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La vie et les opinions de Zoe Shepard, fonctionnaire territoriale
Disons le tout de suite. Le livre de Zoe Shepard n'a aucune chance de plaire au lectorat de gauche. Affirmer, même sous une forme romancée, que la fonction publique territoriale pourrait voir sans dommage ses effectifs divisés par trois peut choquer ceux qui craignent à bon droit le démantèlement de pans entiers du service public, y compris sous leur forme territoriale. La sanction exceptionnelle qui est infligée à l'impudente par le conseil régional d'Aquitaine, deux ans d'exclusion sans traitement, autorise pourtant à entr'ouvrir le dossier de la fonction publique territoriale, généralement négligé. La décentralisation a créé en une trentaine d'années un nouvel univers professionnel, assez largement dérogatoire quant à ses procédures de recrutement et d'avancement par rapport à la fonction publique d'Etat et fondé sur une régression sans précédent de l'autonomie relative des fonctionnaires par rapport à l'autorité politique. Il s'agit bien d'une révolution silencieuse. Le fait que le Conseil régional d'Aquitaine soit, comme la plupart des autres en France, géré par une majorité de gauche ne change rien à l'affaire. Si l'on considère les nombreux contentieux qui opposent les fonctionnaires territoriaux aux collectivités qui les emploient, on s'aperçoit rapidement que la couleur politique des élus gestionnaires n'a pas grand chose à voir avec la pratique qui domine aujourd'hui et qui est fondée sur le primat du politique sur le technique, sur le népotisme et sur l'état crépusculaire de l'évaluation des compétences. L'organigramme de nombreuses collectivités locales présente assez souvent un tour carnavalesque : des chefs de service sans formation encadrent de jeunes fonctionnaires fortement diplômés dont les attentes à l'égard de leur métier sont considérables. Ainsi, le directeur des services culturels d'une ville moyenne peut être un militant zélé mais n'être titulaire que d'un CAP et encadrer plusieurs jeunes conservateurs issus de l'Ecole du patrimoine ou de l'Ecole des Chartes. Les conflits d'autorité qui ne peuvent manquer de découler d'une situation aussi pathogène sont quotidiens. Ils conduisent à une gestion absurde des ressources, qui fait l'objet d'innombrables plaisanteries "off" mais jamais d'un diagnostic sérieux. La situation est ordinairement nappée d'une sauce managériale qui engraisse des les tenants d'une fausse science de l'administration qui a pourtant au coeur de son discours le dogme de l'efficacité et de l'épanouissement personnel. La fonction publique territoriale est aujourd'hui un employeur considérable, comme en témoignent les annonces hebdomadaires du Monde de l'économie. A ses niveaux supérieurs elle doit jouer un rôle essentiel dans le relèvement de la France, ou à tout le moins dans son maintien à un niveau acceptable.Il serait bon que cette question devienne un problème public. Refuser le népotisme, la promotion canapé, et par dessus tout la haine de la compétence, ce n'est certainement pas un combat de droite. Dans une très grande collectivité territoriale du Midi de la France, le seul polytechnicien présent dans les effectifs, dut, avant d'être licencié, assurer pendant plusieurs mois le changement des draps de l'appartement de fonction d'un de ses collègues autodidacte. C'est la raison pour laquelle la vie et les opinions de Zoe Shepard nous importent.
Zoe Shepard, Absolument débordée, Paris, Albin Michel, 2010


Tous les commentaires
Je n'ai pas lu le livre ; mais peut on généraliser à ce point ? nombre d'emplois de la fonction publique territoriale sont accessibles uniquement par concours , les budgets et donc les organigrammes sont votés par l'assemblée départementale.
Cependant il est clair - et un systéme comme la sécurité sociale a été structurée depuis 1960 comme cela- que séparer le politique (qui décide des orientations , des schémas directeurs...) des administratifs qui décident de comment la politique est mise en oeuvre , est une formule qui réduit les risques de népotisme.
Outre le fait de distinguer le rôle du directeur , responsable de l' organisation des services et de la gestion du personnel , de celui du conseil et du président qui décident des orientations politiques , le systeme sécurité sociale a mis en place une école de formation de ses dirigeants. on ne nait pas directeur , on le devient après une formation qui évolue en même temps que la fonction.
