on en a conscience), je ne sais pas.

J'ai cru pendant une seconde qu'Eric Zemmour (et son discours sur les femmes d'il y a 3-4 ans) s'était abonné au Club sous un pseudo.

Et la seconde suivante?

Je peux répondre.

On voit la seconde suivante que ce n'est pas Zemmour , parce que lui nous fait rire de temps à autre.

 

Ah, mais en plus vous répondez à à place des autres! Okay.....

Cette position est banalement du Nietschéisme de droite du rejet de l'Etat en incriminant les assistés (ref. à Bruckner oblige) qui n'est valable que comme critique de la gauche bête. Si les pauvres doivent assumer leur responsabilité dans leur propre malheur, les riches et les puissants se servent de ce genre d'arguments pour échapper à la leur, et pleurnichent en disant que c'est la faute des pauvres si tout va mal. Le véritable problème est le rôle de l'Etat comme appartenant aux citoyens et étant au service de tous (le fait est que la gauche a autant de mal que la droite sur ce point).

 

Sur le "care", comme je le disais dans "L'idéal de la mauvaise traduction", c'est juste un pb de mauvaise traduction d'intellos qui se payent de mots, alors qu'ici le pb est simplement de refuser le mot "bonheur" dans le champ du politique (ce qui est un peu foireux pour des pro-américains, car la Déclaration d'Indépendance des Etats-Unis affirme le droit au bonheur). Toute la question est de considérer que la question n'est pas un pb de mot, mais pour un intello, c'est au delà de sa compétence (et évitez moi "les mots sont importants", car c'est ce piège dont je parle).

 

Je ne me reconnais pas dans les étiquettes et classifications que je ne revendique pas moi-même, ni dans les déformations que l'on fait de mes propos. Je n'ai donc rien à dire sur votre premier paragraphe.

Sur le deuxième, j'assume préférer vivre dans la zone d'influence des Etats-Unis que dans celle de l'Iran ou de la Chine. Est-ce être pro-américain? Vous savez sans doute mieux que moi ce que je suis... Je ne goûte pas trop le fait que l'on me définisse sans m'avoir posé de question. 

 Mais vous avez raison sur un point: à mon avis le bonheur n'est pas de l'ordre du politique. Toutefois celui-ci doit établir les conditions d'une vie satisfaisante.

Vous ne savez pas lire. Vous vous attachez à des détails et répondez par des clichés. Je comprends que vous n'aimiez pas les étiquettes, pour ne pas qu'on vous accole celle de "con". Mais rassurez-vous, vous n'êtes pas le seul. Tchao.

Je ne sais pas lire? C'est l'hôpital qui se moque de la charité. Je n'ai proposé nulle part de rejeter l'Etat, ça c'est votre cliché. Lunettes pas adaptées, myopie intellectuelle prononcée. Je pense que l'initiative et la responsabilité individuelle doivent être encouragés, et l'Etat mieux délimité. Le care c'est plus d'Etat, plus de prise en charge de l'individu. Moins de liberté.  Sapiens n'avait pas de "care", il a survécu, pas grâce à l'Etat.

 Vous ne savez pas écrire. Essayez d'être clair si vous avez le moindre respect de votre interlocuteur et si ne voulez pas être traité d'anal-phabète. La suffisance ne fait pas style et l'insulte ne fait ni l'argument ni l'intelligence, et encore moins le "care"...

Je précise ici quelques idées de mon billet:

 L'un des enjeux du care est la revalorisation des activités liées au souci d'autrui.

"Soulager la douleur d’un patient qui souffre, éduquer des enfants, faire les courses ou le ménage, autant d’activités très concrètes dans lesquelles des individus font preuve de sollicitude et s’occupent d’autrui. Malgré son importance, ce soin des autres fut longtemps tenu dans l’ombre de l’intimité, presque invisible… Non rémunéré quand il est domestique, mal rétribué quand il est un métier, il souffre d’un cruel manque de reconnaissance dans nos sociétés. N’est-il pourtant pas au cœur de toute vie humaine et pas seulement des plus fragiles ?"

http://www.scienceshumaines.com/l--238217ere-du-care_fr_23164.html

"Non rémunéré": on a ici un des objectifs de la théorie du care: contourner le vocabulaire usuel (ex: travaux domestiques) pour mettre en avant un mot susceptible de donner lieu à des indemnités financières. Le travail à la maison n'est pas payé (par qui, d'ailleurs, devrait-il l'être?), mais le "care" pourra l'être. C'est une astuce

Pour cette raison entre autre le care est sorti initialement des milieux féministes. D'autre part, la notion de care est associée à une différenciation de genre qui date des débuts en 1982:

"Pour déterminer la conception que se font les femmes de la moralité et les caractéristiques de l’éthique du care, Gilligan se base sur trois études – la principale étant consacrée au dilemme posé par la décision d’avorter. De ces entretiens, elle dérive le constat d’une opposition entre l’éthique du care et l’éthique de la justice exemplifiée par le modèle de Kohlberg.

