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La carbonisation de la politique
Article de Noël Mamère LA CARBONISATION DE LA POLITIQUE Edito du 7 septembre 2009 (source: blog de Noël Mamère) Nous avons assisté en direct la semaine passée au déclin de la politique. Le débat autour de la taxe carbone ou ce que nous appelons, nous écologistes, la Contribution climat-énergie, est le révélateur de ce qu’est devenue la politique moderne : un concentré d’hypocrisie, de conservatisme, de spectacle. Au delà du débat de fond, sur lequel nous allons revenir, trois leçons essentielles sont à retenir.
1- La contradiction de plus en plus prégnante entre le court termisme et l’urgence écologique. Le court termisme est la maladie du siècle. Faire croire que l’on défend le niveau de vie de ses concitoyens en criant haro sur tout nouvel impôt n’est certes pas nouveau. Mais, ici, ce ne sont pas les infrastructures, l’éducation et la formation ou la défense nationale qui en pâtissent. N’importe lequel des dirigeants qui s’oppose à la mise en place de la Contribution climat-énergie est au courant de l’impact du réchauffement climatique validé par la communauté scientifique. Les dizaines de millions de réfugiés climatiques, les littoraux inondés, le désert en expansion, ne sont pas des visions sorties d’un film catastrophe, mais des prévisions qui font maintenant consensus. Toutes nos autruches démagogues disent, la main sur le cœur, que la crise climatique est une priorité mais, lorsqu’il s’agit de passer aux actes, ils se défilent tous, cachés derrière les sondages, les automobilistes, le Medef, la FNSEA... Lorsque les historiens feront le bilan de cette période, elle apparaîtra comme un « Munich » du Climat où des Daladier appelés Ségolène, Fillon ou Copé, préparaient le chaos, sous les applaudissements d’une population désinformée par ses élites politiques... Au moins, sur ce sujet, Claude Allègre, fait-il preuve d’un minimum de cohérence et de courage : il assume sans honte son négationnisme climatique.
2- Le Sarkozysme n’est ni bonapartiste, ni néo-conservateur. Il relève plutôt du casino. Tout n’est que mise en scène, storytelling, construction de scénarios. Ce clan ne défend que la personne du Prince en jouant sur toutes les divisions de son propre camp, de son opposition, de la société. La semaine passée fut ainsi un véritable festival. Il abaissa un peu plus Fillon en le ramenant à son statut de « collaborateur », désavoué par l’intermédiaire de la secrétaire nationale des Verts, et faisant défendre la taxe carbone par Xavier Bertrand contre Jean-François Copé. En dehors de toute règle républicaine, il a reçu un seul parti, les Verts, aujourd’hui minoritaires, pour les consulter sur l’importance d’un impôt... Et Martine Aubry s’est humiliée en quémandant un rendez-vous qu’il a accordé quelques jours après avoir reçu Cécile Duflot et Jean-Paul Besset. Cette stratégie de mise en valeur des Verts a pour seul but - avoué- de nous instrumentaliser pour mieux affaiblir le PS aux prochaines régionales. Il avait tenté le même coup, avec Besancenot, au moment des européennes. La force de ce gagne-petit est qu’il la joue transparent, en obligeant l’opinion à commenter l’écume de ses manœuvres plutôt que le contenu de ses décisions. Du grand art, mais quand viendra le temps de prendre une décision réelle, on verra que, sur le fond, hors l’esbrouffe, rien n’aura avancé. Jacques Chirac était un radical- socialiste de l’immobilisme, Nicolas Sarkozy est un radical- conservateur de l’agit-prop : tout faire bouger pour que rien ne bouge.
