Les contradictions de Mediapart
LES CONTRADICTIONS DE MEDIAPART OU POURQUOI MEDIAPART SE CHERCHE.
Lecteur quotidien de Mediapart (depuis peu, je salue les anciens de la première heure), je soutiens mordicus le travail des journalistes.
Un des articles qui vient de paraître en ligne "L'affaire Bettencourt bientôt sur vos écrans", en première page du site ces deux derniers jours, ne peut que nous interroger sur le fond et la logique éditoriale de Mediapart.
Le lien de l'article évoqué par ce billet : http://www.mediapart.fr/journal/france/140710/laffaire-bettencourt-bientot-sur-vos-ecrans
Mediapart : entre construction et déconstruction ?
Balancer les lecteurs entre les ébranlements produits par les enquêtes de fond, et le soutien de la création, de la production cinématographique,est-ce un enjeu éditorial ?
Les articles ayant trait à ces thématiques ont été associés en une sur la page principale du site Mediapart.
N’y a t’il pas mélange des genres ?
Ou confusion dans l’agencement, dans le traitement de l’information ?
Mediapart se situerait-il entre les révélations, pour certains, entre le démontage de systèmes troubles, et entre le désir de soutien de la création artistique ou cinématographique pour d’autres ? Est-ce la l'objectif avoué ou inavoué de Mediapart ?
J'imagine que cela peut étonner quelques lecteurs. Les deux ne sont pas antagonistes, cela va de soi. Eclectique, tout à l’honneur de Mediapart. C'est juste curieux. Curieux.
Cet article a été mis en ligne le 16 juillet, et il a donc tout de suite figuré en première page du site internet. Je ne connais pas le journaliste qui l'a rédigé, et je n'ai rien contre ce journaliste, je le précise, car mon billet n'est pas une attaque : c'est un billet d'interrogation.
Quel est le sens éditorial de l’article, "l'affaire Bettencourt bientôt sur vos écrans" ?
Si il y a bel et bien un sens : désir de soutien de la création artistique ? (Claude Chabrol, Xavier Beauvois, Michel Hazanavicius et Lucas Belvaux ne sont plus des débutants. Fausse piste donc). Renommée élargie dans un futur proche ? Faire parler de Mediapart ? Communiquer sur Mediapart ? C'est important.
Cet article à mon sens relève plus d'un article distrayant écrit sous le sceau du scoop. Information verte, de toute première fraîcheur, il faut bien le reconnaître.
Pourquoi pas ?
Décalage et mélange des genres ?
Pour vos lecteurs assidus, il y a un fossé entre le travail d'enquête, ce journalisme d'investigation sur les affaires politico financières (c'est ce que l’abonné vient en principe rechercher ici) et un autre type de journalisme qui dans le cadre de cet article, n'en serait pas vraiment.
Car cet article relève plus de la communication ou pire encore, d'un coup de publicité très en amont. De toute évidence, ce n’est pas le cas : je serai curieux de savoir comment cet article a été écrit. "L'affaire Bettencourt bientôt sur vos écrans" : est-ce un article de Mediapart rédigé suite à une communication faite par le milieu cinématographique et tout de suite relayée par un de ses journalistes, ou est-ce un pur travail de recherche de l’information ?
L'avenir de Mediapart
L’avenir de Mediapart ne repose t’il pas sur la qualité de ses journalistes d'investigation ?
Et non sur la qulaité des journalistes qui se nourissent de conjectures, et d'une très probable création cinématographique : ces derniers plongeraient tête baissée dans la communication ou le coup de pub ?
Certes, savoir que les réalisateurs de cinéma se penchent fortement sur le sujet et sur la question de produire une affaire, l'affaire Woerth-Bettencourt-Banier, un vaudeville de grande envergure, cela a un intérêt indéniable, celui de vulgariser davantage et dans un futur proche le sujet qui défraie toutes les chroniques actuelles.
Mais quel sens donner à un tel article présenté en pleine page sur un site comme Mediapart ?
On imagine que le futur film portera à l'écran, des écrans d’ordinateurs avec les pages internet de Mediapart.
Un écran dans l’écran. En cette période dense ou les écrans de fumée du gouvernement sont le pain quotidien de la presse, cela prête à sourire.
Ce regain de succès à venir, il faut s'en réjouir car pour l’essor et la renommée de Mediapart, ce n’est que justice !
On peut donc déjà imaginer les cinéastes tourner devant leurs ordinateurs. Sauvegardent-ils déjà des images Mediapartistes fraîches et authentiques, comme des captures d’écran mais sur pélicule (numérique ou non), pour ensuite les réutiliser au montage sur la production future ? L'article en question laisse présager de beaux jours pour Mediapart : une future star virtuelle du 7ème art.
A vos écrans, citoyens ! Webmasters de Mediapart, soignez la présentation, vous êtes filmés.
Mediapart, quelle identité ?
La force de Mediapart est celle de pouvoir travailler, avancer sur des sujets qui méritent que l'on s'y attarde.
