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Par jour de grève : une petite histoire sans conséquence
Un certain 29 janvier, "journée noir" pour cause de grève, à 9h le matin, je me promenais lentement à vélo à l'intérieure d'une piste cyclable lorsque j'ai été arrêté par deux policiers devant le Petit Palais, à Paris, pour "ne pas avoir fait un arrêt absolu à un feu rouge". Vu que mon allure était à peine plus que celui d'un piéton, je m'attendais à un "Faites attention, Monsieur, il n'y avait pas danger, mais quand même. La prochaine fois... Et puis bon courage!" La rue et les rues autour étaient désertes, mais peu importe : j'ai eu droit à une amende de "€90 à payer dans les 3 jours". La veille à la télé on parlait de la Crise, de la difficulté des ménages à tenir les deux bouts*, et de la journée de grève en perspective, décrété journée noir. Ce matin là, j'avait vérifié soigneusement combien d'argent me restait jusqu'à la fin du mois, en ettendant mon premier salaire après les fêtes. - Pas 7 jours, 3 : il y a urgence donc ?
C'était ma première contravention en France, j'en suis un peu fier.
Mais, dès qu'on a entendu mon accent, la question comme toujours était immédiate : "Vous-êtes-en-France-depuis-combien-de-temps?" Je ne voyais pas le rapport entre la question et la contravention, ce que je me suis permis de dire poliment, et puis j'ai répondu : "Dix-neuf ans et trois mois". L'idée m'est venue à l'esprit de continuer : "Et vous ?" mais je me suis dit que ce n'était peut-être pas la meilleure chose à faire dans les circonstances. A vrai dire, ça ne rigolait pas trop.
En plus de l'amende, j'ai eu droit à une attente d'entre 15 et 20 minutes sur le trottoir (10 minutes selon la police), pendant que les deux policiers vérifiaient tous mes papiers dans leurs fichiers depuis l'intérieure de la voiture - avec les portes et les fenêtres fermées, car la température était proche de zéro. J'étais frigorifié, et plus que de la colère je ressentait une véritable tristesse. Pourquoi traiter ses concitoyens de la sorte, avec si peu de respect ? Bien que étranger, je m'accorde le statut de citoyen européen. Je ne vois pas ce qui pourrait justifier ne pas traiter un concitoyen où même un "étranger" à qui on dédaigne d'accorder ce statut, avec respect ?
En me rendant mes papiers, un couple de touristes courageusement matinal s'avançait vers nous (il n'y avait pas d'autre âme dans les parages à qui s'adresser) pour savoir où était le Grand Palais : Un des policiers leur montrait le Petit Palais en disant : "C'est juste là devant vous, voyez ?". Je me suis permis d'intervenir pour leur expliquer que non : "Celui-ci est le Petit Palais, le Grand Palais est par là".
Le plus "drôle" de l'histoire, c'est que je ne faisais pas grève, et exceptionnellement je me rendais à mon travail à vélo parce que les transports en commun ne fonctionnaient pas normalement. Et qu'à cause de deux policiers, je suis arrivé en retard, le plomb dans les ailes et déjà la fin du mois.
Mon histoire est dérisoire, comparé aux événemeents de ces derniers jours. Mais quels consignes ont été donné aux forces de l'ordre ce jour là? "Embettez vos concitoyens jusqu'au bout" ? "Harcelez-les" ? "Pas de quartier" ?
Ne sont-ils pas nos Polices et nos Forces de l'ordre ? Ne sommes-nous pas du même côté, celui du droit et du respect ? Pourquoi cette attitude dans un lieu tranquille, qui fait de l'autre l'adversaire, l'ennemi, le soupçonné, plutôt que le concitoyen ? Qu'en serait-il lors d'un mouvement de foule, d'une manifestation ?
Quel enseignement devrais-je en tirer ?
Les policiers étaient bien dans leur droit de m'infliger l'amende, mais là n'est pas l'important. Si on m'avait traité avec respect j'aurais écrit ce billet pour le dire et le saluer, peu importe les 90€. (Mais quand même).
Les forces de l'ordre pourraient se rapeller que ce sont leurs concitoyens qui feront grève la semaine prochaine et qui manifesteront, comme il est de leur droit, et que ces forces sont là pour défendre ce droit, pour veiller à la sécurité de tous, et pour protéger en cas de dérappage.
Pour ma part, jeudi prochain je fais grève, contre l'attitude des forces de l'ordre... par jour de grève.


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*Ndlr: Il s'agit bien de "tenir les deux bouts" et non pas de les "joindre", car les joindre, c'est déjà autre chose. Et puis il y a consonance avec "se tenir debout" et "tenir les deux bouts du guidon, sans avoir le nez dans le guidon"...
