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Le numérique à l'école au service d'une conception liberticide et réactionnaire de l'éducation ?
Je viens d'écouter un bout d'émission (Questions d'époque sur France Culture : http://www.franceculture.com/emission-questions-d-epoque-questions-d-epoque-2010-12-20.html) consacrée à l'école numérique. Je passe sur la qualité de la prestation de l'invité, défenseur des cahiers de texte électroniques et autres logiciels de suivi des notes en temps réel.
Là n'était pas le plus important me semble t-il.
Le discours était à vrai dire singulier et inquiétant.
Les initiatives de type iPad pour tous dans un collège des Landes, tout ce qui renvoie à l'utilisation systématique de l'interface numérique dans l'accès au savoir et dans la formalisation des connaissances acquises n'a pas été soutenu par un chercheur soucieux de valoriser l'outil comme moyen d'accéder à la vie de l'élève en temps réel, de lui rappeler son statut d'enfant, dépendant des adultes, soumis à leur regard et leur autorité.
De même l'utilisation ludique de l'informatique a t-elle été présentée comme une réalité indésirable qui obère les capacités d'apprentissage des enfants et explique probablement l'évolution négative de leurs performances dans certaines épreuves comme la dictée.
Même ce que d'aucun pensait acquis, à savoir le développement de certaines compétences chez les enfants qui passent une partie importante de leur temps à jouer avec une interface numérique, cela ne résiste pas, paraît t-il à l'épreuve des recherches engagées aux États-Unis, pays qui donne l'exemple du recul du numérique dans les apprentissages scolaires.
En bref, le numérique doit avant tout être un moyen de contrôler les performances et les comportements des enfants scolarisés (ou non d'ailleurs comme en témoigne le souci de certains parents de pouvoir garder un œil sur leur enfant en crèche par l'intermédiaire d'un lien direct avec des caméras, prothèse d'une action de surveillance directe dans le contexte d'une régression généralisée des rapports de confiance).
Il doit servir la volonté de savoir en temps réel où en est l'enfant à l'intérieur d'un parcours scolaire qui ressemble de plus en plus un projet de vie en miniature dont la « réussite » justifierait la mise en œuvre de gardes-fous numériques.
On est en droit, même si cet exemple doit être replacé dans son contexte, de s'inquiéter de la façon dont va évoluer l'usage du numérique dont le seul profit pourrait à terme satisfaire le besoin de contrôle qu'une minorité inquiète de la pérennité de son pouvoir semble d'ores et déjà exprimer à travers des lois et règlements de plus en plus intrusifs et liberticide.
Celle-ci nous invite à appliquer à notre niveau, auprès de ceux dont nous avons la garde (les enfants, les vieux, les handicapés...), une surveillance active qui renvoie à la conception d'une éducation directive, prescriptive de conduites qui procèdent de la nécessité de faire et de penser à la place de ceux que nous considérons comme incapables de réaliser leurs propres choix.

