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Israël-Palestine : Un rêve d'amitié... en paroles & musique

 

La version française de ce discours prononcé par Daniel barenboim devant le Knesset, le 9 mai 2004, se trouve vers la fin de ce billet.

 

 

"Sans la musique, la vie serait une erreur." - Friedrich Nietzsche

 



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Il y a quelques années, j'ai eu le bonheur de lire un livre par Edward Said et Daniel Barenboim, Parallèles & Paradoxes, trouvé par hasard dans la petite librairie en face de Trinity College, à Dublin, Books Upstairs.

 

Quelques années auparavant, j'avais eu également la chance d'assister à un concert de Barenboim, à la salle Pleyel, où il jouait la dernière sonate pour piano de Beethoven, sonate no. 32, opus 111, oeuvre époustoufflante de beauté et de sérenité. Avant même qu'il ne joue, je me souviens d'avoir été ému simplement à la vue de Barenboim au moment où il est entrée en scène. Il y avait quelque chose dans sa manière d'être qui semblait avoir partie liée à notre mortalité, à la fragilité d'être, au besoin de pouvoir écouter et comprendre ce qu'est notre existence. La beauté et la musique semblait justement pour cela, pour nous aider à nous comprendre et à vivre.

 

 

 

 

Après la sonate de Beethoven, alors que tout le monde aurait quitté la salle aux anges, Barenboim, pour faire plaisir à son audience parisienne peut-être, a joué le premier livre des Préludes de Débussy.



Debussy : Des pas sur la neige
 

 

Dans Parallèles & Paradoxes, les deux auteurs mettent au coeur de leur réflexion l'art et la musique comme vecteurs des progrès possibles. Bien sûr, les Proche et Moyen Orient sont au centre de leur préoccupation. La thèse centrale de leurs réflexions est que la musique peut vraiment abattre les murs (même si on leur donne d'autres noms) entre les peuples, et participer à un véritable vivre-ensemble.

 

Pour Barenboim, "la particularité de la musique réside dans le fait qu'on a affaire à ce phénomène du son, et que la musique signifie des choses différentes pour chacun, qu'il s'agisse d'évocations poétiques, mathématiques ou sensorielles, quelles qu'elles soient." 

 

Ainsi, Edward Said et Daniel Barenboim ont concu et créé, en 1999, le West-Eastern Divan, afin de promouvoir le dialogue, l'amitié, la compréhension mutuelle, entre les jeunesses israélienne et palestinienne.

 

Daniel Barenboim présente le West-Eastern Divan :

 

http://fr.youtube.com/watch?v=Wtb1tyf0Q6M

 

 


© Peter Dammann

Daniel Barenboim dirige une orchestre de jeunes à Ramallah

 


 

Sur le site de l'association, Barenboim explique la philosophie de cette aventure à la fois humaine et musicale : [à traduire...]

 

 

"The orchestra is a humanitarian idea. It became the most important thing in Edward Said's life, as it still is in mine, and through it his ideals will always live on.


Our project may not change the world, but it is a step forward. It is an ongoing dialogue, where the universal, metaphysical language of music links with the continuous dialogue that we have with young people, and that young people have with each other.

 

We don’t see ourselves as a political project, but rather as a forum where young people from Israel and all the Arab countries can express themselves freely and openly whilst at the same time hearing the narrative of the other. It is not necessarily a question of accepting the narrative of the other, let alone agreeing with it, but rather the indispensable need to accept its legitimacy. We believe in only two absolutely necessary political ideas:

 

- There is no military solution to the Israeli-Palestinian conflict.

 

- The destinies of the Israeli and Palestinian people are inextricably linked and the land that some call Greater Israel and others Palestine is a land for two people.

 

Music makes the West-Eastern Divan possible because it does not contain limited associations as words do. Music teaches us that there is nothing that does not include its parallel or opposite as the case may be; therefore no element is entirely independent because it is by definition in a relationship of inter-dependence. It is my belief that although music cannot solve any problems, since it is as Busoni said “sonorous air”, it can teach us to think in a way that is a school for life. In music we know and accept the hierarchy of a main subject, we accept the permanent presence of an opposite, and sometimes even of subversive accompanying rhythms.

