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Fabius toujours recommencé
Laurent Fabius ne désarme pas. Simplement, il avance désormais plus en flanc-garde qu'en avant-garde. Dans la bataille du congrès de Reims, sa contribution rendue publique mardi vise d'abord à conforter le mouvement des « reconstructeurs », qui réunit les amis de Martine Aubry, les orphelins de Dominique Strauss-Kahn qui n'ont pas rejoint Bertrand Delanoé, et les membres de son courant maintenu.
Comme souvent, chez l'ancien premier ministre, la tactique est très étroitement imbriquée aux idées. Sa logique de conduite au sein du PS a toujours été de cibler un adversaire principal et de subordonner d'éventuelles alliances à cet objectif. En vue du congrès de Reims, c'est Ségolène Royal qui est dans la ligne de mire. Le rejet de la « peopolisation », le refus de voire coïncider l'élection d'un premier secrétaire du PS et l'investiture du candidat à l'élection présidentielle, la stigmatisation de tout rapprochement avec François Bayrou, mais surtout le souhait qu'au congrès socialiste de novembre on entende plutôt « nous » que « je », tout cela suggère qu'il convient prioritairement de faire barrage à Ségolène Royal. Mais la démarche de Laurent Fabius se complique avec l'ajout d'un adversaire secondaire qui est Bertrand Delanoé. Celui-ci est épinglé pour avoir établi « une confusion entre socialisme et libéralisme », mais en des termes suffisamment modérés pour ne pas avoir l'air de forcer la main à la maire de Lille, figure de proue des « reconstructeurs » qui n'a pas rompu les ponts avec son homologue parisien.
Pour le reste, Laurent Fabius avance quelques idées propres en matière économique et sociale, mais dont aucune ne parait contradictoire avec celles avancées déjà par ses adversaires. C'est qu'il importe à Laurent Fabius de recoller au peloton des socialistes, comme en témoigne sa prudence affichée, désormais, sur les questions européennes où il s'est bien gardé de célébrer le « non » irlandais. Le souci de ménager la fille de Jacques Delors s'accompagne du souvenir de la campagne pour le « non » à la Constitution européenne qui n'a pas peu contribué à lui faire perdre ses chances de concourir à l'élection présidentielle.
Mais chez Laurent Fabius, l'ambition est toujours partie remise.
* Cet article est paru le mercredi 25 juin dans Le Républicain Lorrain


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Votre article est caractéristique de la conception actuelle des partis politiques, surtout à gauche. Le journalisme contemporain y a certes contribué. Médiapart peut-il continuer sur cette voie ? C’est quand même curieux. Un parti prépare son congrès. Le PS, en l’occurrence, se pose la question de trouver la politique susceptible de gagner les convictions d’une majorité de Françaises et Français, ce qui, entre nous, n’est pas si simple. Les reconstructeurs, Fabius parmi eux, donnent le résultat provisoire de leurs réflexions, dans un souci, pour reprendre leurs termes, « de débat, pas de pugilat ». Et vous, pour les lecteurs du « Républicain lorrain », et ceux de « Médiapart », vous voyez ce congrès (et ce texte) occupé avant tout des petits copains. Qu’il y ait débat au PS, nul ne le conteste : la question est de savoir si le PS restera un parti de gauche ou s’il devient un parti de centre gauche. Et ce débat se mène entre socialistes. Que des hommes ou des femmes précis soutiennent l’une ou l’autre conception, c’est d’une évidence non première mais banale. Mais, excusez-moi, il se mène entre socialistes qui veulent convaincre des millions d’électeurs. Il se mène non pas l’œil sur le nombril (j’admets que le nombril de certaines ou certains est proéminent), mais avant tout le regard sur ce qui se passe dans la société. Un exemple : vous évoquez le « refus de la peopolisation » et vous l’attribuez au désir de s’opposer prioritairement à Ségolène Royal. Que SR soit tentée par cette peopolisation, aucun journaliste ne le niera, me semble-t-il. Mais le lecteur qui se reporte à la contribution générale des reconstructeurs, s’aperçoit que le texte vise prioritairement la méthode sarkozyste de faire de la politique, qu’il ne convient point de suivre… Ce qui est nettement différent. A propos de la confusion entre socialisme et libéralisme, c’est Delanoé qui est visé. Désolé, c’est très réducteur. Je ne vais pas dire que Delanoé n’a pas lancé ses petites phrases sur le sujet, qui à mon avis, vont bien plus loin que sa ligne de repli sur la défense du libéralisme politique. Mais il s’est installé sur cette ligne de repli, ce qui montre la difficulté pour un responsable socialiste de défendre un point de vue « social-libéral » que l’expérience des dix dernières années a mis à mal. Cependant sont visés tous ceux qui estiment qu’entre la droite et la gauche, il est peu de différences, qu’il convient de les faire collaborer (le mot social-libéral est le symbole de cette collaboration souhaitée). Sont visés, entre autres, ceux qui concilient sans trop d’états d’âme leur « sentiment » (épidermique ?) d’appartenir à la gauche et leur participation au gouvernement de Sarkozy. Faut-il marcher sur les traces de J.