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Au coeur du système, la Bourse.

Je ne suis pas un économiste, simplement un ingénieur en organisation qui accepterait volontiers de dialoguer sur le problème d’une réorientation de la circulation et de la fluidité des flux financiers et de l’activité bancaire.

 

 

 

Une entreprise ne peut naître et se développer sans un ou des apports de capitaux, qu’ils appartiennent au  créateur  de l’entreprise ou soient prélevés sur les bénéfices réalisés, empruntés aux banques ou apportés par des actionnaires. L’actionnaire peut être privé mais il peut aussi être public. Les libéraux prétendent que ce n’est pas à l’Etat de créer ou de gérer une entreprise. Les socialistes les plus extrêmes peuvent aller jusqu’à souhaiter que l’ensemble du domaine économique soit placé sous la tutelle de l’Etat.

 

La réputation d’une entreprise repose sur l’analyse de ses banquiers et, pour les plus importantes, sur celle des analystes financiers. Sa valeur du moment et sa solidité financière dépendent de cette perception. C’est sur cette base en particulier que s’échangent les actions. Dans un univers voué au profit, il est bien évident que la bourse tire les entreprises vers la maximisation du profit.

 

Ces règles  sont-elles totalement positives ?

 

C’est le jeu du progrès, une de ses conséquences, il faut bien admettre les variations de valeur d’une entreprise ; qu’elle puisse même perdre toute raison d’être si le produit qu’elle propose, n’est plus demandé par les consommateurs. De  nouveaux produits apparaissent, plus séduisants. L’entreprise peut survivre en évoluant. Elle peut disparaître.  Aux fluctuations de son fonctionnement  doit répondre la flexibilité de son financement : elle peut compter sur ses réserves ou faire appel à des fonds extérieurs. Une entreprise qui décline voit sa cote baisser… suivant l’image quelle donne d’elle, elle  a plus ou moins de mal  à assurer son financement.

 

S’il est généralement admis que la bourse tire l’économie vers le haut, elle a cependant des effets pervers qui doivent être corrigés.

 

La simple cote de l’action d’une entreprise devient une motivation pour sa direction, poussée par son actionnariat à générer du profit immédiat, indépendamment de toute autre considération, en privilégiant ainsi le court terme sur le long terme.  Il est effrayant de penser que certains fonds de pension, par exemple, ne séjournent pas dans l’entreprise mais en possèdent les actions… le temps de prélever une plus value au profit de leurs mandants !

 

Il ne suffit plus à l’entreprise de rémunérer le capital réel, initialement investi ou réellement ajouté au fil de sa croissance, elle doit encore rémunérer le capital virtuel né du simple jeu des cotations successives. Si l’entreprise a investi 100 initialement mais si elle est devenue 110 par le simple jeu de la projection boursière… elle devra rémunérer 110. L’actionnaire qui a misé 100 mais se voit artificiellement crédité de 110, attend une rémunération proportionnée à 110. Il gagne deux fois ; l’une en capital, l’autre en dividende. Que va bien pouvoir faire le dirigeant qui sait que l’on attend de lui une rémunération d’environ 15 % non plus de 100 mais de 110 ? Augmenter ses prix, en jouant sur l’inflation qui aspire les revenus du consommateur ? Diminuer ses coûts, en agissant sur ses  frais : sa sous-traitance, sa main d’œuvre, qui sont les éléments sur lesquels il a l’emprise la plus immédiate ?

 

La Bourse, pour efficace qu’elle soit, conduit ainsi à privilégier la distribution de dividendes sur l’investissement. Quel fond de placement accepterait de poursuivre le financement d’une entreprise qui ne lui permettrait pas d’assurer le rendement immédiat des fonds qu’il détient ? Quel « boursicoteur » prendrait ce risque ?

 

« Distribuer plus » devient un chalenge pour l’entreprise. Pour l’actionnaire, accroître  son portefeuille en jouant de la valeur de ses actions devient un objectif  en soi, moins risqué que l’investissement fixe et, de plus, porteur de revenus substantiels … jusqu’à ce que le système s’emballe et que le jeu boursier se suffisant à lui-même entraîne les capitaux hors du circuit économique productif.

 

Il faut bien avoir conscience que chaque changement de main d’une action entraîne une modification du capital que l’entreprise doit rémunérer.

 

La pression est d’autant plus forte que le dirigeant de l’entreprise est un mercenaire, lui-même intéressé à la distribution immédiate et placé sur un siège… immédiatement éjectable.

 

Dans la réalité de l’entreprise, le jeu peut être plus subtil. La pente générale n’en demeure pas moins telle que les capitaux générés par les entreprises, prélevés donc sur les consommateurs … aient tendance à sortir du circuit économique qui lie normalement la consommation et la production, le bénéfice à l’investissement économique réel plutôt que virtuel.

 

Autre phénomène. Une saine gestion de « sommes en attente d‘utilisation ou de distribution» conduit à leur placement. Il est logique de faire travailler ces fonds, partie du patrimoine de l’entreprise. La rapidité des communications permet de déplacer ces fonds à travers le monde en fonction de la fluctuation des monnaies.