Creuser l'actualité et ses sujets sensibles plutôt que de les aborder superficiellement en revue ou de passer à autre chose dès le lendemain. Frénésies de l’actualité et amnésie vertigineuse qui finiront pas user la presse généraliste, non ?
C’est en cela que Mediapart se distingue des médias les plus courants.
Dans le cas de l’article ici évoqué, la frontière apparaît ici imperceptible entre journalisme et communication. Et pourtant, voilà deux matières opposées, un antagonisme.
L'article "l'affaire Bettencourt bientôt sur vos écrans" surprend sur un site dont l'identité reconnue sprend racine dans les ramifications du journalisme d'investigation.
Confusion, maladresse, faute de présentation de l’information ?
Ou comment faire face à la difficulté de la mise en page ?
N'y a t'il pas mélange des genres ou confusion dans le traitement hiérarchique donné à l’information, lorsque sont associés au même niveau d’une page internet des articles dont l'intérêt se focalise sur les grandes affaires et un article à la recherche du scoop vraisemblable mais potentiel, un article en quête d'insolite ?
L’agencement de la page du site Mediapart est sans doute à moduler : les pages internet sont délicates à mettre en forme, c’est la difficulté récurrente de l’ensemble des sites et médias numériques (cf. par exemple l'ensemble des pages radiophoniques des différentes chaînes de Radio France qui ont connu en quelques années, de grandes modulations, des refontes complètes dans la mise en forme).
Mediapartement vôtre,



Tous les commentaires
?
*** J'y vois moins de contradiction que celle induite par la photo de votre blog, choisie par le lecteur (trice) exigeant que vous tendez à faire croire...
Très juste. Rectifié. Merci pour la critique constructive.
J'ai répondu à votre article (sans le connaître) avec mes deux billets,intitulés "L'argent de la vieille",billets passés inaperçus en tout cas de la rédaction de Mediapart...
En effet,ma réaction personnelle à l'affaire Bettencourt/Woerth n'avait rien à voir avec des infos circulant dans les milieux du show business. C'était le point de vue d'un historien-cinéaste,auteur d'un essai polémique sur un des grands scandales d'Etat de la fin du XIXe siècle.
Je partage donc votre interrogation sur cette "Une" de Mediapart.
Pour mieux vous découvrir, cf :
http://www.mediapart.fr/club/blog/vingtras/170710/largent-de-la-vieille-suite-fin
Il est évident que la perfection n'est pas de ce monde et que l'interrogation concernant l'utilisation du thème à la mode par le cinéma n'atteint pas des sommets! Mais, enfin, on a aussi le droit de rigoler un peu, fusse avec Dujardin en personnage de Woerth!
!
Merci de venir lire les nouveaux débarqués du quai (en référence à votre dernier billet).
Les nouveaux venus ou mal venus (à bien vous lire
) ne peuvent que s'incliner face à la sagesse des anciens, virtuoses du clavier. Chapeau bas au champion en titre, plus de 620 billets : n'est-ce pas JPYLG, Jean-Paul Yves Le Goff ?
Souligner le caractère romanesque de l'affaire Bettencour me parait tout à fait digne d'intérêt, même si cet aspect est plus anecdotique que son côté politiaque.
Méfions nous comme semblent le croire nombre de nouveaux abonnés Médiapart n'est pas là pour nous sauver du sarkozysme, mais plus simplement de nous informer de ses mécanismes et de ses effets.
Médiapart est et reste un journal généraliste, interactif avec ses lecteurs et financièrement indépendant.
Pour moi Médiapart est avant tout un quotidien d'informations générales et je le consomme comme tel.
Alors je ne suis nullement étonné de trouver un article sur les éventuelles adaptations par le cinéma Français de cette affaire, ce qui prouve d'ailleurs, si jamais certains en avaient doutés, que c'est bien une des grandes affaires de la 5ème.
L'autre jour sur France Inter il y avait un téléphone sonne consacré au journal Le Monde, j'ai fait mienne la réflexion d'un auditeur qui faisait remarquer que lorsqu'il le lisait il y a quelques années il n'arrivait jamais au bout de son quotidien. Pour lui Le Monde était la rolls des quotidien mais a t'on besoin d'une rolls tous les matins pour aller au boulot?
Cet article "L'affaire Bettencourt bientôt sur vos écrans", c'est aussi de l'information, une information complémentaire, courte et plaisante qui occupe agréablement entre deux tasses de café, l'esprit.
Lire un journal c'est trouver du plein et du délié, ce n'est pas tous les matins préparer une thèse sur l'actualité.
L'information générale n'est en principe pas ce avec quoi Mediapart peut se départager actuellement des autres médias, mais en effet, sur le long terme, qui sait si Mediapart n'occupera pas le devant de la scène ?
Concernant le journalisme d'investigation, cela semble être un créneau et une identité durable ou passagère à creuser : indéniable que cela passionne les lecteurs et qu'ils trouvent dans Mediapart quelque chose de différent. Et cela en comparaison avec la presse plus généraliste, aux informations bien machées et souvent pré digérées, données en pature dans l'ensemble des autres medias dont la sortie en kiosque ou en ligne est aussi rapide que l'oubli.
