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Ils diront qu'ils ne savaient pas

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Sur le site de l'UJFP, l'Union Juive Française pour la Paix, le réalisateur israélien Eyal Sivan publia en octobre 2009 une lettre éloquente pour expliquer son refus de voir son film Jaffa, la mécanique de l'orange projeté au Forum des Images dans le cadre de la célébration du centenaire de la ville de Tel-Aviv. En juin, profitant de l'actualité, nous avons revu sa version télévisée, hélas réduite de 90 à 52 minutes, enregistrée sur France 5 en mars 2010. Malgré nos connaissances en la matière, nous sommes restés stupéfiés devant le mythe que le gouvernement israélien a su forger au fil de la colonisation. Dans son best-seller, l'historien Schlomo Sand décrit "Comment le peuple juif fut inventé". Au travers de chansons et de documents d'archives exceptionnels, censurés pendant des décennies, le film de Sivan nous apprend comment la ville palestinienne de Jaffa fut rayée de la carte pour devenir un label nationalisé par Israël.
Lorsque j'étais petit mes parents me racontaient que les Israéliens avaient transformé le désert en jardin à force de travail. Les images incontournables révèlent le mensonge. Devant celles où les bulldozers israéliens détruisent les orangeraies sous prétexte qu'elles pourraient abriter des armes, un vieux Palestinien souligne qu'il est différent d'aimer sa terre et de vouloir la posséder. Palestiniens et Israéliens témoignent de cette "époque où l'on ne s'entretuait pas", où Juifs et Arabes vivaient ensemble (depuis des années j'ai recueilli à ce propos le témoignage d'Israéliens, Juifs, Musulmans ou Chrétiens, de Palestiniens aussi, des communistes il est vrai... ), avant que les Anglais ne soutiennent l'immigration de la diaspora, retour à la terre totalement fantasmatique puisque les Juifs ne furent jamais chassés de Terre sainte... Comble de l'ironie, ce mythe sioniste n'existe que dans les récits chrétiens, propagande camouflant une pure entreprise de colonisation.
Lorsque j'étais petit mes parents vantaient les kibboutz comme une organisation socialiste où tout était mis en commun. C'était ignorer le nationalisme de ce socialisme et son aspect fondamentalement colonialiste. En 1920, les Juifs ne possédaient que 7 ou 8% des terres. Les paysans palestiniens leur apprirent comment cultiver les oranges sans imaginer que leurs élèves deviendraient leurs maîtres. Même laïques, il est difficile de convaincre les Juifs que je rencontre tant l'histoire a été falsifiée. Il y a peu, un jeune homme me demandait si je ne serais pas content d'être accueilli en Israël en cas de recrudescence de l'antisémitisme ; je lui répondis qu'en termes de sécurité c'est bien le dernier endroit où j'irais me réfugier !
Lorsque j'étais petit mes parents m'expliquaient que, malgré toutes les persécutions séculaires, les Juifs étaient toujours là parce qu'ils avaient su se battre sans ne jamais être du côté du manche, sans n'avoir jamais tenu le bâton. Je suis né quatre ans après la création de l'état hébreu. Nous aurons mis le temps à apprendre ce qui s'y passait vraiment. Les communistes orthodoxes ont mis combien de temps pour comprendre les méfaits de Staline ? J'écris aujourd'hui parce qu'ils ne puissent pas dire un jour qu'ils ne savaient pas.
Le discours colonial est le même partout. La paranoïa est la même partout aussi : "tuons les tous avant qu'ils nous tuent !" Les archives montrent les Palestiniens jetés à la mer en 1948, et non le contraire. La réalité s'oppose au fantasme de la peur. On accuse son ennemi de ce qu'on lui fait subir. L'histoire d'Israël est un cas psychanalytique. On voit Jaffa s'écrouler sous les bombes israéliennes. On arrache les cultures, on détruit les maisons, on spolie, on occupe, on affame, on assiège, on arraisonne en eaux internationales avec les flammes des mitraillettes, sous prétexte de terrorisme. Pendant la Seconde Guerre Mondiale, les Allemands taxaient les résistants de terrorisme. Israël refuse les enquêtes internationales tandis qu'un peuple entier se meurt, livré aux religieux par ceux-là mêmes qui ont détruit tout espoir démocratique, l'armée d'occupation et son "plomb durci". La collusion de l'état et de la religion n'ont jamais rien donné de bon. Le réalisateur palestinien Michel Khleifi, ami et co-auteur de Route 181 avec Sivan, rappelle que "le défi auquel nous devons faire face, en tant qu’artistes et intellectuels, est de poursuivre nos travaux non pas GRÂCE À la démocratie israélienne, mais MALGRÉ elle".
Face aux documents irréfutables montrant la manipulation, Sivan montre celles du réalisme socialiste à l'israélienne. Ah les belles oranges juteuses de Jaffa™ aux allures victorieuses ! Les ouvriers agricoles palestiniens sont condamnés à travailler sur la terre qui leur appartenait.
Il faut des livres pour raconter comment naît un mythe au fil des siècles. J'abrège. Marina Da Silva a très bien parlé de Jaffa, la mécanique de l'orange dans Le Monde Diplomatique, film dont la qualité cinématographique ne gâte rien. J'abrège aussi puisque j'ai fini par trouver le film d'Eyal Sivan sur le Blog de Nicole. J'abrège, parce que la question sans réponse est ancestrale chez le peuple du livre, parce que Simone Bitton aussi sut filmer le Mur de la honte et l'assassinat de Rachel Corrie, parce que les Juifs du monde entier qui se révoltent aujourd'hui contre les crimes du gouvernement israélien me font me sentir moins seul devant l'horreur que m'inspirent la terreur, l'injustice et la stupidité. Le gouvernement israélien ne pourra pas éternellement bafouer tous les codes de l'honneur, celui d'être humain, celui d'être un Mensch.

