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Service minimum pour des «obsèques nationales»

Germaine Tillion, décédée samedi, et Pierre Aliker, seul dimanche à prononcer un hommage aux «obsèques nationales» d'Aimé Césaire, sont nés à trois mois d'intervalle en 1907. Des «centenaires», comme on dit. Mais ce qui a rapproché, ce week-end écoulé, l'ancienne résistante et militante contre la torture en Algérie, et le compagnon de route de toujours du poète et militant de la "négritude", ce n'est pas l'âge mais la désinvolture dont les chaînes d'information télévisée ont fait preuve à leur égard. De la première il ne fut que sporadiqueemnt question, comme si on se trouvait surpris qu'elle ne soit pas morte déjà. Du second, nous avons été privés de l'allocution qu'il prononçait, une fois déroulées les images de l'arrivée de Nicolas Sarkozy dans l'enceinte du stade qui, précisément, porte le nom de celui qui fut le premier martiniquais, interne des hôpitaux de Paris et co-fondateur du Parti progressiste martiniquais.

On nous avait annoncé la retransmission "en direct" des obsèques nationales d'Aimé Césaire, elle a été amputée de ce moment exceptionnel d'un homme portant la mémoire de plus d'un siècle, impeccable de dignité et de maintien dans son costume clair, qui lisait un discours écrit de sa main, célébrant ( du moins on l'imaginait) la vie et le combat de son "cadet" défunt. C'est un grand et rare privilège qui nous est offert de pouvoir recueillir de tels témoignages. Ils sont l'écho vivant et sensible de tant d'évênements révolus que l'on classe d'ordinaire dans les pages glacées des livres d'Histoire. Ils sont aussi une clairvoyance des temps présents, aiguisée par la mémoire longue du temps passé.

Dans cet esprit, Pierre Puchot et Thomas Cantaloube, de Mediapart, ont eu l'excellente idée d'aller interroger l'ancien diplomate Stéphane Hessel, sur les rapports israélo-palestiniens, lui qui revenait juste d'un séjour sur place, dans le cadre d'une de ces multiples actions au service de la défense des droits de l'Homme qu'il mène encore, à 90 ans passés. Je l'ai écouté avec d'autant plus d'intérêt que je viens de réaliser, avec lui, un livre d'entretiens paru chez Fayard ( "Citoyen sans frontière") et terminé avant qu'il ne se rende dans cette Palestine au partage de laquelle il assista de près, en 1948, alors qu'il était en poste à l'ONU. Le "zapping" dont a fait l'objet Pierre Aliker m'a d'autant plus choqué, que j'avais pu mesurer pour moi-même, durant les quelques mois de "conversations" avec Stéphane Hessel, tout ce que de tels témoignages peuvent nous apporter d'intelligence nouvelle, sur une Histoire que l'on croit pourtant connaître.

En ce dimanche soir, jour d'"obsèques nationales" d'Aimé Césaire, on en avait bien besoin. Le président de la République, venu sur place mais privé de discours officiel par la famille du défunt , a livré aux journalistes quelques propos de bon aloi sur l'humanisme et l'oeuvre d'Aimé Césaire, en évitant néanmoins toute référence explicite à son combat anticolonial. Un engagement ramené à la "manière un peu rebelle" dont l'ancien député et maire de Fort-de-France s'exprimait dans le débat public. Nicolas Sarkozy s'y connaît en service minimum.

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Pour avoir suivi, en direct, sur RFO (France Ô), les obsèques d'Aimé Césaire, je dois préciser que l'émotion de voir Pierre Aliker, dans le stade de Dillon qui porte son nom depuis le 9 février 2007 (jour de ses cent ans), fut ternie par ce qu'il faut bien appeler, hélas !, un fiasco d'ordre oratoire. Après avoir rappelé qu'il terminait sa philosophie quand Aimé Césaire entrait en sixième au lycée Schoelcher, Pierre Aliker, 101 ans, tenta vainement de lire un texte écrit de sa main. De longues minutes poignantes et incohérentes. Il chaussa finalement ses lunettes : même résultat. En définitive, une dame vint lui parler à l'oreille. Il renonça au texte et improvisa, mais sembla s'adresser à un meeting électoral, comme il le fit si souvent en tant que premier adjoint d'Aimé Césaire de 1945 à 2001, répétant sa phrase fétiche : « Nous avons comme étoile polaire une citation de Karl Marx qui dit : "Il ne faut jamais permettre que l'intérêt général soit noyé dans les eaux glacées des intérêts privés." » Rien à voir avec l'impeccable lucidité et l'expression orale parfaite de Stéphane Hessel, qui a tout de même dix ans de moins... Pierre Aliker mérite le respect et l'affection, mais son très grand âge s'est heurté aux lois implacables de ce que l'anthropologue Daniel Dayan (avec Elihu Katz) a défini comme : La Télévision cérémonielle (PUF, 1996).

