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Putains de chiffres (I)
Les données statistiques sont essentielles à la connaissance objective : elles sont ce qui peut contraindre celui qui parle à éviter le n'importe quoi, permettre de distinguer une observation singulière d'une tendance générale, rendre possible des comparaisons raisonnables. Mais elles sont couramment manipulées comme des outils de persuasion et des armes de propagande par les acteurs politiques, assez souvent citées de façon peu rigoureuse, voire fautive, par les journalistes et parfois même utilisées de façon abusive par des scientifiques plus soucieux d'accréditer leurs thèses que d'en tester la validité.Il s'agit dans ce premier billet d'examiner des cas extrêmes de communication politique indifférente aux informations effectivement apportées par les sources statistiques.
Cas 1
Le 6 Mai 2005, la représentante habituelle de Lutte Ouvrière aux élections présidentielles signe un éditorial où on peut lire ceci:
« Le constat est que le pouvoir d'achat des salaires ouvriers n'a cessé de reculer tout au long des années 80, puis de nouveau au cours des trois dernières années, pour retomber au niveau de 1950. Étant donné l'importance du chômage, cela signifie que le pouvoir d'achat d'une famille ouvrière qui compte un chômeur est même inférieur à celui de 1950 »
Il va de soi qu'une consultation des données de l'INSEE permet de se rendre compte aisément que la « tendance » annoncée est imaginaire et même totalement contradictoire avec les variations observées.
Au début des années 50, moins d'un ménage ouvrier sur dix possédait une automobile, aussi modeste et médiocrement équipée fût-elle (démarrage à manivelle, crevaison et bris de pare-brise fréquents, parfois absence de clignotant contraignant à passer le bras par la vitre pour signaler un virage). Dix ans après (enquête INSEE de 1960), moins d'un sixième des manoeuvres ou OS et à peine plus du quart des ouvriers qualifiés et contremaîtres disposaient d'un réfrigérateur; seulement 11% des premiers et 17% des seconds possédaient un récepteur de télévision.
Aujourd'hui (données INSEE 2007) près de 90% des ménages ouvriers possèdent au moins une voiture, et parmi eux la moitié environ en possèdent deux, voire plus. Le taux de possession d'un réfrigérateur par les ménages ouvriers (industriels ou agricoles) est, comme celui d'au moins un poste de télévision, proche de 100% (99,7 exactement).
L'évolution du pouvoir d'achat déclarée en l'occurrence par Arlette Laguiller n'a donc rien à voir avec l'analyse d'observations recueillies aux deux périodes comparées. Il s'agit peut-être de la projection sur la réalité d'une variante du mythe de la paupérisation inévitable de la classe ouvrière, mythe entretenu par les plus obtus des idéologues marxistes à travers des contorsions démonstratives de plus en plus invraisemblables. Il s'agit en tout cas d'un déni de réalité dont j'ignore s'il se fonde sur une malhonnêteté intellectuelle délibérée, la conviction cynique que les révolutionnaires ont tous les droits, y compris celui de la propagande la plus mensongère, pour entraîner les masses vers la lutte finale, ou bien s'il se fonde sur la conjonction de croyances, de préjugés, d'auto-persuasion et d'une incompétence. Peu avant cette déclaration, des experts avaient en effet publié, en utilisant des formulations un peu imprudentes, une étude montrant la dégradation relative du pouvoir d'achat ouvrier par rapport à celui d'autres catégories (y compris, autant que je m'en souvienne, par rapport aux retraités dont on sait que la situation, souvent très précaire dans les années 50, s'est améliorée ensuite plus fortement que celle de la plupart des actifs).
Où l'on voit que s'il est vrai qu'on peut « faire dire » au chiffres ce qu'ils ne disent pas, on peut plus aisément encore se passer totalement de chiffres pour dire n'importe quoi.
Cas 2
Les publications du Front National n'ignorent pas les statistiques mais atteignent des sommets dans le mensonge par omission. Le FN n'est bien entendu pas seul à ne propager que les chiffres conformes à sa grille idéologique mais il ne se donne aucune limite dans le bidouillage consistant à grossir telle information et à occulter telle autre. Il considère apparemment que les recueils de données statistiques sont non pas des outils d'analyse mais un réservoir où l'on peut piocher à sa guise des informations convertibles en « chiffres-chocs » comme il y a des images choc.