Article R412-30 Modifié par Décret n°2003-283 du 27 mars 2003 - art. 1 JORF 29 mars 2003 Tout conducteur doit marquer l'arrêt absolu devant un feu de signalisation rouge, fixe ou clignotant. L'arrêt se fait en respectant la limite d'une ligne perpendiculaire à l'axe de la voie de circulation. Lorsque cette ligne d'arrêt n'est pas matérialisée sur la chaussée, elle se situe à l'aplomb du feu de signalisation ou avant le passage piéton lorsqu'il en existe un. Lorsqu'une piste cyclable traversant la chaussée est parallèle et contiguë à un passage réservé aux piétons dont le franchissement est réglé par des feux de signalisation lumineux, tout conducteur empruntant cette piste est tenu, à défaut de signalisation spécifique, de respecter les feux de signalisation réglant la traversée de la chaussée par les piétons. Le fait, pour tout conducteur, de contrevenir aux dispositions du présent article est puni de l'amende prévue pour les contraventions de la quatrième classe. Toute personne coupable de cette infraction encourt également la peine complémentaire de suspension, pour une durée de trois ans au plus, du permis de conduire, cette suspension pouvant être limitée à la conduite en dehors de l'activité professionnelle. Cette contravention donne lieu de plein droit à la réduction de quatre points du permis de conduire.
C'est ca, le totalitarisme: des lois idiotes appliquées par des flics bêtes et méchants dans le but d'induire des comportements moutonniers parfaitement prévisibles et manipulables. Welcome to France, the country of Human Rights....
Je dirait que cette lois est seulement "bête et méchant" quand appliquée bêtement et méchamment. Elle est là pour prévenir, non pour réprimer dans des telles conditions. Et quand une telle amende représente à elle seule le prix du "véhicule"... C'est scandaleux. Et pourquoi 3 jours ? Je n'avais pas saisie la nature de l'urgence. Est-ce une question de quotas, et les policiers attendaient là justement où ils savait pouvoir piéger n'importe qui, pour renflouer les coffres de l'état ? Mais la cerise, c'est toujours cette question dont j'ignore l'intérêt et la validité : "Vous-êtes-en-France-depuis-combien-de-temps ?" Car si ma réponse est ""5 minutes", cela change quoi ? Rien : alors pourquoi la poser ? Et pourquoi le contrôle d'identité particulièrement poussé ? Y a-t-il des "brigades rouges à vélo" qui terrorisent la France ?
Merci cher James pour l'humour et les sourires: Mieux vaut tenter d'en rire en effet!..
Sinon, voici quelques réponses de professionnel de la route bête et méchant:
"Et pourquoi 3 jours? Je n'ai pas saisi la nature de l'urgence."
- C'est un signe de grande clémence et de mansuétude, car le véritable tarif de cette amende est de 135 euros. Si vous attendez 75 jours pour la payer, elle augmente alors à 375 euros. Et si vous refusez toujours de payer, vous allez au tribunal et cette fois c'est 750 euros.
Par contre, et c'est ça que le flic tenait à vous faire savoir, vous pouvez aussi bénéficier d'un rabais à 90 euros, si vous payez l'amende dans les trois jours.
"Est-ce une question de quotas, et les policiers attendaient là justement où ils savaient pouvoir piéger n'importe qui, pour renflouer les caisses de l'état?"
- Hélas oui, c'est exactement ça.
C'est la police d'un peuple procédurier, obsédé par la lettre et pour qui l'esprit n'existe pas. Ils ne cherchent même pas à donner du sens à leur action quotidienne (par exemple sécurité routière), et ce n'est même pas une question d'imposer un certain climat de terreur ni rien comme ça de si calculé: Ils se mettent seulement à un "poste de travail" commode pour le seul but de ramasser de l'argent et remplir leur quota mensuel de Contraventions.
"Mais la cerise, c'est toujours cette question dont j'ignore l'intérêt et la validité : "Vous-êtes-en-France-depuis-combien-de-temps?""
- Peut-être pour vous mettre à l'aise en papotant de choses et d'autres? :-)
"Et pourquoi le contrôle d'identité particulièrement poussé?"
- Ah non, pardon. C'est tout simplement pour vous expulser si, pendant leur contrôle informatique, ils découvrent que vous êtes recherché, ou que votre visa est périmé, ou que vous n'avez pas de visa.
J'ai entendu aujourd'hui cette histoire incroyable d'un homme promenant ses deux filles de 3 ans et 5 ans je crois, au parc, à Lyon. Platré, il était avec des béquilles et n'avancait pas vite. La petite a envie de faire pipi... que fait il? Il lui dit de faire pipi derrière un buisson. Que croyez vous qu'il arriva? 2, puis 4, puis 6 flics sont arrivés avec 2 voitures et gyrophares, pour lui coller une amende de 450€. Entendu sur France Inter ce soir, j'essaie de retrouver un article quelque part. Là aussi, sentiment de révolte, d'énervement, et au final de tristesse. On en est là en France aujourd'hui?
Voilà un article
http://www.leparisien.fr/faits-divers/lyon-une-amende-pour-avoir-laisse-sa-fillette-faire-pipi-dans-un-parc-22-07-2010-1009252.php
Tout simplement halucinant. Oui, tristesse.
C'est hallucinant, la ménagerie flics de nagy-bocsa-gluéant !
J'ai diffusé le billet à mon entourage !