 

This year, our project is very much in opposition to the cruelty and savagery that denies so many innocent civilians the possibility to continue living, fulfilling their ideas and dreams. It also shows me that so many lessons of the past have either been forgotten or never understood. Time not only helps define content, but influences it directly. How long will it take for people in the region to accept this and remember that the past is but a transition to the present and the present a transition to the future? Therefore, a violent and cruel present will inevitably lead to an even more cruel and violent future.

 

Every member of this orchestra, regardless of their origin, shows a remarkable amount of courage, understanding and vision by coming here. I would like to think of them as pioneers in a new way of thinking for the Middle East. We will try as we travel throughout the month of August to give interested readers and listeners something close to an online diary. I hope our audience will find it interesting, sometimes even amusing, but in any case stimulating."

 

Daniel Barenboim

 

 

Knowledge Is The Beginning, un documentaire sur le West-Eastern Divan par Paul Smaczny

 

Il faut regarder Knowledge Is The Beginning, le documentaire exceptionnel de Paul Smaczny...
Le Monde, 25/08/2006

This is not a simple feel-good story...Rather the film is almost an instruction manual of how much cultural good can be done in the worst of political times. …
The Boston Globe, 04/06/2007

 


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Free International Music School

 

Barenboim est également président du Free International Music School, une association active dans l'enseignement de la musique en Israêl et dans les Térritoires Occupées,et dans la promotion de la musique comme vecteur de dialogue et d'échange entre ces deux peuples.

 

 


 


 

Dans La musique éveille le temps, publié septembre dernier en France chez Fayard, Barenboim, nous expose comment, à ses yeux, la musique peut contribuer à un meilleur 'vivre ensemble'. Puis il retrace l'histoire de la 'West Eastern Divan Orchestra', qu'il a fondée avec Edward Said en 1999.

 

 


http://www.laprocure.com/cache/couvertures/9782213636597.jpg 

 

 

Quatrième de couverture

 

Ceci n'est pas un livre pour les musiciens, non plus que pour les non-musiciens ; il est destiné, plutôt, à l'esprit curieux désireux de découvrir les parallèles entre la musique, la vie, et cette sagesse qui devient audible pour l'oreille pensante.

 

La musique peut être beaucoup plus qu'un agréable élément ornemental. Elle exige un parfait équilibre entre intellect, émotion et tempérament. Si l'on parvenait à cet équilibre, les hommes et même les nations pourraient interagir plus facilement. À travers la musique, il est possible d'imaginer un autre modèle social, où l'utopie et l'empirisme conjuguent leurs forces, nous permettant de nous exprimer librement et d'entendre les préoccupations les uns des autres. Le monde du son est capable de hisser l'individu de l'inquiétude pour sa propre existence à une perception universelle de sa place parmi les autres êtres humains.

 

Si le West-Eastern Divan Orchestra est évidemment incapable d'apporter la paix., il peut cependant créer les conditions d'une compréhension sans laquelle il est impossible de parler de paix. Il a la faculté d'éveiller la curiosité de chaque individu, de l'inciter à écouter le récit de l'autre, et d'inspirer le courage nécessaire à entendre ce qu'on préférerait ne pas entendre. Puis, lorsqu'on a entendu l'inacceptable, il devient possible à tout le moins d'accepter la légitimité du point de vue de l'autre.

 

 

 

La Barenboim-Said Foundation coordonne le différentes initiatives nées de l'amitié indefectible entre ces deux hommes, un exilé palestinien et un musicien israélien né en 1942 à Buenos Aires de parents juifs.

 

Mais quand je dis israélien, ce n'est pas tout à fait l'entière vérité, car depuis janvier 2008, Daniel Barenboim est aussi ... palestinien.

 

 

 

Daniel Barenboïm prend la nationalité palestinienne

Article publié par RFI, le 13/01/2008

 

Musicien de renommée mondiale et militant infatigable du rapprochement entre Israël et les Palestiniens, le pianiste et chef d'orchestre israélien Daniel Barenboïm fait aujourd'hui un geste symbolique : il a acquis la nationalité palestinienne. « C'est pour moi un grand honneur de me voir offrir un passeport palestinien », a déclaré samedi soir le pianiste à l'issue d'un récital d'oeuvres de Beethoven donné à Ramallah, la ville de Cisjordanie où il se bat depuis des années pour favoriser les échanges entre jeunes musiciens arabes et israéliens.

