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Nov

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Turquie : les leçons d'un scrutin

La victoire du Parti de la justice et du développement (AKP) aux élections législatives du 12 juin a entraîné son lot d'interrogations et de commentaires convenus dans une France qui décidément s'obstine à ne rien comprendre à l'un des pays clefs de la Méditerranée orientale. Plutôt que de gloser à l'infini sur la nouvelle orientation, dite «néo-ottomane», de la diplomatie turque, d'éprouver une joie mauvaise sur ses difficultés ou ses échecs supposés au Moyen-Orient et de continuer à jauger la prétendue «islamisation» de l'Anatolie selon le calendrier mystérieux d'un «agenda caché», mieux vaut tirer quelques leçons simples de ce scrutin, en marge de l'orientalisme géostratégique.

La première d'entre elles a trait au triomphe électoral du Premier ministre, Recep Tayyip Erdoğan. Que ce succès ait été sans surprise ne le rend pas moins éclatant. Simultanément, il est incontestable, chose suffisamment rare dans la région pour être soulignée. Comme il se doit en Turquie depuis 1950, les résultats ne sont pas discutés car aucune fraude d'envergure ne les entache. Voilà donc une majorité reconduite pour la troisième fois depuis son accession au pouvoir en 2002. Comment expliquer cette décision des électeurs, exceptionnelle dans l'Europe d'aujourd'hui, de ne pas sortir les sortants? Certainement pas par une conversion massive de la nation à un projet d'islamisation. Toutes les enquêtes d'opinion confirment que les motivations religieuses du vote sont en 1973, en donnant un avantage relatif au Parti républicain du peuple qui s'était trouvé un nouveau leader en la personne du jeune Bülent Ecevit, censé être plus ouvert à ce que l'on commençait à nommer la «société civile»; en 1983, en accordant la victoire à Turgut Özal, dont l'état-major s'était éloigné après avoir appuyé (et rendu possible) son plan d'ajustement structurel de l'économie; en 2002, en offrant à l'AKP la majorité absolue des sièges en guise de désaveu cinglant du coup d'Etat «postmoderne» de 1997 qui avait chassé du pouvoir son prédécesseur, le Parti de la Prospérité (Refah), et conduit à sa dissolution.

Il se trouve que cette sagacité de l'électorat turc est orientée à droite depuis 1950, et d'aucuns peuvent naturellement le déplorer. L'AKP est l'héritier d'une longue lignée à la fois conservatrice et modernisatrice qui va du Parti démocrate de Adnan Menderes, puis du Parti de la Justice et du Parti de la Juste voie de Süleyman Demirel, au Parti de la Mère Patrie de Turgut Özal, et qui s'est opposée à l'étatisme centralisateur qu'incarnait plus ou moins le Parti républicain du peuple (CHP). Tous ces partis successifs de droite ont flirté avec la sensibilité religieuse, à des titres divers. Mais là n'est pas l'essentiel puisque l'armée l'a également fait en mettant l'islam au service du réarmement moral de la nation contre les miasmes du communisme et du séparatisme et a même aidé, au début des années 1970, Necmettin Erbakan à former son premier parti parlementaire musulman, le Parti de l'Ordre national qui deviendra Parti du Salut national, puis Parti de la Prospérité, Parti de la Vertu, Parti de la Félicité, au fil des interdictions successives (l'AKP est une scission de cette mouvance erbakaniste qui se perpétue aujourd'hui sous la bannière du Parti de la Félicité). En réalité, il n'y a pas un jeu à somme nulle entre la République laïque et l'islam, comme j'ai essayé de le montrer dans mon dernier livre (1). Dans les profondeurs de la société, notamment dans les familles, le compromis entre musulmans pieux et «laïcards» l'emporte, et le Kulturkampf semble limité à la sphère des élites. Historiquement, l'islam sunnite de rite hanéfite a été la matrice d'une République dont la citoyenneté est demeurée sourdement ethnoconfessionnelle, à l'instar de ce que l'on observe dans la plupart des anciennes provinces de l'Empire ottoman, y compris en Israël. En 2006, 74,3% des Turcs estimaient d'ailleurs que le prochain président de la République devait être un musulman pieux... et 75,2% qu'il devait protéger le sécularisme!

Aujourd'hui, le conflit politique a donc moins trait à la laïcité per se, ou à l'islamisation, qu'à l'affrontement entre deux élites: d'une part, l'establishment kémaliste, tenant de l'Etat depuis les années 1920; de l'autre, des élites subalternes d'origine provinciale qui ont utilisé la cascade des partis conservateurs, depuis 1950, comme ascenseur social, comme mode d'accès au pouvoir (et accessoirement au crédit bancaire) pour s'émanciper du «colonialisme intérieur» (Iç Kolonizasyon) institué par la mission civilisatrice kémaliste. Avec son style un tantinet démagogue, viril, voire brutal, d'ancien vendeur de simit, de dévot enrichi, de supporter de football, Recep Tayyip Erdoğan est en phase avec cet électorat, aussi bien notabiliaire que populaire, en mal de réussite et de respectabilité. Reste que son vrai atout a été la double sortie de crise qu'il a su mener à bien: sortie de la crise économique, en reprenant à son compte la politique d'ajustement structurel du social-démocrate Kemal Dervis, mais en lui conférant un cours explicitement néolibéral; sortie de l'autoritarisme, et même, de manière plus velléitaire, de la définition ethnoconfessionnelle de la citoyenneté, en faisant adopter une batterie de dispositions législatives et d'amendements constitutionnels d'inspiration libérale, en acceptant de poser la question kurde dans des termes politiques en 2009, et en infligeant camouflets électoraux sur gifles judiciaires à l'armée. Reste aussi que Recep Tayyip Erdoğan et l'AKP ne sont que l'expression, ou plutôt qu'une expression, des transformations de la société turque, en proie, depuis les années 1980, à la libéralisation économique, au consumérisme et à une drôle de movida qui n'épargne pas les pratiques concrètes des croyants musulmans.

