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Les pièges de l'évaluation
Dans le secteur médico-social s'opposent deux points de vue concernant l'évaluation des établissements et services.
Pour les uns, il s'agit d'une révolution qui tire sa légitimité de la loi et agit tel un levier sur les consciences et les pratiques ; forçant les secondes,obligeant les premières.
Pour les autres, c'est un rapport à la réalité qui puise ses racines dans une conception instrumentale de l'activité humaine. Si je fais, c'est au service d'une autre conscience ou si celle-ci est altérée sous le contrôle d'autorités garantes du respect d'un certain nombre de règles qui inscrivent mon action à l'intérieur d'un cadre prescrit.
L'expérience amène à considérer avec inquiétude les développement de cette culture de l'évaluation, culture de la comparaison, de la mesure, de la qualité quantifiée, prise à l'intérieur d'indicateurs, de matrices, de tableau, réduite à quelques macros.
Si je m'en inquiète, ce n'est pas par rapport à l'outil lui-même qui ne dispose que d'une valeur heuristique très limitée, d'un pouvoir explicatif réduit à quelques schémas, quelques modèles structurés par des esprits techniciens.
Si je m'en inquiète, c'est plus par rapport à ce que je sais de notre réalité, de nos pensées, de nos limites, de nos impasses, de notre difficulté à articuler nos points de vue, à penser ensemble, à inscrire nos destins professionnels à l'intérieur de dispositifs dont nous percevons principalement l'aspect contraignant, la valence négative, oubliant par là même qu'ils sont avant tout des cadres conçus pour contenir notre capacité à agir au service des autres, lui apporter un sens commun, l'inscrire à l'intérieur d'un espace symbolique et imaginaire source d'angoisse bien sur, mais aussi et surtout de reconnaissance et de satisfaction.
Combien de professionnels, d'équipes viennent à « se tirer une balle dans le pied », à« scier la branche » sur laquelle nous sommes nous mêmes assis ?
Il s'agit bien souvent pour elles de se retrouver à distance d'une conscience de la réalité dont nous pouvons si nous n'y prenons garde, n'entrevoir que les aspects négatifs, reflet de notre scepticisme ou de notre difficultés à vivre l'état de projet qui accompagne l'envie d'agir.
J'ai eu la chance de traverser plusieurs « institutions », plusieurs collectivités chacune inscrite dans une histoire, dans un de ces déterminisme dont il faut s'abstraire en pensées et en actes pour construire de nouveaux équilibres plus en rapport avec un esprit du temps dont nous oublions qu'il porte un certain nombre d'idées favorables à l'aboutissement de bien des projets.
J'ai rencontré des professionnels inquiets de la tournure d'évènements dont la perception plus que laréalité conduisait le groupe au bord de la rupture.
J'ai côtoyé des sujets malaisés face à la considération d'une ouverture à laquelle ils ne pouvaient souscrire que dans le renoncement aux effets positifs d'un de ces mouvements de défaisance aux termes duquel nous pouvons être amenés à nous retrouver sans dettes ni ressources, livrés à la volonté d'un tiers.
Ce tiers, nous le connaissons. Il a le visage de celui qui est garant du bon usage des fonds publics, de la bonne allocation de ressources promises à une rareté dont nous savons le caractère factice mais qui a pour fonction d'obliger aux choix, de céder sur certaines de nos attentes qui ne sont pas toujours les plus avouables.
Car nous le savons bien, la ressource, quelle qu'elle soit est utilisée dans un rapport à l'objet marqué par son statut de bien de consommation, par son caractère fugace, témoignage contraire de la pérennité de notre propre inscription dans un temps que nous plaçons au-dessus de celui des objets, de tout ce et de tous ceux qui peuvent nous servir, alimenter nos fantasmes de vie dont l'horizon filerait dans un mouvement de fuite en avant perpétuel, sans obligation de rendre compte, de prendre en compte les conséquences impensées d'un de nos abus de jouissance.
L'abus des ressources n'en interdit pas l'usage. Cela vaut pour les biens naturels comme pour le rapport que nous pouvons avoir avec les autres, ceux qui traversent notre réalité.
La présence de l'autre introduit le doute dans la perception que nous pouvons avoir de nous-mêmes à l'intérieur d'un espace partagé. Il n'est pas rare que nous nous efforcions en retour de maintenir coûte que coûte l'illusion d'unicité adossée au mirage de la reconnaissance, à travers des actes et des propos qui viennent affirmer de façon plus ou moins opportune, le primat du moi sur le groupe, sur l'institution.


