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Oct

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En Egypte, God save the constitution

« La plupart des égyptiens vivent dans des zones rurales, la plupart sont pauvres. Comprennent-ils la constitution ? Vont-ils voter pour ? » On parle de voter pour ou contre un texte de soixante pages, là, alors on imagine à quel point c'est problématique que tant de gens en Egypte soient pauvres, se dit la dame de la BBC. Et qu'ils ne sachent pas lire.

Allons demander à cette agricultrice illettrée ce qu'elle pense de la constitution.

Pas de chance pour la dame de la BBC : l'agricultrice, qui répond tête haute, sait lire. Elle va voter oui parce qu'elle est convaincue, et non pas parce qu'on l'a convaincue. C'est ce qu'elle affirme avec aplomb à l'inquisitrice venue d'Angleterre. Mais le court échange ne suffit pas à la dame de la BBC, désormais en quête de « non » lettrés. Elle poursuit sans se détourner de son angle initial l'investigation auprès de l'homme de la rue égyptienne.

Ah, voilà, des hommes en extérieur, qui boivent le thé, regardent un match de football : le cadre idéal pour un micro-trottoir improvisé. Le spectateur britannique n'a accès qu'à leurs nuques. Le visage pâle et un peu affaissé de la dame de la BBC ressurgit : « En arabe, constitution se dit dostour et bien, qwayth. Je vais demander à ces hommes égyptiens – ils ne parlent pas anglais - s'ils trouvent que la dostour est qwayth » annonce t-elle avec l'intensité de quelqu'un qui s'apprête à sauter dans la stratosphère en parachute.

La dame de la BBC approche son micro corporate, menaçant comme une épée, des hommes si égyptiens, là, à leur façon de boire le thé à même le trottoir, dans le soleil d'hiver du Caire, plus douillet que tous les étés de Brighton. Elle ouvre la bouche très grand, comme si elle s'apprêtait à engloutir un scone au fromage en entier : « Dos-toooor qwa-yyyyy-th ? ».

Les hommes de la rue égyptienne ne réagissent pas assez vite, television-wise. Elle répète, plus fort, harponnant au passage celui qui se trouve assis le plus près d'elle (« C'est de l'avenir de leur pays qu'il s'agit, après tout, pas du mien ! » pense t-elle pour se donner du courage). « DOS-TOOOR, QWAYYYTH ? ». Elle agite désormais le texte de la constitution sous le nez de celui qu'elle a élu pour être son témoin, le baromètre d'une société en ébullition (« Il devrait être fier de passer à la BBC ! »).

L'homme fait non de la tête, surpris, souriant des yeux, gentiment moqueur. Les autres enfin se tournent, par curiosité, vers leur camarade baromètre. Elle le tient son micro-trottoir, son grand moment de télévision ! « Dos-tour, qwa-yyy-th ? » répète t-elle avec toute la chaleur de son charisme d'institutrice, l'enthousiasme délirant appelant, calcule t-elle, l'enthousiasme délirant.

Les autres disent non, de la tête, des mains (Disent-ils non à l'interview ou non à la constitution ? Ce n'est pas clair), ça ne dure qu'une seconde, mais il faut les voir, ces égyptiens, secouer leurs bras dans un grand élan de passion politique, tellement exotique, tellement inédit pour ce pays qui n'a connu que la dictature ! Mais déjà les voilà qui se retournent vers l'écran sur lequel le match de football n'a jamais cessé de jouer. 

Tout est dans la chute, il faut de la conclusion haut de gamme : c'est à cela qu'on reconnaît un grand journaliste de télévision.

Back to football, but you got the idea.

http://www.bbc.co.uk/news/world-middle-east-20722986

Tous les commentaires

17/12/2012, 18:09 | Par jamesinparis

Quelles équipes jouaient ? Quelle compétition ? Le score final ? Qui a marqué ?

Là on est laissé en suspens !

17/12/2012, 18:42 | Par Isabelle Mayault en réponse au commentaire de jamesinparis le 17/12/2012 à 18:09

Haha c'est exact. Je ne doute pas que cela fera l'objet d'une nouvelle investigation de la reporter. Football, good ?

17/12/2012, 19:00 | Par Pierre Wassef

Merci à la dame du blog, un peu d'humour et d'intelligence ne font pas de mal.

