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May

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Du néo-maurrassisme


Exceptionnellement (voir mon intervention sur Club en chantier), je publie ce texte en réponse publique à une question privée sur un de mes commentaires à l'article «Entretien avec l’historien israélien Shlomo Sand: ‘Le peuple juif n’existe pas’». Mon commentaire disait: «Maurras pas mort. Je parlais à propos de Finkielkraut de ses mauvaises lectures. C'est le piège du culturalisme passéiste». Ce qui a été jugé vexant et non pertinent par la personne qui signe Quetzal:

Bonjour, je viens de lire votre commentaire. Mais je suis assez bête, il ne me semble que votre commentaire n'est pas tout à fait en relation avec ce que j'ai tenté de dire. Si vous pouviez un peu éclairer ma lanterne, la présence d'un «Maurras pas mort», me donne quelques aigreurs. Amicalement votre ;)
Je comprends votre trouble (parce que je ne suis pas bête, et que la modestie en la matière me paraît toute rhétorique). Mais il ne faut pas être si sensible (...facile à dire ;-)...). Quand on propose un argument, il peut être contredit (contrairement à la pensée religieuse... maurassienne ou non).

 

 

C’est précisément le problème de notre époque (si faussement modeste): elle régresse au maurrassisme, même en croyant lutter contre l’antisémitisme. La doctrine maurassienne concernait la seule France. Mais si on la généralise, on obtient évidemment un culturalisme identitaire généralisé que vous formulez très bien dès votre introduction, et qui est répété en conclusion: «...Bref, il me semble un peu abusif de vouloir évacuer du fait culturel d'un peuple, toute la sphère magico-religieuse qui précisément offre une vision particulière du monde, puisque liée à une origine particulière.» et aussi, à propos de la France: «un peuple né de l'agglutination progressive et historiale de nombreuse tradition locale, dont celle des populations juives qui y résident depuis longtemps maintenant...».

 


Outre le fait que l’importance de la communauté juive en France peut quand même être considérée comme négligeable en tant que telle avant la Révolution. Le fait est que l’identitarisme («historial» en plus) me paraît bien maurrassien (l’heideggerisme aggrave plutôt le cas). Il est vrai que l’exception israélienne (sujet de l’article initial) se fonde bien sur ce modèle culturaliste identitaire, et pour justifier l’un (Israël), on justifie l’autre (l’identitarisme).

 


NB. sur le sujet de l’article initial j’écrivais plus loin: «Il me semble qu'il ne faut pas s'arrêter à l'aspect rhétorique d'une expression comme «Le peuple juif n'existe pas» (pas d'avantage, d'ailleurs qu'à celle «Il n'y a [...ni femme, ni homme] ni Juifs ni Grecs, ni hommes libres ni esclaves»). Évidemment, il y a des femmes, des hommes, des juifs, des Grecs, des hommes libres et des esclaves (au temps de Paul et même aujourd'hui). Dans un cas comme dans l'autre, il faut comprendre le sens d'une formule. Dans celui de St Paul, cela veut dire que le christianisme parle pour tous. Dans le cas de Shlomo Sand, cela veut dire que les juifs de l'Est et du sud de la Méditerranée ne partagent pas autant la même identité que l'idéologie juive actuelle le dit.[...] Shlomo Sand dit que les juifs allemands sont en fait surtout allemands, ou au moins autant allemands que juifs. Pareil pour les juifs français, américains, etc. Et qu'il est artificiel de se croire d'abord juif, surtout quand on ne vit pas en Israël. [...]»

 


Le véritable problème est qu’aujourd’hui, on ne sait plus penser. Les mots renvoient à des anathèmes ou des soupçons, sur le modèle stalinien du «d’où parles-tu?» (sur la question juive le sujet est glissant vers ces attracteurs étranges que sont les clichés identitaires). Or précisément, si on analyse les questions que pose Maurras, ce sont précisément ces questions de l’identité. Il est donc intéressant de constater que les anti-maurrassiens sont maurrassiens. La question qu’on peut leur poser est alors: Qu’est-ce qui leur permet de penser que Maurras avait d’autres intentions qu’eux-mêmes?. Les conséquences? Qu’est-ce qui permet de penser que cela produira d’autres conséquences? Parce que vous êtes gentils et que Maurras est méchant? Qu’est-ce qui permet de penser que Maurras qui se pose cette question est plus malhonnête intellectuellement, ou mal intentionné, que celui qui se pose cette question aujourd’hui en fournissant la même réponse?

