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Le salaire de l'amour

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La séance diapo est déprimante. Je vois défiler les morts sur mon scanner. Mon père, mon oncle Gilbert, mes grands parents... La photo de 1965 avec ma sœur devrait être plus réjouissante. Nous sortons de la distribution des prix des lycées Claude Bernard et La Fontaine. Pourtant quelque chose me fait froid dans le dos. En ce temps-là nous recevions des livres pour les 1er et 2ème Prix de chaque matière, et un grand livre illustré pour celui d'Excellence ou d'Honneur. Agnès et moi faisions la fierté de nos parents. Il est midi. J'ai recadré la scène pour que l'on puisse deviner nos minois. Je porte un costume gris, une cravate, des mocassins et je fronce les yeux à cause du soleil. Ma petite sœur porte des gants et des chaussettes blanches. J'ai longtemps cru que cela avait été une époque radieuse. Avec le recul il me semble que si elle fut formatrice elle représente pour moi un véritable cauchemar dont je ne me réveillerai que quarante ans plus tard.
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Le cadre exact d'abord. Zoom arrière. Mon père avait dû chercher le soleil pour nous auréoler de lumière dans le "jardin" du HLM où la seule nature était cette herbe rase et les peupliers qui donnaient leur nom à la rue. Nous habitions au quatrième étage avec le balcon de la salle à manger qui débordait sur le vide et une loggia le long de la chambre de ma sœur et la mienne comme celle en amorce au-dessus de nos têtes. Deux ans auparavant nous partagions la même avec des lits gigognes qu'il fallait déplier chaque soir.
Maintenant que je sais que je n'ai été bon élève que pour attirer la tendresse de ma mère qui ne l'exprimait jamais physiquement, je comprends que j'ai ramé pendant dix ans et pourquoi mes études m'apparurent si scolaires. Les responsabilités précoces avaient fait de moi un inquiet, mon souci de plaire m'apprit le volontarisme et l'utilité de se distinguer. Trois ans plus tard je ferai éclater ce carcan et savourerai que la vraie vie soit ailleurs. Personne ne s'en apercevrait avant que je ne redouble ma Terminale. L'année suivante je passerai le concours de l'Idhec, encore une fois pour faire plaisir à ma mère. Même si c'était pour une mauvaise raison, je dois reconnaître que c'est là que j'ai commencé à savoir qui j'étais vraiment, un rêveur qui a besoin de donner corps à ses rêves. Je lui dois forcément une fière chandelle.
Devenu père je ne pus jamais me résoudre à mettre ma fille sous pression comme j'avais vécu ma propre adolescence. Est-ce que cela a changé quoi que soit pour elle ? Je ne pense pas. La société ne fait rien pour que cela se passe intelligemment. Longtemps j'invoquai cet argument pour ne pas faire d'enfant. Ne pas lui faire subir ce que j'avais vécu. Et en effet cela a probablement été pire pour elle que pour moi. Aujourd'hui elle aussi fait ce qui lui plaît. Mais je compatis avec tous les mômes qui suivent des études en dépit du bon sens. À cet âge on n'a pas le choix. Sauf celui de s'accrocher à ses rêves.

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Oui. Mais tout de même, les distributions de prix, était-ce vraiment une mauvaise chose ?

Franchement je n'en sais rien. Cela avait le mérite de nous faire lire des choses que nous n'aurions pas choisies. Dommage que ceux qui en auraient eu le plus besoin ne soient pas encouragés... Je me suis battu contre les classements et les notes. Nous avons eu gain de cause quelque temps et puis la réaction a repris le dessus, ça et bien d'autres acquis de 68. Dans la peau des élus c'était plutôt sympa, mais comment le vivaient tous les autres ? Je me suis surtout fait jalouser par des camarades dont je ne reçus évidemment pas le leur, celui de camaraderie, qui revenait heureusement à un déconneur.

Que nous ont rapporté vraiment nos diplômes ? Un boulot terne, un mode vie dont la description ne remplirait pas deux pages, une vie quelconque de consommateur-électeur-télespectateur-automobiliste.

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La lecture, nous l'avons transmise ; mais l'obligation de courir après un diplôme, non. Nous avons également décidé de ne pas pousser à la roue.

Pourtant, moi, il me plaît drôlement ce garçon. Merci pour la nostalgie! Ces enfants studieux sont vraiment bien élevés.

 

Pour moi, c'est tout ensoeillé : mon père, ma mère, mon instit. la place, les vignes, les grand'chaumes, les pins…

Merci POL. Tu as saisi exactement le sens de mon article.
Les détracteurs de mai 68 ne se rendent pas compte de ce que nous vivions avant. Ma sœur n'avait pas le droit de porter des pantalons et la proviseure mesurait la longueur des jupes à l'entrée avec un décimètre ! Nous portions des blouses censées égaliser les différences de classes sociales. Et la pensée d'avant se projetait évidemment dans nos accoutrements.
Nul courage de ma part à montrer cette image. Si tu veux voir ce qu'est le courage il faut absolument que tu vois "Thème Je", le dernier film de Françoise, ça c'est gonflé. Moi je ne montre que des enfants sages comme une image. Et je décrypte derrière la mise en scène familiale la souffrance endurée pour en arriver là ;-)

Pol, vous êtes particulièrement injuste!

A cette époque, l'ascenseur social existait, était possible! Monsieur Birgé nous parle d'un HLM!

Les révolutionnaires, actuellement "bouffent" dans la gamelle des autres, puisque par idéologie, ils refusent tout!

De toute manière pour évoluer, personnellement et devenir autonomes, bien travailler à l'école est NECESSAIRE, pas suffisant pour avoir une vie privée agréable, certes!

Alors pourquoi, nous sommes en colère contre la suppression des rased qui aident bien les gosses en difficultés. En fait, ils entendent mal et ne peuvent répéter ce qu'ils entendent!Les rased leur donnent confiance et cela opère positivement.

Vous préférez les voyous qui brûlent les voitures de leurs voisins pour rien!

 

Vous êtes né monsieur avec une cuillère d'argent dans la bouche et super gâté par votre mère et jamais content, bien sûr.

Merci de tout coeur, pour votre compassion au sujet de ma voiture incendiée par un voisin "victime" et sans argent pour m'en payer une autre. Il fallait pourtant que j'aille à mon travail justement pour distribuer des prix. Ils n'existaient plus! C'est vrai!

Vous savez, petits parvenus, l'amour ne s'achète pas dans notre monde marchand et on n'a pas d'amis, quand on considère l'amour maternel comme un bien à vendre.'un salaire"

Ce n'est pas moi qui le dis mais Saint-Ex, qui adorait sa mère et qui a vécu la guerre comme moi.

"la tendresse de ma mère qui ne l'exprimait jamais physiquement" : vers quarante ans, j'ai appris que ma mère ne me prenait que très rarement dans ses bras... Ca fait tout drôle... Et je n'avais jamais rien ressenti d'anormal... consciemment...

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