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4 ans avant Robert Boulin, le juge François Renaud

Antoine Perraud a consacré deux excellents articles à l’affaire Boulin, en évoquant ici le téléfilm produit par FR3, et dans lequel François Berléand est remarquable, et le débat, animé par Frédéric Taddéi, à la suite de ce même téléfilm. Dans ces deux articles, Antoine Perraud a montré clairement, avec une vidéo très convaincante, que les liens entre SAC, RPR et grand banditisme ont conduit à l’assassinat de Robert Boulin en octobre 1979, et a mis en lumière les pratiques politiques pendant le septennat de Giscard. Ces habitudes avaient été testées, en quelque sorte, quatre ans auparavant, avec le meurtre commandité du juge François Renaud, le 4 juillet 1975.

 

François Renaud était, tout comme Robert Boulin, un homme libre et indépendant. Les deux avaient une personnalité et un profil assez proches : tous deux résistants et compagnons de la libération, tous deux francs-maçons de la Grande Loge de France, tous deux engagés dans une conception intègre et claire de leur fonction, qu’elle soit politique ou juridique. Tous deux ont payé de leur vie de vouloir faire éclater la vérité au grand jour. François Renaud avait été nommé premier juge du tribunal de Lyon, en 1972, soit un an après le braquage de l’hôtel des postes de Strasbourg, qualifié de plus gros hold-up de l’après-guerre. L’instruction avait été confiée au parquet de Lyon et le juge François Renaud en avait la direction.

 

Le juge Renaud avait rapidement acquis des convictions fortes et des certitudes sur ce hold-up sans précédent et il avait entrepris d’ordonner des filatures de plusieurs truands du milieu lyonnais, qui s’avéreront par la suite en étroits et permanents contacts avec des membres du SAC. Curieusement François Renaud va constater que jamais la police ne peut prendre sur le fait les dits truands, comme s’ils étaient prévenus à l’avance des initiatives du juge. Le coup de grâce à son enquête est porté, sans doute naïvement et maladroitement, par le substitut François Colcombet, invité de l’émission Les Dossiers de l’Ecran, le 7 mars 1974, qui lance tout-à-trac : « Nous espérons ne pas avoir à découvrir que le hold-up de Strasbourg a servi à remplir les caisses d'une organisation politique ».

 

Ces propos ne trouveront étonnamment aucun écho politique, ni aucune résonnance médiatique — nul n’a aucun souvenir, par exemple, d’un article, sur le sujet,  de Michèle Cotta si prompte à rapporter, avec le ravissement d’une petite fille, les confidences de Chirac, pendant le débat organisé par Frédéric Taddéi, sur FR3 —et François Colcombet se verra proposer presque immédiatement une promotion à Paris. Il déclarera le 10 décembre 2011 au journal La Montagne, quotidien entre autres du département, l’Allier, où il est devenu député socialiste de 1988  à 1993, puis de 1997 à 2002, qu’il avait accepté car il craignait pour sa vie. Mais craignait-il pour la vie de son collègue François Renaud ? La question n’a pas été posée.

 

Or le 3 juillet 1975, le juge François Renaud est abattu, à trois heures du matin devant son domicile, de trois balles dans la tête. Le meurtre aurait été commandité par un parrain du milieu lyonnais, membre du SAC, Jean Schnaebélé, et exécuté par trois malfrats lyonnais. En 1992 l’instruction de ce meurtre avec préméditation a fait l’objet d’un non-lieu par le juge Georges Fenech, membre de l’UMP — mais il doit certainement s’agir d’un pur hasard — et s’avère désormais prescrite, ce qui signifie que non seulement aucune enquête n’a été lancée, à l’époque, pour tenter de connaître les commanditaires politiques de Schnaebélé, mais, en plus, le citoyen lambda épris de justice et d’égalité ne saura jamais rien.

 

Au silence médiatique assourdissant ne succédera que le film lourd et maladroit d’Yves Boisset, Le juge Fayard, en 1977, avec une interprétation caricaturale de feu Patrick Dewaere, qui, loin de présenter le dossier à fond, étaiera l’image fausse d’un juge aux confins du respect de la loi. Donc pour avoir une idée plus proche de la vérité, mieux vaut lire l’ouvrage du fils de François Renaud, Francis, et de feu l’excellent journaliste de L’Express, Jacques Derogy.

 

 

Francis Renaud, Justice pour le juge Renaud, éditions du Rocher, novembre 2011.

 

Jacques Derogy, Enquête sur un juge assassiné. Vie et mort du magistrat lyonnais François Renaud, éditions Robert Laffont, Paris, 1977

Tous les commentaires

04/02/2013, 22:55 | Par Crampon en réponse au commentaire de Antoine Perraud le 03/02/2013 à 14:32

Si les dossiers Boulin portaient sur l'assassinat du juge Renaud, c'est clair que les commanditaires ne pouvaient le laisser en vie.

