Terra Nova by Spielberg, ou on efface tout et on recommence pareil

La série Terra Nova (sur Canal + à partir du 19 janvier) ressemble à son producteur Steven Spielberg car, encore cette fois, une famille américaine est au centre de l'aventure, les adolescents étant systématiquement confrontés aux adultes. La science-fiction croise aussi Jurassic Park puisqu'une faille dans l'espace-temps permet à une colonie d'êtres humains de 2149, ère de fin du monde pour ne pas varier du thème en vogue au cinéma actuellement, de revenir 85 millions en arrière pour retrouver la mère nature. Comme au Crétacé règnent les dinosaures, l'affrontement entre les monstres préhistoriques et les scouts suréquipés est spectaculaire, sans négliger le combat entre les gros méchants caricaturaux, avides de profit à court terme, et les citoyens en quête de paix condamnés à se défendre. Les premiers épisodes sont plutôt anecdotiques jusqu'à ce que l'intrigue commence à pointer son nez à partir seulement du huitième épisode d'une première saison qui n'en compte que treize.
À y regarder de plus près, soit s'infliger l'intégrale avec ses violonades sentimentales et ses cavalcades in the jungle, la révolte immature des jeunes gens semble préoccuper les auteurs rassemblés autour de la scénariste Kelly Marcel. La lutte fratricide que se livre les adultes sous la férule d'un militaire de carrière aux cheveux blancs et aux plaques de chocolat intactes ou de ses adversaires, vilaine rebelle black et sponsors cupides, n'est pourtant pas du meilleur exemple. Malgré cela, les ados n'arrêtent pas de désobéir, mentir, multiplier les bévues, se laisser berner, etc., et leurs parents de toujours pardonner, parce qu'après tout c'est leur chair ! L'absence du père chez Spielberg n'est toujours pas digérée, et les femmes n'y suffisent pas, se sacrifiant régulièrement.
La grande constante du cinéma actuel est donc la fin du monde, générant soit l'extinction de toute vie sur Terre, soit la fuite salvatrice pour un petit nombre. Y voir l'incapacité de l'humanité à enrayer le processus morbide et le cynisme des riches à chercher à s'en sortir en laissant crever la majorité. L'arrogance actuelle des financiers est-elle déjà conformée à la colonisation de quelque nouvelle planète ? La classe moyenne, ruinée, irait rejoindre les pauvres se laisser mourir ou s'entretuer.
Cette perspective peu réjouissante me contrarie pour une raison idiote, matérielle et égoïste, car je m'en voudrais de hurler avec les loups. En effet, depuis des lustres j'essaye de monter un projet de science-fiction intitulé L'astre qui ne plaisait à (presque) personne et qui se décline aujourd'hui à toutes les sauces : on savait qu'on allait mourir, mais on ignorait que ce serait tous ensemble. Je range donc L'astre dans mes cartons, malgré un désir toujours aussi vif de le réaliser, ma dernière tentative ayant été d'en faire une web-fiction, le découpage en épisodes collant parfaitement à ce récit explosé où chaque individu réagit à sa manière à la catastrophe annoncée. Je venais de le ressortir de mes cartons pour me plonger dans une nouvelle adaptation qui semblait économiquement viable.
Face aux oiseaux de malheur qui ont baissé les bras, plutôt que de mettre en scène l'orgueil humain et son incapacité à se gérer collectivement, je rêve d'une histoire où s'exprime la solidarité et où l'espoir peut renaître... Quelques cinéastes ont déjà choisi cette voie avec lucidité. Tant qu'il reste une petite flamme qui brille dans la nuit, rien n'est perdu.



Tous les commentaires
Ah! Les séries, les séries...!
Votre analyse de la série (que je n'ai pas vue et ne verrai pas) me semble intéressante. Quand je lis:
"Y voir l'incapacité de l'humanité à enrayer le processus morbide et le cynisme des riches à chercher à s'en sortir en laissant crever la majorité."