Fustiger le systéme actuel peut être utile si on lance des pistes de réflexion pour son évolution et son adaptation aux besoins des citoyens.
Le dénigrer sans propositions c'est du café du commerce.
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Pour en savoir plus :
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jpylg
Fonctionnaire territorial, je travaille depuis 15 au sein de DRH sucessives.
Le fait de considérer que le contentieux augmente parceque le népotisme lui-même s'accroit s'est aller vite en besogne. Les facteurs du recours croissant à la saisie des tribunaux me semblent nombreux et plus complexes.
Découvrir que les pratiques en matière de Ressources Humaines ne sont pas strictement liées à la couleur politique de l'exécutif local, c'est pour le moins surprenant.
Enfin, s'imaginer que les capacités professionnelles sont en lien direct avec le diplôme, c'est, sans doute, avoir peu d'expérience...
Bref : l'article présentant le livre de Zoé SHEPARD ne donne pas envie de le lire.
N'etant pas fonctionnaire , je me garderais bien de vilipender l'ouvrage ou d'en ecrire une notable critique .
Cependant , ce qui est choquant dans votre billet est de denigré
l'autodidacte !
Le polytechnicien serait il plus à meme de SERVIR la France .
( passons sur l'episode des draps à changer )
S.V.P
bien à vous .
amusant de revendiquer pour les autodidactes tout en faisant justement d'aussi grosses fautes d'orthographes. "Dénigré " hein? (et je passse sur les accents)
Donc, oui, je pense que toi, "sain colère" ta place est plus à changer les draps, et celle d'un polytechnicien à gérer une organisation
Que de mépris, lamentable...
http://www.alternative-liberale.fr/index.php/index.php/politique/affaire-zoe-shepard-alternative-liberale-apporte-son-soutien-a-aurelie-boulet.html
il y a en principe un controle de légalité: le préfet peut demander l'annulation de toute nomination à un grade fonctionnel (directeur, ou chef de service) qui ne serait pas en conformité avec les exigences de ce même poste soumis au concours réglementaire: un secrétaire de mairie de base ne peut pas devenir ipso facto le secrétaire génèral d'une mairie de grande ville: on peut parfois le regretter,mais on ne peut pas avoir la paye d'un colonel ou d'un général en ayant le niveau d'un adjudant (pas de conclusion hative!).
Depuis très longtemps, instructions ( ministérielles et préfectorales ) ont été données aux agents du contrôle de légalité de ne pas examiner les actes de gestion de la fonction publique teritoriale. Cela figure expressément dans les circulaires ministérielles. L'argument officiel souvent avancé : que leurs syndicats prennent leurs responsabilités ! Mais ils ne les prennent pas car les quelques syndicalistes encore indépendants ont malheureusement le choix entre être achetés ou prendre la porte.
Pourquoi écrire que le livre litigieux " n'a aucune chance de plaire au lectorat de gauche " ? Moi je fais un parallèle avec la révocation du commandant Matelly. Il est de plus en plus difficile pour certains de tolérer la liberté d'expression des fonctionnaires. En l'espèce, comme s'agissant du gendarme sanctionné, on ne voit pas en quoi Zoé aurait méconnu son obligation de réserve. Le débat central est là . Cette sanction est manifestement disproportionnée.
Bonjour,
Fontionnaire territoriale depuis 30 ans et diplômée de l'enseignement supérieur, je suis tout à fait d'accord avec ce qu'écrit Jean-louis FABIANI.
L'incompétence au pouvoir permet un gaspillage colossal d'argent public, particulièrement au bénéfice du BTP et des dépenses de prestige qui raflent la mise de l'investissement public au détriment de l'action sociale ou du logement social en pleine deshérence. Combien de travailleurs sociaux pourrait on payer pour le prix d'un de ces ronds-points giratoires qui fleurissent partout même pour desservir des impasses?
