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Adam et Eve: relecture du péché originel

Le mythe d’Adam et Eve est peut-être un de ceux qui ont fait couler le plus d’encre. C’est à la fois une tentative d’explication de la souffrance humaine (la chute du paradis), de l’incomplétude (apparition de la sexualité et reproduction en chaîne) et un modèle - tendancieux - du couple. C’est aussi une mise en perspective du sentiment de culpabilité vécu spontanément par les humains, avec apparition de la notion de faute, c’est-à-dire plus que d’une simple erreur de parcours mais une erreur intentionnelle, délibérée.


paradis1.jpgBon, admettons qu’Adam et Eve étaient tous deux d’accord de manger le fruit. Après tout, Adam aurait pu faire une enquête sur le serpent avant de suivre bêtement ses suggestions. La femme n'est pas réductible au tandem "séduire ou être séduite": elle sait aussi dire non. Et l'homme n'est pas un gamin qui obéit aveuglément à sa femme.

Ma lecture du mythe d'Adam et Eve place la faute après avoir mangé le fruit défendu. Elle n'est pas tant dans le fait de manger du fruit défendu que dans la lâcheté qui s'en suit.
paradis3-eve-et-la-pomme.jpg7 Les yeux de l'un et de l'autre s'ouvrirent, ils connurent qu'ils étaient nus, et ayant cousu des feuilles de figuier, ils s'en firent des ceintures.
8 Alors ils entendirent la voix de l'Éternel Dieu, qui parcourait le jardin vers le soir, et l'homme et sa femme se cachèrent loin de la face de l'Éternel Dieu, au milieu des arbres du jardin.
9 Mais l'Éternel Dieu appela l'homme, et lui dit : Où es-tu ?
10 Il répondit : J'ai entendu ta voix dans le jardin, et j'ai eu peur, parce que je suis nu, et je me suis caché.
11 Et l'Éternel Dieu dit : Qui t'a appris que tu es nu ? Est-ce que tu as mangé de l'arbre dont je t'avais défendu de manger ?
12 L'homme répondit : La femme que tu as mise auprès de moi m'a donné de l'arbre, et j'en ai mangé.
13 Et l'Éternel Dieu dit à la femme : Pourquoi as-tu fait cela ? La femme répondit : Le serpent m'a séduite, et j'en ai mangé.»
La nature de la faute
Ils connurent qu’ils étaient nus: Leur différences sexuelles apparaissent de manière visible. La notion de sexualité et de différenciation est dès l’origine associée au péché.
On peut voir que la désobéissance est également associée au péché, et que la punition est la conséquence du péché.
Ce qui m’interpelle dans ce passage est qu’Eve et Adam se cachent de leur Créateur, et que chacun remet la cause de la faute sur un autre: Adam sur Eve, Eve sur le serpent. Ils se défaussent et ne prennent pas leurs responsabilité. J’appelle cela de la lâcheté.
Et si donc le «péché originel» était la lâcheté bien plus que la désobéissance? Car désobéir est une transgression parfois utile dans la maturation d’un individu, ou dans le refus des injustices. Mais la lâcheté est dans tous les cas de figure une négation de ce qui donne à l’humain ses lettres de noblesse: le courage, s’assumer et être debout.
Si Adam avait dès le début fait face à son Créateur en lui disant: «Je suis là, j’ai mangé le fruit défendu, et j’assume sans peur ton regard», peut-être que l’histoire humaine en aurait été changée. Peut-être qu'elle peut changer aujourd'hui si nous nous assumons sans la lâcheté et ses corollaires: peur, mensonge, trahison.
Image 1: Rodolpho Arellano. 3: Bernouville.

Tous les commentaires

Là où les Grecs valorisent Prométhée, et lui envoient Pandore, que Mercure a dotée du pouvoir de mentir "sans ciller, de sa voix la plus suave", la Genèse institue une inégalité de fait dans les genres.

Un vieil érudit grand connaisseur de l'Araméen m' a expliqué un jour que le texte original sur la création d'Eve dit, d'après lui "Dieu créa Eve à coté d'Adam" et nom "d'une côte". Erreur de traducteur-copiste aux lourdes conséquences... Il aura fallu trente siècles de conciles à huit clos pour concilier Serpent et Libre Arbitre, et ce n'est pas gagné.. Courage, la Secte Ratzinger ! Goebbels s'en sortait mieux, avec la Dialectique ;-)))

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