Tous les commentaires
Bonjour,
Je pense que je ne saisis pas toute la portée de votre texte.
En le relisant, je me demande même si vous parlez de l’évaluation « institutionnelle » (comme le suggère le 4° paragraphe), ou de l’évaluation de l’entretien individuel.
Une ou deux remarques néanmoins.
« Ce tiers, nous le connaissons. Il a le visage de celui qui est garant du bon usage des fonds publics, de la bonne allocation de ressources promises à une rareté dont nous savons le caractère factice mais qui a pour fonction d'obliger aux choix, de céder sur certaines de nos attentes qui ne sont pas toujours les plus avouables. » Le bon usage des fonds publics et la bonne allocation des ressources ne sont pas une conséquence de la rareté factice. Ils sont à mon sens, une obligation « morale ». Il manque depuis longtemps une vraie définition de ce que doivent être les services publics et le « niveau de qualité » auquel on veut les porter. Il s’agit de politique au sens vrai, il me semble, de préciser « nos attentes » en termes de construction de civilisation.
Si on sait ce que l’on veut, c’est plus facile de savoir comment évaluer et sur quels critères. Ce n'est pas forcément nocif.
« La présence de l'autre introduit le doute dans la perception que nous pouvons avoir de nous-mêmes à l'intérieur d'un espace partagé. » Si cette phrase fait référence au sujet « l’évaluation de l’entretien individuel », alors oui, bien sûr, il faut que l’évaluateur et l’évalué sachent douter. D’ailleurs si vous parlez de l’évaluation d’une institution, c’est un peu pareil…
Je ne suis pas certain, moi non plus, Mr Coffin, d'avoir "saisi toute la portée de votre texte", mais vous pouvez sûrement apporter des éclaircissements sur le genre d'évaluation dont vous nous entretenez. Je le souhaite en tous cas, car le sujet en vaut la peine.
Sans vouloir réduire une question de portée générale à un cas particulier, ce qui ne fait souvent qu'augmenter l'opacité du questionnement, je dirai simplement que dans l'institution dont j'ai eu la responsabilité pendant... longtemps, l'évaluation de l'institution a seulement apporté un embarras, un questionnement superficiel apparaissant comme une manière d'occuper et de préoccuper le personnel à propos de sécurité, de "bientraitance", de procédure, de conformité, d'objectivation de situations dont l'essence même est de se situer pour toujours et heureusement dans l'inobjectivable. Terrible résidu subjectif que c'est, le Sujet !
Bref, tandis que l'on néglige l'évidence, qui est le sort précaire des enfants, psychotiques, déficients, autistes, polyhandicapés, confiés pêle-mêle aux IME transformés en hospice pour enfants, on se préoccupe de savoir si le garage à vélo est conforme, si le projet de soins (tu parles!) a été explicitement exposé à la famille, si le "livret d'accueil" est capable d'épuiser le questionnement de l'usager le plus tatillon, etc...
Tandis que l'institution médico sociale supporte le poids considérable de la folie mêlée à la misère, on voit arriver des experts, "sortis de nulle part" (Badiou), qui viennent nous distraire des évidences en nous invitant à nous pencher sur des questions que la simple conscience professionnelle envisage depuis toujours, et souvent avec un sérieux suffisant.
Dans les IME la situation est catastrophique. 115000 enfants et 300 psychiatres... 1 ETP pour 250 enfants en moyenne.
L'eau monte, nous attendons la construction d'une digue, au moins ça pour commencer ! Et l'on vient nous demander de faire bien attention à "comment" l'eau monte ? Et l'on vient évaluer notre capacité à flotter... Enfin on nous suggère de nous " former "... C'est à dire d'apprendre à nager !
A.G
ps , je suis obligé d'utiliser la fonction "répondre", sinon ça ne fonctionne pas... désolé
Je vais modifier le texte en conséquence : je parle de l'évaluation des établissements et services sociaux et médico-sociaux...
Merci
Je partage le point de vue d'A. Gillis.... En face des moyens concrets, humains et matériels se pose la question de l'articulation des interventions, le fameux travail d'équipe, l'implication personnelle dans un processus de soin. Nous savons que le soin ne va pas de soi, qu'il ne suffit pas de mettre ensemble toutes les compétences requises, toutes les intelligences nécessaires, pour obtenir l'effet attendu : un travail sans défaut formel, le respect des méthodes, procédures, bonnes pratiques. Rien de tout cela n'émerge en vérité. L'écart entre le prescrit et le réalisé est tout aussi présent dans nos établissements que dans d'autres organisations du travail, que dans d'autres collectivités au travail autour d'un objet que les projets de toutes sortes s'efforcent de cerner. Le regard qui nous est adressé par les évaluateurs est sans concession. Le discours de l'évaluation est d'autant plus détaché de la réalité des hommes et des femmes qui partagent à travers une clinique commune une certaine intimité psychique, qu'il traque la moindre trace de subjectivité. L'évaluation est une méthode au service de la désubjectivation de nos établissements et services.