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Billet très très pertinent et très agréable à lire.

Pour un Autre regard à porter sur Israël et son histoire.

Bravo et merci.

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Excellent !! Du Birgé en forme Olympique ! :-) Permets-moi de rajouter une référence au film d' Eric Rochant, "Les Patriotes". On y voit, entre autres, un chef de service "Action" du Mossad, dire froidement la devise de sa section : "La Paix, on peut l'éviter". Peu après, il dissipe les doutes du jeune agent sur la valeur patriotique : "La terre, c'est du sable".

" L'histoire d'Israël est un cas psychanalytique."

Magnifique papier.

Merci, du fond du coeur.

D'ailleurs, Michel Onfray démontre avec un brio et une drôlerie étourdissante que la Psychanalyse Freudienne est une thérapeutique universelle ... pour les névroses de Sigmund . La théorie serait-elle généralisable ? :-)

Théorie, je sais pas, mais me semble indéniable que tout un chacun a tout à gagner à analyser son propre fonctionnement psychique.

Ici, on parle d'Israël comme d'un seul homme, oserais-je dire.

Oui, il y a une psyché partagée sans doute comme un inconscient collectif.

M'enfin, on n'a pas attendu Sigmund pour analyser le psychisme. Juste pour y mettre le mot.

Billet du 10 janvier 2009 : Gaza newsreel, ou Hauts comme trois pommes...

Pendant la destruction plannifiée de Gaza par l'armée israélienne en janvier 2009, crimes de guerre et crimes contre humanité à l'appui, un lien publicitaire acheté sur Google Support Israel's Fight nous invitait à envoyer des colis repas et des mots d'encouragement aux soldats israéliens. 

C'est peut-être la version américaine/israélienne de "Do No Evil" ?

Si Mediapart pourrait intérroger Google là-dessus pour avoir une réponse claire, ce serait déjà ça de gagné.

Table to Table 

Israel's Food Rescue Network 

table to table 

Excellent article! Et vous faites bien de rappeler le livre de Shlomo Sand, dont l'analyse historique du mythe nationaliste se transpose ailleurs, suivez mon regard... En ce qui concerne la revendication coloniale d'une terre, en effet, il ne peut y avoir d'amour quand on veut posséder et moins la revendication est légitime, plus elle est forte - voir les exemples de l'Afrique du sud de l'apartheid ou l'Algérie française. Par ailleurs, la conception de la nation en Israël fait qu'on privilégie un Juif d'où qu'il soit plutôt qu'un Arabe ou tout autre vivant sur le territoire, c'est un peu comme si en France, on accordait spontanément la citoyenneté à un Québecois, à cause de ses origines françaises, pour la refuser à un Chinois ou autre vivant avec toute sa famille, travaillant et payant ses impôts, depuis des années en France. C'est pourquoi l'Etat doit être démocratique avant que d'être national, mais ce n'est pas le cas en Israël, et cela recule en Europe. Les mentalités auront bien du mal à changer concernant le mythe israélien, tant il est complexe pour l'ensemble des populations, surtout quand on a autant intrumentalisé l'accusation d'antisémitisme.

Quatre articles sur la politique israélienne (rappel)

terre.jpg

Le 1er juin, sur mon statut FaceBook, j'avais écrit "La paranoïa est un suicide programmé". On me demandait de m'expliquer. Depuis 2006, j'ai écrit 4 articles sur mon Blog quotidien :

Autodestruction (14/07/2006)
En Israël le communautarisme a enseveli la réflexion politique (01/08/2006)
Où fait-il bon vivre ? (5/08/2009)
Neige Nuit Sable Sang (06/01/2009)

Dès 1967, je suis entré en rupture avec la politique d'Israël pour ne pas renier ma culture...