 

Chef d'orchestre de génie et pianiste virtuose, Daniel Barenboïm est surtout considéré en Israël comme un militant, non seulement de la musique, mais aussi de la paix.

 

Wagner est proscrit en Israël pour avoir inspiré les nazis. Qu'à cela ne tienne : à deux reprises, Barenboïm, bravant les interdits, a joué les oeuvres du compositeur lors de concerts du prestigieux orchestre philharmonique d'Israël, laissant les spectateurs partagés entre sifflets et applaudissements. La Knesset alors l'avait décrété persona non grata, jusqu'à ce qu'il accepte de présenter des excuses.

 

 

Mais c'est surtout son engagement pour la cause palestinienne qui provoque la controverse. En 2005, Daniel Barenboïm avait refusé d'accorder une interview à la radio de l'armée. « Vous n'avez pas honte de vous présenter devant moi, en uniforme », avait-il lancé à une jeune soldate qui lui tendait son micro.

 

 

Aujourd'hui, un député du parti ultra-orthodoxe Shass affirme que « c'est une honte que le chef d'orchestre ait accepté la nationalité palestinienne » ; il demande que « son passeport israélien lui soit confisqué, puisque désormais, il en détient un autre, d'une entité ennemie ».

 

RFI

 

 

« Israel Ignores Founding Principles », par Daniel Barenboim, Los Angeles Times, 14 mai 2004.

 

Le texte ci-dessous est le discours prononcé par Daniel Barenboim en 2004, devant la Knesset, lors de sa réception du prix de la Fondation Wolf, et dont la vidéo avec une transcription en anglais se trouve au début de ce billet :

 

ou en cliquant ici : http://fr.youtube.com/watch?v=f3-MkRqjmDk

 

 

"C’est quatre ans après la proclamation de l’indépendance d’Israël, en 1952, que je suis venu dans ce pays, avec mes parents, d’Argentine. J’avais dix ans, à l’époque. La déclaration d’indépendance d’Israël nous permettait de croire en des idéaux qui faisaient de nous, qui étions des juifs, des citoyens israéliens.

 

Ce document remarquable exprimait l’engagement suivant : «L’Etat d’Israël se consacrera au développement de ce pays pour le bénéfice de tous ses habitants ; il sera fondé sur les principes de l’égalité, de la justice et de la paix, guidé par les visions des prophètes d’Israël ; il assurera une totale égalité des droits sociaux et politiques à tous ses citoyens, sans égard à leur croyance religieuse, à leur ethnie ou à leur sexe ; il garantira à tous la liberté de religion, de conscience, de langue, d’éducation et de culture. »

 

Les pères fondateurs de l’Etat d’Israël, qui signèrent cette déclaration, s’engagèrent également – et nous engagèrent, nous, par la même occasion – « à rechercher la paix et de bonnes relations avec tous les Etats et peuples avoisinants. »

 

Je demande, aujourd’hui, avec une immense peine : « Pouvons-nous, quelques soient nos réalisations, ignorer l’immense fossé entre ce que la déclaration d’indépendance promettait et ce qui a été accompli – ce fossé entre l’idéal et les réalité d’Israël ? » « Les conditions de l’occupation et de la domination sur un autre peuple sont-elles compatibles avec la déclaration d’indépendance ? L’indépendance de l’un tient-elle debout, si elle est au dépens des droits fondamentaux de l’autre ? Le peuple juif, dont l’histoire est un catalogue de souffrances continues et de persécutions incessantes, peut-il se permettre de rester indifférent aux violations des droits d’un peuple voisin et à ses souffrances ? L’Etat d’Israël peut-il s’offrir le rêve irréaliste d’une solution idéologique à ce conflit, au lieu de rechercher activement une fin pragmatique et humaniste, fondée sur la justice sociale ? »

 

Je suis persuadé qu’en dépit de toutes les difficultés objectives et subjectives, l’avenir d’Israël et sa place dans la famille des nations éclairées dépendent de sa capacité à réaliser les promesses de ses pères fondateurs, telles qu’ils les formulèrent dans la déclaration d’indépendance.