J'aimerais pouvoir généraliser cette question de l'Evaluation, l'universaliser si j'ose dire, parce qu'il me semble qu'il y aurait ainsi moyen de retrouver "l'Esprit confisqué par la Lettre". Je me rapproche de vous parce que je vois que cette question est centrale pour vous dans votre domaine, alors voici ma question:
Comment faire pour faire vivre le beau concept de Formation Continue, sans tomber dans le piège (et le contresens) de l'Evaluation?
(mes termes sont peut-être mal choisis, mais vous saurez y faire assez abstraction de la lettre, et en trouver l'esprit)
C'est toute la question de la liberté qui est posée à partir de la mise en oeuvre d'une évaluation qui vient interroger le sujet, pas simplement ses pratiques, ses choix, quelque chose de plus profond, d'intime. Le regard de celui qui évalue, attentif à l'écart, interroge sans le savoir, nos propres failles, contribue à fragiliser l'individu, le groupe, l'institution. C'est là à mon sens un des paradoxes de l'évaluation. Mais comme je le notais dans mon billet, l'évaluation intervient bien souvent sur des terrains qui lui sont favorables, qui contribuent à en renforcer la logique, à en améliorer le logiciel ; il suffit pour s'en convaincre de prendre en compte dans notre secteur, l'inflation de recommandations, de méthodologies auxquelles nous sommes cordialement invités à nous convertir. L'horizon se bouche très vite, pour celui qui se voit invité à devenir l'objet d'une conscience extérieure soucieuse d'imposer un regard et une pensée dont l'expertise ne souffre d'aucune formation continue, d'aucune remise en cause, d'aucune reformation pourrait-on dire. Ce sont ces esprits figés qui viennent à la rencontre d'un secteur social, médico-social, sanitaire soumis aux aléas d'une subjectivité qui se caractérise par une tendance "naturelle" à s'exprimer quels que soient les efforts réalisés pour la réduire, pour la contenir, pour l'asservir.
A. Gillis préfère la transcendance à la subjectivité. Je partage son point de vue en estimant que la capacité à s'élever, à sortir de la centralité du moi, est le témoignage de l'exercice d'une certaine liberté qui ne se limite pas à la seule possibilité d'aller et venir et d'échanger. Trouver avec d'autres un espace où la question du moi, où ma question se trouve mise entre parenthèse, renforce en retour le sentiment d'exister pour autre chose que le seul intérêt de l'individu que je suis. Cet transcendance, il nous arrive de la trouver à travers la clinique, à travers la prise en compte de l'autre comme étant, pour un temps, l'objet commun de notre préoccupation, sans arrière pensée, ni recherche de préservation d'un quelconque intérêt. Cette posture est elle-même source d'exigence, de passion, de volontés d'action...
Pour revenir à la question de la formation continue, elle est associée dans l'esprit de ceux qui évaluent, à la capacité des évalués à modifier par la contrainte ou le plus souvent par la séduction, leur façon d'aborder la réalité.
La formation continue vise à une adaptation aux cadres de pensée dominants plus qu'à l'acquisition de réponses nouvelles aux questions elles-mêmes bien souvent imprévisibles, posées par la clinique.
La formation continue ne vise pas, dans ce cas, à l'élargissement du champ de conscience mais pliutôt à la spécialisation d'un regard qui doit renoncer à toute pensée globalisante ; celle-là même qui interdit tout conditionnement, toute aliénation.
Cordialement,
Je crois que la subjectivation, le subjectif, le sujet, quelles que soient les façons dont on les présente, ces termes ont fini par se confondre avec la brume et les brouillards matinaux, dont on espère qu'ils se dissipent en milieu de matinée, comme nous le dit la météo...
Et les revendications qu'on forme en arguant de l'irréductible Sujet et du respect qu'on lui doit, ne sont plus entendues que comme les refrains lassants et nostagiques d'un humanisme désuet.