Le tract « L'immigration ruine le France », téléchargeable sur le site officiel du Parti recense par exemple des montants des programmes « intégration et accès à la nationalité française », « immigration et asile », les allocations versées au titre du regroupement familial, l'aide médicale d' Etat, etc., mais, à supposer que les chiffres fournis soient convenables, ils n' indiquent bien sûr à aucun moment que les étrangers ruinent la France parce qu'aucune information n'est apportée sur l'autre côté de la balance, les contributions qu'ils apportent à l'industrie, à l'agriculture aux services, les cotisations qu'ils versent, les économies permises par l'accueil de personnes déjà en âge de travailler, etc. Avec une telle comptabilité « hémiplégique », il va de soi que tous les groupes sociaux ruinent la France puisque tous bénéificient à un titre ou à un autre d'aides en argent et en nature de la collectivité.
Cependant quand les étrangers ne sont pas exclusivement réduits à des coûts, ils sont identifiés à des menaces. Dans la propagande relative à l'insécurité, le FN juxtapose par exemple le pourcentage élevé d'étrangers en Seine-St Denis et le nombre élevé de vols avec violence dans ce département, et présente cette coïncidence comme s'il allait de soi que le premier fait observé était la cause du second. Or le département concerné ne comporte pas seulement une proportion élevée d'étrangers; il accueille aussi, par exemple, un taux élevé de ménages à faibles revenus. Et les étrangers eux-mêmes ne sont pas seulement ni surtout, du point de vue des facteurs plausibles de délinquance, des étrangers: ils comptent une forte proportion de jeunes célibataires masculins faiblement scolarisés et sans ressources salariales régulières, autrement dit ils ont assez fréquemment un profil qui, quelle que soit la nationalité, française ou étrangère, est moins rarement associé au passage à la délinquance violente que celui par exemple des anciens collégiens de Neuilly ou de Passy préparant des études pour devenir politiciens, traders ou avocats d'affaires. (Ces derniers ont en revanche un risque plus élevé de pratiquer un jour une forme de déviance beaucoup plus discrète et beaucoup moins réprimée, les malversations « en col blanc » étudiées notamment aux Etats-Unis par Sutherland et en France par Pierre Lascoumes).
Cependant, au-delà des cas extrêmes de mauvaise foi ou d'incompétence, il n'est pas rare que la publication de certains chiffres favorise la confusion, et cela est déjà arrivé sur le site Mediapart, y compris, accidentellement, dans des articles par ailleurs très intéressants. Ce type de confusion fera l'objet d'un prochain billet.


Tous les commentaires
Cher humaro, Ce billet me remplit de joie... La magie perverse des nombres, devenus chiffres dans le langage courant, un joli cadeau pour les enseignants qui doivent se battre, parfois contre des parents à ce sujet : "La preuve que vous dites que des conneries, c'est qu'à la télé, y disent comme moi !" (et non l'inverse, vous le remarquerez). Merci encore aux présentateurs qui en sont les principaux artisans, depuis le temps qu'ils nous présentent LE CHIFFRE DU JOUR : - 12,3 % pour le Dow Jones Les nombres, outils mystérieux qui font peur, si nombreux que ne pouvant tous les citer, on ne parle que de ceux qui nous arrangent, s'ils ne sont pas faux ou déjà dépassés... Ces nombres qu'on s'envoie à la figure, sans même savoir ce qu'ils recouvrent exactement... 1? 10 000 ! moi, 100 !! 1 000 000 000 000 de mille sabords !!! j'ai gagné ! MAIS NON, 'BECILE ! 1 ha = 10 000 m² = 100 a (ou dam²) = 1 000 000 000 000 (dixième-de-mm)² . A très bientôt sur ces billets, en espérant ne pas avoir piétiné tes plate-bandes...
Mais cher cadet de Gascogne vous ne piétinez pas mes plat-bandes et je suis ravi de vous offrir l'hospitalité, d'autant plus que votre "chiffre du jour" m'a fait penser à une innovation burlesque qui est le "sondage du jour": un échantillon qui n'en est pas un, qui n'est représentatif de rien, donne un avis tranché sur une question complexe qu'il n'a pas eu le temps, sauf exception, d'étudier ; et là, par définition, pas de % de non-réponse ni de "sans opinion", pas d'indécision ni d'avis en suspens, même s'il faut répondre dans les heures qui viennent à une question comme "Etes-vous favorable à l'adoption du plaider coupable dans la justice pénale française?", question effectivement posée dans un journal du matin de Canal ou d'une chaîne d'info TNT, je ne sais plus. A bientôt donc
Merci pour votre article. Vous nous posez des questions qui provoquent la réflexion (le mérite n’est pas mince). Quelques petits bémols : Les nombres sont-ils responsables de l’utilisation qui est faites d’eux ? Le titre du billet « putains de chiffres » est porteur de ce sens. Ce qui est faux la plus part du temps ce ne sont pas les nombres mais les discours construits sur eux. On peut construire un discours erroné sur des nombres exacts, mais aussi sur des faits exacts. La réalité est toujours complexe et toute simplification peut être mystificatrice. La paupérisation est elle un mythe marxiste ? Peut être. Mais parler de paupérisation c’est faire une simplification bien rapide : Il y a deux types de paupérisations : la paupérisation relative et la paupérisation absolue. Affirmer qu’il n’y a pas de paupérisation relative dans les pays développés me paraît bien hasardeux. Que penser sinon de l’augmentation vertigineuse du nombre de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté, Aux USA mais aussi ailleurs ? La France n’étant pas une exception. Dire que ce nombre augmente est-ce commettre un déni de réalité ? Affirmer qu’il n’y a pas de paupérisation absolue dans le capitalisme mondialisé, quand en 2008 dans 11 pays ont éclaté des émeutes de la faim, pose aussi problème. La paupérisation absolu un mythe ? Bref on constate que dans toutes ces questions là s’il y a une chose qui ne tiens pas la route, c’est le raccourci, la simplification avec ou sans chiffre. Bien à vous et encore merci pour avoir provoqué ma réflexion. J’attends vos prochains articles. Votre blog est très intéressant.
