Pourquoi j'ai failli arrêter le blog
Un de mes collègues m'a demandé récemment la raison pour laquelle j'avais cessé de nourrir mon blog depuis le billet consacré à Michel Drucker. Je lui ai parlé d'emploi du temps chargé, de voyages incessants et d'un manque cruel de disponibilité mentale. Je n'ai pas osé lui donner la véritable explication parce qu'elle paraissait trop anecdotique et que je n'étais pas sûr qu'il ne la tint pour une plaisanterie de vieil homo academicus un peu salace. Je raconte donc l'histoire, sans doute banale, parce qu'elle peut illustrer de petites difficultés de déontologie blogologique. En 2007, pour la première fois depuis de très longues années, je ne suis pas allé au Festival d'Avignon, mais je me le suis fait raconter par plusieurs amis, admirables observateurs et narrateurs. Un soir, trois d'entre eux, sans s'être concertés, m'ont fait le même récit : une de nos collègues, anthropologue américaine en poste à NYU, Samantha Rent, avait porté une robe noire transparente lors d'une soirée avignonnaise : ce vêtement translucide était pourtant parfaitement opaque. Montrer et cacher en même temps : Samantha Rent me donna l'occasion d'alimenter mon blog, alors hébergé sur un autre support : quelques considérations sur la beauté de la jeune femme, empruntées directement au lexique de mes informateurs, qui évoquaient les "belles lignes" et le "chassis" de l'anthropologue, m'échappèrent. J'avoue que ce billet ne fut pas inoubliable et que je l'oubliai instantanément : ni le talent ni le witz ne sont toujour au rendez-vous de ce genre d'exercice. J'avoue n'avoir jamais lu les nombreux travaux de Ms Rent, et je ne la reconnus pas lorsqu'elle assista à un séminaire que je donnai en juin à l'Ecole normale supérieure. Elle ne me posa pas de questions après mon intervention, mais se planta devant moi à la sortie en me disant, avec son accent imité de l'anglais d'Oxford : Regardez, ma robe est rouge et elle n'est pas transparente. C'est celle que je portais le soir de la réception à Avignon. Monsieur, vous êtes un goujat mal informlé et vous auriez mérité une paire de baffes. Mon ami Craig Solong, sociologue à NYU, est passé à Paris la semaine d'après, et m'a dit en souriant qu'elle avait agité ciel et terre après mon post pour dénoncer mon phallogocentrisme franchouillard et pour me faire bannir à jamais de toute université new yorkaise. "Now you must pay the rent for ever", me dit-il en souriant. Un loyer à vie pour une interrogation sur la transparence et sur la légèreté d'une jeune américaine. Dieu soit loué, une universitaire française n'aurait jamais eu cette attitude. C'est ce que me dit un de mes amis, politologue à Strasbourg, qui connaît bien l'Amérique, et encore mieux Samantha. Une journaliste du Monde, que j'avais gentiment brocardée, Ariane Chemin, m'a répondu en me félicitant pour mon humour. Samantha m'a quitté en me disant qu'elle connaissait bien Richard Descoings, le directeur de Sciences-Po Paris et Bruno Latour, qui y joue un rôle important, et qu'elle leur avait dit que j'étais un butor mal informé. Renseignements pris, Ms Rent portait bien une robe noire transparente à Avignon.


Tous les commentaires
. pour connaître les précédents scandales de l'impétrant . jpylg
bonjour, Ils ont vraiment la poisse les américains! ;o)
Vive la France... Et nos petits travers libertins... Gâgeons que Samantha y a pris goût...
Mais si la réciproque est possible, pourquoi pas? Je ferai bien un billet avec quelques considérations sur l'absence de beauté, de fraicheur et de grâce des blogueurs du club. 20 juin. Leurs crânes plus ou moins dégarnis, leur embonpoint, leurs regards torves quand une à peu près jeune femme se présente. Cette manière de vous fixer. Même si la créature porte une casquette et un vieux jean, ça ne les arrête pas. Pourtant difficile de faire moins "appel aux regards". Ça n'empêche pas les messages privés avec commentaire sur mes gènes. Si c'est très important d'être "belle" pour exister, alors il va falloir être beau pour être audible.
J'ai la chance d'habiter un quartier juif avec une dominante orthodoxe. Quel bonheur de pouvoir marcher sans être dévisagée, jaugée, puis se retrouver avec l'impression d'être face à un chien qui bave devant un os. Quel bonheur d'avoir des voisins toujours bien sapés, pas de faute de goût, pas de chichis, pas de frime, noir et blanc. On ne fera jamais mieux que la nature pour les couleurs. À part Christian Lacroix qui fait aussi bien.