C'est pourquoi j'avais écrit sur le fil initié par Joha "L'enfance sous contrôle" a propos d'une distinction moins banalisée que l'opposition objectif/subjectif, à savoir l'opposition entre le champ du Transcendant et celui du Transcendental...
Pas le temps de reprendre ça ici a propos des évaluateurs fourvoyés, qui viennent "faire des ménages" dans un champ qui n'est pas le leur...
J'y reviens.
Je ne sais pas combien nous sommes, sur MDP, à avoir quelques lumières sur ce morceau de l'état français qu'on a décidé d'appeler médico social. Peut-être une centaine, à tout casser !
Je ne sais pas où ni comment faire prendre conscience aux usagers et aux travailleurs de ces institutions que l'absence TOTALE de reconnaissance dont ils sont victimes est un poison pour leur vie, professionnelle en tous cas.
Il suffit de comparer avec les profession de santé, pas sociales, pour se rendre compte que, même si on vient casser les pieds des sage femmes ou des infirmières, tout de même, il y a chance pour que, dans la population, leur lutte soit comprise...
Chez les fous, rien !
Que de la revendication de l'usager, collé aux basques du pouvoir, lequel soutient, ou donne l'impression à l'usager, de le soutenir. Esssentiellement en lui donnant, à travers le jeu des Associations gestionnaires des établissements chargés des patients, un pouvoir qui suffit à éteindre leur lucidité.
Alors on continue de faire croire à l'intégration des enfants et des "jeunes" handicapés, par le biais de l'école, ou de je ne sais quel projet de formation professionnelle bidon...
On n'aime pas, on ne respecte pas, on ne supporte pas la différence mentale! On la nie, on l'intègre, on l'inclue "au chausse pied" et on veut la mettre au boulot ! On ne veut rien voir, rien savoir de ces existences-là. Quand on s'occupe des fous il s'agit toujours des asiles et du secteur. Bon !
Mais et les autres alors ! Les enfants, les jeunes gens fourrés dans ce médico social sans soins, et sans visibilité, comment en finir avec ce masquage de la psychiatrie.
A part nous autres 3 ou 4, où sont-ils, les "aidants" qui pourraient nous aider à démasquer la combine ?
Comment alerter les bébés ?
J'ajouterai avec vous que les professions de foi de certains gestionnaires n'ont rien à voir avec la façon dont ils traitent leurs salariés. La question de la reconnaissance.... parlons en. Je viens de quitter un établissement où les professionnels à l'oeuvre, ni plus mauvais ni meilleurs que les autres, sortaient à mon arrivée d'une période de tension, de maltraitance, d'injustice, de direction dénuée de toute logique ; le règne de la folie en vérité. Je les ai quitté, inquiet, avec un sentiment de culpabilité, la crainte que l'ambiance ne vienne à nouveau à devenir propice à ces excès qui achèvent de démotiver, de cliver, de décourager les plus engagés. A l'indifférence de ceux qui considèrent les salariés dont ils partagent le destin le temps d'une direction, comme des individus qu'il convient de dominer et de diviser pour mieux les "manager" ; j'ai préféré, leur renvoyer une réelle capacité à organiser la réflexion et l'action à l'intérieur d'un cadre dont je me suis employé à évacuer toutes ces projections, scories et autres objets qui altèrent la pensée et rendent impossible le partage d'un espace commun pour la réflexion, pour la projection, pour l'action. J'ai passé ; j'en suis conscient pour un naïf aux yeux de ma direction qui n'a jamais été en capacité de trouver un de ces équilibres au terme duquel, les oppositions viennent à s'estomper, les resistances et les mauvaises volontés à prendre en compte bonan malan, l'intérêt de voir se développer une autre façon de travailler ensemble qui ne soit plus modalité de partage d'une souffrance professionnelle. Cette reconnaissance des professionnels est centrale me semble t-il et ne procède en aucun cas de l'application d'une ces méthodes qui visent à neutraliser les sujets pour mieux les amener à se convertir à des pratiques normalisées ; celles que promeuvent sans l'ombre d'un quelconque scrupule, nos évaluateurs. Je suis tout sauf naïf ; cela m'a valu bien des déboires, bien des accrochages aussi avec ces êtres capables de faire tenir à l'intérieur de leurs processus de pensée, deux obligations : celle par exemple de respecter la volonté des familles lorsqu'elles demandent une admission dans un établissement ou un service, et celle d'estimer cette demande irrecevable. Vous connaissez comme moi les double-discours de nos commissions (CDA) qui considèrent parfois avec mépris la capacité d'analyse et de compréhension de certaines familles (les emmerdeurs) et viennent non sans plaisir (certains parleront de jouissance) s'y opposer, les renvoyant à une de ces attentes réputées "faire réfléchir" ou plus prosaïquement, amener au renoncement quant à l'expression d'une intelligence propre, au renoncement quant à l'exercice de cette liberté de choix, inscrite dans la loi, mais dont bon nombre de décideurs se contrefoutent. Alors oui, comme vous, j'en ai ras le bol de ce système pourri et merdique qui considère les hommes et les femmes de conviction comme des individus qu'il convient au mieux d'ignorer, au pire d'étouffer.