Faut qu'Aknine transforme son fil en feuilleton en partant de la création du SAC par sa grandeur De Gaulle et deux paroles. 

Pour faire le deuil de la guerre d'Algérie, il faudra enterrer deux constitutions : celle de la Ve République et celle de l'Algérie. Le plus tôt on commencera chez nous, et plus vite les algériens pourront le faire chez eux et vice-versa. 

04/02/2013, 13:22 | Par juan23

Intéressant, très interessant.
Merci

04/02/2013, 14:25 | Par GILLES WALUSINSKI

Mon souhait s'est réalisé, ce billet est passé  sur la UNE!

04/02/2013, 14:31 | Par Jean-Louis Legalery en réponse au commentaire de GILLES WALUSINSKI le 04/02/2013 à 14:25

Merci Gilles, c'est très aimable et merci à tous pour vos commentaires.

04/02/2013, 14:53 | Par Bernard BIGENWALD

Les deux premières lignes étant de trop , l'on s'attend au pire, et puis non, les choses sont dites assez objectivement. Bon rappel surtout que là, on est sûr qu'il ne s'agit pas d'un suicide !

04/02/2013, 16:28 | Par Jean-Louis Legalery en réponse au commentaire de Bernard BIGENWALD le 04/02/2013 à 14:53

Je ne vois pas bien pourquoi les deux premières lignes seraient en trop, d'autant que vous ne l'expliquez pas.

04/02/2013, 16:46 | Par Bernard BIGENWALD en réponse au commentaire de Jean-Louis Legalery le 04/02/2013 à 16:28

Parce que je trouve le dernier article de Perraud assez nul, parce que d'emblée partial, ce qui lui fait perdre beaucoup de sa force, et j'ai donc donné mes commentaires sur le sujet, ce qui m'a valu l'ire de ce monsieur, très susceptible. Ici, on a quelque chose de plus posé, de moins manichéen, et donc de plus convaincant.

04/02/2013, 17:15 | Par Jean-Louis Legalery en réponse au commentaire de Bernard BIGENWALD le 04/02/2013 à 16:46

Ah voilà donc ce qui nous différencie ! Je trouve, quant à moi, que les articles d'Antoine Perraud sont toujours un régal sur le fond et le forme et celui-ci encore plus.

04/02/2013, 17:31 | Par Bernard BIGENWALD en réponse au commentaire de Jean-Louis Legalery le 04/02/2013 à 17:15

Ca ne déconsidèrera pas dans mon esprit pour autant le votre.Rigolant

04/02/2013, 18:13 | Par Jean-Louis Legalery en réponse au commentaire de Bernard BIGENWALD le 04/02/2013 à 17:31

Merci.

04/02/2013, 19:14 | Par Benoit SEROT en réponse au commentaire de Bernard BIGENWALD le 04/02/2013 à 16:46

voilà bien de l'assurance!

04/02/2013, 19:49 | Par Bernard BIGENWALD en réponse au commentaire de Benoit SEROT le 04/02/2013 à 19:14

Sur quoi ? Sur la partialité de Sa Suffisance Perraud ? Elle est éclatante !

04/02/2013, 18:39 | Par Laurent 1965

L'article contribue utilement à défendre une cause bien oubliée. Ce ne sera pas faire injure à son auteur (ni au parcours enviable de ses défunts sujets) que de rappeler que ni François Renaud ni Robert Boulin n'ont reçu le titre de Compagnons de la Libération. 

04/02/2013, 19:48 | Par Jean-Louis Legalery en réponse au commentaire de Laurent 1965 le 04/02/2013 à 18:39

Votre remarque fort courtoisement formulée me surprend néanmoins. En effet l'un et l'autre ont toujours été considérés comme tels, après avoir été maquisards, résistants et membres de l'Armée de Libération.

04/02/2013, 19:53 | Par Bernard BIGENWALD en réponse au commentaire de Jean-Louis Legalery le 04/02/2013 à 19:48

Votre contradicteur a raison d'être précis. le nombre de compagnons de la libération était assez limité. 700 seulement ont survécu à la guerre.

04/02/2013, 21:59 | Par Laurent 1965 en réponse au commentaire de Jean-Louis Legalery le 04/02/2013 à 19:48

Il n'en demeure pas moins qu'en dépit de leurs mérites, que j'imagine bien réels, ils n'ont jamais, ni l'un, ni l'autre, figuré à l'ordre des Compagnons de la Libération, dont la liste comprend en tout et pour tout un peu plus de 1000 noms patronymiques de personnes (1038 si je me souviens bien), une douzaine de régiments et d'unités combattantes, ainsi que cinq communes (de mémoire: Paris, Nantes, Grenoble, Ile de Sein, Vassieux-en-Vercors). L'ordre ayant été forclos en 1946, personne n'a pu prétendre l'avoir intégré postérieurement à cette date. Vérification faite, seuls 23 Compagnons sont encore en vie à la date de ce jour. Sans rancune! 

