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26
Oct

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Le poisson du Guardian : du sourire à la grimace

Au Royaume-Uni les traditions ont la vie dure et, quoi qu’il puisse arriver, on les respecte. Il en est ainsi du poisson d’avril, April fool. Et le très respectable quotidien The Guardian n’a, semble-t-il, pas pu résister à maintenir les usages, quitte à sombrer dans le ridicule, dans ce qui ressemble étrangement au syndrome de l’orchestre du Titanic continuant à jouer sur le pont supérieur pendant le naufrage du vaisseau. Au Guardian même mot d’ordre, le monde coule sous les coups de boutoir du libéralisme débridé, mais qu’importe ! De l’autre côté de la Manche, on se désopile, laugh ! laugh and be merry !, c’est pour l’unité du royaume, c’est pour la gloire de sa gracieuse majesté. Donc, en ce 1er avril 2013, le thème qui a mobilisé le directeur de la rédaction, Alan Rusbridger, et le rédacteur en chef du département scientifique, Ian Sample, c’était les Guardian goggles, lunettes imaginaires censées permettre à tout lecteur qui en ferait l’acquisition de voir la rue, la ville, le pays et le monde à travers le prisme des analyses du Guardian, dans une vidéo explicative que l’on peut détailler ici, et qui est censée faire œuvre publicitaire en même temps.

 

Il faut reconnaître que l’idée initiale était sympathique et que l’on cède au sourire aisément, d’autant que, d’une part,  le Guardian a pris soin d’utiliser le mot goggles qui induit la notion de protection (contre le monde environnant sans doute)  — safety goggles, ski goggles, swimming goggles, et qui rappelle aux plus anciens soit le pionnier de l’aviation, soit le motocycliste  — plutôt que glasses ou spectacles, vocables qui sont, du reste, utilisés dans la vidéo ; d’autre part le commentaire et les bans-titres insérés dans la vidéo sont drôles, on retiendra, entre autres le restaurant affichant du squirrel (écureuil) risotto. Et avec une bonne dose de tolérance et de sympathie pour un quotidien, qui, bien qu’ancré dans la press industry, œuvre utilement pour la liberté de la presse malgré sa faiblesse récente face aux conservateurs, on serait même presque tenté d’aimer cette tentative cocasse quoiqu’un peu pesante. Mais la fin de la vidéo tombe comme le couperet d’une guillotine hélas !

 

On y voit un homme de dos devant son clavier d’ordinateur. Il se retourne et, là, stupeur et désespoir ! Il s’agit de Michael Gove, actuel ministre de l’éducation, qui a donc participé à cet April fool, certainement pas un rôle de composition. Rappelons que ce même ministre, en janvier 2012, avait obséquieusement suggéré que les sujets de sa gracieuse majesté se cotisent pour offrir à la sus-nommée un nouveau yacht de 60 millions de livres sterling, voir un billet précédent. Ce même Michael Gove a fait l’objet de deux articles approfondis du Guardian, dans lesquels il a été traité, à juste titre, de fossoyeur de l’éducation britannique et de pire ministre de l’éducation de tous les temps. Lire ici le premier et le deuxième articles en question. Deux solutions, soit le Guardian a un sens de l’ouverture qui ressemble fâcheusement à de la compromission, soit le quotidien a trouvé un sosie de Gove. Dans les deux cas, on ne peut s’empêcher de penser au regretté Desproges : on peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui.

 

 

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