 


Je suis un positiviste. Je pense que les mêmes causes produisent les mêmes effets. Mais là est la subtilité (sinon ce serait trop facile). Il ne s’agit pas de génocide, mais de compétence intellectuelle (voir le débat Lénine/Mach). Contrairement aux gauchistes qui ne sont que des intellectuels idéalistes qui pensent que les idées créent le monde, ce que je dis est plutôt que les mêmes causes, l’ouverture du monde et le pluralisme culturel actuels (dont les intellectuels comme Maurras prenaient conscience au XIXe siècle), produisent les mêmes réflexions: cette sorte de rationalisation identitaire (chez tous les intellectuels, personnes instruites, aujourd'hui). Cette rationalisation identitaire est assumée à droite. Elle fait l’objet de dénégation à gauche, qui affirme les identités (noires, juives, etc.) tout en les niant (voile, religion en général). On a le droit d’être différent, à condition d’être pareil,... et de gauche (sinon, quels ingrats ces négros, ces bougnouls et ces youpins). C’est précisément ce droit à la différence (dans l’identité nationale) qu’on reprochait aux juifs à l’époque de Maurras.


 

La question n’est pas de nier les racines chrétiennes ou gréco-latines de l’Europe, la question est de ne pas nier les autres réalités (et non origines). Maurras identifiait les juifs, les protestants, les francs-maçons, et les métèques à l'anti-France. C’était une démarche philosophique qui recherchait une «essence» en procédant classiquement (en philosophie) par élimination (Bernard Lazarre indiquera à Drumont que la conséquence logique est la Saint-Barthélémy – ce qui est en soi intéressant comme référence et comme prémonition, voir son «Contre l’antisémitisme»). Mais l’erreur de Maurras est aussi contradictoire qu’à gauche. Son identité est sélective. Il prétendait s’appuyer sur le «pays réel» alors qu’il ne faisait que définir un «pays idéal» et bien entendu un idéal passéiste autant qu’un passé idéalisé.

 

 

La méthode se croyait sociologique, elle était simplement historique. Le passéisme de la méthode historique (voire «généalogique») est ici simplement une sorte d’analogie aristocratique qui justifie les droits (de l’homme) sur l’hérédité et le lignage, ce qui niait la république (quoique très historienne, mais qui faisait table rase du passé pré-révolutionnaire) et le libéralisme. Or, on le sait, la sociologie est synchroniste, comme la linguistique moderne. Elle étudie ce qui est et non ce qui devrait être (ce que croyait faire Maurras en ne voyant pas ce qui changeait). C’est cette méthode sociologique qui n’est pas encore assimilée par les intellectuels, spécialement quand ils traitent de cette question des cultures, où la sociologie est évidemment la seule discipline compétente. Leurs connaissances les font régresser à une analyse mythologique (par rationalisation ou régression religieuse). Contre la solution mythologique, la réponse est connue, c’est la raison. Aujourd’hui, la raison est sociologique.

 

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kairos Votre raison sociologique, qui se veut d'aujourd'hui, n'aurait-elle pas comme un viel air des années 60? Pas Sacha Distel, non, mais les soirées structuralistes, si bien moquées par Clément Rosset... Et synchronie, et diachronie, et la mort de l'homme (ou du "peuple"), et le procès sans sujet, et le texte... Je retrouve dans ma bibliothèque un petit ouvrage, maurasssien peut-être, le "Que sais-je" n° 1898, intitulé:" histoire du peuple hébreux"? Que faut-il en faire? Mais les "hébreux" sont-ils les "juifs"? N'est-ce pas se perdre déjà dans les origines, l'hérédité et les lignages? Céder à la "solution mythologique", qui prépare la finale, si je comprends bien? Vous étudiez ce qui est. Un peu tout de même à la manière de celui qui regarde le doigt qui montre la lune. Sans voir ce qui vit. Le "peuple" juif n'entre pas dans la définition moderne du concept ( langue, pratques, normes culturelles communes)? il ne tient ensemble que par cette chose régressive, la religion, (ah! le grand bond en avant du 20eme siècle "athée"...)?Ne nous embêtons pas avec une "anomalie", classifions! la seule discipline compétente nous parle vrai... Ces temps-ci, allez savoir pourquoi, que de choses n'existent plus: le virus HIV, le terrorisme Al Qaïda et le "peuple" juif... Comme les anti-maurassiens, bien évidemment, sont des maurassiens dans l'âme, les "positivistes" ne seraient-ils pas, parfois, eux aussi leur contraire: des "négationnistes"? Car si "l'identitarisme" se retrouve en mauvaise compagnie avec la droite de "l'Action française", êtes-vous certain que votre méthode "sociologique" ne vous place pas dans les parages autrement douteux de Krisis, par exemple? A ce petit jeu... Mais au fond, le sens du mot "peuple", derrière la discussion savante, reste politique: l'affaire du lien social comme du parti pris. C'est d'abord politiquement que le "peuple" juif existe ou n'existe pas... Mais, pendant que la raison, désormais sociologique, révolutionne la pensée, l'histoire, passéiste par nature et pléonasme, continue sa même et lourde besogne: toute de chair, de sang... et de songe!