...je pense que vous mettez le doigt exactement sur le noeud du problème. Et hélas,je connais bien des opprimés qui n'ont toujours pas pris conscience de leur oppression, ou qui, pire... clament que l'Humanité étant une vérole, ce sera un bien qu'elle disparaisse. Ou encore des opprimés qui ne luttent pas, parce qu'ils admirent les riches et rêvent de le devenir à leur tour...
Il y a aussi beaucoup de jeunes qui ne voient pas d'issue, n'entrevoyant pas ce que peut signifier aujourd'hui la révolution nécessaire. Ils voient cela comme une montagne. Ils ont raison, mais ça se franchit, soit avec du courage, soit poussé par la nécessité !
@JEAN-JACQUES BIRGE.
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N'ayant plus la télé par choix, je ne risque pas d'être polluée par une série TV.
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Tant que l'on n'envoie pas les jeunes gens (garçons et filles, que ces dames ne se fassent plus d'illusion sur ce point) se faire tuer massivement à la guerre comme en 14-18 en Europe !
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Après, nous ne pourrons jamais supprimer l'inévitable "guerre des classes". Question de niveau de pression des aigreurs accumulées, confrontées à la résistance du barrage. Ne pas oublier Fréjus ...
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... Ni la marmite de Papin :
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Tout dépendra, aussi, de la régulation de la sur-population humaine planétaire.
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je rêve d'une histoire où s'exprime la solidarité et où l'espoir peut renaître...
Oui, et qui traite du monde actuel : qui le regarde en face, à hauteur d'homme, et qui y puise les raisons de son espoir, comme de son colère...
J'avais lu le synopsis de cette série qui ne m'avait guère inspiré. Votre critique confirme mon pressentiment hélas.
Quant aux riches et aux puissants, je pense qu'ils se moquent bien de nous survivre. Ces gens là ne doivent leur "singularité" qu'à la masse à l'aune de laquelle ils se comparent: faites disparaitre la quasi-totalité de la population et leur richesse et/ou leur puissance n'aura plus la moindre valeur.
De nous tous ce sont ceux qui s'aveuglent le plus et ils maintiendront le cap jusqu'à l'impact avec l'iceberg, quitte à sombrer avec le navire. C'est pourquoi c'est totalement suicidaire de laisser ces gens là aux commandes, mais comment leur faire lâcher?
Petite coquille: les dinosaures ne sont pas des mammifères ;)
Merci Nourric,
je corrige illico mon erreur
Jean-jacques, comment peux-tu croire que les dinosaures sont des mammiphères alors qu'ils pondaient des oeufs.....
Il faut que tu fasses un stage avec moi...
J'ai vu la serie. C'est trop d'honneur que cet article pour une serie aussi nulle. Les decors sont moyens ( les plafonds des habitations ressemblent a des rouleaux de papier toilette devides) les trucages sont sans interets...
Je suis surtout surpris des achats par Canal+ de series mediocres et moyennes
J'ai vu le pilote sans pouvoir aller plus loin. Ridicule.
Une nature de carte postale (sans une tique, sans un moustique), avec des logements de magazine type Côté Sud.
Une conception militaire du recommencement du monde, des soldats surarmés qui encadrent les colons : ceux qui quittent la terre en train de mourir trouvent la même dictature et le même conformisme ailleurs, l'air pur en plus. On se demande bien pourquoi ils ne laissent pas la terre (ou plutôt les humains) crever de sa belle mort, plutôt que s'agiter pour partir sans aucun vrai désir. (Ça pourrait se tenir s'il s'agissait d'une critique, mais il semble bien qu'il faille interpréter les personnages au premier degré. Misère !)
En fait, un sacré manque d'imagination, qui remet tout de suite à sa juste place le talent de Spielberg.
Lire de la SF plutôt que d'en voir. Par exemple, Aux tréfonds du ciel de Vernor Vinge ou L'Aube de la nuit de Peter F. Hamilton (où la fin d'un monde et la colonisation sont très bien montrées).