
Thématiques du blog
La tomate tueuse de l'Amérique du Nord
Extrait d'un article de Peter Bahouth publié dans la revue L'Ecologiste n°2.
En visite à Montréal (Québec), vous décidez de commander une petite salade de tomates ...
Vous voici alors sur le point de faire connaissance avec la Tomate Tueuse de l'Amérique du Nord.
L'histoire de cette tomate commence au Mexique, sur une terre rachetée par une compagnie américaine. Sa graine est un hybride créé grâce aux subventions de recherche financées par le contribuable américain.
La terre en question a d'abord été aspergée de méthyle bromide, 120 fois plus nocif pour la couche d'ozone que le CFC-111. Elle a ensuite été traitée avec des pesticides produits et distribués par Monsanto l'un des plus grands pollueurs des Etats-Unis (et d'ailleurs !). Les déchets issus de la production de ces pesticides sont transportés par bateau et entreposés dans le dépotoir de produits toxiques le plus vaste du monde à Emelle, en Alabama, dont la plus grande partie des habitants vit dans la pauvreté.
Les journaliers mexicains ne sont pas protégés contre les pesticides : pas de gants, ni de masques ou de consignes de sécurité. Ils gagnent environ 2,50 dollars par jour et n'ont pas de couverture sociale.
Récoltée, la tomate est posée sur un emballage plastique et sur un plateau en plastique, puis dans des boîtes en carton. L'emballage a été manufacturé par une compagnie au Texas, ses travailleurs et habitants risquent de connaître une augmentation significative du taux de cancer, un affaiblissement du système immunitaire et des troubles de croissance à cause de leur exposition à un fort taux de dioxine. Les fibres de carton proviennent d'arbres vieux de 300 ans ayant poussé en Colombie Britannique (Canada) ; le carton est fabriqué dans la région des Grands Lacs dont on déconseille aux habitants de consommer les poissons, pollués à la dioxine ; il est ensuite expédié par voie maritime vers le Mexique.
Une fois dans les cartons, les tomates, rougies à l'éther, insipides et sans valeur nutritionnelle, sont expédiées par camions réfrigérés vers le Canada. Les camions et les centres de distribution sont équipés d'un système de réfrigération à base de CFC produit par Du Pont.
Une fois à bon port, l'emballage plastique est jeté, collecté et renvoyé aux Etats-Unis pour être brûlé dans un incinérateur à Detroit.
Il faut du carburant pour assurer tous ces voyages. Contribuant au réchauffement du climat, le pétrole nécessaire au ravitaillement des camions a nécessité un forage dans le Golfe Campeche au Mexique. Il a ensuite été expédié par pétrolier (entre les 3800 récifs du Golfe du Mexique) à destination des raffineries de la côte des Etats-Unis qui sont à elles seules responsables de la mort écologique et économique de la région. Le pétrole raffiné est redistribué aux fabricants de plastique, de pesticides, d'emballages et de véhicules, qui rendent possible le transport de cette fameuse tomate sur 3000 kilomètres !
Bienvenue en Amérique du Nord, votre salade de tomates est arrivée. Bon appétit !
Ne vous réjouissez tout de même pas trop vite de vivre de l'autre côté de l'Atlantique. Nous avons aussi notre alimentation irradiée au cobalt-6 et au césium-137, en grande partie issus de déchets nucléaires. Et, contrairement à ce que prévoit la directive européenne, la pratique la plus courante en Europe est l'absence d'étiquetage de cette nourriture irradiée !


Tous les commentaires
Absolument excellent (pas la tomate, l'article!)
Beeuurrrkkk !
Edifiant tableau ! Mais combien de consommateurs à travers le monde connaissent réellement la situation ? Je pense surtout aux gens à faibles revenus qui n'ont d'autre choix que d'acheter cet ersatz d'aliment ... et qui seront les premiers à souffrir de ses effets dévastateurs !!!
Ah ! Vivement que nous trouvions le courage citoyen de changer nos comportements d'achat ! (je parle aussi pour moi bien sûr). J'ai apprécié les photos qui accompagnent le texte, car elles résument le changement à opérer : nos choix ne sont-ils pas pour le moment guidés par l'aspect extérieur des fruits et légumes (rutilant et sans défaut) ?
Voilà qui encourage à passer au Bio, à commencer par faire partie d'une AMAP pour avoir des produits avec du goût, un véritable apport pour la santé et en prime une aide à des petits producteurs, sans passer par une grande surface. Voilà un début de solution, le reste étant de mettre au pouvoir des personnes responsables, pas toujours les mêmes partis qui ne défendent pas nos intérêts ... il en va de notre avenir, on le voit bien avec les OGM ces jours-ci !
Merci, pour un tel article. Consommons ce qui pousse à proximité, en saison afin de limiter les déplacements. L'exotisme devient du snobisme culturel. La variété existe dans toutes les terres, même à l'état sauvage. Pourquoi en sommes-nous arrivés à un niveau de subordination insensée aux firmes internationales comme monsanto? Pourquoi sommes nous des milliards à être spoliés de notre droit à vivre simplement , sainement, en harmonie avec la nature ? Pourquoi ressemblons nous de plus en plus à ces "légumes hors sol", décalés de nos racines d'êtres vivants? ou bien sommes-nous devenus, en toute conscience et par choix, des êtres culturels, voire virtuels? Pourquoi sommes nous si nombreux et pourtant manipulés par quelques princes de la finance? Le fric est-il une arme fatale ou pourrions nous enrayer le système?
Nous voulons des tomates en décembre, bien rondes, bien rouges, bien emballées et sans tache sur la peau s'il vous plait... Nous sommes coupables, nous, colonisateurs récidivistes que nous sommes. Coupables d'acheter n'importe quoi, n'importe quand et au prix le plus bas possible. Si nous ne voulions pas de ces tomates, des ces emballages "vendeurs", on n'en produirait plus et les mexicains pourraient manger leurs tomates un peu tachées, autant que le soleil voudra bien leur en faire pousser et après que les chenilles, qui deviendront papillons le lendemain, seront passées dessus. Pomi d'oro, mais pas pour tout le monde.