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Blanche neige et la cruche à l'eau !
Plus un corps s'approche du blanc parfait, plus son albédo est élevé, plus il tend vers le noir absolu, plus son albédo baisse. Or, s'il est avéré que l'albédo est proportionnel au réchauffement, c'est qu'il l'est aussi au refroidissement. Et l'on apprend ainsi qu'un corps blanc est plus sujet au refroidissement qu'un corps noir, ce qui explique que la neige soit plus froide que la terre glaise, et que la fonte des glaciers provoquée par le réchauffement climatique accélère encore ce réchauffement climatique.
Bon m'est avis qu'avec une telle explication, j'aurais eu zéro à mon bac de physique, sans avoir besoin de tricher.
Et tiens, à propos de tricherie. Je dois avouer que j'ai triché au bac, et sans même le savoir, ni me faire prendre (ce qui est le comble de la sottise, il faut bien le dire).
Je passais un oral d'allemand sur un texte de Brecht, Quand les petits poissons bouffent les gros, ou l'inverse, je ne sais même plus tant j'étais nul en teuton. J'avais une dizaine de minutes pour le préparer pendant que le condamné précédent passait son oral. Et hop, ni une ni deux, j'ouvre mon cartable et étale bien tranquillement sur la table tous mes bouquins d'allemand, ce qui, je ne le savais pas (je le jure) était formellement interdit.
Je ne sais pas si le condamné précédent était bon ou nul, mais j'ai eu tout le temps nécessaire pour me livrer à un petit copier-coller suffisant pour multiplier ma note d'allemand par trois par rapport à ma moyenne annuelle et ranger tranquillement mes affaires, avant de passer l'oral expiatif.
Pendant ce temps, je voyais sans comprendre le mec qui devait passer après moi plié de rire à l'entrée de la salle de classe. Ben quoi, j'ai une verrue sur le nez ? J'ai oublié de fermer ma braguette ? Je me suis teint les cheveux en vert ?
Bref, je passe l'oral, et j'attends que le suivant en fasse de même pour comprendre son esclaffade.
Ben toi, t'es sacrément culotté qu'il me dit !
Quoi ? Qu'est-ce qu'elle a ma culotte. J'ai un trou au cul ?
Il me regarde interloqué. Ben non, mais tu es sacrément doué pour la triche. La prof n'y a strictement rien vu !
Moi triché ? Mais ça va pas non !
Mais j'ai fini par comprendre que si ! Et en toute bonne foi !
Comme quoi la bonne foi vaut nettement mieux qu'un anti-sèche. Ou peut-être que c'est l'albédo qui m'avait fait plus blanc que neige…
Bon allez après cette fracassante révélation qui m'a évité (une gloasguination, pardon une guéantisation, pardon) une néantisation de l'esprit, il est temps de partir quelques jours en vacances… histoire de ne pas faire école buissonnière…

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.... qu'à la fin elle se casse !
Bien vu ! Je n'y avais même pas pensé, ou alors...
Bonne fin de weekend
Et bonnes vacances alors !
Merci, bonne fin de weekend et bonnes vacances à toi si c'est le cas
Ben, cette histoire de triche m'inspire celle qui a décidé de mon sort.
C'est long, mais, comme personne ne lit, j'ai tout mon temps.
Donc, voici l'histoire.
Jusqu'à l'âge de 6ans, j'habitais avec ma famille dans une grande ferme familiale du nom de Mas Bruno, au sud-ouest de Perpignan, j'étais l'aîné, et il y en avait trois autres derrière. Mes parents, réfugiés de la guerre d'Espagne, analphabètes, illettrés ; mon père parlait catalan pour l'amour de ma mère et parce que le mari de sa propre mère, à lui, était catalan d'Espagne (Angel Masot était l'ancien maire de Mora d'Ebro)... bref. Tout ça fait que de français, je ne savais que quelques mots et, quand nous sommes arrivés à la ville (le petit village du Soler, pour tout dire), en septembre 1958, je devais faire mes six ans à l'école sans même savoir, ni de moi ni de mes parents, ce qu'être à l'école voulait dire.