05/02/2013, 05:40 | Par Jean-Louis Legalery en réponse au commentaire de Laurent 1965 le 04/02/2013 à 21:59

Votre "sans rancune" est tristement révélateur. "Sans rancune" d'avoir monté en épingle, sans jamais me convaincre, un détail qui est sans commune mesure avec l'objet de cet article ? Quand on lit des commentaires, on s'attend généralement à ce qu'ils soient constructifs et enrichissants et il ne saurait y avoir ni enjeu ni rancune, mais, là, par bonne volonté, j'ai perdu mon temps. 

05/02/2013, 06:17 | Par Bernard BIGENWALD en réponse au commentaire de Jean-Louis Legalery le 05/02/2013 à 05:40

Allons allons, je comprends mieux votre défense de Peraud, maintenant. 

05/02/2013, 10:33 | Par Laurent 1965 en réponse au commentaire de Jean-Louis Legalery le 05/02/2013 à 05:40

Ma remarque se voulait courtoise et constructive sur un billet dont j'approuve le fond sans réserve. Libre à vous de ne pas être convaincu par des faits incontestables contre lesquels vous ne pouvez rien, et de penser avoir perdu quelques minutes de votre temps précieux à en prendre connaissance. J'en déduis que l'exactitude et la précision sont sans commune mesure avec l'objet de vos billets, ce qui m'incitera à plus de circonspection à l'heure de les lire. Et je me garderai bien d'y réagir désormais, car c'est, effectivement, perdre mon temps! Dont acte. Quel dommage...

04/02/2013, 20:42 | Par dom9

On croirait lire du Sueton.

04/02/2013, 23:21 | Par Serge Koulberg

Ne pas oublier non plus le juge Michel assassiné le 21 octobre 1981 dont ni les exécutants ni les commanditaires n'ont été retrouvés. A lire l'enquête d'Alain Laville aux "Presses de la cité" après laquelle malgré toute notre envie il est bien difficile "de faire confiance à la justice de notre pays" et surtout à ceux qui la rprésentent.

05/02/2013, 00:34 | Par Jean Bachèlerie

Utile rappel, auquel on peut ajouter l'assassinat de Joseph Fontanet, totalement oublié, du temps de Giscard la droite des affaires était bien au pouvoir, la reconquête commencée avec Pompidou, a marqué un tournant décisif, celui de la fin du Gaullisme et son remplacement par des ersatz de gaullisme, le Gaullisme canada dry! Du RPR à l'UMP.

Cette dérive s'est accompagnée de la montée en puissance des coups tordus pour intimider l'adversaire.

 

 

05/02/2013, 03:15 | Par POJ

« Nous espérons ne pas avoir à découvrir que le hold-up de Strasbourg a servi à remplir les caisses d'une organisation politique ». Quel aveux.

La police organisait des dispositif anti braquage à l'approche des élections. J'ai le souvenir de quelques informations où les auteurs "très (très (et encore plus)) rusés" parvenaient à échapper à la police, "avec une chance incroyable". A rechercher.

05/02/2013, 04:56 | Par lucien 80

excellent article car j ai eu le méme probléme puisse que le sac avec la police on assasinné ma belle soeur  a reims 51 dans les années 1970 elle travaillait avec moi omme informateur au service des renseignement francais quand elle m as appelé  j étais tres loin de reims et comme mon frere travaillait la semaine il a deouvert sa emme morte il n y a pas eu de procés 

05/02/2013, 13:29 | Par Bernard BIGENWALD en réponse au commentaire de lucien 80 le 05/02/2013 à 04:56

Ca se corse

05/02/2013, 10:47 | Par Serge Monmousseau

Merci à tous pour ces rappels lourds de signification. J'ai toujours rêvé que Charles Pasqua nous laisserait, à sa mort, ses mémoires pour permettre aux français de connaître les dessous de l'histoire de la Vème République.

Mr Pasqua, faites que mon rêve se réalise.

05/02/2013, 10:47 | Par Serge Monmousseau

Merci à tous pour ces rappels lourds de signification. J'ai toujours rêvé que Charles Pasqua nous laisserait, à sa mort, ses mémoires pour permettre aux français de connaître les dessous de l'histoire de la Vème République.

Mr Pasqua, faites que mon rêve se réalise.

09/02/2013, 13:49 | Par Christophe LASTERLE

Merci Jean-Louis de rafraîchir notre mémoire. J'ai aussi en mémoire (lectures et documentaires), l'assassinat politique de l'opposant camerounais Felix MOUMIE en 1960, en Suisse ou plus près de nous le Juge Borrel assassiné à Djibouti...

13/02/2013, 18:50 | Par Jean-Louis Legalery en réponse au commentaire de Christophe LASTERLE le 09/02/2013 à 13:49

En effet oui la liste n'est malheureusement pas exhaustive.

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