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1er Mai : le rêve du Président sortant

      En ce 1er mai 2012, les rues de Paris seront la vivante image de la France coupée en trois, d’un côté les syndicats, à la Bastille, de l’autre le Front National, chez Jeanne d’Arc, et plus loin le pouvoir en place, au Trocadero.

      La confrontation des cortèges  a pris un tour passionnel avec l’évocation par le Président sortant d’une fête du « vrai travail », un adjectif lancé à la légère au lendemain du 1er tour, répété le mardi, puis nié le mercredi, avant d’être regretté et retiré le jeudi, car il rappelait fâcheusement le langage des ligues d’entre deux guerres.

       Exit donc la polémique sur le Maréchal Pétain, mais l’affrontement demeure entre une France présumée bruyante et syndicaliste, et une France présumée laborieuse et silencieuse.

       Cette bataille des cortèges n’a de nouveau que sa date, un 1er Mai, à cinq jours du second tour décisif, mais elle s’inscrit dans une espèce de tradition à droite. L’idée de faire descendre dans la rue le « vrai » peuple, appelé aussi « majorité silencieuse », est une constante sous la cinquième République. Elle prend sa source en Mai 68 : Après avoir flotté, et failli couler, Charles de Gaulle annonce le 30 mai de cette année là la dissolution de l’Assemblée Nationale. Le soir même un million de ses partisans défilent sur les Champs Elysées.

       On connaît la suite. Fin des grèves, élections législatives, énorme majorité Bleu horizon à la Chambre des députés, ce qu’on a appelé à l’époque la « majorité de la trouille ».

       Depuis lors, à chaque mouvement social, à chaque contestation, la Droite parlementaire rêve de refaire le coup de la contre-manifestation. C’est une spécialité gaulliste, de l’UDR au RPR, du RPR à l’UMP…

      Jacques Chirac l’a tenté en 1986, pendant le ramdam sur les lois Devaquet, Edouard Balladur a recréé des comités pendant les manifestations sur la Loi Falloux, à l’automne 93 ; l’idée a resurgi dans la France bloquée par des grèves en 1995 (Alain Juppé était Premier Ministre) ; idem en 2003 pendant les grèves sur la réforme des retraites, le principe est à chaque fois de faire défiler « des Français fatigués par les désordres ».

       En général, ces contre-mouvements, artificiels et encadrés, ne vont jamais très loin. La fameuse vague du 30 mai 1968 est restée unique en son genre.

       C’est à elle que se réfère Nicolas Sarkozy, mais avec une innovation. Cette fois, pas de mouvement social en vue, pas de grèves, pas de cortèges dans les rues, sauf ceux, rituels, de la tradition sociale du 1er Mai. Aujourd’hui la menace est électorale. Le danger est celui d’une révolte par les urnes. On est donc à l’envers de la manif de Charles de Gaulle.

      Avec son défilé, de Gaulle avait transféré le bras de fer de la rue vers le champ électoral. Avec son "contre 1er Mai", Nicolas Sarkozy veut changer, par la rue, ce qui se profile dans les urnes.

7h36 sur France Culture, 8h07 sur France musique. Twitter : @huberthuertas

Tous les commentaires

01/05/2012, 09:13 | Par Daniel Bordur

La France coupée en trois : bien vu, mais où ailleurs qu'à Paris ?

On verra si le FN et l'UMP mobilisent dans chacune des villes (plus de 250) où défilent les syndicats...

01/05/2012, 09:27 | Par Vincent Fleury en réponse au commentaire de Daniel Bordur le 01/05/2012 à 09:13

et le rêve d'un président sorti.

01/05/2012, 09:55 | Par Fantie B.

Je n'avais pas pensé qu'il aurait l'idée de tenter le coup du 30 mai 68.

(peut-être que la comparaison avec de Gaulle ne m'était pas venue à l'esprit !)