Merci pour votre article. Vous nous posez des questions qui provoquent la réflexion (le mérite n’est pas mince). Quelques petits bémols : Les nombres sont-ils responsables de l’utilisation qui est faites d’eux ? Le titre du billet « putains de chiffres » est porteur de ce sens. Ce qui est faux la plus part du temps ce ne sont pas les nombres mais les discours construits sur eux. On peut construire un discours erroné sur des nombres exacts, mais aussi sur des faits exacts. La réalité est toujours complexe et toute simplification peut être mystificatrice. La paupérisation est elle un mythe marxiste ? Peut être. Mais parler de paupérisation c’est faire une simplification bien rapide : Il y a deux types de paupérisations : la paupérisation relative et la paupérisation absolue. Affirmer qu’il n’y a pas de paupérisation relative dans les pays développés me paraît bien hasardeux. Que penser sinon de l’augmentation vertigineuse du nombre de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté, Aux USA mais aussi ailleurs ? La France n’étant pas une exception. Dire que ce nombre augmente est-ce commettre un déni de réalité ? Affirmer qu’il n’y a pas de paupérisation absolue dans le capitalisme mondialisé, quand en 2008 dans 11 pays ont éclaté des émeutes de la faim, pose aussi problème. La paupérisation absolu un mythe ? Bref on constate que dans toutes ces questions là s’il y a une chose qui ne tient pas la route, c’est le raccourci, la simplification avec ou sans chiffre. Bien à vous et encore merci pour avoir provoqué ma réflexion. J’attends vos prochains articles. Votre blog est très intéressant.
Je suis heureux que votre promenade dans mon blog vous ait plu. En ce qui concerne ce billet, c'est vrai que j'ai hésité sur le titre, qui peut en première lecture susciter la confusion. Je l'ai retenu au sens de "Qu'est-ce c'est compliqué "les chiffres", comme il faut être prudent dans leur usage et leur interprétation, comme ils peuvent jouer des tours si on les prend sans précautions". Mais je suis bien sûr tout à fait d'accord avec vous sur le fait que les problèmes viennent de certains usages, volontaires ou involontaires mais incorrects, qui sont faits d'eux. Pour ce qui concerne la paupérisation, je ne me dérobe pas mais je dois bientôt quitter le site et je préfère ne pas répondre à la va-vite; je préfère aussi plutôt que de répondre sur ce fil consacré aux statistiques (et dont le cenre de gravité risquerait d'être déplacé) le faire sur des fils où s'est déjà engagé une discussion sur Marx. Je vais chercher le billet qui convient et lorsque je vous aurai répondu, je vous signalerai l'endroit par message privé.
Putain de billet, en tout cas... vivement la suite !