Néanmoins, le triomphe de Recep Tayyip Erdoğan n'est pas sans nuances, et c'est ce qui en fait aussi l'intérêt politique. L'AKP a gagné en voix (49,9% des suffrages exprimés, au lieu de 46,66 en 2007), mais perdu en sièges (326, sur 550, au lieu de 341 en 2007). Il n'obtient aucune des deux majorités qualifiées qui lui auraient permis de faire adopter par le seul Parlement son propre projet de Constitution ou de le soumettre à référendum (2). Il devra donc négocier avec l'ensemble des formations politiques, y compris celles qui ne sont pas représentées au Parlement, le texte de la nouvelle Constitution que chacune d'entre elles appelle officiellement de ses vœux pour définitivement tourner la page du coup d'Etat de 1980, mais sans s'entendre avec les autres sur ses principales dispositions ni même sur son esprit. Ainsi, il n'est pas certain que Recep Tayyip Erdoğan parvienne à faire prévaloir le principe d'un régime présidentiel qu'il appelle de ses voeux. Ce qui, au demeurant, ne l'empêchera pas de briguer la succession de son ami Abdullah Gül en 2014, celui-ci ne pouvant se représenter. Le Premier ministre n'a donc pas complètement gagné son pari. Depuis plusieurs mois, il avait gelé toute ouverture à l'égard des Kurdes, après avoir négocié en sous-main un plan de paix avec le leader historique –embastillé– du PKK, Abdullah Öcalan, et il avait adopté une posture nationaliste souvent provocatrice, au détriment des relations avec Israël et avec l'Arménie. Il espérait que celle-ci interdirait au parti d'extrême droite, dit d'Action nationaliste, le MHP, de franchir la barre des 10% des suffrages exprimés permettant d'entrer par la grande porte au Parlement, et qu'elle lui procurerait de la sorte plus de 330 sièges. Mais il a perdu sur ces deux tableaux. Le MHP, en léger recul, a néanmoins rassemblé 12,9% des suffrages exprimés et emporté 53 sièges. Le Parti de la Paix et de la démocratie (BDP) –enième avatar parlementaire du nationalisme kurde– a recueilli 6,6% des suffrages exprimés et 36 sièges –16 de plus que dans la précédente législature (3). Et l'AKP a enregistré des scores médiocres dans le sud-est pour ne pas avoir su répondre à l'attente de l'électorat kurde qui lui avait longtemps prodigué ses faveurs. Quant à l'opposition social-démocrate du CHP, elle plafonne à 25,9% des suffrages exprimés qui lui ont donné 135 sièges, en deçà de ce qu'espérait son nouveau leader, Kemal Kılıçdaroğlu, surnommé Gandhi, dont la position et l'essai d'aggiornamento du vieux parti néo-kémaliste et souverainiste sont pris à contre-pied.

Ces résultats, plus tempérés qu'il n'y paraît de prime abord, privent utilement Recep Tayyip Erdoğan d'un blanc-seing qui eût été mal venu. En effet, le vrai danger politique, en Turquie, ne réside pas dans l' «islamisation» de la société dont l'AKP serait le fourrier au moment même où il a renoncé à son affichage confessionnel –il est plus plausible de voir en lui le fossoyeur de l'islam politique!– ni dans un agenda si bien «caché» qu'on ne l'a toujours pas trouvé après huit ans d'hégémonie parlementaire. Le risque est l'affirmation d'une nouvelle forme d'autoritarisme, démocratique dans la mesure où il est validé par les urnes, mais affranchi de tout vrai contre-pouvoir faute d'opposition crédible, comparable mutatis mutandis à ce que le pays avait connu dans les années 1950 sous la houlette de Adnan Menderes. L'emprise de l'AKP sur les médias, le triste palmarès de la Turquie en matière de journalistes emprisonnés (de 50 à 60) et d'intellectuels traduits devant les tribunaux (10.000 affaires en cours de jugement !), le recours à l'arme fiscale pour déstabiliser les gêneurs, le possible dévoiement politicien des investigations et des procédures judiciaires relatives aux tentatives de coup d'Etat depuis 2002 dans le cadre très extensible de l'affaire Ergenekon, l'usage tous azimuts d'écoutes téléphoniques à l'initiative d'une police que l'on dit infiltrée par la néo-confrérie des fethullahci (4), la diffusion opportune sur Internet de films vidéos surprenant des parlementaires du MHP en fâcheuse posture, la censure du web, le tempérament personnel de Recep Tayyip Erdoğan qui ne semble plus s'accommoder de la moindre critique n'ont pas laissé d'inquiéter ces dernières années. Y compris parmi les rangs des intellectuels libéraux ou de gauche qui ont appuyé le gouvernement afin d'endiguer l'armée, de cantonner et mettre en pleine lumière ce que l'on nomme en Turquie l'«Etat profond» –celui des services secrets, des milieux ultranationalistes et des mafias, lointains héritiers du Comité Union et Progrès de la Première Guerre mondiale et des réseaux Gladio de la Guerre froide–, de promouvoir l'adhésion à l'Union européenne garante de l'irréversibilité de la démocratisation, et de reconnaître le génocide des Arméniens.