@ Alain Gillis
« Le sort précaire des enfants, psychotiques, déficients, autistes, polyhandicapés, confiés pêle-mêle aux IME transformés en hospice pour enfants » est il vraiment inobjectivable ?
Le « poids de la folie mêlée à la misère » ne sont-ils pas, même imparfaitement, mesurables ?
Vous dites vous-mêmes « 1 ETP pour 250 enfants »… Est-ce trop peu ? C’est bien une mesure objective pourtant.
Ce n’est pas la démarche d’objectivation qui est nuisible, mais l’utilisation qui en est faite et que vous dénoncez probablement à raison.
Mais objectiver le manque et le défauts, parfois, aide à les faire comprendre, donc combler…
@JF Coffin 18 :04
« L’articulation des interventions » est justement l’objet d’outils qui permettent à chacun de savoir ce que chacun doit faire et à quel moment. Les activités qui ne vont pas de soi et nécessitent l’enchaînement de tâches complexes qui bénéficient justement le plus d’organisations rigoureuses (mais pas forcément rigides).
La perfection n’étant pas de ce monde, la mesure de « l’écart entre le prescrit et le réalisé », dans des domaines aussi nobles et complexes que les soins ne permet pas toujours de la combler, mais parfois çà aide.
@ Axel J
Il n’y a pas de contresens de l’évaluation. Il y a piège et contresens dans l’utilisation qui peut en être faite.
@ JF C
L’interrogation sur ses propres failles améliore l’individu, même lorsque les réponses ne sont pas identifiées. Le regard extérieur peut contribuer à des améliorations. tout de suite
Je pense que vous avez subi des évaluations qui s’apparentent à des inspections de police sanitaire ou quelque chose de ce goût là (par des « conscience extérieure soucieuse d'imposer un regard et une pensée dont l'expertise ne souffre d'aucune formation continue, d'aucune remise en cause, d'aucune reformation » … !). Vous n’avez pas bénéficié d’évaluations visant à l’amélioration.
@ AG 19 :20
La « subjectivation, le subjectif, le sujet », sont-ils réellement si incompatibles que cela avec l’objectif ? Le doute avec la certitude ? L’un ne peut-il pas se nourrir de l’autre ? Est-ce que ce n’est pas question de mesure ?
@JFC19 :58
Evidemment, la reconnaissance des professionnels ne passera jamais par l’application bête et brutale de méthodes aboutissant à l’application normée de règles inadéquates. Mais réduire l’évaluation et la démarche-qualité à cela est aussi caricatural.
@tous :
Dans certains cas, cela améliore même la survie des patients. Certes, ce n’est sans doute pas immédiat (dix ans), le référentiel en question a été élaboré par des professionnels, et est appliqué (pour le moment) sur la base du volontariat. Mais ceci suggère quand même que ces méthodes ne sont pas mauvaises en tant que méthodes, mais par l’utilisation qui peut en être faite, en particulier si on les abandonne aux qualiti-politiciens sans leur adjoindre « l’expertise » de professionnels acteurs.
Vous pouvez Mr Boiron dire ce que beaucoup répètent et que je dénonce, à savoir que "ça peut aider", que "c'est mieux que rien", que de toutes façons moi aussi j'objective en comptant le nombre de psy, etc...
Vous pouvez mélanger à loisir, sans trop essayer de comprendre mon point de vue, ce que j'essaie de distinguer.
On ne peut passer d'un domaine, celui du transcendant, mesurable, aau domaine existentiel, qui est évidemment non quantifiable, seulement perceptible par intuition,sur un plan pathique.
Les évaluations ne sont pas mauvaises quand elles s'appliquent aux propriétés d'un moteur ou d'un pont suspendu. Mais les patients ne sont pas des ponts. Ils sont affectés, par ceci ou celà et leurs difficultés n'ont RIEN à gagner à être confrontées à des évaluateurs, si experts qu'ils soient. L'évaluation noie le poisson.