...

Corollairement, l’éthique du care identifie dans l’abandon et la souffrance d’autrui les principaux maux contre lequel il faut lutter, quand l’éthique de la justice se préoccupe davantage de l’inégalité et de l’oppression (Gilligan, 1982 : 100 ; 1995). Ces deux orientations morales sont enfin sous-tendues par des conceptions distinctes du soi (Gilligan, 1982 : 30 ; Lyons, 1983), que Gilligan, suivant les travaux de la psychanalyste Nancy Chodorow (1978), éclaire en référence aux rapports distincts que la mère entretient avec l’enfant en fonction de son sexe perçu et au rôle de ces rapports dans la construction de l’identité. L’importance de la séparation d’avec la mère pour la constitution de l’identité masculine expliquerait que les garçons développent une conception positionnelle du soi, valorisant l’individualité et la distinction ; au contraire le rôle de l’attachement dans la constitution de l’identité féminine rendrait compte du fait que les femmes élaborent une conception relationnelle du soi, dans laquelle l’identité se définit d’abord en référence aux relations dans lesquelles elle s’inscrit."

...

"Plus qu’aux travaux de Gilligan, cette dernière objection s’adresse au courant maternaliste de l’éthique du care, que représentent notamment, bien qu’avec des différences importantes, Nel Noddings (1984), Sarah Ruddick (1989) et Virginia Held (1995). Radicalisant les thèses de Gilligan, ces auteurs font de la relation dyadique entre la mère et l’enfant le pivot d’une redéfinition de l’éthique du care par opposition avec l’éthique de la justice, identifiée comme abstraite et individualiste. La relation mère-enfant est perçue comme le paradigme de toute relation de care dans la mesure où elle est toute entière définie par le projet de répondre aux besoins d’un autre spécifique caractérisé par sa vulnérabilité et sa dépendance au point que sa préservation passe nécessairement par celle de la relation."

http://www.dicopo.org/spip.php?article101

Ces extraits montrent bien que la notion de care est d'abord un champ féministe.

Maintenant, est-ce de la connerie parce que c'est féministe? Cela dépend de quel féminisme on parle. Pour ma part cela donne forcément une orientation particulière, genrée, essentialiste comme d'après moi la majorité des théories féministes radicales, lesquelles reposent initialement sur le paradigme de l'homme-patron-bourreau et la femme-victime-prolétaire. La littérature féministe des années 60-70 regorge de cette autoroute de la pensée. Cela se décline encore de nos jours avec les falsifications des chiffres de la violence conjugale et le quasi-déni où est maintenu l'homme victime.

Je crois donc très utile de ramener cette notion du care à ses origines d'une part et à ses objectifs d'autre part. Ma lecture est certes orientée, et c'est bien comme cela, car d'une part je ne suis pas né de la dernière pluie, et d'autre part le care n'est pas un concept neutre: c'est un concept politisé par presque trois décennies de féminisme.

Le constat que je fais du projet care est que le soin à autrui, qui n'est pas une notion genrée, les hommes étant tout aussi capables que les femmes de porter attention et d'agir en faveur de ceux qui souffrent ou sont vulnérables, le soin à autrui donc va progressivement être tarifé, encadré par des structure d'Etat. Ce sera la fin de l'aide spontanée, du don bénévole de soi, tout soutien deviendra une marchandise de plus. La valorisation financière du care, au lieu d'aller contre la marchandisation comme Mme Aubry le prétend, va étendre le nombre de prestations tarifées et marchandisées.

Cela me fait penser aux enfants à qui l'on donne une pièce pour qu'ils fassent la vaisselle. Plus rien de gratuit, plus rien d'authentique. Le care est d'abord une "commercialisation" de l'un des sentiments humains les plus fondamentaux: l'entraide.

Ca, ce sera réducteur!

