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Goa à l'ombre
Goa est dans tous les médias voire toutes les discussions depuis plus d’un mois. La presse indienne consacre au moins un article par jour à ce lieu décrit comme un paradis déchu. Le tourisme «plage et cocotiers» tant apprécié des Indiens et des étrangers serait devenu laid et dangereux.
Tout a commencé après l’assassinat, le 18 février, d’une jeune anglaise de 15 ans, Scarlett. Ce fait divers à base de drogues et de viol pouvait facilement faire la «une». Mais il est presque devenu une affaire d’Etat. La mère de la jeune fille –qui voyageait en Inde avec sa famille– a réussi à sensibiliser l’Inde entière et son pays d’origine, l’Angleterre. Fiona Keeling a d’abord dénoncé l’attitude de la police goanaise qui tentait de déguiser cette affaire de meurtre en noyade. Puis elle est entrée dans une croisade très médiatisée contre la corruption des autorités indiennes, tout particulièrement à l’égard des étrangers.
Le meurtre de Scarlett a constitué le point de départ d’une réflexion sur les dégâts du tourisme de masse à Goa, à grand renfort de statistiques comme l’augmentation du nombre de morts étrangers dans cet Etat (due en premier lieu aux overdoses et noyades). Lire les articles sur le site internet Aujourd’hui l’Inde : Le fait divers, Le mythe Goa.
Les journalistes ont mis en cause le mythe soixante-huitard occidental. Les sympathiques têtes blondes qui venaient fumer des joints sur les plages désertes auraient ouvert la voie aux drogues dures, au sexe facile et aux trafics en tout genre. Le tout n’a cessé de grossir, au même rythme effréné que les charters de voyageurs low-cost et les constructions d’hôtels, jusqu’à atteindre le niveau de criminalité actuel.
Mais cette évolution n’aurait jamais été possible sans la présence du fameux policier indien corruptible -voire l’Etat lui-même- partout accusé de laisser-faire. Les dossiers spéciaux des magazines comme Tehelka (lire) ou Outlook (lire) posent tous la même question : mais que fait la police ? (réponse implicite : elle accepte les dessous-de-table). Sans oublier l’éternel débat sur le choc culturel. On a pu lire ça et là que les étrangères le cherchaient bien (cf l’agression sexuelle) en bronzant en topless sur la plage.
En tant qu’étrangère en Inde, cette histoire interroge. Oui, Goa représente le lieu de détente idéal, entre autres car on peut en effet y porter un short sans attirer tous les regards. Oui, une journée suffit pour se rendre compte que la drogue circule partout et que la police est corrompue. Oui, certains endroits de Goa ressemblent à la Costa Brava avec son lot de bikini, bières et immeubles moches. Sauf que c’est en Inde, où les codes culturels sont si forts. Alors, en effet, on se demande si Goa peut supporter cela. Qu’en est-il à Phuket en Thaïlande ou dans un autre lieu touristique de ce genre ? L’Inde serait -elle un cas à part, pas sûr.


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Non pas un cas à part, à mon avis au contraire, un exemple de plus de l'arme de destruction massive qu'est le tourisme (le tourisme se transforme toujours en tourisme de masse) et une démonstration de plus de ce qu'il advient à tout petit coin de paradis sur terre, quand il commence à être envahi pas le nombre. L'histoire de Goa rappelle beaucoup aussi celle d'Ibiza: même perle peuplée d'une poignée de hippies et de ses locaux assez indifférents, et même destin "immobilier" et "touristique".
Mais très bientôt, même les îles perdues de l'Antarctique, seront si envahies de ces masses incultes, avec leur lot de problèmes et d'accidents mortels, qu'on n'aura plus d'autre choix que de contempler de loin les propriétés privées de quelques seigneurs qui, seuls, auront eu les moyens de s'approprier une terre pour la préserver des foules (ça, c'est un peu l'exemple breton avec sa côte dite "sauvage"...).
Merci en tous cas pour la belle bouffée de nostalgie, grâce à votre article. Et maintenant, partons rêver de tourisme spacial: pas encore trop "démocratisé" :-)