Les électeurs ont donné à la majorité le moyen de gouverner, mais non celui d'imposer ses vues constitutionnelles. Recep Tayyip Erdoğan, sacré «maître des urnes» à la faveur de ses victoires successives depuis 2002, en a pris acte en empruntant dimanche soir un ton beaucoup plus conciliant que pendant la campagne. Le plus probable, le plus souhaitable en tout cas, est qu'il reprenne ses négociations secrètes avec Abdullah Öcalan, qu'il ouvre un véritable dialogue politique avec le BDP, et que Kemal Kılıçdaroğlu saisisse la main tendue par le Premier ministre pour l'élaboration de la nouvelle Constitution en résistant aux manœuvres de déstabilisation internes au CHP que les partisans de son prédécesseur, Deniz Baykal, ont déjà lancées en appelant à sa démission sous prétexte des résultats décevants des législatives.

Ces dernières nous dispensent une dernière leçon, qui s'adresse directement à l'Union européenne, et singulièrement à la France. Le bilan de la politique de Nicolas Sarkozy, grand pourfendeur de l'adhésion de la Turquie à l'UE pour de sombres raisons électoralistes, est affligeant. En quelques années, la France s'est aliénée la première puissance de la Méditerranée orientale et du Proche-Orient, dont elle découvre soudain qu'elle pèse beaucoup plus lourd que ses alliés traditionnels, balayés ou ébranlés par le «printemps arabe», et qu'elle est devenue une «source d'inspiration», comme le dit, faussement modeste, Ahmet Davutoğlu, jusqu'au Maghreb. Mais que sont-ils devenus nos Ben Ali, nos Moubarak avec lesquels nous pensions bâtir l'Union pour la Méditerranée afin de mieux tenir à distance l'intempestive Turquie? Notre Assad, dont l'amitié a été reconquise de haute lutte par Claude Guéant, soucieux de laver l'affront que lui avait fait subir Jacques Chirac pour cause d'ingérence criminelle au Liban? Que représente ce fameux pays du Cèdre auquel nous avons sacrifié tant d'efforts diplomatiques, tant d'argent, tant de vies aussi, par rapport à la Turquie à laquelle nous avons réservé ce que nous savons faire de mieux en matière de vexations et de courtes vues? Enfin, était-il bien nécessaire d'accueillir avec tant de pompe Mouammar Kadhafi, en décembre 2007, pour le bombarder de si belle manière en 2011? Tout au long du quinquennat, la diplomatie française dans la région a décidément été du grand n'importe quoi.

Sans mauvais jeu de mots, elle n'a pas connu son chemin de Damas à la faveur du «printemps arabe». Le renversement soudain de Ben Ali et les scandales franco-français dont il s'est accompagné n'ont rien appris à Nicolas Sarkozy. Celui-ci décrypte le grand tremblement du Moyen-Orient et du Maghreb à travers le petit bout de la lorgnette –celui des 7.000 immigrés tunisiens qui en ont profité pour tenter l'aventure de la traversée (5)– et les fantasmes de la «nouvelle diplomatie» de Bernard Henry Lévy, qui n'est pas meilleure que sa «nouvelle philosophie». Plus généralement, la France continue d'aligner contresens sur clichés à propos de la Turquie pour essayer de justifier le cours erratique de sa politique étrangère. Ainsi, Ankara est accusé de tout et de son contraire. Hier d'être le «cheval de Troie» des Etats-Unis au sein de l'Union européenne, aujourd'hui de suivre un cours anti-occidental et «néo-ottoman». Hier d'avoir une diplomatie musulmane de substitution par rapport au projet européen, aujourd'hui de ne rien avoir vu venir dans le monde arabe et d'être impuissant face à sa déstabilisation quand il s'agissait d'avoir «zéro problème avec les voisins», selon la formule de Ahmet Davutoğlu. Gageons que la brouille turco-israélienne, à la suite de l'opération Plomb durci, à Gaza, en 2008-2009, et de l'interception par Tsahal de la flottille humanitaire tentant de forcer le blocus naval du territoire palestinien, en 2010, et les campagnes de presse qu'elle a provoquées à l'initiative d'un certain nombre de réseaux sionistes, n'entrent sans doute pas pour rien dans ces appréciations hâtives. Quand on veut noyer son chien, ne doit-on pas dire qu'il a la rage?

Pourtant, la réalité est assez simple, et offre de vraies opportunités à la France. La Turquie met en œuvre une politique néolibérale qu'une forte croissance a rendu viable, mais qui n'est pas plus sympathique socialement pour autant et qui est à la merci d'une nouvelle crise financière internationale. En attendant, elle représente un partenaire commercial, énergétique et industriel aussi attractif que les autres pays émergents dans lesquels Nicolas Sarkozy a multiplié les visites de VRP –à Ankara, il s'est borné à un déplacement de cinq heures, en février, dans le cadre de la présidence française du G 20, au prix d'un quasi-incident diplomatique! Par ailleurs, la Turquie n'a nullement renoncé à son adhésion à l'UE, même si les rebuffades qu'elle essuie rendent évidemment moins séduisante cette perspective aux yeux de son opinion publique. Est-il bien raisonnable de dire, comme Pierre Lellouche, lorsqu'il était ministre des Affaires européennes, que l'on est pour les négociations... et contre l'adhésion (sic)? Un peu de logique, un peu de cohérence, Monsieur le Président de la République! Généralement, quand on négocie, c'est pour essayer d'aboutir. Sauf, peut-être, quand on est israélien ou iranien.

