Sam.
01
Nov

MEDIAPART

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La politique « hors-sol »


Depuis dimanche dernier, François Hollande a l’étoffe d’un Président. Les médias sont unanimes et les superlatifs succèdent aux commentaires sceptiques et aux épithètes désobligeantes. François Hollande n’est plus un « mou » mais un général en campagne qui sait galvaniser ses troupes. La magie du verbe a opéré : un discours d’une heure trente et voilà l’impétrant transformé, transfiguré en leader charismatique. Chaque campagne présidentielle nous offre ces grands moments de communion collective où des militants se rassemblent pour entendre de belles paroles et partager l’espoir d’une victoire prochaine.  Il faut reconnaître que les socialistes furent bien servis : ce fut un vrai discours de gauche avec ce qu’il faut de grandiloquence, de références aux anciens, de formules incantatoires toutes remplies de saines déterminations, et de vraies fausses confidences comme celle  où François Hollande ouvrit tout grand son cœur : « je vais vous confier un secret que j’ai gardé depuis longtemps : j’aime les gens comme d’autres sont fascinés par l’argent ».  Dans ces moments là, il n’est évidemment pas question d’analyse mais d’émotion et de ferveur. Il serait d’ailleurs vain de demander à des militants d’être froids et objectifs quand le combat à venir nécessite toute la conviction et la chaleur d’un engagement partisan.  Mais ce que l’on pardonne aisément aux militants est tout de même plus difficilement acceptable, compréhensible de la part de journalistes politiques  qui devraient être aguerris et rompus aux circonlocutions politiques . Il est difficile de comprendre comment un homme peut ainsi passer du jour au lendemain sur la base d’un discours, sur des questions de pure forme, du statut de prétendant médiocre, de candidat par défaut,  au statut d’homme providentiel .  Car les paroles éloquentes du Bourget furent aussi particulièrement déséquilibrées, presque effrayantes, tant elles occultèrent certaines réalités pourtant déterminantes. Le cerveau d’un responsable  socialiste n’est probablement pas capable d’enregistrer et de traiter certaines données, sa « culture » filtrant les informations en provenance de son environnement pour n’en retenir que les aspects purement économiques ou sociaux, sans doute une histoire de "longueurs d'onde".                                                                                                                                                                 Ce fut donc un discours inaugural (de campagne) d’une heure trente pour un auditoire qui doit habiter sur une autre planète : une heure trente de formules sans  évoquer la crise écologique, une heure trente sans s’arrêter une seule seconde sur le grand défi du XXIème siècle ; le défi écologique et l’absolue nécessité de changer de mode de développement, une heure trente donc de pure rhétorique destinée à mobiliser ses partisans. 
Depuis 83, trente ans de désillusions n’ont pas vacciné les foules  -et les médias - qui ne demandent encore qu’à se  laisser abuser.  La Vème République et ses institutions métabolisent le mensonge politique et les promesses ambigües comme le serpent sécrète son venin, l’important est de remporter l’élection présidentielle par tous les moyens, le reste est secondaire. L’esprit de responsabilité n’est pas la qualité la mieux valorisée dans la course présidentielle . Mais, même par ces temps d’austérité et de chômage massif, où la crise économique et sociale prend le pas sur tout le reste (l’écologie n’est pas forcément  « porteuse » de prime abord), la prise en compte de la crise écologique paraît malgré tout indispensable, essentielle, et ne pas l’évoquer dans un discours que l’on veut marquant est révélateur d’un défaut de sensibilité et de clairvoyance inquiétant.
Pour emprunter une image agricole, F Hollande donne l’impression de vouloir pratiquer une politique « hors sol », déconnectée de son environnement, comme si l’on pouvait s’affranchir du milieu naturel.  Il s’agit là d’une démarche paradoxale et à contre-sens : ainsi, alors qu’il serait souhaitable et possible de s’affranchir de la contrainte financière qui produit ses effets néfastes dans tous les domaines, F Hollande ne cesse de donner des gages de gestion « vertueuse » aux milieux bancaires    ( en annonçant par exemple le retour à l’équilibre budgétaire dès 2017) ; à l’inverse, alors qu’il est rigoureusement impossible d’ignorer indéfiniment les contraintes naturelles et la dégradation de notre écosystème, le  candidat socialiste donne l’impression de vouloir passer outre en persévérant dans un mode de développement condamné. C’est un déni de réalité bien dommageable, et préjudiciable à un éveil des consciences pourtant plus que jamais indispensable.
Cela dit, un citoyen responsable doit aussi tenir compte d’une autre réalité : la contamination de la droite classique par l’extrême droite et le risque majeur que représente cette alliance de fait pour notre démocratie, une voie sans issue honorable et encore plus préoccupante que l’ « impasse » écologique de François Hollande dont les alliés écologistes vont s’employer à rectifier le parcours.
                                                                                                                                 

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