La question du maurrassisme des anti-maurassiens concernait l'argument que je critique: peut-il être ou non considéré comme maurassien? Je pense que oui. Et je pense que la cause en est la méthode historique comme seul horizon (ou comme mauvaise habitude). L'article de référence parlait de la diversité du peuple juif, contre une homogénéité rêvée. La diversité n'exclut pas une certaine unité d'ailleurs (mais ce n'est pas la seule dimension, des juifs ou de toute autre identité). Le fait qu'une identité puisse être composite relève bien de la sociologie (contre le purisme de la généalogie historienne).
Le négationnisme est un délit. Accuser quelqu'un d'un délit est de la diffamation. Le procédé du terrorisme intellectuel ne m'impressionne pas (les staliniens traitaient déjà les trotskistes de nazis). Sur le fond, je ne vois pas ce que je nie. Je ne nie évidemment pas l'histoire. Ce qui ne signifie rien (tout est toujours historique). Je dénie à la discipline historique le fait de donner du sens sur ces questions. Et je considère cette priorité à l'histoire comme une régression généalogique (aristocratique ou mythologique). Sur les limites du structuralisme, j'ai écrit un article auquel je renvoie: http://www.exergue.com/h/2006-04/tt/levi-strauss01.html
Si on veut, je considère la sociologie comme le dépassement-conservation (hégélien) de l'opposition entre l'histoire (équivalente méthodologiquement à l'empirisme) et la philosophie (théorie abstraite qui donnerait du sens). A la rigueur, la question n'est pas d'être sociologue, le fait est plutôt qu'on l'est de toute façon quand on parvient à l'équilibre entre philo et histoire. Le fait est historique, la question est philosophique, la réponse est sociologique.

kairos Je me serai mal exprimé et vous prie de m'en excuser: je ne vous accuse pas de "négationnisme, je mets juste en parallèle vos accusations peu reluisantes de "maurassisme" (lesquelles sont "diablement" connotées comme dirait un linguiste synchronique), envers par exemple Alain Finkielkraut qui ne doit pas l'être beaucoup que vous, et le balancement rhétorique toujours susceptible de revenir en plein figure; et que ce jeu polémique a sa part de dérisoire... Mais si vous êtes hégélien! En tout cas, je vous remercie de votre réponse, car il en ressort qu'existe tout de même un "peuple" juif, mais qu'il n'est pas homogène, ce qu'à peu près personne ne vous contestera...

Il ne s'agit pas de polémique, mais d'une caractérisation. Je caractérise comme maurrassienne la position de définition d'un peuple par son passé et sa tradition. Ce n'est pas une insulte et je ne crois pas qu'on puisse dire le contraire (et Finkielkraut en est très proche, comme je le disais, sans doute du fait de ses mauvaises lectures - et de son opposition à la sociologie d'ailleurs). La polémique, si on veut, consiste à appeler un chat un chat. Mais le contraire est une conversation mondaine.
Je définis par contre la position sociologique comme une reconnaissance de la diversité d'un peuple (dans le présent, c'est-à-dire synchroniste). C'est d'ailleurs la position de Shlomo Sand, que masque, comme je l'ai dit, sa formule rhétorique (qui n'est pas la mienne), qu'il n'y a pas de peuple juif (mais il ne faut pas s'arrêter aux premières lignes de mon texte - mon auto-citation [NB...] est très claire à ce sujet).

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