Quoi qu'il en soit, la politique étrangère turque ne se réduit pas à une alternative entre un projet européen et une démarche globale, ou, encore moins, une approche islamo-moyen-orientale. Elle a parfaitement les moyens de mener de front ces différents chantiers, ainsi que l'ont illustré l'ouverture de vingt-sept nouvelles ambassades depuis 2000, les visites de Recep Tayyip Erdoğan et de Abdullah Gül en Amérique latine et en Afrique, leurs multiples médiations régionales et leur fidélité à la coopération internationale dans l'enceinte des organisations multilatérales dont la Turquie est une actrice avisée. Ce qui ne veut pas dire qu'elle réussit toujours dans ses entreprises, tant s'en faut. Mais les succès de la diplomatie française ne sont pas tels, singulièrement dans les pays arabes, en Iran et en Afghanistan, que l'on doive ironiser à ce sujet. Ainsi, ce n'est pas par anti-occidentalisme et complaisance à l'égard de Mouammar Kadhafi que la Turquie s'est dans un premier temps opposée à une intervention armée en Libye, mais par réalisme: pour bien connaître ce pays par tradition historique, par ses investisseurs, par ses travailleurs émigrés, elle savait que le régime n'était pas aussi fragile que voulaient nous le faire croire BHL et ses amis de Benghazi, et que son renversement par la force ne s'apparenterait pas à une promenade militaire, outre le fait qu'il ne résoudrait pas les problèmes politiques. Les derniers mois lui ont donné raison, ce qui n'a pas étonné tous les diplomates ou tous les militaires français. Vis-à-vis de la Syrie, Recep Tayyip Erdoğan a d'abord essayé d'inciter le président Assad à engager des réformes, puis a durci le ton devant sa fuite en avant répressive et a ouvert ses frontières aux réfugiés. De même, en Egypte, il a été l'un des tout premiers à reconnaître la légitimité des revendications des manifestants. Il n'empêche que la Turquie est directement concernée, plus encore que les pays ouest-européens ou les Etats-Unis, par les bouleversements du monde arabe qui la frappent de plein fouet, sur le plan économique comme sur le plan humanitaire. Elle a gardé le souvenir des conséquences désastreuses des deux interventions américaines en Irak, en 1991 et en 2003. Elle sait que le régime baasiste, acculé, peut se ressaisir de la carte kurde qu'il a abandonnée, en 1998, sous la seule pression militaire, en se résignant à expulser Abdullah Öcalan. Elle s'en tient donc à une grande prudence, celle du chat échaudé qui néanmoins ne renonce pas aux souris. Rien, dans le parcours diplomatique de Recep Tayyip Erdoğan, ces derniers mois, n'est inquiétant ni déshonorant, et n'égale les invraisemblables faux-pas de la France. Bien au contraire, on mesure combien une Turquie membre de l'Union européenne apporterait à la PESC –la Politique étrangère et de sécurité commune– un surcroît de compétence et de savoir-faire. Quant à sa tentative de dégager un accord avec Téhéran sur la question nucléaire qui soit acceptable pour les pays occidentaux, il faut rappeler qu'elle a été conduite, de pair avec le Brésil, à la demande, ou en tout cas avec les encouragements, des Etats-Unis, lesquels se sont ensuite ravisés, peut-être dépassés par un succès qu'ils n'avaient pas escompté. Et derechef les faits semblent donner raison à Ankara depuis que la véracité de la menace iranienne s'étiole aux Etats-Unis comme en Israël sans que la politique des sanctions ait amené à résipiscence Téhéran (6).

En définitive, c'est surtout la gestion des relations de la Turquie avec l'Etat juif qui appelle le plus de réserve. Non que la politique de Tel Aviv soit acceptable. Mais Recep Tayyip Erdoğan et Ahmet Davutoğlu ont manqué de souplesse dans la formulation de leur désapprobation. Certains de leurs critiques les soupçonnent d'un vieux fond sunnite d'anti-sémitisme, ou en tout cas d'anti-sionisme, qu'ils se gardent évidemment d'exprimer. Recep Tayyip Erdoğan et Ahmet Davutoğlu ont en tout cas été ulcérés par le déclenchement à leur insu de l'opération Plomb durci alors qu'ils négociaient depuis des mois un accord de paix entre Israël et la Syrie et que celui-ci était sur le point d'être conclu –une opération Plomb durci dont l'un des objectifs était peut-être, précisément, de le saboter. De même, ils ne pouvaient accepter de bon gré que neuf de leurs concitoyens soient abattus par Tsahal en mai 2010, et ce d'autant moins que le Mavi Marmara avait été affrété par le rival direct de l'AKP, le Parti de la Félicité, et que des échéances électorales se profilaient à l'horizon, propices à toutes les surenchères nationalistes de l'opposition. Enfin, il ne faut pas sous-estimer le prestige dont jouit désormais Recep Tayyip Erdoğan dans les opinions publiques arabes grâce à sa fermeté à l'encontre d'Israël et à sa violente algarade avec Shimon Peres lors du Forum de Davos, une popularité qui n'est pas sans rappeler celle qui avait nimbé Jacques Chirac à la suite de son altercation avec les gros bras de la sécurité israélienne à Jérusalem, en 1996.

