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Du signe au sigle : une perte de sens
En septembre 2010, les ASH ont consacré un cahier à la « nouvelle gouvernance du secteur social et médico-social ». Dans le même temps, l'actualité nous propose un certain nombre de temps d'information et d'échanges autour de ces questions qui bousculent les habitudes des professionnels en affectant par ricochet, le quotidien des « usagers ».
Le système s'est complexifié de l'aveu même de ses principaux acteurs. Des sigles nouveaux sont apparus comme autant d'efforts pour réduire la portée symbolique du langage, de chacun de ces mots juxtaposés sans conjonction possible dans des acronymes vides de sens.
De sagences ont été créées (ARS, ANAP, ANESM,...), des administrations publiques ont été restructurées (à partir de cette fameuse RGPP elle-même directement issue de la LOLF, petite fille de la RCB,des instances ont été créées comme les conférences de territoire,...
Des procédures nouvelles comme l'appel à projet mis au point par l'ARS qui se substitue aux fameuses « fenêtres » des différents CROSMS (prononcer [feu] CROS-SMS) viennent baliser nos pratiques, guider nos réflexions, encadrer nos propositions.
Les CPOM définissent le cadre dans lequel s'organisent les relations entre le financeur et le SSIG, celui là-même qui inscrit son action à l'intérieur de l'espace social à distance de tout intérêtéconomique.
Ces contrats visent à prévoir le cadre budgétaire dans lequel s'organisent les réponses du SSIG à un certain nombre de droits et obligations dont certaines comme la scolarisation des enfants handicapés tend à devenir opposable (cf. jurisprudence Laruelle du6 mars 2009).
A certains services déconcentrés de l'État en cours de démantèlement semble se substituer la mise en place un système constitué d'agences disposant de moyens (établissements et services sociaux et médico-sociaux), véritables instruments au service d'une politique donnée. Ces moyens sont eux-mêmes révisables, modifiables, supprimables soumis à la loi de l'efficacité.
Dans notre champ du handicap, les CDAPH définissent des plans de compensation du handicap valorisés à travers des PCH pour lesquelles il n'est pas encore question de récupération sur un possible patrimoine comme c'est désormais le cas pour l'APA (pour les "gros" patrimoines de plus de 100000 €).
Peut-être dans un avenir pas si lointain, cette générosité bien ordonnée sera amenée à évoluer dans le sens d'une solidarité gagée sur le patrimoine des parents.
L'évolution du secteur sanitaire ne manque pas d'inspirer toutes les craintes : T2A, loi HPST, GRH se déclinent très concrètement dans des décisions affectant les ressources financières, matérielles et humaines.
La santé doit payer, l'homme dans sa dimension biologique, psychologique doit payer. Tout ce qui le sort de sa condition instrumentale (être au service de...) doit entrer dans une nouvelle définition de l'individu soumis à l'injonction de se soumettre au pouvoir d'une minorité inspirée par on ne sait trop quelle doctrine à défaut d'être éclairée par la prise en compte d'un Sujet dont la capacité à faire valoir son désir peut prendre des formes elles-mêmes indésirables comme nous le rappelle l'histoire.
D'un point de vue global, dans notre secteur comme dans d'autres, la technolangue envahit nos relations professionnelles, altère nosfacultés à penser en dehors de ses mots dénués de sens, de sa sémantique simplificatrice et réductrice.
Elle vient nous séduire pour nous corrompre, pour nous amener à renoncer à l'exercice d'une pensée déliée de ce conformisme institué dont nous pourrions rire s'il n'était à l'origine de conduites et dedécisions qui menacent, ébranlent ou détruisent les équilibres préexistants.
La logique de l'économie assèche les esprits et combat le libre exercice du désir, s'affronte à la vie des hommes, à leurs excès. La logique du manque, de la pénurie organisée envahit nos espaces publics et privés. La confrontation perverse à ce qui fait défaut est organisée par ceux qui parlent d'une rigueur dont ils ne vivent pas les effets mais dont ils sont amenés à jouir à travers la souffrance de celui ou celle qui est considéré comme étranger à leur propre raison, à leur propre existence.
Les acronymes et autres sigles plus ou moins absurdes n'ont pour seule fonction que de réduire l'amplitude d'une pensée qui doit consentir à se déployer à l'intérieur d'un espace réduit à quelques repères institués, à reproduire les termes d'une vulgate (au sens religieux du terme) sensée apporter toutes les réponses attendues par une réalité qui persiste pourtant à échapper à la volonté et aux actions de ses sectateurs.


Tous les commentaires
C'est ainsi que l'éducateur spécialisé que je suis s'est vu contraint d'abandonner sa pédagogie artistique de redresseur d'altérité , pour devenir applicateur de mesures socio -judiciaires à flux tendus: DIPC ,16BIS BEX,RRSE,MIJ ,SME ,LS ,LSP,sur décisions d'un juge dé(s)mineurs et d'un procur(o)eur près le Tribunal (de)Grandes Injustices ,toujours promptent a debiter des OPP (ordonnance de placement provisoire)en CER,CEF,EPEI,EPM...