Elle était de qui cette robe? Pourquoi vous l'avez pas eue votre baffe? Carénage pas assez aérodynamique j'imagine ou vieille peinture trop délavée, écaillée, à moins que ce ne soit les pneus à plat, ça arrive les pneus à plat... :o)
. On se calme, on se calme...!!! . Tout de suite, l'exagération ! . jpylg
On est très calme. On n'est pas du tout étonnée que vous soyez incapable de savoir ce que ça peut faire. Ni que vous prétendiez savoir de quel côté est l'exagération. Parlez de ce que vous vivez, ne présumez pas de ce que ce genre de comportement peut avoir de déplaisant ou de déplacé. Souffrez que de "plaire" à qui vous déplait n'est pas un plaisir mais peut-être une nuisance. Ne vous sentez pas obligé d'en rajouter par des injonctions et des exclamations.
Sur ce genre de sujet je n'ai pas assez d'optimisme pour espérer changer les anciens. Ouvrir l'esprit des plus jeunes est un meilleur investissement. Surtout s'ils sont beaux! ;o)
Et bien le puritanisme continue à faire son lot de malheureux(ses). Prenant fréquemment les transports en commun je m'amuse à observer des regards "coquins" (de garçons et de filles) le plus souvent furtifs, produisants même parfois spontanément un sourire béat, illuminant un visage jusqu'ici sévère, distant. Et lorsque celui ou celle caressé(e) de ce regard de plaisir vite détourné s'en rend compte, sa réaction est le plus souvent amusée, voire complice, à mille lieux de l'agressivité d'une personne s'imaginant se trouver "face à un chien qui bave devant un os". Cette vision torturée d'un simple et banal réflexe humain, partie intégrante du jeu de la "séduction passive" dans nos démocraties laïques occidentales, reste le cheval de bataille de fondamentalistes religieux de tous bords. D'ailleurs pas plus tard qu'avant-hier, dans le bus justement, un groupe de 3 femmes au tchador (des vrais, avec juste une ouverture au niveau des yeux (sauf une qui avait manifestement obtenu la permission de se découvrir un bon tiers du visage), escortées par un garde "habilité", m'a rappelé (si besoin en était) à quel point notre liberté laïque chèrement gagnée est primordiale, et à quel point certains, voulant combattre ce qu'ils décrivent (et probablement perçoivent !) comme d'atroces instincts animaux, sont prêts aux pires excès liberticides. Mais c'est promis, si ces attitudes dégradantes persistent, je me procurerai un lot de ces jouets pour chiens en forme d'os, et les distribuerai aux victimes de ces attaques ignobles : elles n'auront qu'à les jeter à l'extérieur dès l'ouverture des portes à la station suivante pour voir leur assaillant(e), répondant à son instinct animal, se jeter à sa poursuite, et en être débarassé.
Ce texte me replonge tout droit dans les livres de David Lodge. Merci pour cette madeleine (même si les dernières sont moins bonnes)
Je défends la France, mon beau pays, malgré tout, malgré tous. Après, pour les françaises... Je suis historien, pas psy...
SYLV'N n'as pas forcément tort. La dame pouvait être choquée de mon billet : n'ayant pas assisté à la scène, j'ai retranscrit ce qui a pu être un regard fâcheusement libidinal porté par des observateurs machistes. je voudrais aborder un autre point : la nécessité croissante pour un universitaire, homme ou femme, d'avoir un physique avenant pour faire carrière. C'est le cas de Samantha. C'est le cas aussi de jeunes philosophes français qu'Elle présentait naguère en pages mode.Sartre serait-il possible aujourd'hui ?
SYLV'N n'as pas forcément tort. La dame pouvait être choquée de mon billet : n'ayant pas assisté à la scène, j'ai retranscrit ce qui a pu être un regard fâcheusement libidinal porté par des observateurs machistes. je voudrais aborder un autre point : la nécessité croissante pour un universitaire, homme ou femme, d'avoir un physique avenant pour faire carrière. C'est le cas de Samantha. C'est le cas aussi de jeunes philosophes français qu'Elle présentait naguère en pages mode.Sartre serait-il possible aujourd'hui ?