Journée plutôt à craindre, donc - peut-être pas par la mobilisation UMP en nombre ? Mais pour ce que feraient les "medias habituels" d'éventuels incidents.

 

01/05/2012, 09:55 | Par Arthur Porto

Cette contre-manifestation c'est bien la volonté de "provoquer" la division en "occupant" la rue comme la Sarkozie cherche à occuper les esprits!

http://blogs.mediapart.fr/blog/arthur-porto/010512/de-battre-le-pave-mon-coeur-sest-relance-faire-front-la-contre-manifes

01/05/2012, 12:38 | Par Marc Daniel LEVY

Impeccable, H. Huertas.

Surtout le "renversement" assez inédit - et non encore commenté : cette fois, rassemblement dans la rue contre les urnes...

( le rêve maintes fois énoncé par lui de "renverser la table"..?)

01/05/2012, 14:18 | Par juan23 en réponse au commentaire de Marc Daniel LEVY le 01/05/2012 à 12:38

@ Hubert Huertas et Marc Daniel  Levy:
Excellente analyse que celle du" renversement" du rassemblement dans la rue contre les urnes: Decidemment la droite apprend vite!

01/05/2012, 13:39 | Par Ourse Blanche

,le 1 Mai de sarko:au Trocadero,ca veux tout dire,le coeur du 16éme arrondissement,céti que y'a que là que on bosse,ca c'est sur!!!

01/05/2012, 13:57 | Par M AROLES

Est-ce que je suis la seule à avoir peur du résultat du 6 mai ? Imaginez le cauchemar : la victoire de Sarko et 5 longues années de dictature résolument antisociale devant nous ? AU SECOURS !!!  Ne vendons pas la peau de l'ours avant de l'avoir tué ça porte malheur !!! Croisons les doigts, regardons St Christophe et ... tous POUR Hollande !!

01/05/2012, 20:02 | Par GUY BERTRAND

C'est qu'il nous ferait bien un petit putch ,le mini duce!!! Il nous ferait bien un petit pronunciamento,le mini sarko du trocadéro!!!Un coup de torchon à la sarkoléon!!!Mais foutriquet,tout en gueule est foutu,et dimanche mettons lui un grand coup de pied au cul ,au cul! au cul! aucune hésitation!

01/05/2012, 22:24 | Par Jonasz

Son rêve : se maintenir au pouvoir par tous les moyens, je dis bien TOUS. Ce type est dangereux. Quand les Français vont-ils prendre la mesure de la menace qu'il représente pour la démocratie ?

01/05/2012, 22:33 | Par christian paultre

Ce soir encore vous regardez les images de Fr2 de la manifestation Sarkozy c'est Nurembreg dans une mise en scène malhonnête avec un commentaire mal honnête.

Vous avez l'impression qu'un raz de marée fasciste submerge la France.

Quand vous regardez d'autres chiffres en province surtout vous vous rassurez un peu.

je ne suis pas sur d'un troisième tour pour Pujadas

08/05/2012, 09:28 | Par Vivre est un village

      En ce 1er mai 2012, les rues de Paris seront la vivante image de la France coupée en trois, d’un côté les syndicats, à la Bastille, de l’autre le Front National, chez Jeanne d’Arc, et plus loin le pouvoir en place, au Trocadero.

@ Hubert Huertas

      En ce 1er mai 2012, les rues de France seront la vivante image de la France coupée en quatre, d’un côté les syndicats, à la Bastille, de l’autre le Front National, chez Jeanne d’Arc, plus loin le pouvoir en place, au Trocadero et à Nevers, François Hollande déposant une gerbe sur la tombe de Bérégovoy, l'initiateur en France, de la dérégulation des marchésCriantCriantCriant...!!!

Un rapport avec la prochaine nomination de Pascal Lamy aux finances ?CriantCriantCriantBouche cousue...!!!

A bientôt Sourire.

Amitié Étreinte.

 

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