Dire que le subjectif peut être objectivé, même imparfaitement, ainsi que vous l'écrivez, c'est là, je crois, soutenir une pure contradiction.
Une mesure objectivement imparfaite... à quoi bon... Pas très scientifique ça pour le coup !
Bonne fin de week end alors, genre 9 sur 10 ! Moi ça va 7 ...
A.G
ps : on ne parle pas de la situation de ces enfants avec tout ça... C'est ça, entre autre, l'effet de ces manoeuvres administratives. Elles nous occupent. Au lieu de nous laisser travailler on nous procure des tâches occupationnelles, et on oublie l'évidence du scandale.
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Le . visait à supprimer ma première réponse, vu que vous aviez entre-temps modifié votre billet. Ma réponse n'était donc plus pertinente... Merci d’avoir oté les extincteurs, cela nous emmenait trop loin… Il est sur que je ne comprends pas ce qui est mesurable dans le transcendant, et que les vapeurs divines sont effectivement trop compliquées pour moi. On a un problème de vocabulaire je crois, car pour moi c’est l’immanence qui s’oppose à la transcendance non quantifiable. J’ignore ce qu’est un plan pathique. Laissons donc cela de coté.
J'espère que les patients sont le plus souvent possibles en face de soignants-experts (c’tait pour « il n’y a pas matière à expertise »…) dans des institutions dont l'organisation est régulièrement améliorée pour mieux faire face à leurs difficultés. Même la douleur a maintenant des échelles de mesure reproductibles et utiles…
En admettant que ce que vous prétendez seulement « perceptible par intuition » existe dans votre activité, si cette compétence (ce talent ?) est exercée dans de « bonnes conditions » (objectives ?), elle s’exercera mieux et pour le plus grand bénéfice du plus grand nombre. C’est là que je placerai la complémentarité entre la subjectivité transcendante à laquelle vous faites référence et l’objectivité.
Pensez-vous vraiment que les problèmes dans les organisations soient si uniques que celà, que personne d'autre ne peut comprendre vos difficultés et votre souffrance quand vous y êtes confrontés ? Comment prétendriez vous démontrer la pertinence des soins délivrés, ou même celle de vos demandes sans avoir un minimum de notions partageables avec les non inités ?
Parlons de la situation des enfants si vous voulez…
Il s'agissait de l'emploi phénoménologique du terme transcendant. Transcendance dans l'immanence. Parce que tout objet visé par la conscience est extérieur, il lui est transcendant, et peut être appréhendé par la mesure, ça ne gêne pas cette transcendance là. J'aurais dû être plus précis. Mais bon, on peut faire sans, si ça complique...
Je vous mets quand même cet extrait d'un site philo pour info, c'est tout...
La subjectivité, c’est le fait même d’être un sujet, un être à part et original. Et pour ces philosophes appelés « phénoménologues », la conscience vise toujours une réalité extérieure à elle-même. Elle est donc qualifiée de transcendante. Du coup la transcendance est incluse dans l’immanence pour Husserl, ce qui veut dire l’objet de la conscience contient à la fois ce qu’elle connaît, une image, un objet perçu, un souvenir, etc. et ce qui constitue le sens de ce contenu de conscience (l’image, l’objet perçu, le souvenir). Ce que tu perçois (l’image, l’oiseau que tu regardes sur la branche, le souvenir) n’est pas dans la conscience comme un oiseau dans une cage. Ta conscience est cet oiseau : cet objet est immanent et transcendant tout à la fois.
Pourquoi me demander, se demander comment on va justifier la pertinence des soins ?
c'est nouveau ça ! Tout le monde a fait des études, accompli des formations, acquis de l'expérience, et puis, d'un coup, on va nous mesurer l'efficience... Mais pourquoi ? Par défiance bien sûr.. Et l'on fait maintenant signer des décharges, c'est un beau résultat ! Je vais vous évaluer la confiance moi, monsieur Boiron !
Vous dites : même la douleur a une échelle...
Vous en avez déja tâté de cette échelle ? Moi oui, modestement. On m'a demandé si je souffrais, à combien, etc... et une heure plus tard on a recommencé.
On aurait pu simplement me demander si j'avais mal, très mal, etc... Et un peu plus tard, on aurait pu me demander si j'allais mieux, tout simplement.
J'aurais préféré. Et mes réponses eussent été tout aussi "fiables"
Sur un plan pathique, justement, j'aurais trouvé ça plus sympathique tiens !
Pour ce qui est de parler des enfants en IME, je l'ai fait.
Qu'en pensez vous ?
