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Comment Murdoch est devenu pro-chinois

Un ouvrage publié en février au Royaume-Uni est passé pratiquement inaperçu tellement il a été délibérément ignoré par la presse écrite – à la notable exception du Guardian et d'un de ses célèbres journalistes, George Monbiot – et pour cause. Il s'agit de Rupert's Adventures in China: How Murdoch Lost a Fortune and Found a Wife, publié aux éditions Mainstream Publishing Company pour la conquête somme de 13.29 livres sterling, soit environ 18.50 € et écrit par Bruce Dover, ex-vice-président de News International pour la Chine. Etant donnée sa position dans le groupe, on comprend a posteriori que le livre n'ait pratiquement pas eu d'écho. De plus, le choix stylistique du titre conduit le lecteur à penser qu'il va tomber sur une ode outrancièrement laudative à la gloire du chef bien aimé. Or, si l'on en croit Monbiot qui a fait l'effort de le lire intégralement, c'est le cas !

Mais la surprise vient du fait que Bruce Dover, dans sa très grande naïveté, livre, par ailleurs, des informations précieuses qui auraient dû intéresser les confrères du Guardian et qui ont dû mettre en colère le célèbre RM. L'ancien n°2 explique qu'en septembre 1993, Murdoch a fait deux erreurs stratégiques majeures : tout d'abord, il a payé une véritable fortune, 525 millions de dollars, le droit d'avoir une participation majoritaire dans une petite chaîne de télévision à la dérive et diffusée par satellite depuis Kong-Kong, Star TV ; ensuite, sans doute enivré par son acquisition pourtant plus que douteuse, Citizen Murdoch s'est lancé dans une de ses déclarations intempestives dont il a désormais le secret : "New telecommunications have proved an unambiguous threat to totaliratarian regimes everywhere…satellite broadcasting makes it possible for information-hungry residents of many closed societies to bypass state-controlled television channels.", ce qui signifie "Les nouveaux moyens de télécommunications se sont avérés une menace sans détour pour tous les régimes totalitaires à travers le monde…la diffusion par satellite donne la possibilité aux habitants avides d'information de ces nombreuses sociétés fermées de contourner les chaînes de télévision contrôlées par l'état." Murdoch militant !

Le résultat de cette mâle déclaration ne s'est pas fait attendre : le premier ministre chinois de l'époque, Li Peng, publiait aussitôt un décret interdisant les antennes de réception satellitaire, ce qui tuait dans l'œuf toute éventuelle initiative de News International. Murdoch mit dix ans à remonter la pente, en usant ses genoux et son dos à force de prosternations devant la dictature chinoise. L'année suivante, HarperCollins, maison d'édition propriété de Murdoch, publia la biographie, attendue à travers toute la planète bien évidemment, de Deng Xiaoping, ce qui lui coûta, encore une fois, beaucoup d'argent. En 1997, il construisit le site Internet de l'organe de propagande du PCC, Le Quotidien du Peuple. Deux ans plus tard, son très obligé Tony Blair* le plaça à côté de Jiang Zemin, le président chinois, lors d'un dîner à Downing Street. Et dès le lendemain, la chaîne de télévision du gouvernement chinois était arrimée à Fox et Sky sur le satellite. Puis il mit un point d'honneur à ce que HarperCollins ne publie surtout pas l'ouvrage du dernier gouverneur britannique de Hong-Kong, Chris Patten, qui ne ménageait pas la dictature de Pékin.

La stratégie obséquieuse de Murdoch n'a finalement pas payé, puisqu'il a finalement renoncé, après avoir dépensé 1 milliard de dollars, en pure perte. Un exemple supplémentaire des méfaits de la presse industrielle.

* Pour tous ceux qui persistent à croire qu'il y a une différence politique entre Margaret Thatcher et Tony Blair, la lecture de l'excellent ouvrage de Keith Dixon, professeur des universités à Lyon II, est indispensable : Un digne héritier, Editions Raisons d'Agir, Paris, 2000.

Tous les commentaires

30/05/2008, 13:37 | Par Jordan Pouille

Peut-être que ce livre est passé inaperçu car les infos étaient connues http://www.nytimes.com/2007/06/26/world/asia/26murdoch.html En revanche, tout n'est pas perdu pour Murdoch en Chine (dont le père, Keith, était correspondant de guerre en Chine, dans les années 30, pour la presse australienne). "My Space china" cartonne, tout comme sa chaîne de divertissement phenix, diffusée à la télévision comme sur les téléphones portables, après un accord avec l'opérateur téléphonique d'Etat, China Telecom.

30/05/2008, 14:38 | Par Jean-Louis Legalery en réponse au commentaire de Jordan Pouille le 30/05/2008 à 13:37

Merci pour cet utile et intéressant complément d'information, Cher Jordan. Il n'en demeure pas moins que le "bouillon" que Murdoch a pris en Chine, 1 milliard de dollars, a dû plomber les comptes de News International. De plus, je n'en ai pas parlé, mais l'aventure chinoise a semé la zizanie dans la dynastie, dans la mesure où Murdoch s'est remarié avec une jeune chinoise, ce qui n'a pas du tout été du goût de ses héritiers.

30/05/2008, 17:59 | Par Dominique Conil

Ah, donc, du billet au commentaire, on retient donc que les ambitions "démocratiques" de Murdoch lui ont couté très très cher, quelques difficiles années de connivence avec les totalitaires qu'il entendait faire vaciller, mais que maintenant , dans le registre du divertissement bas de gamme, tout s'arrange ? Allez je retourne voir où en est ce barrage du sichuan...

30/05/2008, 18:11 | Par Jean-Louis Legalery en réponse au commentaire de Dominique Conil le 30/05/2008 à 17:59

Ambitions, simplement, "démocratiques" même avec des guillemets me paraît superflu.

15/06/2013, 11:28 | Par Jordan Pouille

Quelle arrogance dans mon commentaire vieux de 5 ans. Votre billet de post est toujours aussi éclairant Jean Louis. MySpace China fut un désastre sans nom. Et à présent, notre 'ami' Murdoch se sépare de son épouse chinoise...

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