C'était pour situer le cadre d'entrée.
Je vous passe l'année du CP, que j'ai eu à redoubler.
L'année suivante (rentrée 1959, donc), re-Cours préparatoire. Soleil d'enfer.
On peut ignorer ces circonstances, mais je crois qu'elles ont pesé sur le reste. L'école, à ce moment-là, du moins, était celle « où c'étaient que des garçons » ; celle des filles était à la mairie, face à la bibliothèque, mais la nôtre se trouvait à l'angle de la route qui va depuis les vignes jusqu'à la cave coopérative. Et c'était en plein les vendanges !... Les vendanges, moi, au mas, j'en rêvais et on m'avait dit que je les ferai quand je serai grand... La tête me tourne encore de ces odeurs fruitées qui passaient par toutes les fenêtres et que jamais nos enfants ne connaîtront. Question travail scolaire, pour moi, c’était le flou ; j'étais dans les nuages, une sorte d'état de lévitation bienheureuse et innocente où je reconnais une sorte de bonhommie sans doute pareille à celle que décrit Jean-Michel Plouchard devant son épreuve d'allemand au bac... J'avais plaisir à être là, et à faire ce qui m'était demandé. C'était toujours à côté de la plaque, je peux le supposer à voir les rires des autres ou l'air navré de mon instituteur, mais, moi, j'y allais franco, certain que j'avais compris et que c'était ce qu'il fallait faire... Ce n'est pas que je n'ai pas le sens pratique, mais les consignes, moi, je m'en suis toujours arrangé à ma manière. Même quand je suis devenu prof (mais c'est une autre histoire).
Donc, ambiance laborieuse dehors, navettes, les passages de camionnettes pleines de comportes de grappes cueillies dans les lointains de la ville, en direction de la coopérative, ou en revenant, les cris des hommes, les blagues, la poussière qui voletait, et le soleil, le soleil éclatant, qui éblouissait la classe entière à travers les fenêtres grandes ouvertes. C'est le milieu de la matinée...
Le maître dit qu'il va nous apprendre tout l'alphabet (nous avions dû aborder précédemment, je suppose, les voyelles, puis les consomnes, avec les pages d'écriture qui allaient avec, ou bien annonçait-il ce qui nous resterait à faire dans la suite ?... je ne me souviens plus), mais je me souviens très bien sa voix disant qu'on allait apprendre tout l'alphabet. Tout !... Moi je sais !...
Toi ?... Masot ? tu sais ?...
Ben, oui, moi, Masot, je savais.
Tu sais tout l'alphabet, toi ?... tu rigoles ?... Allez on va passer aux choses sérieuses.
Non, non, Monsieur, tout l'alphabet, je connais. En entier.
Le soleil pénétrait dans la classe. Il éblouissait le maître qui avait du mal à me distinguer, près de la fenêtre...
Bon, assieds-toi, et cesse de faire le malin, Masot.
Je ne fais pas le malin, Monsieur, je connais tout l'alphabet entier.
Par coeur ?
Par coeur ! (je ne savais pas ce que voulait dire « savoir par cœur », mais ce ne devait pas être très éloigné de « savoir par rate, par foie ou par poumon »).
Chiche ! cochon qui s'en dédit. Récite-le moi donc, cet alphabet entier.
Et je récite.
Enfin, je récite...
Je baisse les yeux, plutôt, sur le plan de bureau où je suis assis seul, au fond de la classe, au coin ; je baisse mes yeux sur la table où repose, de dos, mon cahier de brouillon, celui qui contient les tables de multiplication avec, tout en bas, en caractères majuscules d'imprimerie et en lettres minuscules... les 26 lettres ! alignées, là, sagement, comme pour moi... Je lis. J’annône du mieux que je sais ce que j'avais lu et relu poussivement durant tout l'été de mon redoublement.