Quoi qu'il en soit, la reprise d'une vraie politique européenne à l'égard de la Turquie s'impose, surtout si l'on veut conforter les avancées démocratiques engrangées par l'AKP depuis 2002, aider Recep Tayyip Erdoğan à lutter contre ses propres démons, conjurer le danger de sa «poutinisation» que redoute une partie de la gauche, à la faveur de sa probable élection à la présidence de la République en 2014 –qui pourrait le maintenir au pouvoir jusqu'en 2023, centième anniversaire de la fondation de la République par Atatürk (7)–, et s'appuyer sur Ankara pour aider à la reconstruction du Proche et du Moyen-Orient. Elle s'impose d'autant plus que la Grèce s'effondre, plongeant la Méditerranée orientale dans l'inconnu.

Il en va même de la conception que l'on se fait de l'Europe. J'ai toujours été troublé d'entendre que Nicolas Sarkozy entonnait –au nom du pays près, naturellement– le slogan de l'extrême droite turque: «La Turquie, tu l'aimes ou tu la quittes». Contrairement à ce que prétend une fantasmagorie nationale éculée, il n'y pas de frontière naturelle qui séparerait la Turquie de l'Europe. En tout cas, le séisme de 1999 n'en a pas tenu compte, qui a frappé tout à la fois la rive asiatique et la rive européenne du Bosphore! Il y a en revanche une frontière politique qui partage simultanément la société turque et les diverses sociétés de l'Union européenne entre les tenants d'une idée universaliste de la citoyenneté et les partisans d'une définition ethnoconfessionnelle de celle-ci. La vraie raison de repousser la candidature d'adhésion de la Turquie à l'Union européenne, pour certains, est précisément l'une de celles qui doivent nous amener à l'envisager positivement, pourvu qu'Ankara réponde aux critères dits de Copenhague. Si nous ne voulons pas d'une Europe dite chrétienne, qui ne le serait d'ailleurs pas tant que cela si nous écoutons les Eglises, il nous faut accepter notre part musulmane dès lors que celle-ci participe de l'universalité politique. L'ironie de l'Histoire veut qu'en Turquie ce soit un parti d'origine confessionnelle qui ait le plus fait progresser le pays dans cette direction, en dépit de certaines embardées de Recep Tayyip Erdoğan, quand les adeptes de la laïcité kémaliste pure et dure se posaient en gardiens du temple de la citoyenneté ethnoconfessionnelle face aux Kurdes, aux Arméniens, aux Grecs. En d'autres termes, la bataille que mènent les démocrates turcs pour la reconnaissance de l'autonomie et de l'identité politique kurde, ou pour celle du génocide des Arméniens, est aussi la nôtre. Et quand un intellectuel stambouliote comme Murat Belge nous demande: «Ne nous laissez pas devenir fascistes», les résultats des dernières élections dans certains pays d'Europe de l'ouest ou du centre nous suggèrent que les Turcs ne sont pas les seuls à courir ce risque. Frontières naturelles ou pas, nous sommes bien dans le même bateau politique.

Ainsi, le prochain président de la République française devra prendre à bras le corps la question turque, pour des raisons relevant tant de la philosophie politique que de la politique étrangère, et lui apporter une réponse moins stupide que celle dans laquelle nous a enfermés le détenteur actuel du titre. Candidats, au travail! La victoire de l'AKP vous met le dos au mur.

(1) L'islam républicain. Ankara, Téhéran, Dakar, Paris, Albin Michel, 2010.
(2) Un amendement constitutionnel adopté par une majorité qualifiée de 330 voix suppose son approbation ultérieure par voie référendaire. Si la révision constitutionnelle est adoptée par 367 voix, le vote de l'Assemblée suffit.
(3) Parmi les candidats indépendants ayant été élus avec le soutien du BDP figure le premier député de confession chrétienne à siéger dans la Grande Assemblée nationale turque depuis un demi-siècle: Erol Dora, dans la circonscription de Mardin (La Croix-L'Evénement, 15 juin 2011).
(4) Les adeptes de la néo-confrérie (cemaat) de Fethullah Gülen, issue de la mouvance dite nurcu dont Said Nursi (1878-1960) a été le fondateur et le père spirituel, que l'on soupçonne de noyauter l'Etat, mais qui a toujours entretenu en réalité des relations très ambivalentes aussi bien avec l'armée qu'avec les partis islamiques parlementaires. Le rôle de la néo-confrérie, simultanément conservatrice et modernisatrice, peut être comparé à celui de l'Opus Dei dans l'Espagne de Franco. Lire mon billet du 9 mars 2010.
(5) 5.000 d'entre eux demanderaient déjà l'aide au retour volontaire. En outre, rappelons que seuls 2.000 ressortissants tunisiens ont bénéficié, en 2010, des 9.000 entrées légales prévues par l'accord migratoire de 2008 au titre de la formation professionnelle. Source Libération, 14 juin 2011, pp. 16-17.
(6) Voir par exemple Seymour M. Hersh, «Iran and the Bomb», The New Yorker, 6 juin 2011.
(7) Des posters de la campagne électorale de Recep Tayyip Erdoğan faisaient explicitement référence à ce centenaire de la République, en 2023.

Tous les commentaires

17/06/2011, 15:27 | Par didier pons

Merci de cet éclairage trés intéressant, enfin une vision posée et non fantasmée de la turquie

17/06/2011, 19:44 | Par tlesinsk

Passionnant... Merci.

18/06/2011, 02:44 | Par scythe

Le 18 juin 2011

Enfin un article intéressant,mesuré et surtout bien DOCUMENTE sur Médiapart et non seulement concernant la Turquie!Le dernier article qui m'avait semblé digne d'intérêt était celui d'Edwy Plenel exprimant ses réticences sur l'intervention étrangère en Lybie (depuis sur la question on n'a que des reportages sur les combattants de la liberté à Benghazi,la brutalité des troupes de "légionnaires" de Khaddafi,même chose sur la Syrie.Evidemment tout ça sous l'oeil bienveillant de Plenel.Tiens,ces combattants ça me fait penser au "combattant de la liberté Massoud",héros de qui vous savez)

A propos de la Turquie,entre le 15 avril et l'article de P.Puchot du 10 juin,rien sinon quelques interventions de M.Azadi qui laissaient croire que rien ne se passait en Turquie sauf la guérilla du PKK.