3- Si l’affaire de la taxe carbone est si embrouillée, c’est qu’elle dépasse les clivages de la droite et de la gauche traditionnelles. Elle repose en effet sur des considérants complexes qui mêlent des temps courts et longs, mettent en cause des intérêts immédiats et l’avenir des générations futures. Elle suppose des changements de comportements, de mentalité, de mode de développement qui ne se traduisent pas immédiatement pour la population. La taxe carbone est le type même de proposition qui transforme notre rapport à la politique et à la chose publique. On voit bien la difficulté que rencontre la gauche pour conserver ses principes de justice sociale, de redistribution des richesses, d’égalité sociale, en les appliquant à un terrain nouveau, éloigné des rivages d’antan. Il ne suffit pas de dire : « Ya qu’a, faut qu’on » , mais de mettre en phase des pratiques individuelles et collectives, des politiques publiques locales, régionales, nationales, continentales et mondiales. Il y a toujours affrontement de classes, entre riches et pauvres, et plus que jamais confrontation Nord-Sud. Je ne donnerai ici qu’un exemple : les Verts se sont prononcés contre le marché des droits à polluer mais, dans le débat confus de la semaine dernière, personne n’a relevé que les grandes entreprises se cachent derrière ce marché où elles sont gagnantes - gagnantes, en troquant leurs droits à polluer contre la bonne conscience des associations, utilisant ce prétexte pour refuser une taxation plus importante fondée sur le principe pollueur-payeur. Or, tout en voulant arriver en défenseur de l’écologie à Copenhague, Sarkozy se garde bien de s’attaquer aux profits de Total et des entreprises du Cac 40. Par une sorte de tour de passe-passe cynique, le débat se focalise sur notre responsabilité individuelle et non sur celle des pollueurs avérés. Qui pourra expliquer à ces habitants des zones rurales où on a cassé les services publics, où les enfants sont obligés de prendre le taxi tous les matins pour aller à l’école qui est à 20 km de leurs villages, qu’il faut payer, en plus de la TIPP, une nouvelle taxe sur les énergies fossiles ? La vérité est que personne, à gauche, à l’exception des écologistes, n’a travaillé sur le concept de « justice climatique » ; parce que, jusqu’à ce jour - et pour combien de temps encore ? - la culture politique de la gauche considérait ces questions comme secondaires ou hors-champ.
Le réel reprend ses droits et la gauche est nue. La droite, elle, n’a pas ce type de problème. Après moi, le déluge, est la seule devise des privilégiés. Si l’humanité disparaît, bon débarras ! Après toutes ces considérations sur le déclin de la politique, Cécile Duflot et Jean-Paul Besset devaient-ils aller chez Sarkozy, sachant les tenants et les aboutissants de ce rendez vous de 5 à 7 ? Bien sûr ! Ne serait-ce que pour s’adresser à l’opinion en réaffirmant quelques vérités premières dans ce qui, au delà des manœuvres politiciennes, est une bataille culturelle que nous devons gagner :
Il faut une contribution climat-énergie à hauteur de 34 euros la tonne de carbone comme l’a affirmé la commission Rocard. C’est un engagement que tous les partis ont souscrit et qu’a réaffirmé le Grenelle de l’environnement, avec l’aval de tous les partenaires sociaux. Si le curseur du gouvernement se promène entre 15 et 29 euros, cette taxe sera inefficace et incapable de peser sur les modifications de comportement.
Il faut que cette contribution s’applique à l’électricité. Nous refusons de cautionner la démarche nucléaire de l’Etat sous prétexte de combattre le réchauffement climatique. Le nucléaire, ses conséquences et ses déchets mettent en danger nos enfants et petits-enfants.
Il faut que la taxe soit redistribuée sous forme de « chèques verts » pour économiser l’énergie et permettre à ceux qui sont touchés directement par l’éloignement d’adapter leurs moyens de transport. Les classes populaires ne doivent pas être pénalisées. L’intégralité de la contribution climat-énergie devra être reversée aux ménages qui la subiront, ainsi qu’aux PME et aux artisans, parce que cette taxe n’est pas un impôt supplémentaire. C’est le début d’une fiscalité écologique qui devra se substituer progressivement à l’impôt indirect, souvent injuste, comme la TVA.
Enfin, cette contribution doit être incluse dans un paquet énergie climat qui taxera les grandes entreprises polluantes, encouragera le soutien aux économies d’énergies et aux énergies renouvelables développées par les villes et régions ou la création d’un chèque transport.
Le débat n’est donc pas anecdotique. Soit nous assumons la transition d’une économie fondée sur le gaspillage des ressources naturelles et la destruction de la planète, vers une économie fondée sur le respect des équilibres entre l’homme et la nature ; soit nous allons vers la barbarie. Lorsque Jaurès conjurait les dangers de guerre il y a plus d’un siècle, il en appelait à la conscience humaine. Il ne fût pas suivi. Nous connaissons la suite. A nous tous de choisir
Noël Mamère, le 14 septembre 2009
PS : Le Gabon, après le Togo, la Mauritanie, le Congo Brazzaville ou la Tunisie, s’ajoute à la longue liste des élections trafiquées, des régimes pourris, des répressions sans fin. Le tout soutenu par la France, plus exactement la Françafrique, ce maquis de réseaux politico mafieux où les valises font des aller-retour entre l’Afrique et la France pour financer les partis politiques. La seule nouveauté, c’est que nous avons droit maintenant aux fils. A Lome, le fiston Eyadema a remplacé son dictateur de père, au Maroc "M6" a succédé à Hassan II, au Gabon, Ali Bongo reprend le flambeau d’Omar... Après Foccart et Guy Penne, maintenant Bourgi qui s’agite dans l’ombre, tandis que Kouchner, toute honte bue, cautionne ce manège écoeurant. Et tout ça pourquoi ? Pour sauvegarder les intérêts de Total, cette multinationale qui met en esclavage les enfants birmans, finance les guerres civiles comme au Congo du temps d’Elf, et pollue nos océans. Une multinationale qui sera exonérée, n’en doutons pas, d’une imposition sur les investissements, comme l’a annoncé Fillon à l’Université d’été de l’UMP, à propos de la taxe carbone,


Tous les commentaires
Voilà une mise au point claire et utile.