Le problème, c'est que dès que le premier pékin venu assène des chiffres ou des statistiques (débat politique, journal d'infos...), la grande majorité des auditeurs n'a pas les moyens d'apprécier ou non la pertinence de ses déclarations. Le chiffre intimide. Parce que pour démonter une affirmation chiffrée, même la plus erronée, il faut lui opposer d'autres chiffres. Et qui dit chiffres, dit "étude". Et "étude" amène bien vite à " études". Et "études" à "spécialistes". Il y a comme quelque chose d'implacable dans des chiffres lancés à la tronche des petites gens (dont je fais partie), comme un " J'ai les chiffres, je les pose sur la table, circulez y a plus rien à débattre ! " Les gens peuvent se retrouver dans le mot, le verbe, parce qu'ils peuvent s'y opposer ou répondre par d'autres mots. Ca leur parle. (ou pas) Mais le chiffre, ça se compte. Ca s'analyse. Avec des moyens que la plupart d'entre nous n'ont pas. . Si, à chaque débat politique, dès qu'un chiffre ou une statistique est avancé pour servir une affirmation, on faisait appel à un ou des "spécialistes"(professionnels, neutres et objectifs) pour en affirmer ou non la véracité, bien des candidats ou représentants de partis hésiteraient à les utiliser à tout bout de champ, et le débat serait tout autre, non ? Et le vote aussi p't'être bien ! Vous imaginez le borgne haineux éructant un : "L'immigration ruine la France, en voici les chiffres !" (pour reprendre l'excellent exemple d'Humano), et Ma'âme Chabot lui disant : " Stop ! Avant d'aller plus loin, vérifions ces chiffres et leur signification. M'sieur Humano s'il vous plait, votre analyse !" La face de la politique en serait changée ! Celle de l'abstention aussi à mon avis. Mais ce n'est que mon avis.
J'ai souvent rêvé de votre scénario d' interview, où lorsqu'un politicien balance un bon gros mensonge, ça ne passe pas, son nez s'allonge; mais si déjà Ma'âme Chabot, ses compères et commères faisaient leur job, ça irait mieux. Je me demande toujours quelle est la part de courtisanerie ou de lâcheté et celle d'incompétence ou de paresse dans la facilité avec laquelle des baratineurs sans vergogne - Sarkozy, Tapie, Le Pen - peuvent si souvent asséner des contre-vérités sans être démentis, l'interlocuteur ayant la colonne vertébrale très flexible ou tout simplement ne s'étant as donné la peine de travailler ses dossiers, et n'osant pas mettre en doute un chiffre, un fait, une opinion martelés avec culot. A part ça, il est vrai que les chiffres sont souvent utlilisés pour intimider, mais il y a, sans être matheux, quelques techniques de vigilance et de résistance que je partagerai volontiers, et les mots de leur côté ne sont pas toujours innocents : il y a aussi je crois des rhétoriques d'intimidation et d'enfumage.
dianne http://vodpod.com/watch/31496-les-inconnus-lheure-de-la-verite-vraie . Pour l'instant on en est là... ;o(
Complètement OK avec Néfertari ! Mais regardez les randonneurs: ceux qui ont une bonne carte apprécient d'autant plus la rando. Il est urgent d'avoir des chiffres fiables et indépendants, ce qui va de pair avec une presse fiable et indépendante.
Ha ben ça me réjouit ! Je vous aime Pumacurieux. (J'avais l'impression d'avoir écrit une énormité, et comme cela m'arrive assez fréquemment..... ! )
@ pumacurieux Aucun chiffre n'est jamais fiable à 100%. Le fait même que vous arrêtiez arbitrairement les chiffres, selon des critères pré-établis, même unanimement peu importe, rend le chiffrage caduque. Car malgré cet arrêt statistique momentané, la vie continue elle, et votre chiffrage est dés lors, d'ores et déjà erroné. Donc, vous établissez seulement des moyennes, mais certainement pas des exactitudes. Le dégré de modification en géologie étant bien plus lent que celui enregistré en sociologie, on peut faire beaucoup plus confiance aux cartes de randonnées pédestres qu'aux statistiques éthno-religieuses officielles, ça tombe sous le sens, mais cela n'a bien évidemment rien à voir. @ +NEO-
dianne Chiffres et mensonges : les chiffres on leur fait dire ce qu'on veut. Pour ce qui est d'Arlette, elle aurait mieux fait de dire que la part de redistribution des profits en direction de l'investissement-travail n'a cessé de décroître tandis que celle affectée à la rétribution de l'investissement en capitaux ne cessait de croître en proportion. Mais c'est difficile à faire passer de manière "compacte". Immigration : l'INSEE publie notamment sur les mariages des tableaux de chiffres qui contredisent absolument les propos des chasseurs d'amoureux. Qui s'en soucie ? Un ministre peut asséner "un mariage sur trois est un mariage mixte" (donc louche, suivez son regard). Personne ne sourcille, alors que les proportions sont tout autres : en 2007 35 838 sur 267 194 selon les chiffres de l'INED. Putain de chiffres. Baillargeon propose de se fixer un certain nombre de repères pour ne pas se faire trop facilement abuser. Ses références sont un peu datées mais avec un effort.... Exemple : le coût de la guerre en Irak. En octobre 2004, il s'établissait à 113 