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La Montagne de l'Ame

La lumière de ce matin était nette. Il y a des moments où tout paraît plus simple, sans que les choses soient embrouillées par la difficulté qui vient compromettre même les plus belles et les plus sincères pensées… Dans le train qui m'amenait au travail, je lisais deux petits chapitres de La Montagne de L'Âme, dont l'un très doux : une rencontre fortuite avec une femme, connue jadis dans un passé vaguement ébauché, et rencontrée soudain parmi les brumes du quai qui bordent la rivière : parût comme un songe en plein jour…

 

Je le lisais pour la première fois, écrit simplement sans trop de nostalgie.  J'avais lu hier soir ton SMS : "Coïncidence ou télépathie ?" Ce n'est peut-être pas très rationnel, mais je crois aux formes de télépathie, comme je crois aux nombreux fantômes qui cohabitent avec nos espoirs, s’immisçant jusque dans nos projets les plus raisonnables... Il y a une énorme charge de tendresse, de fin ressentiment, et de charme quand ton souvenir touche mon être. Je me dis : c'est normal, c'était dans ce registre même que nous nous fûmes rencontrés. Je mesure, devant ce qui est de l'ordre du souvenir, la complexité des réalités et des fantômes qui appartiennent à cette histoire, brièvement partagée : et dans ma lecture du matin je retrouve le reflet de ce charme, et retrouve aussi le tendre souci qu'a éveillé ton message la veille…

 

Le livre est écrit de manière que je c'est tu : celui qui raconte devient tu pour lui-même. Ce qui crée un certain embarras pour le lecteur, qui se trouve conduit à ne plus être lui-même pour gérer sa place vis à vis de tout cela… Dans l'étroit chemin de cet intime souvenir, le lecteur se trouve en train de raconter une histoire à lui-même, qu'il n'est même pas sensé avoir vécu ! C'est beau. Dans l'histoire racontée ainsi, la jeune femme pose sa tête sur l'épaule de ce personnage dont je viens d'ébaucher la trame… et à ce moment précis, le lecteur se trouve obligé d'emprunter une réalité à cette jeune femme : et c'était après que nous fûmes descendus les petites ruelles, au son de tes chaussures en cuir, sous la seule lumière des maisons de ce petit bourg au bord de la montagne : que tu te fusse éclatée de rire, et je me suis rendu compte que c'était toi qui venait de reposer sa tête contre moi, et j'ai reconnu la chaleur (c'est écrit ainsi) de ton haleine.

 

L'histoire s'est terminé aussi soudainement qu'elle a commencé, «comme un rêve en plein jour ou comme une histoire», et dans mon souvenir, comme dans mon souci présent, je n'arrivais pas à voir les traits de ton visage, de tes yeux et de ta bouche, mais comme l'écrivain, je remarquais que ton nez était pointu.

 

Je dois travailler un peu plus que je ne l'ai fait ce matin ! Mais je te demande de lever ta tête doucement dans mes mains, pour voir combien tes yeux sont clairs...

 

 

à Dalila

 

Tous les commentaires

11/12/2011, 23:22 | Par JJMU

C'est bien écrit. Non seulement le tu joue avec le je, mais le jeu tue avec le jour qui se lève. On ne sait plus qui voir, ni qui voit, ni ce qui se voit d'autre que les yeux. C'est ça aussi, voir, lire, au moins un peu, d'une certaine façon, avec plus que les yeux pour en jouer. On lit. C'est écrit. Et bien. Très bien.

Merci.

Jean-Jacques M’µ

11/07/2012, 02:03 | Par jamesinparis

"Je suis dans la grâce de ton visage que mes ténèbres couvrent de joie."

- Réné Char

11/07/2012, 08:06 | Par françois périgny

Les croisements du hasard sont parfois synchrones sous la lumière nette, et parfois dans la brume les jeux thèmes, l'un dans l'autre, la complétude fait coïncidence. L'impression est doucement forte.

    "Télépathie" ?     "L'amour fou". (Breton)

11/07/2012, 10:26 | Par Claire Rafin

Un fort en t'aime, assurément ! Délicat et doux... Tiens, tout à coup un rayon de soleil perce le ciel ennuagé ! 

 En cadeau pour votre beau souvenir évoqué dans ce billet, cette jolie chanson de Chedid...

 Depuis qu'on est à tu et à toi,
La moindre absence d'elle me tue.
Depuis qu'elle et moi on est entre nous.
Tout a changé du tout au tout.
Depuis qu'on est à tu et à toi
Télépathie et patata.
Depuis qu'on se dit tu on se dit tout,
Depuis que l'on est, elle et moi,
Entre nous,
À tu et à toi.

 

11/07/2012, 22:52 | Par Mithra-Nomadeblues_

De la télépathie ? Peut-être. Mais je crois surtout à la simple reconnaissance de ce qu'on peut lire de ce qui est sous nos yeux. Et l'amour fou, surtout pas. De l'amitié simple ou simple amitié, cela suffit à très bien s'aimer.

Et pour le reste, du trop désir, on n'en parle pas.

12/07/2012, 10:06 | Par Claire Rafin en réponse au commentaire de Mithra-Nomadeblues_ le 11/07/2012 à 22:52

Amour, amitié, ça provient de la même source... Et si on inventait l'amitié folle ?

12/07/2012, 11:34 | Par Mithra-Nomadeblues_ en réponse au commentaire de Claire Rafin le 12/07/2012 à 10:06

Malheureusement la folie, on ne l'invente plus... Elle est tous les jours sous nos yeux... D'où parfois des fous rires incoercibles que nous inspire telle vision cocasse.

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