-M. Bockel qui, au dernier congrès du PS, défendait crânement le libéralisme ? Ne croyez-vous pas que les « quelques idées propres » avancées par « Fabius » en matière économique et sociale n’auraient pas mérité un peu plus d’attention ? Mais elles ne sont pas contradictoires avec celles de ses « adversaires », pour reprendre votre terme : est-ce le critère pour décider de ce qui est intéressant ou non ? Vous apercevez-vous que vous faites apparaître, en creux (en relief ne serait-ce pas mieux ?), un fonds commun qui reste encore à définir clairement pour qu’il se traduise en une politique permettant enfin de mener une opposition efficace au gouvernement actuel ? Je suis au regret de dire que les lecteurs qui se reporteront au texte complet des reconstructeurs www.reconstruirelagauche.fr (ce n’est pas celui de Fabius tout seul, que non) seront étonnés de l’écart qui existe entre lui et votre article : il analyse en effet la situation du monde, de l’Europe, de la France, ainsi que la manière dont les gauches et les droites (pas seulement en France) s’organisent, avancent idées et propositions. C’est autre chose, quoi qu’on pense des reconstructeurs et de ce qu’ils écrivent, que les lieux communs qu’un bon peuple serait censé adorer lire et relire. Il est vrai, je suis sans doute méchant, que les lecteurs du « Républicain lorrain », dans leur très grande majorité, ne liront point un tel texte. J’aurais aimé qu’ils puissent s’en dispenser avec votre article. Ce n’est malheureusement pas le cas.
Sur mon blog, au même titre que les autres enregistrés sur Mediapart, je publie au fil des jours ce qui m'importe ou mérite, à mes yeux, d'être soumis à la réflexion publique. C'est ainsi que, parfois, je reproduis des articles signés de moi et parus ailleurs ( je collabore assez régulièrement à deux organes de presse régionaux, Le Républicain Lorrain et La République des Pyrénées). Je ne retiens, parmi ces articles, que des sujets qui n'ont pas été ou peu traités par mes collègues du "Journal". En l'espèce il s'agissait d'un court commentaire ( l'espace dédié est limité) après la présentation, par Laurent Fabius, de sa contribution propre au prochain congrès socialiste. Je ne traitais que de cela et non des "Reconstructeurs" en tant que tels, nouveau regroupement au sein du PS dans lequel j'ai bien compris que vous fondiez de grands espoirs. Je ne parlais donc "que" de Fabius en mettant en exergue l'idée que, chez lui, toute proposition programmatique devait être resituée dans des logiques de combat interne au PS en vue d'un leadership qui, sans cesse, se dérobe sous ses pieds. Evidemment, en 2200 signes (espaces compris) on ne peut pas rédiger une thèse, j'en suis d'autant plus conscient que j'ai publié déjà sur le sujet, non pas une thèse au sens universitaire mais un livre intitulé "L'Homme qui voulait être président", paru en 2006 chez Robert Laffont. Cette biographie politique visait à raconter un itinéraire marqué -entre autres - par des alliances sinueuses au sein du PS pour tenter de supplanter ou résister à son adversaire principal du moment. Aujourd'hui c'est feu sur le QG Royal. Et, accessoirement, des salves d'avertissement contre les colonnes du maire de Paris. Je n'aurais évoqué qu'en quelques lignes lapidaires les propositions de sa contribution ? Oui, car ce n'était pas l'angle choisi ( en si peu de place on doit "resserrer" l'angle comme on dit), mais si je relevais que ses propositions n'avaient rien de "transgressif" par rapport à à ce que d'autres pouvaient écrire par ailleurs, c'était une façon aussi d'aller dans votre sens ( sans le savoir) en soulignant que la brutalité des relations entre responsables socialistes a souvent plus à voir avec le choc des ambitions qu'avec le choc des idées. Si j'avais dû prendre en compte les quelques propositions saillantes de Laurent Fabius ( qui sont les siennes et non celles des "reconstructeurs" dont je vous avoue que je n'ai pas encore lu la contribution) je me serais peut-être interrogé sur le caractère inédit d'un "Fond souverain" à la française qui me paraît être une réinvention de la Caisse des dépôts et consignations ou de la "clause de sauvegarde" européenne qui me semble entretenir un certain cousinage avec la clause sociale qui était prévue à l'article 117 (Partie IIII) de la Constitution européenne, au sabordage de laquelle Laurent Fabius contribua de la façon que l'on sait.
D'après René Lorient il ya débat au PS pour savoir si le parti doit rester de gauche ou se recentrer . Pour un observateur extérieur la question semble saugrenue. Le PS a peut-être pondu quelques textes a tendance gauchiste mais dans la pratique ni Fabius, ni Rocard, ni Jospin n'ont mené, lorsqu'ils étaient aux commandes,une politique de gauche. Dés lors la coalition Fabius Aubry apparait exactement pour ce qu'elle est, ce dont rend compte le papier de J.M Helvig. Les "reconstructeurs" se veulent avant tout l'arme de destruction massive de la planète Ségolène Royal. C'est Sarkozy qui rigole!