17/12/2012, 19:19 | Par Stephane M.

Vu avant hier sur TV5 Monde :

Le micro-trottoir devant le bureau de vote se fait dans le quartier de Zamalek.

Là des femmes sans foulard affirment à la caméra qu’il y aura certainement des fraudes, et que, quelque soit le résultat des élections, elles diront "non".

Zamalek est le quartier huppé du Caire. L’échantillon qu’on peut y interroger n’a absolument rien à voir avec l’immense majorité des Egyptiens.

On se demande si à TV5 Monde, ils ont une idée, même vague, de ce que signifie le mot "démocratie" ?

17/12/2012, 19:21 | Par mtb74

Effectivement, un "reportage" assez pitoyable, qui finalement ne nous apprend rien sur la question initiale : les Egyptiens ont-ils lu et comprennent-ils le projet de constitution?

La question est en elle-même légitime. Je me souviens de tel traité constitutionnel pour l'Europe qui comptait des centaines de pages. Il était extrêmement difficile (allez, disons impossible) pour le citoyen "ordinaire", et même pour ceux qui font profession de politique, de le lire et de le comprendre intégralement. N'était-ce pas voulu?

Comme il faut toujours garder l'esprit critique, je salue ce billet mais donne un carton jaune au petit dérapage incontrôlé de "son charisme d'institutrice". Merci pour elles.

17/12/2012, 19:37 | Par jamesinparis en réponse au commentaire de mtb74 le 17/12/2012 à 19:21

Un coup franc peut-être, mais là un carton jaune directe... Innocent

17/12/2012, 20:02 | Par Isabelle Mayault en réponse au commentaire de mtb74 le 17/12/2012 à 19:21

Tout à fait d'accord avec la comparaison au referendum sur la constitution européenne, qui peut se targuer de l'avoir lu, de l'avoir compris ? 

Charisme d'institutrice, une précision : une journaliste ne devrait pas être dans la position de donner une leçon en interview, et idéalement ne devrait pas non plus donner l'impression qu'elle s'adresse à des enfants, quand il s'agit d'interlocuteurs adultes. C'est tout !

17/12/2012, 21:57 | Par mtb74 en réponse au commentaire de Isabelle Mayault le 17/12/2012 à 20:02

OK. J'avais compris la phrase comme "elle a autant de charisme qu'une institutrice" (c'est-à-dire aucun) : je me serais donc trompé?

17/12/2012, 19:35 | Par Ben.

Votre billet est excellent

Cette vision de la société ,  pas spécialement de l'Egypte , mais du monde Arabe en général me fait sourire

 

 

 

 

 

17/12/2012, 22:17 | Par GIULLIETTALASUBVERSIVE

Bonsoir Levantine

Mon commentaire postée à 15h56, dans mon billet..En pensant à toutes ces femmes, qui n'avaient pas conscience, des éléments juridiques de cette constitution. Et de la stratégie de fond, des frères musulmans..

Égypte : "Les Frères musulmans ne sont pas modérés"

 

Les égyptiens disent oui, à une Constitution décidée par Morsi..pour verrouiller les libertés individuelles, et faire reculer le droit des femmes.

Voilà à quoi sert l'islam politique..

De mettre la femme sous tutorat des hommes, a  s'emparer jusqu'à la conscience d'un pays entier,   pour l'uniformatiser,  le formater et lui imposer des dictats religieux dans un pays où il y a 17 millions d'iillettrés, dont une majorité de femmes.

 

Pdéfinition : l'âge 15 et l'excédent peuvent lire et écrire
population totale : 82%
mâle : 87%
femelle : 77%
note : plus de deux-tiers du monde 785 millions d'adultes illettrés sont trouvés dans seulement huit pays (Inde, Chine, Bangladesh, Pakistan, Nigéria, Ethiopie, Indonésie, et Egypte) ; de tous les adultes illettrés dans le monde, deux-tiers sont des femmes ; des taux extrêmement bas d'instruction sont concentrés dans trois régions, l'Asie de Sud et occidentale, l'Afrique Sous-saharien, et les états arabes, où autour un tiers des hommes et moitié de toutes les femmes sont illettrés (est 2005.)

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