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28
May

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Du Polaroïd et de quelques autres

Une série de trois articles parus récemment à la une de Médiapart (Vie et mort du Polaroïd, par Mathieu Magnaudeix ), pose quelques questions intéressantes concernant les techniques photographiques et leur influence sur les photographes. Quelques pistes de réflexion? J'ai d'abord été frappé par les réactions de quelques lecteurs: les photographes me font parfois penser aux motards qui ne jurent que par leur machine et rejettent les autres... jusqu'à ce qu'ils en changent. Deux mondes de passionnés (et de liberté), et c'est tant mieux.

Ce qui m'a intéressé dans ces articles, c'est l'aspect déformant et aléatoire du Polaroïd: à une époque où j'ai découvert le flou et le bougé grâce à mes appareils réflex, mais seulement en noir et blanc, je suis passé complètement à côté des aspects magiques de cet appareil instantané. Je possédais à l'époque des Leica, non pas à visée télémétrique, mais réflex. Des Leicaflex d'occasion, lourds, qui permettaient des vitesses ultra lentes. Moi aussi j'ai été fasciné par le piqué légendaire des appareils de cette marque; mais avec la visée télémétrique, jamais je ne serais passé au décalage de la mise au point, au bougé franc de l'appareil. Je persiste à penser que pour un flou de qualité (qui semble si net la plupart du temps), les qualités de l'optique sont indispensables, en termes de contraste notamment, mais aussi pour l'homogénéité de l'image, sur les bords notamment.

Deuxième piste: argentique et numérique? Je laisse de côté la question de la qualité, pour celle de la conservation, puis du coût. En argentique et Noir et Blanc, il n'y a selon moi pas de problème: mes images les plus anciennes n'ont pas bougé en trente ans. J'ai pratiqué, peu pour des raisons de coût, la couleur. J'avais choisi, pour leurs qualités de conservation des diapositives Kodachrome 25 et 64 ASA tirés en Suisse (en France elles étaient très mal développées), puis sur papier Cibachrome. Les tirages papier n'ont pas bougé, les diapositives ont vu parfois leur surface attaquée par le papier cristal utilisé pour leur rangement: et oui, si on les laisse dans leur cadre, on ne peut les tirer intégralement, si on les laisse en bandes, on les range comme les négatifs noir et blanc, ce que quelques images n'ont pas supporté. J'ai donc scanné ces images pour en faire de fichiers numériques, tirés ensuite sur imprimante photographique. Le rendu est un peu différent (forcément, ce serait le cas en passant d'un papier argentique à l'autre), mais de qualité: équilibre des couleurs beaucoup plus facile à obtenir (sur Cibachrome, à moins d'un matériel professionnel de maintien des températures dont je n'ai jamais eu les moyens, les couleurs varient), piqué maintenu. Reste la conservation des tirages, rendez-vous dans trente ans. Je n'ai pas de souci pour les fichiers numériques, qui peuvent se copier à l'infini. Je rappelle à ceux qui ont connu les années 80 que l'on avait répandu l'inquiétude concernant la conservation des images noir et blanc: il fallait utiliser absolument des produits «lavants» en plus du reste. Résultat: ces images là ont blanchi, pas les autres.

Le coût: en noir et blanc, et encore plus en couleurs, l'argentique m'a coûté cher. Un tirage d'exposition, c'est une demi-journée de travail, des quantités de produits, d'eau... La calibration en numérique est un bonheur: de l'appareil, de l'écran, de l'imprimante. Il n'empêche que papiers et imprimantes (mais je manque d'expérience dans ce domaine) se comportent comme les papiers argentiques: chacun a sa personnalité, son rendu particulier. Les appareils numériques ont probablement une durée de vie plus limitée que les bons vieux Leica: mais une réparation ou une révision (compter 6 mois) me coûtaient l'équivalent de l'appareil numérique neuf aujourd'hui... Je vends d'ailleurs mes tirages couleurs bien moins chers que ceux en noir en blanc d'autrefois. Cela soulève une dernière question: la pollution. Alors oui, le numérique pollue: batterie, métaux spéciaux de l'appareil, de l'ordinateur, de l'imprimante. Le recyclage a encore des progrès à faire mais il existe . Papier, encres aussi. Mais, on l'a vu, moins de déchets (tirages jetés car imparfaits). Je suis effrayé aujourd'hui par les centaines litres d'eau utilisés autrefois, les produits ultra toxiques utilisés... et rejetés dans les égouts (ce qui est d'ailleurs interdit).

Je n'ai pas apporté la question du nombre de prises de vue, (en ce qui me concerne, il n'a pas changé), ni du traitement électronique des images: je choisissais le contraste et l'exposition de mon papier et retouchais les imperfections des images (poussières). Je fais aujourd'hui exactement la même chose avec mon ordinateur, lui aussi équipé d'un crayon... Ni celui de l'instantané: les articles de Mathieu Magnaudeix ont bien montré, une fois de plus, que la prétention de l'instantané nous éloigne chaque fois un peu plus du réel.

Les articles de Mathieu Magnaudeix

http://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/030809/le-polaroid-un-mourant-en-pleine-forme

http://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/050809/ce-film-j-en-suis-dingue-cinq-photographes-s-emballent

http://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/060809/aux-pays-bas-des-alchimistes-reinventent-le-film-instantane

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