@ JM Helvig Vous me parlez de la contribution propre de Fabius publiée ce mardi et que vous vouliez seulement évoquer. Il s'agit bien de la même dont je parle. Vous avez raison de dire que ce n'est pas la contribution de tous les "reconstructeurs" ; cependant je doute (très fort) que ce soit Fabius tout seul qui l'ait rédigée... En tout cas, sa lecture ne laisse pas la même impression que celle que vous avez ressentie. Vous choisissez un angle resserré, c'est votre droit de journaliste incontestable. Votre réponse me confirme pourtant dans l'idée que vous avez un point de vue très arrêté sur Fabius, ce qui est votre droit, et que vous chercherez sans doute à le retrouver à l'avenir dans tous les textes qu'il donnera ou cosignera. Libre à vous de procéder ainsi, libre à moi d'inviter les lecteurs à voir les limites d'une telle démarche. Libre à vous de continuer envers et contre tout de regretter une constitution européenne dont les Français n'ont pas voulu. Fabius le premier, en son temps, n'hésitait pas à dire qu'un certain nombre de points n'avaient rien de scandaleux. Mais, entre nous, il n'était pas besoin d'une constitution pour décider d'une clause de sauvegarde. Vous avez sans doute raison d'écrire que chez Fabius, la tactique est toujours étroitement imbriquée aux idées. Je dirai plutôt que le développement des idées définit une stratégie politique et recourt à la meilleure des tactiques posssibles. Le contraire signifierait qu'il n'est pas un très fin politique. Vous parlez de ses alliances sinueuses : en quoi le sont-elles plus que pour un ou une autre dans un parti qui bâtit ses directions en fonction des réponses à apporter sur une période de trois ans (entre deux congrès). Et où voyez-vous un choc brutal des ambitions dans le texte dont nous discutons ? Ne pensez-vous pas que votre analyse oublie cet état d'esprit de plus en plus répandu dans le PS : pas de bataille des chefs ! C'est cette volonté qui s'y manifeste et à laquelle des responsables éminents se sont ralliés depuis quelques temps, chacun à leur manière. Dans ce texte, il y a certes de l'ambition (à discuter), par exemple pour une politique industrielle en France et en Europe. Le texte met bien en lumière ce que telle journaliste de Médiapart a mis en lumière récemment : l'Allemagne, par suite de choix politiques, a des bases industrielles plus solides que la France, et la proposition de création d'un Fonds souverain France, en particulier, va dans le sens d'un redressement en ce domaine. Sortons de l'idée préconçue que le PS n'est qu'un lieu d'ambitions personnelles (elles existent et parfois dans l'excès) où tous les coups sont bons. Ce peut être aussi un lieu de discussions et parfois de retrouvailles, sur la base d'idées réélaborées, transformées et partagées. Un dernier mot : en 84-86, j'étais de fait dans l'opposition au gouvernement Fabius. Mais L. Fabius est un homme politique qui réfléchit. Après Maastricht, il a pris la mesure des évolutions, ce que d'autres ne parviennent pas à faire. Son évolution personnelle apparaît dès 1996 pour les écrits dont je dispose. Il est clair qu'il ne pense plus exactement de la même façon depuis une dizaine d'années. Moi non plus d'ailleurs. Est-ce un mal ?
J'ai consacré un chapitre de mon livre ( déjà évoqué ci-dessus) à Laurent Fabius et l'Europe ("Le françeuropéen") . Je raconte que ce qui l'a beaucoup remué c'est de constater, au référendum de Mastricht, que le "non" faisait jeu égal avec le "oui" dans son fief de Grand-Quevilly où il faisait d'ordinaire des scores personnels de 70/80%. Vous avez raison de noter une évolution chez lui en 1996 ( après la mort de Mitterrand) où il ne se contente plus de réserves sur les institutions mais aussi sur l'économie en Europe. Cela ne l'empêchera pas d'approuver la ratification du Traité d'Amasterdam, l'élargissement aux pays de l'est ( sans "approfondissement" de l'Union), puis le Traité de Nice en 2000 ( sans réclamer de référendum). Il sera un acteur efficace de la mise en place de l'euro mais ne basculera du côté du "non" à la Constitution européenne ( il a hésité avec l'abstention), qu'une fois convaincu que François Hollande n'appuierait pas sa candidature à la présidentielle de 2007. Pour le reste, votre appréciation politique sur le PS et ses débats internes participe d'un engagement militant tout à fait respectable, mais un peu extérieur au registre journalistique qui est le mien.
Si je peux me permettre Jean-Michel et René d'entrer dans votre échange, qui touche bien des questions de fond, le problème n'est-il pas un peu celui de l'insertion d'un texte écrit pour un certain contexte et qui, changé de support, voit son sens altéré par l'autre culture, la moindre simplification des approches, effectivement dans un "registre" journalistique différent, ce qui provoque un effet de quasi "larsen" sémantique...