Si on sait lire il y a tout dans votre article.J'attirerais seulement l'attention de l'auteur sur certaines informations du Cumhuriyet,signalant un fort trafic d'armes entre la Syrie la frontière turque et le Liban.

Amicalement

18/06/2011, 02:44 | Par scythe

Le 18 juin 2011

Enfin un article intéressant,mesuré et surtout bien DOCUMENTE sur Médiapart et non seulement concernant la Turquie!Le dernier article qui m'avait semblé digne d'intérêt était celui d'Edwy Plenel exprimant ses réticences sur l'intervention étrangère en Lybie (depuis sur la question on n'a que des reportages sur les combattants de la liberté à Benghazi,la brutalité des troupes de "légionnaires" de Khaddafi,même chose sur la Syrie.Evidemment tout ça sous l'oeil bienveillant de Plenel.Tiens,ces combattants ça me fait penser au "combattant de la liberté Massoud",héros de qui vous savez)

A propos de la Turquie,entre le 15 avril et l'article de P.Puchot du 10 juin,rien sinon quelques interventions de M.Azadi qui laissaient croire que rien ne se passait en Turquie sauf la guérilla du PKK.

Si on sait lire il y a tout dans votre article.J'attirerais seulement l'attention de l'auteur sur certaines informations du Cumhuriyet,signalant un fort trafic d'armes entre la Syrie la frontière turque et le Liban.

Amicalement

18/06/2011, 04:47 | Par Pierre Avril

bel article, pédagogique qui m'a aidé à mieux comprendre une situation que j'appréhendais mal. Merci.

(et qui dépasse les a priori et les postures idéologiques)

18/06/2011, 11:31 | Par jean-marc gavanon

Merci.

18/06/2011, 13:00 | Par BZBZ

Merci pour cet article éclairant et mesuré

18/06/2011, 14:07 | Par RAOUL MARC JENNAR

Article remarquable à tous égards : richesse des informations, rigueur et intelligence des analyses. A lire et à faire lire.

18/06/2011, 14:20 | Par profile_inactif_129652

@ Jean-François Bayart

Très bonne analyse !

Vous avez tout à fait raison.

19/06/2011, 08:01 | Par JJMU

Je viens de vous lire très attentivement et je suis ébloui par vos informations et la finesse de vos analyses. Je me sens enfin informé de ce qui faisait jusqu'alors mon trouble face à la situation en Turquie. Merci pour tant d'éléments portés à notre connaissance. J'aimerais que les medias et le personnel de nos partits politiques s'appuient sur vos raisonnements pour la suite des relations avec la Méditerranée.

Jean-Jacques M’µ

19/06/2011, 12:07 | Par Virgil Brill

Dans ce substantiel article de fond dont je vous remercie, un détail me laisse perplexe : Aujourd'hui, le conflit politique a donc moins trait à la laïcité perse,ou à l'islamisation, qu'à l'affrontement entre deux élites

Laïcité perse ?

19/06/2011, 15:29 | Par Jean-François Bayart

Excellent! Non, j'avais écrit, en italiques, per se, la laïcité en tant que telle - et dans la précipitation de la mise en ligne l'editing l'a transformé en laïcité perse. Je le signale. Cela étant, c'est un très beau lapsus, car j'ai essayé de montrer dans le chapitre 4 de L'Islam républicain que la République islamique d'Iran n'était certes pas, par définition, laïque, mais connaissait un véritable processus de dissociation du politique et du religieux et de sécularisation. Je renvoie surtout, sur ce point, aux travaux remarquables de ma collègue Fariba Adelkhah, notamment à son Etre moderne en Iran (Karthala) et à différents articles qu'elle a écrits dans diverses revues.

Merci à tous de vos encouragements.

19/06/2011, 15:49 | Par chlogor

et bien je pense monsieur que vous n'avez pas du interroger beaucoup de turcs sur votre analyse car les résultats de ce scrutin sont très violemment contestés par de nombreux turcs modernes et en majorité de gauche et qui sont très inquiets sur les prochaines lois proposant l'instauratioon de la polygamie (mais oui) et la restriction grossière de nombreuses libertés individuelles.....encore faut il avoir les echos du pays in situ......

 

19/06/2011, 16:23 | Par Jean-François Bayart en réponse au commentaire de chlogor le 19/06/2011 à 15:49

Il me semble que j'y fais allusion, non?

19/06/2011, 21:33 | Par chlogor en réponse au commentaire de Jean-François Bayart le 19/06/2011 à 16:23

et bien pour vous avoir bien relu...c'est non..par ailleurs estimer que la pouplation active agricole est trop éléve alors que tout l'occident est en train de découvrir les désastres de l'agriculture intensive....est ce de l'humour...??.

20/06/2011, 16:08 | Par Jean-François Bayart en réponse au commentaire de chlogor le 19/06/2011 à 21:33

Il vous suffit de visiter l'Anatolie centrale et orientale pour constater que le fort taux de population active agricole se traduit par un fort chômage. Demandez aux Kurdes s'ils ont envie de rester dans leurs montagnes! Le problème de l'agriculture intensive ne coïncide pas absolument avec celui de la population active agricole : elle peut s'accompagner du chômage par la mécanisation.

