Sat.
26
May

MEDIAPART

Connexion utilisateur

Fermer

L’araignée paresseuse et la dette publique

 

Patrick Stefanini, préfet de la Région Aquitaine, distingué en octobre 2010 par le ministre de l’Intérieur (1) pour avoir « joué un rôle dé­terminant dans la mise en œuvre de la politique de gestion des flux migratoires en amont », s’intéresse aussi à la gestion des flux de marchandises et de voyageurs. Pour cet ancien secrétaire départemental de l’UMP à Paris, "dans une économie libérale, la première responsabilité de l'Etat est de fournir aux acteurs économiques des infrastructures performantes, notamment en matière de transports". Serviteur zélé de Nicolas Sarkozy, Stefanini s’essaye sans doute aux phrases péremptoires et aux slogans de campagne qui ne veulent rien dire, mais son empressement à porter et à défendre tous les grands projets dont le journal Sud-Ouest se fait régulièrement l’écho depuis quelques mois (P Stefanini est en particulier le coordonnateur du Grand Projet ferroviaire du Sud-Ouest) traduit surtout l’absence dramatique de vision prospective et de coordination ( justement !) des différents modes de transport de la part des décideurs et des « grands » responsables de la politique d’aménagement du territoire. Dans une économie libérale, tous les secteurs sont mis en concurrence et non pas en complémentarité. La planification écologique prévue dans le programme du Front de Gauche est un concept mystérieux et probablement dangereux aux yeux des libéraux. Comme d’habitude, le marché, aidé et orienté en amont par un travail de lobbying intensif, doit tout régler. Et effectivement, il règle tout à sa manière, en ne prenant en compte que les besoins exprimés par les entreprises. Pour le transport de marchandises, le dumping social et écologique favorise la route et asphyxie progressivement le fret ferroviaire. Dans le domaine du trafic voyageurs, le segment de marché des hommes d’affaires pressés et des turbo-cadres, particulièrement convoité par l’aérien et le rail, absorbe l’essentiel des investissements et des moyens mis en place par le Réseau Ferré de France et la SNCF. L’analyse coût-avantages met en lumière un rapport totalement disproportionné : des milliards d’euros dépensés pour quelques minutes gagnées sur des temps de parcours de plusieurs heures. . . L’exemple du projet de ligne LGV basque est édifiant : 2 milliards d’euros pour un gain de 14 minutes sur les trajets Paris-Madrid ou Bordeaux-Bilbao, alors même que les voies existantes sont loin d’être saturées. Pourtant, Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l’ Ecologie et des Transports, réaffirmait récemment  dans une interview accordée au journal Sud-ouest ( S-O du 2 janvier 2012) que « l’Etat sera au rendez-vous du TGV au sud de Bordeaux » tout en rappelant que les nouvelles lignes à grande vitesse représentent environ 110 milliards d’investissements ! Des milliards pour mener une politique contraire à l’intérêt général, des milliards pour faire du vide, pour abandonner des territoires, pour ignorer les besoins de millions de citoyens ( les citoyens ruraux en particulier), des milliards pour construire une triste géographie des transports qui ressemble à la toile d’une araignée paresseuse qui aurait renoncé à capter le petit gibier.

Ces milliards seront apportés, pour une bonne part, par l’Etat et les collectivités territoriales et contribueront ainsi à aggraver la dette publique. A l’heure de la perte du triple A et de la culpabilisation outrancière des français au sujet de leurs dépenses publiques, ces milliards sont assurément des milliards de trop . . .

Notre dette cache une dette illégitime ; cette dette a été creusée, alimentée par des responsables comme le préfet Stefanini qui, au lieu d’être garants des intérêts de la collectivité,  trahissent en permanence leur mission et se muent sans complexe en représentants des firmes et des pouvoirs financiers.

   

(1) Patrick Stefanini a été décoré de la légion d’honneur par son ami Brice Hortefeux en octobre 2010, au ministère de l’Intérieur. Patrick Stefanini avait été condamné en 2004 par le tribunal correctionnel de Nanterre à 12 mois de prison avec sursis pour recel de prise illégale d’intérêt dans l’affaire du financement du RPR (peine ramenée à 10 mois un peu plus tard par les juges de la cour d’appel de Versailles).

Newsletter
Je m'identifie