Ou alors ce concept ne s'appliquera par exemple qu'aux enfants qui s'occupent d'un parent malade, et qui seraient payés comme une aide à domicile. Là d'accord. Mais si ce n'est que pour cela, vaut-il la peine d'en faire un projet de société alors que ce n'est qu'une adaptation technique des coût de l'aide?

Puisque les références manquent totalement à votre article(c'est pour cela qu'on a pu proposer Zemmour), je me permet d'en proposer quelques-unes, afin que les lecteurs puissent se faire une idée autre que celle de votre point de vue.

http://www.laviedesidees.fr/Pour-une-theorie-generale-du-care.html

http://www.cairn.info/article.php?ID_ARTICLE=RFSE_002_0007&DocId=68071&Index=%2Fcairn2Idx%2Fcairn&TypeID=226&HitCount=52&hits=a54+a0b+9b2+98a+97c+965+91c+908+8f8+8e3+8d0+83d+832+7c5+7ae+79a+6f9+683+672+612+5e9+58e+50a+503+4f1+4de+4bb+4a5+490+481+394+362+33e+32e+2fa+2d6+282+269+236+21e+1c8+1c0+17d+16c+13a+de+98+91+70+35+e+3+0&fileext=html#hit1

Partout vous parlez d'une société du bonheur obligatoire, ce que je n'ai pas lu dans mes sources.

Le "care" au départ a pris comme modèle le domaine de ce qu'on appelle en français les services à la personne (le care est à mon sens le mieux traduit par "souci des autres"). Ces services étaient autrefois (et sont encore) effectués gratuitement par les femmes, et sont devenus des métiers rémunérés, ô combien peu, mais toujours effectués en grande majorité par des femmes, en tout cas en bas de l'échelle sociale (je pense aux assistant(e)s de vie, aides soigant(e)s!

Ces métiers demandent compétences. Or, jusqu'à maintenant, on a toujours considéré, puisque les femmes ont toujours fait ce travail gratuitement, on ne vois pas pourquoi on devrait les payer correctement puisque:

1: c'est inné chez elles=>ça ne demande pas de compétences.

2: Torcher les fesses des vieux(vieilles) et des handicapé(e)s, ça n'a pas d'importance,  puisque justement, ce sont des vieux et des handicapés, et qu'ils ne participent pas à la vie publique (Pour ceux qui sont familier, les problèmes d'accessibilité en sont un cause importante)

Travaillant comme conductrice pour personnes handicapées, je me rappelle que le premier jour de formation, on m'avait dit:"Ecoute cocotte, tu transportes des personnes, pas des patates, donc, vas-y mollo sur la pédale d'accélérateur".

Or si dans mon domaine d'activité, on observait mieux les temps de parcours, on se rendrait compte que, non, on ne peut pas calculer de la même façon un camion de patates et une camionnette transportant une personne en fauteuil.

Ce qui fait cette différence de parcours, c'est une possibilité d'empathie (le fait de savoir que la conduite sportive, ou la vitesse fait peur à telle personne, que telle autre ne supporte pas les tunnels et risque de faire une crise si on en prend un, que l'on ne prend pas un virage avec dos d'âne de la même façon si l'on a une personne en fauteuil electrique de si l'on a un enfant trisomique derrière) et que l'on devrait pouvoir prendre en compte tout cela comme paramètre dans le logiciel de l'entreprise qui les calcule.

L'éthique du care (que l'on peut traduire par souci des autres), c'est de prendre en compte le fait que l'on ne transporte pas des patates, de même que l'on ne lave pas une personne agée de la même façon qu'on lave la voiture (à part certains passionnés), et que cette donnée doit être prise en compte d'un point de vue des connaissances (et donc de la politique), et que pour commencer, lui donner un nom, c'est l'amener dans le débat public, et le sortir du privé (un peu la même démarche que pour le viol entre conjoints, par exemple).

Le care, c'est donner une importance politique au confort des personnes (et pas seulement des féministes ou des femmes comme vous le dites), en dehors de l'aspect purement technique et médical, par exemple.

C'est ainsi qu'il n'est pas question de bonheur, mais de mieux "coller" à la réalité des faits, c'est à dire au fait que les personnes peuvent avoir des handicaps (sociaux, physiques), et que cela ne doit pas être une raison pour les confiner à la sphère privée.

Or, une personne handicapée qui ne peut pas sortir de chez elle, ou une personne aveugle qui ne peut pas consulter un internet non-accessible, c'est quelqu'un qui n'accède pas ou difficilement à la sphère publique, et donc est difficilement un sujet pour des sociologues, economistes(etc), et donc pour les politiques (on a le même problème avec la mesure des discriminations en france) etc....