Mediapart innove en ligne. Précurseur. Il y a de fortes chances que le site se diversifiera une fois que les abonnés auront définitivement mordu aux onglets du journalisme d'investigation. Qui sait ?
Jean,
Vous verrez que Médiapart est loin de n'être (et de vouloir n'être que) un journal d'investigation.
Je vous engage à aller voir du côté de Sylvain Bourmeau, Vincent Truffy, Laurent Mauduit, François Bonnet (et j'en oublie!): des gens passionnés de culture qui nous ont déjà offert des reportages formidables! Bonne pioche!
1ère lecture
Et alors ?
Si un article, qu'il soit à la Une ou pas ne m'intéresse pas, je ne le lis pas. Point.
Sur MdP ou ailleurs.
C'est quoi cette putain de manie de vouloir faire à tout prix "Mon Médiapart à moi" ? On n'est pas propriétaire, ni même actionnaire du journal parce qu'on verse 9 € par mois.
2ème lecture
Quand on crée un blog su Médiapart, le meilleur moyen de le faire connaitre c'est d'écrire un article sur Médiapart tant le nombrilisme et l'esprit de caste (parfois supérieure) qui regnent parmi une bonne partie des abonnés est grand.
Si en plus on met le titre en capitales d'imprimerie, c'est comme si on rajoutait une guirlande clignotante autour.
Intéressant, merci Serval, je n'avais pas songé à tout cela. A méditer.
je ne voudrais pas être désagréable, mais vous commencez votre billet par "lecteur quotidien de Médiapart", sans préciser depuis combien de temps... 2 semaines? 3 semaines? Cela ne veut pas dire que vous n'avez pas le droit d'avoir un avis sur l'avenir, la ligne éditoriale, et même l'identité de Médiapart (un regard frais est toujours le bienvenu), mais peut-être vous faudrait il néanmoins un petit de recul avant de vous engager dans de tels débats?
Quant à l'article sur "OSS 117", j'y ai vu plutôt un clin d'oeil, une petite blague pour faire un peu retomber la pression. Je ne pense pas que ce genre d'article menace l'identité de médiapart !! Si vous restez abonné plus de quelques semaines, vous vous apercevrez que l'humour a une grande place sur Médiapart, et qu'on peut faire un travail sérieux sans se prendre au sérieux.
Je n'en doute pas. Lecteur depuis peu en effet, un petit mois. Le choix de mise en page n'est sans doute pas le meilleur. ET l'article m'a paru incohérent avec le reste. Plus comme un article de communication. J'y ai trouvé de l'amusement, plaisant, mais aucun intérêt journalistique. Bon pour un site de communication lambda. Cela m'a paru incohérent avec Mediapart. A croire que je me suis fait une idée de Mediapart. Quelle erreur. Voilà un regard jeune et sans sagesse. A travailler, j'y veille.
Que voulez-vous, au fond ? Que Mediapart soit aussi ch... que le Diplo (que je lis aussi mais pas de la même façon) ?
Je ne vois pas en quoi cet article en forme de clin d'oeil pourrait faire douter du sérieux des investigations en cours. Il permet au contraire une respiration entre deux rafales de scuds. Nous ne sommes pas des machines que diable ! Laissez-nous décompresser ici aussi, et pas que dans le Club !
Ceci dit, bienvenue dans un espace qui n'est ni aseptisé ni sacralisé !
Exactement. J'entends bien ! Lisez mon premier billet, vous verrez que l'humour est important.
Néanmoins, et je varierai peu sur ce point, la communication (quasi publicitaire) est ennuyeuse, simple report de faits, comparée au journalisme d'enquête, voilà tout.
Les deux sont antagonistes mais pas incompatibles, certes.
Franchement, je ne vois pas en quoi l'article qui vous a "kestillonné" relève de la com' ou de la pub'. C'est un exercice de style que j'ai trouvé marrant. Si des noms y apparaissent qui portent des projets réels, pourquoi pas ?
Je me pose davantage de questions sur la manipulation de l'info par le service public (France Info et son service Le Pen, ce matin) !
Heureusement que je ne lis pas tous les articles des publications auxquelles je suis abonné !
Et encore, vous vous débarquez. Nous les "anciens" on a été recrutés à coups de grandes promesses sur un "journalisme de référence" et autres fadaises. Alors que finalement si vous vous êtes là c'est qu'un larbin travaillant pour les intérêts d'une partie à un procès a fait des écoutes clandestines pendant des mois, et que l'avocat de cette partie les a blanchies en les faisant publier en premier dans "Mediapart" et dans "Le Point", d'autres journaux ayant commis l'erreur de les refuser sans en prendre connaissance.
Si vous savez utiliser le web et si vous avez un petit budget pour acheter d'autres ressources en ligne payantes en plus de "Mediapart" vous ne vous préoccuperez plus des bizarreries locales autrement que pour en rire.