Retraité, 42 ans de travail dans ce secteur dont 19 ans en tant que directeur général d'une association de Protection de l'Enfance, comment ne puis-je être sensible à tous ces acronymes destinés à oublier que le destinataire de la prise en charge est un être, humain, et en difficulté ou en souffrance de surcroit. Les 4 dernières années ont été catastrophiques. Difficultés budgétaires certes, mais surtout le discrédit moral, la suspicion sur les actions entreprises, le doute sur la rigueur de notre organisation budgétaire que nous avions installée, le professionnalisme que nous avions mis en place pendant des années n'a-t-il pas laissé la place à la rationalisation des choix budgétaires. Il n'est plus question d'aider ceux qui sont en grande difficulté puisque s'ils en sont arrivés là c'est qu'ils ne sont pas gagnants ni désireux de s'en sortir et donc d'une certaine manière s'ils sont dans cette situation c'est qu'ils l'ont voulu, tel est le nouveau discours. Il était temps que je parte faute de quoi j'aurais explosé mais je suis terrifié pour ce qui va se passer pour les populations en grande difficulté que l'association que je dirigeais suivait.
Bernardp
Juste un peu de pinaillage : tous les sigles ne sont pas des acronymes.
Un acronyme est un sigle qu'on peut prononcer comme un mot avec des voyelles et des consonnes.
Exemples bien connus : LASER ou encore RADAR (qui en outre est un palindrome).
En revanche, SNCF n'est pas un acronyme, pas plus que RATP, sauf si on en prend l'anagramme "RAPT"
N'est pas non plus un acronyme, mais un vulgaire sigle : l'UMP, Union des Manipulateurs Ploutocrates
UMP, c'est Une Mauvaise Plaisanterie
UMP, Un Mentor Pernicieux ?
Quel acronyme correspond à la Gaminerie Absurde de l'Insupportable Naboléon Ordurier ?
Plus sérieusement, l'acronyme le plus long que je connaisse, est celui d'une expérience astrophysique visant à déterminer très précisément d'où viennent certains rayons cosmiques particuliers (et particulaires...) d'ultra haute énergie.
C'est THEMISTOCLE (Tracking High Energy Muon In Showers Triggered On Cerenkov Light Emission).
C'est tout un monde les sigles !
L'embêtant, ce sont les sigles à définitions multiples.
SDN fut le sigle de feue la Société des Nations que plus personne n'ose porter ONU.
Mais ce sigle est aussi celui de "Sortir Du Nucléaire"
Pour "Sortir du Nucléaire", il s'agit d'empêcher EDF d'utiliser des réacteurs REP, puis EPR, en attendant la fusion par ITER.
Ceux qui ont tout compris lèvent le doigt...
Ensuite, interrogation écrite par QCM pour mesurer le QI.
PS - Puis transmission dudit par CV vers un DRH qui joue avec tous les QI qui lui tombent sous la main.
Moël Jartin
Le langage est essentiel, le supprimer en le remplaçant par des acronymes provoque une grave perte de sens, surtout pour les non initiés...
Les non initiés sont exclus ,à commencer par le vulgum pécus qui est visé sous le prétexte de l'inclure!
un comble de perversité!
guerre à la technolangue
Bonjour mes camarades, infirmier psy ayant fait l' éduc, le soignant tant au pied du lit patient qu' a ses côtés, retraité depuis 9 ans, une épouse encore dans le social pour quelques années (prolongées...), j'ai labeuré et même co-élaboré à la "foi" dans le secteur mes-dicos et dans le vaste social et cela depuis 1961, Je souviens des premiers signes de l'apparition des sigles SS, FFI, CNR, PLM, SFIO etc....., dans mon 1er secteur HEIF, ES puis psy HP, CUS, IDE, ISP, TS, IMAO, PL, IV, IM...puis mon troisième secteur psychothérapie institutionnelle etc... J'ai vu au fil des ans s'accumuler ses sigles. C' était la prise d'élan du raccourci, l'accelération pour la vitesse, le raccourci idéal et aussi codé pour réifier le sujet dans nos situations toujours souffrant, quand même. La grande machine a broyer les petites filles comme "La Lison" était lancée. Je me souviens de Françoise C., maîtresse de l'un-deix des sigles, connûmes la dictature des sigles que nous mettions à l'index et désignons du doigt comme les preneurs et réducteurs de têtes. Liste (Selon le DHLF Robert) de Lista: bordure, bande c'est dire à pas loin border-line, interprétation limite. Liste, glossaire ( "Glossaire, j'y sers, mes gloses" disait Michel LEIRIS) index peu importe il s'agit comme pour la Lyonniaise des os devient INEO, non! , le Dis-Crédit Lyonnais ou lit au net ? devient LCL ou "Elle C'est Elle" et c'est pas toi! Na! Affaire suivante...Je n'ai pas cherché dans les "Que sais je ?" si il existe "Une histoire des sigles. En tout cas il y a quelque chose qui me trouble et me dégoûte c'est l'opprobre jetée sur le mot assis-tance et à la fois "Qu'a fait l'assistante sociale?" Je me l'explique c'est binaire comme le sarkozisme, non ? "je ne peux pas m'interdire d'y penser" dirait il sans penser Naturellement disait Chirac. Bonne nuit, que Saint Nicolas arrive vite. Salut et Fraternité. Les yeux noirs
Merci pour vos réactions. Je suis un peu énervé autant par les sigles que par ceux qui s'en délectent et s'en servent comme faire valoir, comme des "éléments de langage" destinés à rendre compte d'une maîtrise théorique de la réalité. C'est vrai qu'elles sont impressionnantes ces personnalités qui parlent bien et s'emploient à l'unisson à développer un nouveau langage dont la rigueur techno-administrative semble à l'instar de l'antimatière absorber la lumière et toute forme de vie.
Je réfléchis à un nouveau texte que j'appellerai "l'éthique de la place" en référence à ce que je suis et ce que d'autres sont amenés à vivre dans leurs relations tendues avec les "CDAPH des MDPH". A ce propos, je lance un appel pour un travail commun autour de cette question des MDPH et de la manière dont s'organise leur "gouvernance" dans le champ du handicap à l'échelon départemental...