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Crédibilité financière ou acharnement thérapeutique ?
François
François Fillon vient de le proclamer : « L’heure de vérité a sonné, il n’est pas utile de s’en prendre aux agences de notation, aux banquiers, aux spéculateurs ou à je ne sais quel bouc émissaire, pas utile de faire croire qu’il y a des trésors cachés pour financer nos dépenses publiques quand on a le record de la dépense publique et le record des prélèvements obligatoires ». Il promet le budget « le plus rigoureux depuis l’après-guerre ». Le Premier ministre poursuit : « grâce à ces efforts, nous restons l'un des dix pays au monde avec la meilleure crédibilité financière ». Cette charge « pragmatique » et, pour le moins, « volontariste » du Chef du gouvernement marque le retour aux fondamentaux du sarkozysme : l’économie de marché non régulée. Par ailleurs, il prouve que le président sortant est bien entré en campagne. Cette déclaration sonne le rappel de ses troupes, de son électorat historique, quitte à perdre une partie d’autres électeurs, ralliés en 2007 mais déçus ou trahis depuis. Les « amis du Fouquet’s » gardent leur champion. L’époque n’est plus aux errements mais à la campagne électorale. Il est urgent d’annoncer la couleur, c’est à dire le seul véritable cap de l’action de la majorité au pouvoir.
De la promesse à la déception, coule l’injustice
Le reste n’aura été que poudre aux yeux, bouffonnerie, mascarade, tromperie... L’augmentation du pouvoir d’achat des Français, la lutte contre la délinquance et l’insécurité, « le Grenelle de l’environnement », « la France de propriétaires », « le droit au logement opposable », « la gestion en bon père de famille », « la république irréprochable »... tant et tant de promesses ou de réformes avortées. Les promesses et les engagements pris par l’alors candidat Sarkozy ne sont pas tenus. Même le fameux « travailler plus pour gagner plus », rassembleur des ouvriers, a volé en éclats au bout de quatre ans de ce régime. Cette « France qui se lève tôt » semble bien mal en point. Le nombre de personnes qui vivent sous le seuil de pauvreté n’a fait que croître ces dernières années. Dans un tel contexte, demander encore, des efforts paraît déplacé.
Pourtant, c’est bien ce choix que font Nicolas Sarkozy et François Fillon : « l’austérité ». Diminuer encore, certaines pas toutes, les dépenses publiques entraîne une baisse des services publics, donc de la qualité de la vie. Comme cela a déjà été démontré, l’éducation, la santé, le social et la culture sont les secteurs les plus sollicités en termes d’efforts. Tandis que d’autres secteurs, fonctionnels, tels, les déplacements présidentiels, surtout, et ministériels, les études d’opinion, la composition, parfois pharaonique, des cabinets présidentiel et de certains ministres, les indemnités et avantages des parlementaires qui ne siègent pas... ne font pas l’objet des mêmes restrictions. La polémique sur le prix de la nuit d’hôtel du président pendant le dernier G20 ne dément pas ce constat. En parallèle, augmenter la TVA va bien plus impacter, à part ceux déjà mis à l’écart, les moins favorisés. L’hypothétique maintien de la note « triple A » coûte ainsi plus aux uns qu’aux autres. De ce point de vue, il apparaît que les moins bien lotis, en dehors des plus pauvres, passent deux fois à la caisse. Plus touchés par la diminution des services publics puisque moins capables de la compenser par des prestations privées, ils voient l’impôt qu’ils paient le plus et qui représente la part la plus élevée de leur budget augmenter.