milliards de dollars. Il le traduit de la manière suivante : -inscription de 16 099 088 enfants au programme d'éducation destiné aux enfants pauvres (Head Start) -2 168 932 enseignants pendant un an dans les écoles publiques -assurance maladie pendant un an pur 48 807 993 enfants -2 888 245 bourses universitaires de quatre années -1 626 701 logements Et il nous invite à toujours nous demander, devant des données chiffrées, qui les a produites, dans quel but et selon quelle méthode... Blague : "Une firme veut embaucher un ou une comptable. On demande au premier candidat combien font deux et deux. Il réponde : quatre. On fait entrer un deuxième candidat, même réponse. On pose la question à un troisième. Il se lève, ferme soigneusement les rideaux et demande à voix basse : "Combien voulez-vous que ça fasse ?" Il est embauché. Normand Baillargeon, Petit cours d'autodéfense intellectuelle (billet de blog)
je suis un navigateur médiocre (nul?) et ne parvient pas à retrouver le billet de N. Baillargeon. a part cela puisqu'on est dans le ecensement des lieux où l'on peut trouver armes critiques et munitions, il y a pour l'examen critique des publications de sondages, statistiques administratives et plus généralement l'usage des nombres dans le débat bublic, un site spécialisé, adossé à une association: www.penombre.org
dianne http://www.mediapart.fr/club/blog/dianne/220709/petit-cours-d-autodefense-intellectuelle :o)
merci dianne pour l'adresse! un petit point concernant Arlette Laguiller, votre commentaire est (quelle que soit la sympathie ou le respect qu'elle peut susciter à itre personnel) bien indulgent. Cela fait quand même à peu près un siècle et demi que des responsables politiques se disant marxistes (mais pour la plupart ne s'étant jamais affrontés à la rude tâche de lire attentivement le Capital) affirment que la classe ouvrière se paupérise d'une façon ou d'une autre. On a eu droit à peu près à tout, le pompom en France revenant malgré tout à un dirigeant (communiste) au Congrès de la CGT de 1955. A l'époque était paru le Manuel d'économie de l'Académie des sciences d'URSS, avec une exposition d'un "marxisme" prenant parfois l'exact contrepied de Marx et devenu doctrine officielle de l'Etat; le Manuel niait au culot les réformes sociales inervenues à l'Ouest (y compris celles inspirées en France par le Conseil National de la Résistance) et prétendait que les travailleurs y étaient, dans l'absolu de plus en plus pauvres. Ces bobards étaient martelés avec d'autant plus de vigueur qu'était justifiée l'exploitation quasi-féodale des travailleurs soviétiques pour édifier une industrie lourde. La majorité du PCF faisait allégeance et M. Thorez publiait, en pleines Trente Glorieuses, des brochures sur la "paupérisation des travailleurs français" en considérant comme traîtres, révisionnistes, laquais de Mendès-France, etc., ceux qui osaient suggérer que la paupérisation n'était peut-être que relative. Dans ces cas, il y a toujours émulation entre les courtisans et il s'est donc trouvé, au XXXème Congrès de la CGT, un dirigeant fédéral affirmant sans rire qu'il y avait eu dégradation continue du pouvoir d'achat des charpentiers depuis Saint-Louis! (l'anecdote est rapportée notamment par André Barjonnet, qui fut longtemps économiste du syndicat, dans son essai "La CGT" paru au Seuil en 68). Bon, j'arrête là, ce n'est pas le coeur du sujet et j'ai promis à Le Gravier de répondre attentivement sur les questions de paupérisation dans un fil plus approprié.
Non cher humaro, je ne suis pas indulgente avec Arlette mais on a réussi à nous faire croire qu'elle était un temps patronne de LO... la pauvre. Respect donc. Je voulais juste signifier que l'argumentaire du moulin à prière aurait pu être un peu mieux élaboré. Ceci dit, l'incantatoire "on vous ment, on vous spolie" est parfaitement "moderne" et d'une brûlante actualité. . Les ouvriers de père en fils (agricoles d'abord puis ouvriers du bâtiment) de ma famille ont vu régulièrement leurs conditions de vie s'améliorer, c'est vrai. Mais sans commune mesure avec l'amélioration de celles des classes moyennes et supérieures. Pour faire court, lorsque d'un côté on commençait à avoir des commodités à l'intérieur, le patron découvrait les joies du tourisme dans les stations balnéaires d'Espagne, au volant de sa DS19. Quand on accédait aux vacances ailleurs que chez les grands-parents, les classes moyennes sup envisageaient de découvrir le monde, tout en râlant de ne pas pouvoir garer leur second véhicule. Et ne parlons pas de la proportion d'enfants d'ouvriers au lycée... Il n'y a pas eu dégradation continue, il y a eu accroissement continu des inégalités, nuance. Jusqu'à il y a peu. Car maintenant tout va être beaucoup plus simple : plus personne n'aura de travail. Parenthèse, pour ouvrir un autre débat, le niveau moyen des années 60 serait tout à fait compatible avec une vie de qualité. Décroissance et écologie...Nous avons tous fini par considérer que le désirable était indispensable. On voit où ça mène en matière d'environnement.
