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La version anglaise du plombier polonais
Pendant la campagne électorale qui a précédé le référendum sur la constitution européenne, en 2005, il a été beaucoup question du "plombier polonais", présenté, par les partisans du "non" comme le symbole de l'artisan qui devait venir, à bas prix, menacer le travail de ses confrères français. Cette controverse s'est limitée à l'hexagone. Or, pendant ce temps-là, et plus précisément depuis 2004, année où la Pologne est entrée officiellement dans l'Union Européenne, ce sont plus d'un million de travailleurs polonais qui sont venus s'installer au Royaume-Uni, dépassant ainsi très rapidement le nombre d'Indiens qui affluent vers la base de l'ancien empire.
Dans un premier temps, ces immigrés, venus de l'intérieur des frontières de l'Europe, ont été les bienvenus d'autant qu'ils investissaient des domaines professionnels délaissés, et, c'est ainsi que le Royaume-Uni a vu affluer des plombiers, des maçons, des plâtriers, des peintres qui ne trouvaient pas d'emploi en Pologne et qui furent bientôt rejoints par des ingénieurs et des médecins. La république d'Irlande a fait l'objet du même engouement, comme le montre l'excellent article de Yolaine Maillet du 26 mai.
Mais la situation s'est dégradée chez les britanniques, puisque la commission des affaires économiques et sociales de la chambre des Lords a publié, le 25 avril, un document qui montre du doigt les serveurs et les plombiers polonais, dont la présence, selon eux, a fait chuter les salaires des travailleurs britanniques. Dans cette même commission figure Clare Short, ancienne ministre travailliste de Tony Blair chargée des questions d'outremer et très rebelle contre son ex-chef. Par ailleurs le Home Office a publié des chiffres alarmants qui montrent que pour la seule année 2007, 42 agressions physiques ont été dénombrées contre des ressortissants polonais pour la seule ville de Londres, 37 contre des Indiens, 30 contre des Turcs et 28 aux dépens de Pakistanais.
Une vive polémique a donc surgi pour exprimer des réserves sérieuses sur le bien-fondé des conclusions des Lords. Nigel Morris, spécialiste des affaires intérieures au quotidien The Independent, est monté au créneau pour souligner le caractère absurde et xénophobe du dit rapport de la chambre des Lords, à un moment où le Royaume-Uni fait des efforts pour attirer une main d'œuvre étrangère essentielle à son développement. Comme plusieurs polonais ont choisi de rentrer chez eux, une conséquence inattendue pour le consommateur britannique est la hausse des produits de bricolage, le DIY, Do It Yourself, sur lesquels ils se précipitent faute de pouvoir confier les travaux d'intérieur envisagés à des polonais désormais difficiles à trouver, comme le résume Harry Wallop, dans le Telegraph. En revanche cette situation semble convenir au Sun, qui a embauché, à bas prix également, des journalistes polonais pour lancer une édition polonaise chargée de couvrir l'Euro 2008. C'est ce que révèle Hilary Davies dans le Guardian.
Cette crise a poussé Daniel Kawczynski, député conservateur de Shrewsbury, dans le comté du Shropshire, à la limite nord du Pays de Galles, lui-même d'ascendance polonaise comme son patronyme l'indique, à protester vigoureusement auprès de la BBC, accusée d'avoir complaisamment relayé les conclusions de la chambre des Lords. Son entretien avec John Humphrys de la BBC est assez véhément. Le même député a décidé d'aller plus loin encore pour honorer ses ancêtres, en déposant à la chambre des communes (pour voir la vidéo de son intervention parlementaire, à partir du lien précédent cliquer sur "MP wants a Polish Bank Holiday"), un projet de loi visant à créer un jour férié à la mémoire de tous les polonais qui ont aidé le Royaume-Uni pendant la seconde guerre mondiale, notamment les 150 pilotes qui étaient membres de la célèbre RAF.
Dans un passé relativement récent, il y avait, dans la langue française, des expressions xénophobes et réductrices, qui ont fort heureusement disparu, telles que "saoul comme un polonais". L'équivalent sémantique en anglais est "drunk as a lord". Au vu des conclusions de la commission des affaires économiques et sociales de la chambre des Lords, il n'est pas impossible que cette expression-là perdure.

Tous les commentaires
Point de miracle ! Le lord saoul ne garde pas plus sa dignité que tout un chacun. La lutte des classes est donc soluble dans l'alcool. Et comme chacun sait, le lord a dissous... Hiiips ! C'est pas cher !
Merci cher Labul, on dit aussi en anglais "to lord it over somebody", ce qui signifie "traiter quequ'un avec arrogance". On peut donc dire que les malheureux travailleurs polonais ont été "lorded".
Belle chute, Jean-Louis, pour un billet très intéressant. C'est curieux, la façon dont certains vivent les mouvements migratoires... Quand les fils des mineurs (déjà polonais assimilés pour beaucoup) du bassin potassique alsacien ont refusé d'aller jouer les OS à Peugeot-Mulhouse, on a fait appel à la main d'oeuvre immigrée, dans les années 60 et 70. Aujourd'hui, beaucoup de gens, qui oublient vite le passé quand ça les arrange, aimeraient bien que ces étrangers ne soient jamais venus... On n'aurait pas à se préoccuper de trouver du boulot pour leurs petits-fils qui sont bien Français, eux.
Dans ma ville natale, Saint-Etienne, cher Tony, les mines de charbon, désormais désaffectées et transformées en musée de la mine, n'auraient jamais pu fonctionner sans l'apport de la main d'oeuvre polonaise. Et l'équipe de l'AS Saint-Etienne n'aurait peut-être pas été championne de France, pour la première fois en 1957, sans ses joueurs polonais, notamment les frères Tylinski.
Merci Jean-Louis d'avoir mentionné mon billet. En République d'Irlande aussi, malheureusement, les "incidents" xénophobes se multiplient. Plusieurs cas d'agressions contre des jeunes gens de l'Est - majoritairement des Polonais - ont été enregistrés ces derniers mois. Un jeune homme polonais a été tué à coups de pied il y a environ 6 mois. A chaque fois, il est quasiment impossible de prouver qu'il y a eu acte de racisme/xénophobie. Les medias, le gouvernement irlandais ont beau expliquer que l'économie irlandaise a besoin de cette main-d'oeuvre, la crise actuelle (minime pourtant ici) fait le reste.
L'Europe des normes (sanitaire, sécurité...) . L'Europe de la finance. L'Europe de la PAC. L'Europe culturelle. L'Europe ... Mais ou est l'Europe des bases sociales ou les salariées ne seront mis en compétition entre eux . A quand l'Europe des peuples!
Pas pour demain, apparemment.