Effectivement, dans un tel système les gens compétents gênent car on a du mal à leur faire piétiner les principes du Service Public et de la République qu'ils ont appris sur les bancs de la faculté. Il est plus difficile d'asservir quelqu'un de clairvoyant et qui a un certain niveau de connaissance ; d'où cette haine des élites qui constituent un danger pour ceux auxquels le pouvoir local a confié sciemment des responsabilités les dépassant mais dont la servilité peut être bien commode. Comme ils accèdent ainsi à une place à laquelle ils ne pouvaient raisonnablement pas prétendre, ils doivent leur carrière au pouvoir et sont prêts à tout en remerciement. C'est un système organisé de dépendance.
Ce processus est érigé en système dans la fonction publique territoriale, à quelques exceptions près, et avec son cortège de placardisation et de harcèlement pour ceux qui osent avoir des principes et une déontologie. Tout cela a été rendu possible par le procédé de la séparation du grade et de l'emploi : Les articles 12 et 13 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires posent le principe de la séparation du grade et de l'emploi. Cette loi dite « loi Le Pors » a été prise par un gouvernement de Gauche et a occasionné bien des dérives. Car ses principes ont été de plus en plus détournés par les élus locaux et ce grâce à la faiblesse structurelle des syndicats, où là aussi la haine contre les diplômés (syndiqués) a ouvert la porte à la complaisance.
Le juge administratif sanctionne régulièrement quelques abus dénoncés par de courageux agents qui se retrouvent à exercer des fonctions inférieures à leur niveau de recrutement, mais qui bien souvent sont obligés de quitter leur collectivité, car même si le juge leur donne raison, ils sont mis à l'index.
Ces dérives font échec d'une part, au principe républicain et constitutionnel d’égalité qui permet d’accéder à la fonction publique en vertu des capacités des candidats et donc par la voie du concours, et d'autre part au principe d’indépendance du fonctionnaire vis-à-vis du pouvoir politique et de l’arbitraire . Le régime de Vichy est l'exemple même d'une administration organisée autour du mépris de ces principes.
Parfois on en arrive à se demander si on a pas remis en place un pouvoir féodal des temps modernes avec affidés, et prébendes aux serviteurs zélés du seigneur qui n'a cure du bien commun mais cherche à satisfaire ses clients en vue de sa réélection.
Et les citoyens là dedans?
Il y a même des établissements publics locaux dont les dirigeants bafouent le Droit des agents sur le temps de travail, les congés, les primes, les heures supplémentaires, l'hygiène et la sécurité, le règlement intérieur truffé d'illégalités graves etc. C'est un système de domination qui peut être plus dur que dans une entreprise privée.
Mais c'est aussi l'omerta y compris syndicale. Il arrive que certains représentants syndicaux dans un établissement public local soient aussi adjoints du maire qui est en même temps président dudit établissement public. Imaginez la collusion doublée de la trahison des intérêts du personnel qui s'ensuit, et la désillusion qui en découle!
Ici comme ailleurs, et malgré la protection du statut qui n'est plus qu'un rempart illusoire, les délégués du personnel s'achètent : qui avec l'embauche du fils, du neveu, de l'épouse, qui grâce à l'éponge passée sur une faute professionnelle ou autre marché de dupes...
Enfin, pour ceux qui nous sortent le leitmotiv éculé et facile du « ce n'est pas parce qu'ils sont diplômés qu'ils sont compétents », je répondrais que si les choses étaient aussi faciles, aucun gouvernement dans aucun pays ne dépenserait ses budgets à financer des écoles, des universités, des grandes écoles, des formations. L'Education accessible au plus grand nombre est un gage de démocratie, de progrès et de civilisation, et ceux qui s'inscrivent dans un autre système de référence ne peuvent effectivement que se retrancher derrière ce leitmotiv.
Philippe Bilger vous a entendu et appelle à défendre Aurélie Boullet.
Se pose également la quesiton de la liberté d'expression dans la fonction publique.
On n'a pas le droit de dire que les gens sont "concons", et ceux qui se reconnaissent dans la description (ce qui en prouve la justesse) ont gain de cause.
Les gens qui font la queue derrière les guichets savent dorénavant pourquoi.
Les Roms ne bénficient pas de la même indulgence que les concons.
Partir du fait divers pour inspirer une réforme globale de tout un système... La manipulation est archi-connue et l'on sait parfaitement aujourd'hui où elle conduit notre pays...