Pour le reste, quelques extraits de mon article :

"Aujourd’hui, le conflit politique a donc moins trait à la laïcité per se, ou à l’islamisation, qu’à l’affrontement entre deux élites : d’une part, l’establishment kémaliste, tenant de l’Etat depuis les années 1920 ; de l’autre, des élites subalternes d’origine provinciale qui ont utilisé la cascade des partis conservateurs, depuis 1950, comme ascenseur social, comme mode d’accès au pouvoir (et accessoirement au crédit bancaire) pour s’émanciper du « colonialisme intérieur » (Iç Kolonizasyon) institué par la mission civilisatrice kémaliste."

Le Premier ministre n’a donc pas complètement gagné son pari. Depuis plusieurs mois, il avait gelé toute ouverture à l’égard des Kurdes, après avoir négocié en sous-main un plan de paix avec le leader historique – embastillé – du PKK, Abdullah Öcalan, et il avait adopté une posture nationaliste souvent provocatrice, au détriment des relations avec Israël et avec l’Arménie. Il espérait qu’une telle ligne interdirait au parti d’extrême droite, dit d’Action nationaliste, le MHP, de franchir la barre des 10% des suffrages exprimés permettant d’entrer par la grande porte au Parlement, et qu’elle lui procurerait de la sorte plus de 330 sièges. Mais il a perdu sur ces deux tableaux. Le MHP, en léger recul, a néanmoins rassemblé 12,9% des suffrages exprimés et emporté 53 sièges. Le Parti de la Paix et de la démocratie (BDP) – x-ième avatar parlementaire du nationalisme kurde – a recueilli 6,6% des suffrages exprimés et 36 sièges – 16 de plus que dans la précédente législature[1]. Et l’AKP a enregistré des scores médiocres dans le Sud-Est pour ne pas avoir su répondre à l’attente de l’électorat kurde qui lui avait longtemps prodigué ses faveurs."

 

Et enfin : " Le risque est l’affirmation d’une nouvelle forme d’autoritarisme, démocratique dans la mesure où il est validé par les urnes, mais affranchi de tout vrai contre-pouvoir faute d’opposition crédible, comparable mutatis mutandis à ce que le pays avait connu dans les années 1950 sous la houlette de Adnan Menderes. L’emprise de l’AKP sur les médias, le triste palmarès de la Turquie en matière de journalistes emprisonnés (de 50 à 60) et d’intellectuels traduits devant les tribunaux (10 000 affaires en cours de jugement !), le recours à l’arme fiscale pour déstabiliser les gêneurs, le possible dévoiement politicien des investigations et des procédures judiciaires relatives aux tentatives de coup d’Etat depuis 2002 dans le cadre très extensible de l’affaire Ergenekon, l’usage tous azimuts d’écoutes téléphoniques à l’initiative d’une police que l’on dit infiltrée par la néo-confrérie des fethullahci[1], la diffusion opportune sur Internet de films vidéos surprenant des parlementaires du MHP en fâcheuse posture, la censure du web, le tempérament personnel de Recep Tayyip Erdoğan qui ne semble plus s’accommoder de la moindre critique n’ont pas laissé d’inquiéter ces dernières années. Y compris parmi les rangs des intellectuels libéraux ou de gauche qui ont appuyé le gouvernement afin d’endiguer l’armée, de cantonner et mettre en pleine lumière ce que l’on nomme en Turquie l’ « Etat profond » - celui des services secrets, des milieux ultranationalistes et des mafias, lointains héritiers du Comité Union et Progrès de la Première Guerre mondiale et des réseaux Gladio de la Guerre froide -, de promouvoir l’adhésion à l’Union européenne garante de l’irréversibilité de la démocratisation, et de reconnaître le génocide des Arméniens."

Dernier mot : je connais fort bien ces Turcs qui sont opposés à l'AKP et parmi lesquels je compte de nombreux amis et collègues. Mais, par définition, l'opposition est... minoritaire! Leur seul problème est de gagner les élections, ce qu'ils ne parviennent pas à faire depuis 2002. Cherchez l'erreur!

 



[1] Les adeptes de la néo-confrérie (cemaat) de Fethullah Gülen, issue de la mouvance dite nurcu dont Said Nursi (1878-1960) a été le fondateur et le père spirituel, que l’on soupçonne de noyauter l’Etat, mais qui a toujours entretenu en réalité des relations très ambivalentes aussi bien avec l’armée qu’avec les partis islamiques parlementaires. Le rôle de la néo-confrérie, simultanément conservatrice et modernisatrice, peut être comparé à celui de l’Opus Dei dans l’Espagne de Franco. Voir http://blogs.mediapart.fr/blog/jean-francois-bayart/090310/faut-il-avoir-peur-du-college-educactive-de-villeneuve-saint-g

 



[1] Parmi les candidats indépendants ayant été élus avec le soutien du BDP figure le premier député de confession chrétienne à siéger dans la Grande Assemblée nationale turque depuis un demi-siècle : Erol Dora, dans la circonscription de Mardin (La Croix-L’Evénement, 15 juin 2011).

 

 

19/06/2011, 16:07 | Par Lynda Lassal

Passionant! Je partage votre analyse intelligente, ouverte et intellectuellement honnête. Ce se fait si rare de nos jours.