Par ailleurs, vous dites:

"Le «prendre soin de» existe déjà sous le capitalisme.  "

Certes, mais après pas mal d'années de capitalisme, on voit bien que le prendre soin n'est pas vraiment une de ses priorités, et pour preuve, les salaires ridicules dans la branche d'activité des assistant(es) de vie, aides soignant(es), alors même que cette branche est en forte progression depuis des années et pas près de s'arrêter. C'est aussi ce qui peut expliquer comment on a pu si longtemps oublier de prendre en compte le travail gratuit effectué par les femmes dans la sphère familiale. Ce que pose la question du care (souci des autres), c'est comment se fait-il que les concepts existant déja dans le capitalisme échouent (ou, selon les féministe, ne veulent pas) à prendre en compte à leur juste importance les domaines extrèmement important que sont les solidarités de personne à personne.

"Les partis ou les Etats qui veulent faire le bonheur des peuples, on les connaît. Ils n’ont laissé que des bains de sang, de la torture, des millions de cadavres derrière eux. Cela a toujours été des Etats totalitaires. "

Je rappelle que les critiques marxistes du capitalisme étaient avant tout reliées à des idées d'égalité, et que selon ce marxisme, l'égalité permettrait d'engendrer le bonheur (ce qui est problématique, je vous l'accorde). Suivant votre logique, on peut dire puisque le concept de bonheur pour tous a mené à la barbarie, alors il ne faut pas d'égalité entre individus, et ainsi, alors il faut se garder de changer les relations patrons/employés ou valides/invalides (je vous cite:"La fin de la lutte pour la vie (valeur méchamment capitalisto-masculine, bien sûr...) est probablement la fin de l’espèce."), de même qu'il faut mieux se garder de prendre en compte dans en politique le sort des milliers de travailleuses (et quelques travailleurs) qui nettoient, donnent à manger, couchent, tiennent compagnie aux personnes qui n'ont plus assez d'autonomie pour faire ces tâches eux-même ainsi que le sort de ces personnes qui ne peuvent pas forcément se déplacer pour aller voter.

"Car le but de ce féminisme qui tape sur le masculin sans que personne n’ait le courage de s’y opposer est bien là: imposer peu à peu une société matriarcale et maternante, déresponsabilisante, surveillée par l’Etat-Mère."

Tout d'abord, je vous demanderais de ne pas trop vous inquiéter: avec nos hommes politiques, et la rapidité de la féminisation de la politique(qui n'implique en plus pas une politique du care), sans doute serez-vous mort quand une telle société aura fait son apparition.

Vous dites déresponsabilisante, je ne vous comprend pas; au contraire, il s'agit de rendre le politique responsable de tous ses citoyens, et que des droits tels celui de pouvoir travailler en gagnant un salaire correct, de pouvoir se déplacer sans trop de difficultés à tout âge de la vie, soient valables pour tous.

Si ces concepts existent déja, en effet, le care les rassemble, et leur donne plus de poids politique. Quel est le mal à ça?

Rocapel,

Merci pour les liens. J'en ai mis d'autres dans  un précédent commentaire. Je mets un spot sur cet extrait du premier lien:

 

"Par exemple, faire l’histoire des tâches de nettoyage liées aux fonctions corporelles, éléments centraux des soins dévolus aux plus dépendants (petits enfants, personnes âgées, etc.), c’est rappeler que ces tâches ont principalement été dévolues aux femmes – mais pas à toutes les femmes –, aux gens de couleur, aux classes ouvrières. Le care est l’objet d’un partage social selon le genre, la race et la classe."

 La politisation et la partialité de ces propos rendent l'intention suspecte. De même, vouloir concurrencer la conceptualisation principielle de Kant avec le care, j'ai bien peur que le care disparaisse avant Kant.

 Je reviendrai ultérieurement sur d'autres point de votre commentaire, dont l'égalité! Thème ultra-sensible. Nous sommes égaux en droit, devoirs et valeur, mais pour tout le reste nous ne sommes pas égaux.  Pas simple. Donc àsuivre.

Pour d'autres aspects de votre comm, je vous renvoie à celui que j'ai posé un peu plus haut.

 

Très bon billet, bien construit et présentant une analyse non consensuelle.

Merci. 

Et j'ai l'intention de continuer dans les analyses non consensuelles, tout en posant des questions que je pense fondées. Sortir des sentiers battus m'intéresse.

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