Vous êtes le Gilad Atzmon français. C'est bien. Bravo.

C'est intéressant ce que vous dites : pour ne pas renier ma culture...

Ca induit des possibles, bien possibles...

 

*** "Les paysans palestiniens leur apprirent comment cultiver les oranges sans imaginer que leurs élèves deviendraient leurs maîtres"...

Cruelle ironie que celle de l'histoire des hommes ... Merci Jean-Jacques Birgé pour ce billet coup de coeur...


 

Merci pour cet article, les rappels et les liens qu'il contient.

 

Il n’est jamais trop tard pour découvrir Eyal Sivan :

 http://www.mediapart.fr/club/blog/lincunable/010510/l-orange-de-jaffa-d-apres-eyal-sivan-0

La supplique lancinante des Palestiniens : "Pourquoi ? Pourquoi cette malédiction ? Pourquoi nous ?", sans que jamais n'interviennent les puissants  de ce monde a de quoi rendre fou de rage tout être humain doté d'un minimum de sensibilité. Ces puissants devraient être condamnés pour non assistance à peuple en danger et complicité de crime contre l'humanité.

Quand on pense que le pouvoir français actuel a menacé de recours en justice quiconque boycotterait la production israëlienne issue des territoires colonisés manu militari, on se demande si on ne marche pas sur la tête !

(sur le boycott, voir http://www.bdsfrance.org/ )

Eretz Israël est le produit même de l’historicisme biblique et sioniste.

L’historicisme au sens donné par  Karl Popper dans  Misère de l’historicisme : « Qu'il me suffise de dire que j'entends par historicisme, une théorie touchant toutes les sciences sociales, qui fait de la prédiction historique leur principal but, et qui enseigne que ce but peut être atteint si l'on découvre les « rythmes » ou les « motifs », les « lois », ou les « tendances générales » qui sous-tendent les développements historiques. »

  Sans l’horreur de la Shoa, le Sionisme, cette idéologie nationaliste datant de la fin du XIX ème siècle, en serait certainement restée en l’état de théorie.

  Israël aujourd’hui, peut sûrement être classé parmi les démocraties. Mais cette démocratie semble de plus en plus se rapprocher de la démocratie athénienne. Si les palestiniens et certains citoyens israéliens, ne sont pas des esclaves, certes, ils n’en sont pas moins privés de nombreux de leurs droits, c’est évident pour les palestiniens, mais pas que pour eux...

  Un ami israélien et sa famille sont venu passer quelques jours chez moi cet été et j’ai pu noter quelques particularités pour le moins surprenantes :

  L’Etat d’Israël, n’a pas de Constitution. Ils ont essayé, me dit-il, mais les religieux s’y opposent.

  Sur la carte d’identité nationale, figure la   religion ou, un trait, pour celui qui est agnostique ou athée.

  Il n’y a pas de mariage civil et, le non juif (entendre par là aussi, les enfants de père juif mais de mère non juive) ne peuvent pas se marier et notamment avoir droit aux avantages sociaux liés au mariage. Afin de bénéficier de ces avantages, beaucoup de couples mixtes vont se marier civilement à Chypre.

  Mon ami et son frère, de mère non juive, ou du moins, dont la conversion a été remise en cause, ont eu des difficultés pendant leur service militaire (durée 3 ans). Ils avaient des cartes d’identité « juive », mais après enquête des services de renseignements, elles furent remises en cause. L’un n’a pas pu faire son service dans les forces spéciales et l’autre, mon ami, qui avait été sélectionné pour faire pilote, a dû interrompre sa formation. Leur nationalité ne fut pas remise en cause mais leur judaïté était entachée de suspicion. Les services de renseignements, leur ont même appris qu’ils avaient un oncle en France qui avait eu sa carte au Parti communiste. Ils firent leur service tous deux dans des postes subalternes.

Ils disposent aujourd’hui de  carte d’identité sans mention de la religion. Pourtant, me précise-t-il, le pire des voyous vient en Israël, il suffit qu’il prouve que sa mère était juive, il obtiendra immédiatement sa carte d’identité israélienne avec la mention juive.

  Ne parlons pas des problèmes des divorces qui sont entre les mains des rabbins. Ne parlons pas non plus des problèmes entre juifs séfarades et ashkénazes, ni du sort fait aux falashas...

Si Israël, dites-vous, est une démocratie, alors ce mot ne veut plus rien dire, surtout après lecture de votre compte-rendu.

 

*** Le documentaire intégral en une vidéo est ICI...Clin d'oeil...

Merci beaucoup. C'est la même version que celle que j'ai vue. J'aimerais beaucoup découvrir celle de 90 minutes tournée pour le grand écran.

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