 

La Bourse règlemente, organise et supervise les échanges qui résultent de cette nécessaire flexibilité. Ce n’est  pas tous les jours qu’une entreprise entre en bourse ou lève des capitaux pour assurer sa croissance. A travers la mise en relation des acheteurs et des vendeurs, l’activité principale de la bourse est la cotation des actions échangées… sans que les entreprises ou l’investissement dans une quelconque activité n’y trouvent leur bénéfice, bien au contraire :

 

·         Au lieu de réinvestir  ses bénéfices dans le développement de son activité, une entreprise peut trouver son intérêt dans des opérations de placement financier génératrices de profit. Le bénéfice des placements financiers peut être aussi sinon plus important que celui qui est tiré de l’activité de base.

 

·         Plutôt que de réinvestir et de réorienter l’activité d’un secteur déficitaire pour maintenir ou créer de la production et donc de l’emploi, il devient opportun de couper l’arbre mort et de maintenir la distribution des bénéfices de secteurs rentables de l’entreprise.

 

·         Les achats/ventes d’actions sont  des opérations qui peuvent en elles-mêmes être génératrices de profit… aux dépens de l’inflation, de l’emploi ou du simple progrès.

 

·         L’activité d’actionnaire peut être plus lucrative que n’importe quelle autre activité économique. Des montants énormes sont ainsi échangés chaque jour, sans contrepartie dans un quelconque secteur d’activité et sans que l’entreprise en perçoive le moindre bénéfice. Le simple changement de mains d’une action devient une activité génératrice de profit.

 

 

Ce sont en définitive d’énormes masses de capitaux spéculatifs qui en se plaçant ou en s’échangeant sur les marchés boursiers faussent la réalité de l’activité économique : le progrès, l’investissement, l’emploi, … passe encore les capitaux en attente d’emploi dans l’entreprise, placés pour une courte période ! Mais les titres d’actionnaires qui ne font que changer de valeur en changeant de mains ?

 

La véritable valeur d’une entreprise est celle que ses propriétaires, actionnaires ou non, perçoivent lors de la cession définitive de celle-ci. Tout le reste n’est que « patate chaude » que les spéculateurs se refilent au moment opportun. Gare à celui qui devra conserver la dernière donne. Comme au casino.

 

Et encore n’est il question ici que des capitaux licites…

 

Le libéralisme économique n’a pas d’avenir si on ne le corrige pas. A partir du moment où il devient plus facile et plus rentable de gagner de l’argent en échangeant des actions ou en achetant des actions … pour les échanger, la machine s’emballe, l’investissement s’essouffle, l’emploi salarié régresse, la consommation baisse parce que l’inflation est inhérente au financement… du non productif.

 

Inciter le profit à s’investir dans la production de biens consommables, tel est l’objectif ? La production de biens engendre de l’emploi, des salaires, de la consommation. En multipliant les consommateurs et les consommations, elle devient source de progrès pour tous.

 

Ces constats permettent d’ouvrir des voies de réflexion :

 

  • Recentrer la Bourse sur l’émission des actions ; c’est une voie naturelle de financement pour l’entreprise qui grandit.

  • Drainer des capitaux vers des Bourses locales. Ils s’investiraient dans des créations d’entreprises locales ou régionales. Ces Bourses garantiraient le risque de ces créations par la diversification des actionnaires et des emplois de fonds.

  • Réserver aux seules entreprises la capacité de rachat de leurs propres actions, sans possibilité de les revendre.

    • Le  financeur et l’entreprise financée seraient liés sur la durée.
      Les actionnaires percevraient un dividende fixe ou plafonné. L’attention des dirigeants comme les profits de l’entreprise seraient orientés sur le long terme, la diversification, l’investissement.

    • En contrepartie, l’actionnaire serait gagnant en capital puisque chaque rachat d’actions par l’entreprise conduirait à en diviser le capital par un plus petit nombre d’actionnaires alors même que l’entreprise se valoriserait par son management et ses propres investissements. Partageant le risque, il serait bien évidemment normal que l’actionnaire, limité dans la possibilité de se désengager, perçoive un éventuel bonus.

    • Il est bien évident que, dans ces conditions, l’actionnaire ne pourrait pas se désintéresser du management, des choix d’investissement sur le long terme et probablement des salaires des dirigeants.

 

Pour que les fonds dégagés par l’entreprise s’orientent vers l’investissement dans la production plutôt que vers le placement anonyme, il serait pour le moins utile et évidemment  hautement moral d’écouter les demandes des « alter mondialistes » de mettre sous surveillance internationale tous les paradis financiers, en Europe, de Monaco à Luxembourg, en passant par la Suisse et le Lichtenstein mais également ailleurs dans le monde.  En particulier, les banques de dépôt ne devraient pas avoir la possibilité, directement ou indirectement, de disposer d’interlocuteurs ou de succursales dans les paradis fiscaux.

 

La « taxe Tobin » qui dans le contexte de sa proposition, cherchait à diminuer le montant global des transactions financières… n’a plus le même intérêt dans le contexte actuel. La rapidité des communications est devenue telle qu’il peut être intéressant de placer des fonds pour des temps très courts et facile de faire courir ces fonds après la meilleure rémunération. Le montant de la taxe serait sans doute utile pour les actions humanitaires ou autres qu’il permettrait de financer mais   serait très rapidement absorbé par les entreprises et imputé aux consommateurs … comme un vulgaire impôt.

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