A quand un panthéon des trucages statistiques ? Et un mini-guide du citoyen pour s'y retrouver ? Qui dit statististique dit sources d'info et outil de collecte indépendant. Et si la gauche créait cet outil, avec une INSEE - bis, dont elle garantirait l'indépendance par un statut moderne ?
Beaucoup sont des techniques très simples, basiques, les mêmes que celles que le marketing utilise pour appâter le client.
Seulement quelques ficelles, toujours les mêmes qui reviennent cycliquement. Ainsi, exemple archiconnu, qui devrait être éventé depuis longtemps mais qui fonctionne toujours aussi bien: la hausse camouflée en baisse, quand on met en évidence une baisse très brève et très momentanée, pour faire oublier la tendance générale de la courbe qui, elle, grimpe inexorablement.
Dernièrement, lors de l'annonce de la hausse du prix de l'électricité échelonnée sur plusieurs années, j'écoutais un expert de "Que Choisir" ou autre association de consommateurs, qui démontait la supercherie qu'il y avait dans l'annonce apparemment modérée de la hausse prévue: Il démontrait que les prix grimperont beaucoup plus que ce que l'annonce laissait benoîtement penser...
Mais ce sont les millions de gogos qui font leur propre malheur: Ainsi pas plus tard qu'hier, pendant le journal de 13h de France 2 regardé en groupe élargi, j'entendais la satisfaction générale que provoquait l'annonce télévisée que les supermarchés discount, à cause de la nouvelle concurrence des grandes chaînes comme Leclerc, Auchan etc qui se mettent eux aussi à vendre du très bas de gamme, qu'ils allaient tous être obligés de baisser encore leurs prix... "Tant mieux pour nous" était la seule réaction générale: Pas un ne réfléchissait plus loin pour comprendre que c'est la qualité de la nourriture et des produits qui baisseront encore plus, que c'est la déréglementation des emballages qui se chargera de tout embrouiller pour faire passer pour des baisses ce qui sera encore des n-ièmes hausses, etc.
- Quand convaincre quelques personnes qui pourtant semblent réfléchir, c'est déjà la croix et la bannière, comment voulez-vous ouvrir les yeux à tous ces millions de gogos décervelés-TF1 qui sont plongés si profond dans tout le grand cirque de la propagande des mots?
dianne Oui Axel J chacun d'entre nous a pu sentir monter le désespoir en entendant des sottises de ce tonneau. "Je me félicite de voir le montant de la rémunération du livret A monter à 1,25%" (alors qu'il était à 1,75 !)Lagarde, bonimenteuse. Astuce pour camoufler une hausse des prix : changer les quantités en ne modifiant pas la présentation du produit (de 250 à 230 g) Le plus terrible dans cette course au "moins cher" du hard discount : les conditions pitoyables dans lesquelles on maintient les salariés. Il y en a un qui lutte pied à pied, c'est Mermet avec Là-bas si j'y suis... Mais qui l'écoute ?
Les chiffres sont un langage comme un autre. Ca se manipule de la même manière que les mots, pour leur faire raconter l'histoire que l'on veut. D'ailleurs les deux mots "conte" et "compte" ont la même prononciation dans pratiquement toutes les langues du monde : "to count, to recount" en anglais, "zahlen,erzählen" en allemand, "shu, shu" en chinois et "li saper, le saper" en hébreu, etc... Le tout, comme d'habitude étant de ne jamais finir trop con.... @ +NEO-
Les chiffres forment un langage certes, mais différents des autres. Tout comme le solfège. Ou les hiéroglyphes. Alors, tout langage s'apprend, c'est vrai. Moi j'ai jeté l'éponge pour les chiffres. (Pour le solfège également.) Mais si Humaro me donne quelques clés pour être un peu moins ignare et appréhender une première lecture des chiffres et statistiques, j'en serais ravie !