 

Je pense depuis toujours qu’il n’y a pas de solution militaire au conflit judéo-arabe, ni d'un point de vue moral, ni d'un point de vue stratégique. Dès lors que c’est une solution d’une autre nature qui doit être trouvée, je pose la question : « Qu’attendons-nous ? »

 

C’est la raison pour laquelle nous avons fondé, mon regretté ami Edward Said et moi-même, un atelier de travail pour de jeunes musiciens, juifs et arabes, originaires de tous les pays du Moyen-Orient.

 

Bien que la musique soit un art qui ne supporte aucun compromis, dans ses principes, et bien que la politique, en revanche, soit l’art des compromis, lorsque la politique transcende les limites de l’existence présente et s’élève jusqu’aux sphères supérieures du possible, elle peut ê tre rejointe, là-haut, par la musique.

 

La musique, c’est par excellence l’art de l’imaginaire, c’est un art libéré de toutes les limitations imposées par les mots, c’est un art qui touche aux profondeurs de l’existence humaine, c’est un art des sons, qui ne connaît aucune frontière, les traversant toutes. En cela, la musique peut transporter les sentiments et l’imagination des Israéliens et des Palestiniens vers d’autres sphères non encore imaginées. C’est pourquoi j’ai décidé de consacrer l’allocation du Prix de la Fondation Wolf à des projets d’éducation musicale en Israël et à Ramallah."

 

 

Le texte complet, publié en anglais dans la LosAngeles Times, est consultable ici :

 

http://articles.latimes.com/2004/may/14/opinion/oe-barenboim14


 

 


© Peter Dammann

 

 

Le 12 janvier 2009, la réaction des musiciens de la West-Eastern Divan aux violences actuelles :

http://fr.youtube.com/watch?v=kfn87M8ec5A

 

 

Sur le site de Daniel Barenboim se trouve un texte Gaza and the New Year, paru dans le Guardian du 1 janvier 2009, où le chef d'orchestre dénonce les violences actuelles.

 

 

Tous les commentaires

18/01/2009, 09:11 | Par F Denizot

Très intéressant.

18/01/2009, 14:17 | Par jamesinparis

Claudio Arrau joue le deuxième mouvement de la sonate no. 32, Opus 111, (chose inhabituelle, cette sonate comporte seulement 2 mouvements) : http://fr.youtube.com/watch?v=R9GYArGlM7g&feature=related . Daniel Barenboim joue ici le premier mouvement : http://fr.youtube.com/watch?v=pSIVfnsSOns&feature=related

18/01/2009, 17:44 | Par Nouara

Merci beaucoup, James, d'avoir compilé toutes ces infos et de nous en faire profiter !

18/01/2009, 21:53 | Par jamesinparis

"We have to break the wall in our mind"... un extrait du documentaire "Knowledge is the Beginning" : http://fr.youtube.com/watch?v=CTpf_jUXHyI&feature=related

17/02/2009, 13:36 | Par jamesinparis

20/02/2009, 14:15 | Par OxfamFrance

Oui, ça redonne un peu d'espoir vue la gravité de la situation. Le blocus de Gaza est toujours effectif et avec Netanyahu premier ministre, je vois peu d'amélioration en vue... Pour info cependant, l'association Oxfam France - Agir ici a mis une pétition en ligne pour faire lever le blocus. Je l'ai signée et je vous invite à faire de même, les efforts de chacun sont nécessaires!

19/11/2012, 00:23 | Par jamesinparis

Presque 4 ans déjà...!

20/02/2009, 14:15 par OxfamFrance

Oui, ça redonne un peu d'espoir vue la gravité de la situation. Le blocus de Gaza est toujours effectif et avec Netanyahu premier ministre, je vois peu d'amélioration en vue... Pour info cependant, l'association Oxfam France - Agir ici a mis une pétition en ligne pour faire lever le blocus. Je l'ai signée et je vous invite à faire de même, les efforts de chacun sont nécessaires!

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