Ah bon! Pépère a pris sa tisane?
Clair, pertinent, connu. J' y adhère à quelques bémols prés.
La "redistribution", "la volonté de ne pas creuser les inégalités" et toute cette rhétorique pseudo "égalitariste " qui fait dans l'équité comme d'autre dans la manipulation, est une fausse pudeur et la solution Hulot de "chèque vert"une fausse bonne idée.
A-D'abord parce que1° les dichotomies défendues ne tiennent pas la route. Les ruraux, les banlieusards, entre autre, qui utilisent effectivement plus leur véhicule, ont déjà des compensations foncières par rapport aux habitants des centres ville. Parce que 2° la ruralité est bouffée énergétiquement par l'effeuillage institutionnel ( en terme d 'écoles, d'hopitaux et maternités, tribunaux, transports collectifs). Parce que 3°- il s'agit de sommes peu importantes dans le cadre des variations du prix de l essence ( équivalent 1/2 euros par semaine par ménage monoparental). Parce que 4° la redistribution entre riches et pauvres doit se faire par le biais de l impôt sur le revenu .
B-Ensuite parce qu'il faut bien,1° pour autant que l 'on prétende agir sur la consommation automobile, ou les chaudières, par exemple, permettre à ceux qui n'ont pas les moyens d'avoir une pratique écolo d'en avoir une en les aidant financièrement par des prêts à taux zéro, et des aides multiples, directes et variées etc..Parce qu'il faut-2°- bien permettre aux entreprises d'interroger leur processus productif, de booster leur recherche. Or ces aides ne peuvent venir que d'un fonds spécial dont ce serait l 'objectif et qui serait abondé par cette taxe.
C-Enfin l'élasticité des prix , ce que vous appelez le "signal prix" ( on modifie un prix de x% et on voit de combien y% la consommation varie) me parait même à 32 euros la tonne bien faible...et inefficace
D-Il n'est rien dit dans ce texte sur le coté perenne et évolutif de cette taxe qui doit atteindre 100 euros la tonne en 2020.
E-IL n'est rien dit sur la taxation aux frontières des produits ayant soit en terme de production soit en terme de transport consommé beaucoup de C02.
F-S'il est parlé de CCE - incluant l 'électricité- il n'est rien dit de façon claire sur la necessité d'inclure l 'électricité- ne produisant pas de carbone- dans ce qui est une taxe energie.D'où une appelation à récuser.
Car le problème n est pas tant le réchauffement climatique que la raréfaction - la finitude du monde.
J'ajouterai pour faire polémique 1°que la contribution que Cochet signe là est bien différente des contre-vérités qu'il prononcait dans son entretien RTL et que 2°sans une taxe aux frontières qui pose beaucoup de problèmes techniques- et politiques- la taxation de 1% de la population du monde ne sera qu'un "coup de pet dans l'eau.".3°Qu'il êst intéressant de revoir un certain nombre d 'accords protectionistes qui exonèrent le kérosène pour avion de taxes ainsi d 'ailleurs que le fuel agricole. 4° Que la demande de contribution des grands groupes se répercutera non sur leur pratique mais sur le consommateur. 5° Que la question de la croissance est une nouvelle fois mise de coté , évacuée, ....
A bon entendeur.le troll de servicce.
PS : qu'est ce qu'un" impôt sur investissement" dont Fillon voudrait dispenser Total? Doit-on encore revenir sur le procès Elf de Joly? La bonne conscience étant de nouveau caressée, la vérité claironnée- , qui peut soutenir ELF effectivement responsable d'une exploitation sans vergogne en Birmanie -malgré l'absolution kouchnerienne-d'une guerre atroce au Congo etc.- ok et maintenant? Rien ne dit que Total ait été acteur de l'election au Gabon . Rien ne dit que Total n'ait pas soutenu et Bongo et Mba...et les sautres tous ceux qui avaient une chance.. De toute manière Total était confronté non aux candidats à la présidence mais à Exxon...et aux autres. Tout le monde , les chinois, les américains lorgent, sans vergogne, sur les champs pétroliers...que devait faire Total? Qu a t il fait? Chacun sait que de toute façon Bongo ou pas Bongo il faut cracher au bassinet..c'est le propre des présidences africaines que d'être là où l'on crache au bassinet pour leur permettre de soudoyer les oppositions et aider les grands groupes, Total ici, Areva là, à produire, extraire,.....