19/06/2011, 17:15 | Par Gregoire Balian

Rien sur la masse des investissements etrangers qui

ont permis a l'economie turque d'enregistrer des

resultats. Rien sur les milliards que les US ont deverses dans ce pays en aide militaire depuis

plus de 50 ans et que la Turquie n'a pas eu a emprunter, rien sur les centaines de Kurdes

massacres regulierement par l'armee, rien sur le relais des trafics de drogue (Afghanitan, Europe)

Article bien fragmentaire...

 

19/06/2011, 17:29 | Par Jean-François Bayart en réponse au commentaire de Gregoire Balian le 19/06/2011 à 17:15

Faux, cher lecteur. Si je ne parle pas, en effet, de l'aide militaire américaine qui m'aurait éloigné du sujet, je mentionne explicitement l'augmentation des IDE en donnant même deux chiffres, la répression des Kurdes (et la négation du génocide des Arméniens), les flux financiers d'origine régionale douteuse. Mais libre à vous de ne pas aimer mon papier! Bonne soirée

21/06/2011, 01:25 | Par scythe en réponse au commentaire de Jean-François Bayart le 19/06/2011 à 17:29

20 juin 2011

1- je vous renvoie au commentaire que j'ai fait à propos d'un article paru dans le blog de M.Azadi (voir

Turquie: plus de 1.400 arrestations en un mois

02 Juin 2011 Par Maxime-Azadi)

2-Je répète encore le vide à propos de la Turquie entre le 15 avril et le 10 juin.A part mes commentaires (et je répète que ce n'était pas à moi de le faire),votre article est ce qu'il ya eu de plus complet (complétude sous entend mesure en l'occurrence).La critique de Mr.Balian est polémique:peut-il me dire dans quelle proportion cette aide militaire américaine est entrée dans la poche

du "citoyen de la Turquie"?On pourrait aussi gloser sur les manif;kurdes certes parfois durement réprimées mais souvent violentes (usage presque systématique des cocktails molotofs,participation massive (surtout dans le Kurdistan )des personnes mineures ) et relation très ambigüe avec le pouvoir au cours de certaines,(voir ladéputée qui gifle sous l'oeil des caméras le commissaire de police);ne faut-il parler QUE DE CA?

Vous concernant,j'aurais fait deux critiques:1-mettre dans le même panier le coup d'état de 1960 (la période 60-70 n'existe pas au yeux d'un chercheur,incroyable!c'est là que la gauche turque a pour la première fois osé se montrer à découvert,qu'on a commencé à parler ouvertement du problème kurde etc) et les autres (71-80 et autres "en douce"),le rôle exceptionnel du coup de 80 (Erdogan ne s'y attaque toujours pas de front),2-Un certain nombre de choses qui se passent entre la la Turquie et la Syrie actuellement.Des journaux turcs parlent des problèmes impliquant Syrie,Turquie,Liban et Israël;En gros vous lisez trop Taraf,Radikal Vatan etc. et pas assez Cumhuriyet.Chercheur au CNRS,lisez tout,vous êtes payé pour (je plaisante,je présume que même un chercheur en la matière ne peut tout lire).

3- Puisque cette réponse va être affichée avec les autres commentaires deux mots encore à Mr.Balian:actuellement il y a en Turquie 60 millions de turcs et 15millions de kurdes.En gros.(Presque plus de grecs anatoliens (roums),quelques dizaines de miliers d'arméniens,de suryanis).Ces derniers temps,on commence à parler de tcherkesses,de lazes,de georgiens etc,permettez-moi de dire qu'ils 'amusent bien (pour l'instant?)Confessionnellement 55milions de sunnites hanéfis et 15millions d'alevis le reste ,chiites, sunnites autres que hanéfis,les bektachis comment les classer,je ne sais pas et très peu de chrétiens (un peu plus d'une centaine de milliers?).Appoximativement.Ce que je veux dire,il est clair que les kurdes ont le droit de révendiquer,mais les deux peuples sont tellement mélangés,leur destinées sociales sont tellement commun!Et ce qui est drôle ce mélange est visible surtout dans les régions traditionnellement connues comme turques.

Amicalement

21/06/2011, 10:24 | Par Jean-François Bayart en réponse au commentaire de scythe le 21/06/2011 à 01:25

Merci de vos remarques.

Je suis d'accord avec ce que vous dites à propos des différences entre coups d'Etat et sur l'importance des années 1960. Mais, vous savez, on ne peut pas tout dire dans un papier de presse qui en l'occurrence ne prétendait parler que des électionsdu 12 juin. Si cela vous intéresse, vous pouvez jeter un coup d'oeil à mon Islam Républicain (Albin Michel, 2010) où je suis plus précis, me semble-t-il.

Et puis je vais vous faire un aveu : je ne suis pas spécialiste de la Turquie! Je suis comparatiste, et c'est en tant que tel que je m'y intéresse , avec d'inévitables lacunes. Mais au pays des aveugles les borgnes ne peuvent-ils pas être rois?

amicalement

 

JFB

 

21/06/2011, 11:14 | Par scythe en réponse au commentaire de Jean-François Bayart le 21/06/2011 à 10:24

LE 21 JUIN 2011

ALLONS ALLONS,VOUS ETES PLUS QUE BORGNE:UN OEIL FONCTIONNE A 100%,LE DEUXIEME 99%.

AMICALEMENT

04/07/2011, 15:19 | Par a.spohr

http://blogs.mediapart.fr/blog/aspohr/230611/turquie-et-ue-oui-non-peut-etre-quand

Avez vous lu , ce papier?

Le vôtre:

 

Bon papier sans doute sans parti pris ( au sens littéral)? Mais soyons moins longs et plus pédagogiques. Nous avons de très bons lecteurs-amis, mais quand même.....

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