Pour moi, la philosophie doit être accessible au plus grand nombre. Le salmigondis servi par ce site ne peut servir qu’aux initiés. Qu’ils restent donc entre sachants si cela les aide. A partir de « la conscience vise toujours une réalité extérieure à elle-même », je ne comprends rien. Pardon d’être aussi trivial, mais faisons sans...
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« Tout le monde a fait des études »…Le fait d’avoir fait des études ne signifie pas que l’on reste compétent dans son domaine. L’expérience non plus. Elle a ses avantages, mais ceux qui n’ont que ça sont malheureusement parfois réfugiés derrière.-
« Je vais vous évaluer la confiance moi, monsieur Boiron ! » Pas besoin d’évaluer ma confiance, monsieur, je n’en ai aucune en ceux qui refusent de se faire évaluer. Si tout est de la faute du système et de la politique, pourquoi donc tant de craintes ? Pourquoi si peu de confiance en vous ?-
« Vous en avez déjà tâté de cette échelle ? » J’ai usé de cette échelle, oui. Je l’ai même imposée comme (en plus) un moyen de mieux prendre en compte la douleur des patients. Parce que juste poser la question, quand on n’a pas le temps d’écouter la réponse ou quand il est si facile de dire, « oui, mais lui (ou elle) c’est une chochotte », au bout d’un moment, ça va bien. Avec une échelle, une mesure, une trace écrite, on peut même progresser sur l’emploi des antalgiques… -
Je viens de lire votre premier billet.
Le manque de considération des non normaux est caractéristiques des sociétés libérales. Il s’agit de marginaliser l’anormal afin qu’il ne dérange pas les besoins et envies des consommateurs. On peut dire la même chose ou suivre un chemin de pensée identique sur l’école et la prison, qui ne sont pas réfléchis pour l’humain, mais pour la protection de la société (ce qui n’est pas non plus complètement idiot)…
La définition de ce qui relève du service public et du (attention je vais être grossier) niveau de qualité que l’on veut y atteindre relève de choix politiques qui ont été faits sans être réellement discutés. On veut baisser les impôts (sinon les riches qui ne veulent les payer s’en vont) pour équilibrer les comptes publics, donc on limite les dépenses. A lieu de définir dans quelle société on veut vivre (par exemple une ou tous les enfants nécessitant une prise en charge psychiatrique l’aient) et que de trouver et mettre les moyens pour ce faire. Ne vous trompez pas de cible. La vraie cible, c’est la surdité politique, pas le haut-parleur.
Ce dont vous parlez dans votre premier billet, c’est (attention) d’indicateurs que vous estimez faux, et utilisés dans un but que vous n’approuvez pas (moi non plus).
Ce que vous voulez dire, peut-être c’est que 70, 80, ou 90 % (à vous de le dire) des enfants dont vous parlez on besoin de pédopsychiatres, qu’un psychiatre pour 200 enfants, ce n’est pas assez parce qu’en admettant qu’il ne prenne pas de vacances, il ne passerait que (252j x 8h/j) = 2016 h / 200 enfants soit DIX HEURES PAR AN avec ces enfants, soit maximum cinq visites (si elles durent deux heures) par an, et qu’il en faudrait une par MOIS. Et pourquoi ? Et bien parce qu’une étude scientifique bien conduite aurait démontré qu’avec cette prise en charge « objectivement optimale », par exemple, la consommation (objective) de psychotropes par enfant diminue de 20 % (j’invente, là…un indicateur de qualité de prise en charge…rectifiez si besoin…je viens de lire la fin… mettons d’amphétamines en plus, si c’est plus pertinent). Ce que vous voulez peut-être dire c’est qu’il faut éviter leur scolarisation « normale » parce que 1) ça perturbe la classe (il y a surement des critères objectifs du niveau scolaire d'une classe) et 2) l’enfant en question « s’en sort moins bien » (je ne sais pas mesurer objectivement leur état ; vous si ; on peut reparler de la consommation de médicaments). Et pas seulement parce que "personne ne le pense sérieusement".
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Le pire, c’est que pour dire tout ça, vous avez probablement tous les arguments objectifs, toutes les études scientifiques (pas seulement des reportages qu montrent le contraire pour les besoins de la cause); ou alors vous les aurez ou vous les ferez car c’est ça qui important pour ces enfants, ce que vous faites, vous occuper d’eux avec toute votre énergie.