Du manque de rigueur à la politique de rigueur
C’est d’autant plus regrettable que cela revient à faire assumer les erreurs des uns aux autres. La « crise financière mondiale » que l’on traverse depuis 2008 aura mis à jour la toute puissance des « marchés » et la fragilité des systèmes démocratiques. Les « marchés » réussissent à dicter leur loi aux démocraties, en dehors de tout contrôle des peuples. Ce qui ne semble pas déranger outre mesure certains dirigeants. Nicolas Sarkozy s’est sans doute moins offusqué de sa nuit à l’hôtel Majestic de Cannes, lors du dernier G20, que de la divulgation de son prix dans la presse. C’était pour une bonne cause. Et puis, lui, il « travaille ». Passons sur les 37 000 € la nuit annoncés par le Sun, pour nous concentrer sur les 6 000 à 7 000 euros reconnus par la direction de l’hôtel. En supposant qu’il s’agissait de nuits de huit heures, ce qui semble déjà beaucoup pendant une telle manifestation, le sommeil présidentiel aurait coûté de 375 à 437.50 € de l’heure (4 625 € de l’heure, au tarif évoqué par le Sun). Au-delà du nombre de Smic que cela représente[1] et de l’odieuse comparaison travail des uns – sommeil des autres, notre pourfendeur du « capitalisme dérégulé » aurait coûté aux finances publiques au moins deux fois plus, en dormant ces nuits là, qu’en travaillant pendant la journée[2]. On lui souhaite d’avoir bien dormi ! Mais cela interroge sur ce qui peut justifier une telle « dépense publique » dans ce contexte.
À l’inverse d’autres dépenses publiques, celle-ci semble ne pas émouvoir outre mesure les agences de notation. Agences pourtant si promptes à critiquer d’autres débours superflus. Nous n’avons donc plus le choix, les leaders de la majorité sont formels, Premier ministre en tête. Une politique de rigueur s’impose. À défaut de rigueur dans la politique... Comme l’a dit François Fillon, aujourd’hui, « le mot faillite n’est plus un mot abstrait ». L’agence Standard & Poor’s a du le prendre au mot puisqu’elle a annoncé la dégradation de la note française. Les « marchés » se sont emballés, la bourse a dévissé, les commentaires affolés se sont multipliés... avant que cette agence de notation avoue une simple erreur technique. Une enquête va être ouverte. Un coupable sera désigné et tout cela pourra recommencer. En revanche, ni agences de notation, ni « marchés », pas plus que gouvernants dociles ne seront inquiétés. Pourtant la crédibilité de ces agences et leur mode de rémunération ont déjà été critiqués. Des faillites tristement célèbres, comme celle d’Enron, ou imprévues, comme celle de Vivendi Universal quinze jours après l’accession à la note « triple A », modèrent la confiance qui devrait être accordée à ces agences. De ce point de vue, si leur réputation est effleurée, leur chiffre d’affaires ne l’est pas. Le système qui permet au commanditaire de rémunérer la prestation de l’agence qui l’évalue s’avère bien bancal. Sans compter que leur nombre, au niveau international, voire supra national, est passé de sept en 1975 à 3 en 2004. Les agences de notation acceptent moins pour elle la concurrence qu’elles imposent à d’autres.
En conclusion, cela questionne sur ce que sont ces « marchés » présentés, à la fois, comme des espaces et, à la fois, comme des organisations autonomes, supranationales, parfois mondiales, et indépendantes d’autres systèmes de production de richesses. Ces entités, dotées de suffisamment de volonté d’un côté, de cynisme de l’autre, pour gouverner semblent se porter d’autant mieux que le monde va mal. Parmi les multiples catastrophes que traverse notre monde : famines, pandémies, sècheresses, pollutions, guerres, inondations, pauvreté, réchauffement climatique, mortalité élevée, dictatures... les « marchés » nous imposent d’ignorer les plus graves pour n’en garder qu’une. Est-ce à dire que les « marchés » pourraient survivre à l’humanité ? Soyons sérieux... Le XXème siècle a vu la fin du système communiste, le XXIe siècle verra-t-il la fin du système de l’économie de marché ? Le second système est, on le voit aujourd’hui, encore moins viable que le premier. Il est donc urgent d’imaginer une nouvelle voie, plutôt que de s’arque-bouter sur un hypothétique « triple A ». Sans cela, ni les politiques, ni la démocratie n’auront leur place dans la gouvernance.
[1] Entre 42 et 49 SMIC, sur la base du Smic horaire actuel (9.00 €).
[2] Sur la base d’une rémunération nette de 19 331 € nets par mois et en admettant que Nicolas Sarkozy travaille plus que les 35 heures hebdomadaires, soit 151.67 heures mensuelles, qu’il dénigre tant.

