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Livre : "Au revoir là-haut" - Pierre Lemaitre

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Un p’tit pavé. Pas loin de 600 pages. Qui se lit très bien.

Un pavé dans la mare du consensus autour de la commémoration du centenaire de la guerre de 14 / 18. Car Pierre Lemaitre nous conte, à longueur de lignes, les exploits incorrects engendrés par la guerre : officier courageux qui tire dans le dos de ses propres lignes, gueules cassées et blessures physiques ou psychologiques, escroqueries de l’après guerre, pour exploiter au mieux, et au plus vite, cette chance énorme de se faire de l’argent sur le dos des morts à la guerre. Et j’en oublie sans doute.

Je ne suis pas très porté sur les prix Goncourt, et je ne me souviens pas exactement ce qui a été dit au moment de la consécration de ce bouquin. Mais ça fait du bien de lire des lignes qui nous rappellent que la guerre, ce n’est pas un long fleuve tranquille.

Âmes sensibles s’abstenir, on est en pleine guerre, avec des scènes ou des images fortes, et déplaisantes. On doute un peu, au fil des lignes, de certains excès. Mais la guerre est souvent pire que ce que l’on peut imaginer, et l’on pardonne volontiers à Pierre Lemaitre ces excès. D’ailleurs, son livre est très documenté, et construit à partir d’une part de vérité, par exemple en ce qui concerne de nombreuses violations des sépultures militaires en 1919 – 1920, puis du « scandale des exhumations militaires » en 1922.

Petit à petit, au fil des livres qui paraissent, des colloques, des recherches d’historiens, de sociologues, l’image de la guerre de 14 / 18 s’infléchit un petit peu. On sort de l’image traditionnelle de la défense de la Patrie, dans l’Honneur et la Gloire, pour affronter une réalité toute autre. Il y eut, bien sûr, quelques hauts faits de guerre. Mais surtout, la guerre, c’est avant tout une succession de petits faits, de grands méfaits, qui, ajoutés les uns aux autres, détricotent une image trop parfaite. La guerre de 1914 / 1918 ne fut pas une aventure où chacun, soldat, chef militaire, civil de l’arrière, fut un héros résistant bravement aux sales boches.

Merci à Pierre Lemaitre de nous rappeler que des sales gosses, il y en a plein en temps de guerre. D’un côté ou de l’autre des lignes. Et que l’après guerre est souvent l’occasion, pour certains, de parfaire l’arnaque des petites gens.

Les petites gens. Vous savez ? Ceux qui se font trouer la peau, ceux qui sont blessés, ceux qui ont tout perdu. Des années plus tard, leurs enfants, leurs petits enfants retrouvent un livret militaire, une médaille, une photo. Ils ne savent pas vraiment, les enfants, les petits enfants.

Grâce à Philippe Lemaitre, et à d’autres, maintenant, on commence à savoir. Cent ans plus tard.

Bien sûr, de ci, de là, des voix n’ont cessé de s’élever. Mais il n’y a pas plus sourd qu’un Etat qui ne veut rien entendre.

Cent ans pour savoir, ça fait un peu long, non ?

P1060104.JPG "Excellent soldat, très courageux et plein de sang froid au feu. Blessé le 27 août 1914, l'a été de nouveau très grièvement le 11 mai 1915, en se portant à l'attaque des tranchées ennemies. Impotence fonctionnelle du bras droit." - Mon grand père, qui n'a plus utilisé son bras droit, sa main droite, tout au long de sa vie.


"Au revoir là haut" : ce sont les derniers mots de la lettre du soldat Jean Blanchard à sa bien-aimée, la veille de son exécution. Il a été fusillé pour traîtrise le 4 décembre 1914, et réhabilité le 29 janvier 1921. Il faisait partie des six fusillés de Vingré. Pour en savoir plus (la lettre de Jean Blanchard figure dans ce lien) :

http://www.cndp.fr/pour-memoire/les-fusilles-de-la-grande-guerre/les-fusilles-de-la-grande-guerre-essai-de-definition/un-cas-emblematique-les-fusilles-de-vingre/ 


Pour compléter, je ne peux m'empêcher... Un projet en cours d'élaboration, pour une autre commémoration, pour que, tout simplement, "jamais plus la guerre" :

http://unionpacifiste.org/spip.php?article158




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28/01/2014, 18:57 | Par jdapr

Merci !

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