Prenez les armes de l’objectivité qu’on vous donne ; apprenez à vous en servir, et utilisez-les. Ceux qui vous les imposent ne comprendront jamais aussi vite votre spécialité que vous les démarches-qualité et l’objectivation de ce qui peut l’être.
Ecoutez, je crois que vous êtes persuadé d'être dans le bon chemin et que vous y allez bon train. Que puis-je vous dire si chacun de mes arguments devient un motif d'agacement.
Vos patients ne sont pas les miens. Du tout !
Les problèmes que nous rencontrons dans le système médico social ne sont pas de nature à être améliorés ou résolus par les préliminaires estimatifs que vous conseillez. Vous vous pensez certainement "réaliste", et vous l'êtes sans doute. Mais concernant la question des évaluations de la pénurie spectaculaire en psy de l'enfant, vous ne voulez pas entendre ce que j'essaie de vous dire et vous semblez plutôt intéressé par la possibilité d'avoir raison.
Les éléments particulier que j'essaie de faire valoir comme différence décisive, vous agacent on dirait.
Vous préférez l'échelle de la douleur au temps qui serait nécessaire à l'écoute de la réponse... Plus objectif, plus rapide, etc... Et bien continuez !
Je vous souhaite une soirée 10 sur 10 !
A.G
ps : au fait, c'est évidemment à la volonté politique que nous imputons cette façon de nous ignorer en nous occupant à des évaluations sans intéret.
Je viens de lire le dernier billet de Coffin. Je suis d'accord avec lui, évidemment... Mais tout particulièrement avec cette histoire de progresser, qui sonne comme engraisser...
Je n'étais pas agacé. Les réponses point par point (si c'est de ça que vous parliez) sont juste une manière de respecter la charte et, peut-être, de rendre note échange plus facile à suivreà ceux qu'il intéresse.
Je n'ai absolument aucun intérêt à avoir raison, j'en avais juste à discuter avec vous. J'ai même lu un de vos billets et ai essayé de "traduire" ce qui, je pense, pourrait vous aider à démontrer ce que vous voulez dire (quel mépris dans ce "préliminaires estimatifs" !). Je l'ai fait vite, sans trop réfléchir, parce que c'est limpide, pour moi, que vous pouvez bien sûr bénéficier de cette méthode.
Ce sont les démonstrations qui font les différences décisives, pas les affirmations, fussent-elles dolentes, expérimentées et compétentes des études anciennes, et teintées de philosophie imperméable.
Vous avez tout compris de vos problèmes et des manières de les résoudre. Vous avez une chance que je n'ai pas. Je vous laisse à vos suffisantes certitudes.
Là, je suis agacé. Ca me passera.
Bonsoir.
Quand vous dites vouloir m'aider je vous crois sincère et vous en remercie.
Je ne suis pas "suffisant" je vous assure.
A.G
Transcendance, immanence, existence.... De toute façon, la clinique, c'est une réalité partagée qu'aucune méthode ne peut objectiver. Les outils d'évaluation existent ; c'est un fait. La question de la pertinence des soins, de l'utilisation adaptée aux besoins des moyens humains et matériels. Quelqu'un m'a dit ; une de ces autorités administratives qui ne connaît de la clinique que celle qui émerge de ses dossiers, qu'il me fallait adapter l'organisation de mon établissement aux nouvelles demandes quelle qu'en soit la distance avec un agrément dont nous savons avec A. Gillis qu'il détermine les moyens initiaux. Adapter les équipes, adapter les hommes, adapter... progresser, probablement aussi ; une façon comme une autre de sortir de nos routines, de nos habitudes de travail, celles qui apportent des repères et rendent possible l'expression de la fonction soignante de nos établissements. Il n'est pas possible de prendre soin de l'autre sans disposer soi-même d'un sentiment de sécurité, sans pouvoir se projeter à l'intérieur d'un cadre humain et matériel qui n'attend pas l'évaluation pour évoluer.
S'il y a un terme que je ne supporte pas et qui m'a valu un licenciement, c'est "progresser".... Progresser par rapport à quoi, par rapport à qui, par rapport à quelle référence, par rapport à quelle subjectivité, à quelle autorité, à quelle faculté et légitimité à juger ?
Il y a un écart, que dis-je un fossé, entre celui qui s'emploie à évaluer et celui qui, jour après jour, se donne (plutôt qu'il ne s'adonne) à une clinique qui, je le répète, échappe en grande partie aux outils formels dont dispose l'observateur.
Alors, fin des fins, la satisfaction de l'usager est devenue le principal indicateur à partir duquel il est possible de prendre en compte la qualité de la relation client...
Il y a des moments...