Vos questions sont pertinentes en effet et Sartre ne recueillerait sans doute plus autant de suffrages aujourd'hui qu'au bon vieux temps de l'existentialisme. Je ne crois pas qu'il y ait quelque chose de bien nouveau là-dedans, mais je pourrais additionner les cas connus ou entendus dans mon université d'origine, Rennes 2, où des demoiselles se font proposer un diplome ou des facilités par un vieux prof ou, à l'inverse, des demoiselles blondes aux yeux bleux, qui partent en vacances avec un prof (qui a été le mien, je n'en dirai pas plus) et qui décrochent mystérieusement une bourse de thèse alors qu'elles rentrent juste en master. Et évidemment que SylvN n'a pas forcément tord, mais l'agressivité avec laquelle elle rentre dans les commentaires, qui étaient somme toute sympathiques, comme le billet de "l'avant-bras droit", produit par une de nos médiamies, voulait décrire les petits plaisirs du regard dans l'espace collectif. Si tout regard désirant produit par un homme est machiste, où allons-nous maintenant? Je ne défends pas la domination masculine comme je ne défendrai pas à l'inverse une réaction féministe qui n'a rien d'émancipateur. Si nous devons perdre nos jeux de séduction, de regard, de curiosité, de plaisir de l'autre, où allons-nous? Evidemment que c'est très lourd un "porc" qui "mate une meuf" comme un os à croquer, et c'est le signe d'abord d'une tristesse sociale et relationnelle. En Amérique latine, c'est effrayant cette chose, et pour avoir vécu le cas où des mâles en rut dénudent votre compagne de la tête aux pieds, la violence est partagée, pour l'homme comme pour la femme. C'est question de relation et de courtoisie, mais que serait une société sans rapport au corps, au paraitre qui est, n'en déplaise à certains, la première interface entre deux individus. Et qu'une demoiselle arrive ici avec ses grands cheveaux, se sente visée quand on parle de beauté féminine et renvoie toute la gente masculine ici présente à la laideur, il y a des limites. Une grande dame saurait au moins s'excuser... Pour revenir à Sartre, on voit bien aujourd'hui comment la presse médiocre a traité l'anniversaire de la naissance de Beauvoir, en jouant sur la beauté de celle-ci avant de juger de sa philosophie. C'est dans l'air du temps et ce sont des choses qu'il faut combattre, parce qu'elles sont ridicules et dangereuses, il n'y a plus de réalité, seulement un canon esthétique auquel il faudrait obéir pour pouvoir satisfaire aux exigences sociales d'aujourd'hui. Pourtant les rapports de force objectifs et symboliques restent et c'est ceux-là qu'il faut garder à l'oeil. Qu'une universitaire soit belle, très bien, si elle est d'abord universitaire. Bonne journée.
Et bien, je n'en attendais pas moins de vous. Par chance, n'étant plus une demoiselle depuis longtemps et pas une grande dame, je me dispense des prérogatives de ces castes. Ce qui me révolte c'est le "deux poids, deux mesures". D'une je n'aime pas trop les considérations verbales sur le physique. Personne n'est responsable de son sexe, ni de son physique. Je vous rassure tout de suite, je suis sans opinion à mon propre sujet. Mais je suis un peu lassée du mode d'approche "vous êtes très gnagnignagna, etc,..." Suis-je sensée me ramollir sous la flatterie? Raté, ça me crispe. Rien n'empêche d'y penser, rien n'empêche certaines de succomber à la flatterie, mais rien ne m'empêche de trouver ce mode de communication inintéressant. Combien de fois je me suis retenue de répondre à un "vous êtes jolie" (ou autre billevesée), un "ah ben vous, vous êtes moche, au revoir!". Et pourtant, c'est bien échanger des considérations sur nos physiques respectifs, non? "Ça" ne se fait pas. On sourit niaisement et ensuite on dit à sa copine "pouark, t'as vu ce thon, il rêve", et elle répond "quel gros blaireau", et là un bÔ gosse passe, et hop, on lui reluque le fessier... Il n'y a rien de plus violent que deux femmes qui parlent des hommes, jamais on ne pourrait publier le fond des conversations. Ma remarque initiale était bien, si on peut agir dans le sens de l'auteur de ce billet, alors on doit pouvoir le faire dans l'autre sens. Vous dites que d'après vous on ne peut pas? Je trouve donc ces "compliments" faits aux femmes très douteux. Autant que mes propres appréciations sur ces messieurs. L'essentiel étant que je ne juge pas sur le physique, sauf si on tire le premier. Et par ici, c'est pas moi qui ait commencé. C'est le jeu mon pauvre Robert*, c'est le jeu... Concernant cette étiquette "féministe" que vous m'avez collée, elle ne va pas être très adaptée à mes convictions pour ce que je connais du féminisme. Je connais même quelques "machos" tout à fait agréables (Ils sont casés, et bien casés!), et des pseudos "féministes" mâles complètement à côté de la plaque. Vous me connaissez pas assez pour présumer sur quelques commentaires du fond de ma pensée... Ah ces jeunes... ;o) Bonne journée aussi!
* le prénom a été changé...
Pourtant, puritanisme et concupiscence sont toujours allé de pair... Alors, bravo à ceux qui mettent un peu d'esprit en narrant leurs observations, plutôt que ceux qui cachent des photos sous leur oreiller, tout en toujours se taisant...
Bien d'accord avec SylvN, et sur les étiquettes, et sur le sujet des appréciations physiques dans les conversations. On pourrait ajouter le traitement différencié hommes/femmes dans les discussions sérieuses.