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28
May

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La Montagne de l'Ame

à Dalila

 

La lumière de ce matin était nette. Il y a des moments où tout paraît plus simple, sans que les choses soient embrouillées par la difficulté qui vient compromettre même les plus belles et les plus sincères pensées… Dans le train qui m'amenait au travail, je lisais deux petits chapitres de La Montagne de L'Âme, dont l'un très doux : une rencontre fortuite avec une femme, connue jadis dans un passé vaguement ébauché, et rencontrée soudain parmi les brumes du quai qui bordent la rivière : parût comme un songe en plein jour…

 

Je le lisais pour la première fois, écrit simplement sans trop de nostalgie. J'avais lu hier soir ton SMS : "Coïncidence ou télépathie ?" Ce n'est peut-être pas très rationnel, mais je crois aux formes de télépathie, comme je crois aux nombreux fantômes qui cohabitent avec nos espoirs, s’immisçant jusque dans nos projets les plus raisonnables... Il y a une énorme charge de tendresse, de fin ressentiment, et de charme quand ton souvenir touche mon être. Je me dis : c'est normal, c'était dans ce registre même que nous nous fûmes rencontrés. Je mesure, devant ce qui est de l'ordre du souvenir, la complexité des réalités et des fantômes qui appartiennent à cette histoire, brièvement partagée par nous°: et dans ma lecture du matin je retrouve le reflet de ce charme, et retrouve aussi le tendre souci qu'a éveillé ton message la veille…

 

 

Le livre est écrit de manière que je c'est tu :celui qui raconte devient tu pour lui-même - ce qui crée un certain embarras pour le lecteur, qui se trouve conduit à ne plus être lui-même pour gérer sa place vis à vis de tout cela… Dans l'étroit chemin de cet intime souvenir, le lecteur se trouve en train de raconter une histoire à lui-même qu'il n'est même pas sensé avoir vécu ! C'est beau. Dans l'histoire racontée ainsi, la jeune femme pose sa tête sur l'épaule de ce personnage composé ou composite dont je viens d'ébaucher la trame… A ce moment précis, le lecteur se trouve obligé d'emprunter une réalité à cette jeune femme, - et c'était après que nous fûmes descendus les petites ruelles, au son de tes chaussures en cuir, sous la seule lumière des maisons de ce petit bourg au bord de la montagne : que tu te fusse éclatée de rire, et je me suis rendu compte que c'était toi qui venait de reposer sa tête contre moi, et j'ai reconnu la chaleur (c'est écrit ainsi) de ton haleine.

 

 

L'histoire s'est terminé aussi soudainement qu'elle a commencé, «comme un rêve en plein jour ou comme une histoire», et dans mon souvenir, comme dans mon souci présent, je n'arrivais pas à voir les traits de ton visage, de tes yeux et de ta bouche, mais comme l'écrivain, je remarquais que ton nez était pointu.

 

 

Je dois travailler un peu plus que je ne l'ai fait ce matin ! Mais je te demande de lever ta tête doucement dans mes mains, pour voir combien tes yeux sont clairs...

 

 

 

James

Tous les commentaires

C'est bien écrit. Non seulement le tu joue avec le je, mais le jeu tue avec le jour qui se lève. On ne sait plus qui voir, ni qui voit, ni ce qui se voit d'autre que les yeux. C'est ça aussi, voir, lire, au moins un peu, d'une certaine façon, avec plus que les yeux pour en jouer. On lit. C'est écrit. Et bien. Très bien.

Merci.

Jean-Jacques M’µ

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