Sinon, conter ou raconter en anglais se dit "to tell". Et pas " Recount" ! Et "Shu" ne veut rien dire en chinois. (D'après ma copine Fei Fei de Hong Kong ! ) Quant à " Saper ", c'est " le savoir" en italien. En hébreu, j'en suis déjà moins sûre ! Si quelqu'un parle et écrit l'hébreu.... Pour l'allemand, le umlaut sur le a change la prononciation de cette lettre. Mais il est vrai que les deux verbes se ressemblent.
mmddrr de mmddrr !!! En terme de linguiste, on connait mieux tout même. Bon, le "tell" en anglais c'est le "dire" sur l'instant même, dans cette langue de la perfide albion, alors que le " to recount" c'est raconter une histoire. Le "shu" Chinois est commun à absolument presque tous leurs dialectes du mandarin au han. Pour l'allemand c'est sûr aussi, quant à l'hébreu que je pratique à la perfection c'est tout bon aussi comme dirait Jacques. Et on peut élargir à de très nombreuses autres langues, c'est la même pronociation presque partout entre "conte"(mots) et "compte"'(chiffres). @ +NEO-
Tu es parfait Vertubleu ! Parfait. Je m'incline. Et je vais même te demander une faveur. Appelle-moi la prochaine fois que tu diras à un Anglais : " Recount me a story, please !" Que je "mmddrr de mmddrr" avec toi ! Cheeeeeeeeeers !
- "Pearl Harbor survivor to recount his experiences at Mare Faire ... - [ Traduire cette page ] 7 Aug 2009 ... Pearl Harbor survivor to recount his experiences at Mare Faire. www.timesheraldonline.com/ci_13013893?... - En cache - Pages similaires" (sic) Extrait de la première page Google suite à la simple requête "to recount". T'as raison nefertari, je suis un vrai Boss, si t'as besoin, et visiblement en la matière tu semble peiner léger, je serais toujours là pour toi ma belle. @ +NEO-
Procédé comptable (adapté de D. Duff, How to lie with statistics, Norton 1954) . Compagnie A Salaire moyen des employés : 22 000$ Salaire moyen et profit des propriétaires : 260 000$ . Compagnie B Salaires moyens : 28 065$ Profits moyens des propriétaires : 50 000$ . Pour laquelle de ces deux compagnies préféreriez-vous travailler ? Dans laquelle voudriez-vous être le propriétaire ? . En fait, peu importe votre réponse puisque dans les deux cas, il s'agit de la même compagnie. Explication : Posons que trois personnes sont propriétaires d'une entreprise qui emploie 90 salariés. A la fin de l'année, les propriétaires ont payé aux salariés 1 980 000$ en salaires. Les trois propriétaires ont pris chacun un salaire de 110 000$. On constate au terme de l'exercice qu'il reste 450 000$ de profits à partager entre les propriétaires de l'entreprise. On peut exprimer ceci en disant que le dalaire annuel moyen des employés est de 1 980 000$ divisé par 90 soit 22 000$, tandis que les revenus des propriétaires s'obtiennent en additionnant, pour chacun son salaire et sa part des profits, ce qui donne 110 000$ + 450 000$/3 = 260 000$. Voici notre compagnie A. Son chiffre d'affaires est excellent et pourra être avantageux à présenter en certaines circonstances si vous comptez au nombre des propriétaires. . Supposons maintenant que les propriétaires veulent plutôt faire ressortir leur profond humanisme et le sens de la justice qui les habite, on peut prendre 300 000$ sur les profits et répartir ce montant en tant que bonus entre les trois propriétaires. Puis on calcule la moyenne des salaires en incluant cette fois ceux des trois propriétaires dans le calcul. On a cette fois un salaire moyen de (1 980 000$ + 330 000$ + 300 000$)/93 = 28 065$ Et les profits des propriétaires sont bien de 150 000$/3 = 50 000$ chacun. Voici notre compagnie B. . Exemple très simplifié. Le premier comptable venu vous confirmera que dans la réalité on peut faire bien mieux-ou pire- que cela ! . Baillargeon "Petit cours d'autodéfense intellectuelle" p. 104-105.
Quand on voit les moyens dont dispose la moindre chaîne de télévision pour disséquer avec multiples angles de vue, ralentis, palettes pour ce qui n'est jamais qu'un spectacle sportif, un match de football... Comment peut-on imaginer qu'une chaîne, ayant des moyens, des ressources humaines et des journalistes (pour lesquels des chiffres crédibles semblent faire partie des données indispensables s'ils veulent l'être eux-même) ne tiennent pas à jour une base de statistiques ? Ainsi, chaque fois qu'un politicien affirmerait des informations chiffrées, celles de cette base seraient aussitôt affichées en sous-titre, tout écart significatif arrêtant la discussion et obligeant l'interrompu à s'expliquer et à "prouver". . La télévision a depuis longtemps refusé ce rôle de "martyr" au sens premier, pour le "martyre" de la vérité qui nous est due.
