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26
May

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Cache-misère

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Françoise me demande de trouver une solution pour camoufler les craquements d'une séquence où son oncle Giraï évoque le génocide arménien au début de son film Thème Je. Cela hoquète sévèrement et il semble impossible d'opérer chirurgicalement l'extrait sonore autrement qu'en coupant les "poc" énormes qui hachent son témoignage. Le micro de sa caméra était tombé en panne lorsque c'est arrivé. Comme Giraï est mort il y a plus de deux ans, on ne peut pas non plus refaire la prise. Dans ces cas-là, je pratique la méthode du tuyau fluo. Au lieu de camoufler la plomberie qui traverse le salon, je le repeins en jaune citron. Quand ces mystères nous dépassent feignons d'en être les organisateurs, disait Cocteau. Je suis donc allé chercher le gramophone pour jouer d'un effet du passé et justifier les crachouillis. Françoise l'a également filmé afin qu'il n'y ait pas de confusion entre le 78 tours et le son du train entrant en gare de La Ciotat. La comparaison ne nous déplaît pas, bien au contraire, et nous en jouons évidemment. Il reste à mixer habilement les hoquets de la prise catastrophique et le son de l'aiguille à la fin du disque pour que le plan retrouve une poésie que la panne avait effacée. À la fin de la séquence, les canards espagnols, ce n'est pas une métaphore, ce sont des appelants en résidence à La Ciotat, substituent leurs claquements de bec aux trous de son qui claquent.
Dans un précédent film, j'avais comblé l'erreur d'avoir laissé la date imprimée sur l'image un jour où le soleil et le tangage ne permettaient pas de viser convenablement. Nous avions surchargé le film d'informations écrites, produisant un effet de recul critique auquel nous n'aurions jamais pensé si nous n'avions pas fait une bêtise. Nous avions ensuite étendu le procédé à tout le montage, rajoutant au témoignage bilingue une relecture complémentaire grâce aux sous-titres qui ne traduisaient plus la parole mais la commentaient.
Cette gymnastique réparatrice qui consiste à transformer une catastrophe en opportunité créatrice tient autant de l'aïkido que du Verfremdungseffekt !

Tous les commentaires

Ah, si on pouvait combler les erreurs de la vie ainsi !

On peut ! Ou presque.

Il suffit de ne pas s'enferrer en prenant de bonnes résolutions et en s'y tenant. La responsabilité qui vise l'avenir se substitue à la culpabilité qui n'a trait qu'au passé. Les regrets sont inutiles.

Je crois que c'est la meilleure définition du verbe "assumer"....

 

Tout à fait d'accord, Jean-Jacques, et on l'a plusieurs fois pratiqué ensemble... Toutefois, le principe de "ne pas aller contre, mais accélérer, amplifier le mouvement" date d'avant l'Aïkido, il était déjà dans les principes de Jigoro Kano, fondateur du Judo, et du Jiu-Jitsu... Juste pour rendre à César. Il est vrai que Moriei Ueshiba lui a donné toute sa dynamique et sa grâce dansante.
Un mouvement "refondateur" du Judo se dessine au Japon. C'est vrai que quand on regarde David Douillet ou même Teddy Riner, , il est dur de se souvenir que Judo veut dire "Voie de la Souplesse"... :-)

C'est beau pourtant la misère.

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