Cher Antoine, Le "fiasco oratoire" ne saurait justifier A POSTERIORI la désinvolture dont parle Helvig. Certaines incohérences valent toutes les cohérences. La question est de savoir si les chaînes françaises métropolitaines ont "zappé" avant ( et le terme "zappé" est alors impropre) ou pendant la piteuse prestation de l'ami du défunt. En tout cas, elles ne pouvaient pas savoir ce qui allait se passer, ni le trouble d'Aliker, ni la ferveur qui a accompagnée, dans la foule, la défaillance d'Aliker. Des poètes-politiciens de ce gabarit ne se présenteront pas avant longtemps et le service public télévisuel aurait put se fendre d'une programmation plus riche (sans parler d'une retransmission totale). Point. La question est donc: pourquoi il n'en a rien été? Tout le reste est argutie, je n'ai pas d'info mais il paraît évident que tout était programmé avant l'intervention. S'il y avait eu une décision de la Présidence ( et donc peut-être un discours du même président) les choses auraient été différentes. Pour la bonne bouche, voilà une autre citation du barbu qui reprend la formule "calcul égoïste" et qui me paraît plus riche de sens . "La bourgeoisie a joué dans l'histoire un rôle éminemment révolutionnaire. Tous les liens complexes et variés qui unissaient l'Homme féodal à ses supérieurs naturels, elle les a brisés sans pitié pour ne laisser d'autres liens entre l'Homme et l'Homme que le froid intérêt, les dures exigences du paiement comptant. Elle a noyé les frissons sacrés de l'extase religieuse, de l'enthousiasme chevaleresque, de la sentimentalité à quatre sous dans les eaux glacées du calcul égoïste."

Bien vu Jean-Michel Helvig ! C'est étonnant comme Aimé Césaire a été "réduit" largement à l'état de poête, qui peut-être; dans le language familier un subsitut à farfelu... L'anti-colonialiste, le politique ont été minoré dans les émissions télévisuelles que j'ai vu. Pas un mot par exemple de sont soutien au Black Panthers !Pour ceux que cela interesse, aller voir le reportage photo de Gérard Aimé que publie Amnistia.net http://www.amnistia.net/exiles/cesaire/cesaire_001.htm et d'autres photos sur le site du photographe http://gerard-aime.neteyes.fr des "22 di 22 mars" que continu der chercher Mediapart.

La télé gaulliste , la télé pompidolienne , la télé giscardienne ont censuré , interdit, pendant 4O ans le PPM , Aliker et Césaire lui-même ! Il y avait donc peu de chance pour que la télé sarkozienne fasse beaucoup mieux . Même si France Ô a donné une vraie place à l'événement , c'est , d'accord avec tcherno, pour célébrer le poète avant tout . Oser une analyse politique , dans ce contexte fervent , c'est encore au dessus des moyens et des possibilités d'une télévision "française" . Raconter ce que furent les débats Indépendance-Autonomie pendant toutes ces années dans la Caraïbe , faire parler les acteurs : c'est au dessus des forces de la télévision génétiquement néo-coloniale qui rayonne sur les îles .

Mediapart m'a fait connaître un texte d'Aimé Césaire que notre Président pourrait demander au ministre de l'Education nationale de faire afficher dans toutes les classes. [On nous a fait croire au lycée qu' ] "il fallait oublier le "moi" africain, il fallait oublier le "moi martiniquais", il fallait aller à l'universel. Nous avonbs fait le cheminement différent, ce n'est pas par la négation du singulier que l'on va à l'universel, c'est par l'approfondissement du singulier que l'on va à l'universel. Nous avons conclu avec une joie incroyable: eh bien ça y est, tu vois, plus on sera nègre, plus on sera humain."

J'ai vu sur je ne sais plus quelle chaîne (FR3 ?) ce que je pense être une partie de l'allocution de Pierre Alliker, poignante. Je ne me suis pas rendue compte d'un quelconque problème "d'élocution", mais d'une forte émotion. Quelque l'a donc enregistré. Merci d'avance à Mediapart de nous la passer en intégrale.

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