je m'étais éloigné et je m'aperçois que des visiteurs sont passés sans que je leur dise un mot d'accueil (pas obligé, mais plus courtois); j'essaie de réparer: @pumacurieux, l'idée d'un mini-guide du citoyen me semble excellente; on peut imaginer un forum sur le site pour approfondir, préciser, préparer concrètement le mise en oeuvre; en revanche je ne crois pas indispensable la création d'un INSEE bis; des améliorations peuvent et doivent être apportées mais je crois les bases saines, et les gens qui y travaillent compétents et honnêtes dans leur immense majorité. @Axel J; je partage votre effarement devant les machines à décervelage, pas votre pessimisme; je crois que la bataille n'est pas perdue, que le relâchement est fréquent mais la connerie minoritaire et que de toute façon on n'a pas le choix: ou bien on se dit que l'on n'a rien à faire du monde qui nous entoure, ou bien on se pend, on se noie, on se dévisse (ou si l'on est habile en arts martiaux, et que l'on n'a pas pas peur de salir le tapis, on se fait harakiri), ou bien on fait le pari qu'on peut faire avancer les choses, patiemment, obstinément (c'est le breton qui parle) - faisons le pari; @vertubleu; mais quelle est cette résignation à "ne pas finir trop con". il faut essayer de ne pas commencer et si on échoue tenter d'en sortir au plus vite, s'aider et si possible aider les autres à ne pas le devenir ou à ne pas le rester; à part ça je ne vous connaissais pas polyglotte; j'avoue avoir partagé avec Néfertari un peu de perplexité devant vos contes/comptes (à dormir debout?) et avoir envisagé de vous taquiner en consultant le Dizionario Signorelli de ma compagne; mais damned (diantre! palsembleu! vertubleu!), la taquinerie sera pour une autre fois, c'est racconto & conto. Et rien n'empêche de dire un mot aux déjà familiers: @Dianne, merci pour l'exemple de pirouette comptable (sinon à propos de la paupérisation, j'ai continué la discussion, bien sûr ouverte à tous, sur le fil de mon billet "Premières impressions de Mediap'town) @Cyrano, bretteur "coiffé d'un vieux vigogne dont la plume cache les trous", il y a un petit exemple du modèle que vous proposez: la vidéo (visible si je me souviens bien dur dailymotion) du discours de Sarkozy sur la recherche et les chercheurs, ponctuée par un rappel des chiffres et des faits; pas facile techniquement en direct, en temps réel, mais à viser. @Néfertari, juste un petit mot pour vous dire mon plaisir de vos visites et en profiter pour inviter celles et ceux qui ne l'auraient pas encore fait à se promener sur votre blog, pour plein de raisons, graves ou facétieuses, qu'ils découvriront.
Merci...
addendum: je m'aperçois que je n'ai pas murmuré un mot hospitalier à Pointvirgule (j'en suis tout rouge intérieurement) alors qu'on lui doit un des billets-fils les plus savoureux qui puissent se trouver actuellement, Rrose Sélavy Oh Oui! . Je répète: Rrose Sélavy Oh Oui, c'est plein de trouvailles, de ping-pong, de Mediapart pétillant, ça ne se manque pas. Je crois désormais être en règle et pouvoir aller me reposrer sereinement.
si le pouvoir d'achat était vraiment inférieur aujourd'hui à ce qu'il était avant 1950 (cas n°1), il faudrait alors ajouter que nous aurions toujours des tickets de rationnement pour les produits de première nécessité puisque ceux-ci ne furent supprimés qu'en 1949. Heureusement que ce n'est pas encore le cas.
Bonjour Lincunable. Mais oui, il y avait les tickets. Et puis comme beaucoup d'immeubles étaient délabrés ou détruits, il y avait parfois des douches (le "progrès moderne") au-dessus des WC à la turque. Et on avait souvent la "chance" (pour moi, jusqu'en 1957-58) de partager la chambre des parents, avec un paravent quand même ce qui permettait une initiation auditive aux mystères de la vie. Comme quoi, avec la diffusion de trucs comme Secret Story, il y a bien retour aux années 50. Qui en douterait?
Et puis avec un peu de chance aussi on pouvait se chauffer au poële à charbon avec les corvées de cave et de la suie partout.
Toujours dans la série "retrouvons les paradis perdus" : à la fin des années 60, les parents d'un de mes copains de fac et de révolte n'avaient toujours pas l'eau courante - c'était cette fois la corvée de puits. (Il y a un petit côté "Je vous parle d'un temps que les moins de vingt ans..." mais c'est Arlette qui a commencé)
Ben vous allez rire mais moi, j'ai toujours une pierre à eau (en grès) en guise d'évier ! Pas eu le coeur de la bouler ! C'est pas vraiment pratique pour la vaisselle, ça faut reconnaître ! Mais c'est si joli !