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La haine, ce supercarburant

 

La campagne des présidentielles a tout d’une campagne militaire : les « militants » engagés sur le terrain sont partis pour tuer. Nous en sommes à la phase du tir d’artillerie, dont les obus meurtriers passent encore loin au dessus des combattants mais qui prépare les combats rapprochés, au mortier ou à la mitrailleuse, puis au fusil, pour se terminer par des assauts au corps à corps, baïonnette au canon.

 

Façon simplement imagée pour parler de ce qui se passe ? Pas sûr. Pour ma part, je  redoute que toute cette violence, pour l’instant verbale, ne se mue en meurtres véritables pour se terminer en bain de sang.

 

La raison : les enjeux.

 

Deux camps : l’un s’inspirant du siècle des lumières,  de la révolution de 1789, et s’appuyant sur la déclaration universelle des droits de l’homme. L’autre défendant bec et ongles les multiples privilèges que lui a conférés les puissances financières et auxquels il ne veut pas renoncer.

 

L’un, n’ayant que la bonne volonté des ses militants, et leur générosité pour  faire connaître ses idées, l’autre bénéficiant de l’appui de la finance privée, et donc de la presse,  et des outils gouvernementaux pour écraser l’ennemi.

 

Le combat semble donc inégal, alors que le camp de gauche paraissait devoir l’emporter haut la main.

 

D’où mon interrogation : comment le bilan désastreux du quinquennat en place peut il se transformer en argument de victoire ?

 

Ma réponse : parce que Sarkozy tout enfant s’est fixé un but, un seul, qui organisera le reste de sa vie : devenir président de la république française  pour se venger des intolérables humiliations auxquelles il fut soumis.

Une fois le but atteint, il détruira la France.

 

Qui doute du bien-fondé de cette hypothèse apparemment grotesque mésestime l’importance de la toute prime enfance.

 

Un tout petit enfant doit avec plus ou moins de bonheur trouver à se faire sa place au soleil. Il n’a pas encore les outils des plus grands et ça n’est pas facile. Chacun y arrive plus ou moins en faisant comme il peut, aidé en cela par les rêves.

Un enfant compense normalement les limites de son état par des rêves de grandeur, des objectifs merveilleux qui l’aident à accepter les contraintes que la vie lui impose, l’aide à patienter et qui sait, le prépare à obtenir ce qu’il souhaite. Il érige un théâtre intime peuplé de personnages. Ces mises en scène l’aident à se construire. Il peut rêver grandeur, richesse, honneurs, pouvoir…mais rien ne sera aussi puissant que la haine.

 

Or Nicolas est parti avec un handicap de taille, sa taille, et un autre, son nom, Sarkozy, zy, zizi, de quoi amuser les grands de son âge au patronyme bien français et harceler ce petit mec hargneux qui ne se laissait pas faire mais qui sait encaisser et qui, en secret, accumule un immense condensé de haine qui pourra exploser quand il sera président.

 

La taille. Ça n’est guère important lorsqu’on mesure 1.80 mètre. Où donc est le problème ? On le ressent lorsque, dans la même journée, on se trouve géant, gêné, dans la benne de l’aiguille du Midi en compagnie exclusive d’un groupe de japonais, pour se sentir, deux heures plus tard, à la piscine de Chamonix, minuscule au milieu d’une équipe de basket. Oui, la taille c’est important. Et se sentir minimisé, méprisé, pour cette raison est profondément injuste.

 

Le patronyme aussi est important. On le reçoit sans y être pour quoi que ce soit, mais il compte. Moqué à cause d’un patronyme qui constitue votre identité, c’est se voir infligé une blessure inique. Le mieux est donc d’en faire un objet de fierté, et pour les Sarkozy, ça n’est pas difficile. Et le petit Sarkozy de retrouver la patrie d’origine de ses aïeux, la Hongrie, et de la rêver sienne, plus vraie et bien plus belle et plus forte que cette France honnie qui  pactise avec les maures et qu’il va démanteler, parce traitre à ses valeurs, celle de la chrétienté.

 

Autrement dit, il suffirait de reconnaitre que démolir la France, détruire son système éducatif, ses services publics, son économie grâce à ses millions de chômeurs, son tissu industriel, agricole, est un vrai succès pour qui avait le but de détruire.

Oui, Sarkozy a gagné, oui son bilan est une véritable réussite. Il peut en être fier ! Il a détruit la France. Faire accepter hier le MES par les députés est sa plus récente victoire.

 

La question qui me reste à résoudre : comment la réussite du président, la démolition de la France, peut-elle être considérée comme telle par la moitié des français ?

 

Cette moitié de la France est-elle masochiste ? Suicidaire ?

 

Je ne le pense pas. Elle est, je pense, animée par un double mouvement : le rejet de l’arabe, et plus généralement de l’étranger, et la haine de ceux qu’elle considère comme ses ennemis intimes, ceux de l’autre camp, ceux qui nient dieu (celui des chrétiens), qui défendent la laïcité, combattent la puissance de la finance, et risquent de leur faire perdre de l’argent.

Le clivage entre ces deux forces rétablit, me semble-t-il, les mêmes frontières que celles que l’affaire Dreyfus avait créées, ou la France de Vichy. Sarkozy n’est pas Hitler, bien sûr, son combat est personnel, mais comme cette droite vychiste n’avait pas de chef reconnu, elle a suivi quelqu’un qui avait le charisme, peu importe ses idées et ses actes. C’est un meneur d’hommes, suivons le puisqu’il nous fera gagner !

 

Voilà ce qui me semble être la triste qualité de la campagne actuelle. Où nous mènera-t-elle ? Vers une guerre civile ? Vers un pays pacifié et réconcilié ? Vers Saint-Gétorix, le patron des gaulois ? ???

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