A, B, C, etc. jusqu'à ... W, Y, Z !...
Ça alors !... Tu connais l'alphabet !...
Je ne sais ce que le vieux maître devait penser de ce moment de début d’année, de ma petite personne plantée avec satisfaction au milieu des autres, dans la classe en plein soleil, sous les clameurs du dehors ; il n’a pas tardé à convoquer ma mère, qui faisait du ménage pour les directeurs de l'école, et il lui a dit devant moi que je n'aurais pas dû redoubler, que je savais beaucoup de choses sur les lettres, et qu'il fallait m’acheter un dictionnaire, ce qui était un mot nouveau pour nous, que nous lui avons souvent demandé de répéter pour ne pas se tromper.
Aux Nouvelles Galeries, à Perpignan, il y a un rayon librairie, vous demanderez un Larousse, on vous montrera.
Larousse ?...
Je me souviens de nous, endimanchés pour descendre à la ville. Ma mère fière dans l'autobus, parlant fort et disant à tout le monde que j'étais intelligent, et qu'elle allait me trouver La Rousse pour m'aider dans mes études. Les Nouvelles Galeries, c'est un grand marché, pas bon du tout. Quand ma mère a montré son bout de papier griffonné par le maître pour expliquer qu'elle voulait voir La Rousse, on nous a montré, et là, un coup au coeur était sorti des rayons pour s'ouvrir devant nous entre les mains de la vendeuse :
« JE SÈME À TOUS VENTS » !...
Cette image est mon Remember ! mon Esto Memor !... Ce souffle sur les pétales qui s'envolent me rappelle que ma mère déboursait une fortune pour une tricherie que j'avais cachée à tous.
Alors, chaque heure de mes journées allait payer ce qu'avait dépensé ma mère, et je me suis mis à utiliser ce foutu gros livre comme il n'y en a pas de plus gros au monde, et je le feuilletais, je le copiais, je le retranscrivais, j'en agençais les informations, je l'avalais, jour après jour. Pour ne pas démériter.
J'étais, dès lors, le meilleur élève de mon école... Avec mon ami d'enfance, Mario, un autre exilé d'Espagne, comme moi.
Jean-Jacques M’µ
Très jolie histoire, touchante et pleine de sincérité. J'ai tout lu, Jean-Jacques, et je te comprends
Je plussoie, comme on dit. ;-)))
Un texte court et ennuyeux est toujours trop long, un texte long et passionnant est toujours trop court...
Merci pour ces deux témoignages qui me confortent dans mon idée que c'est le regard positif que l'on porte sur un enfant qui lui permet d'aller mieux de ses capacités (l'inverse est hélas vrai)
J'ai redoublé mon CE1 parce que pour des raisons familiales ma mère m'a changée d'école et que la directrice de la nouvelle école a mis cette condition pour m'accepter
L'instit de cette classe m'a humiliée dès le premier jour, je ne m'étendrai pas sur le sujet mais j'ai été considérée d'emblée comme une semi débile, ce que je me sentais effectivement devenue (l'année d'avant pour l'instit, nous étions toutes les meilleures de sa classe - ce que je me sentais être)
Vers le mois de mai, grand branle-bas de combat dans l'école : des spécialistes sont venus avec toute une batterie de tests pour étudier notre intelligence. Je ne comprenais pas grand chose aux questions, ai répondu au pif dans les temps donnés et ai eu le sentiment que la confirmation de ma stupidité allait être établie de façon irrémédiable !
Aussi lorsque ma mère a été convoquée avec moi à l'école je me suis sentie misérable Mais, en fait, les tests avaient déterminé que j'étais un génie et on a dit à ma mère qu'elle devait tout faire pour me soutenir dans mes études
Résultat des courses l'instit a arrêté de se moquer de moi
Ma mère m'a libérée de toutes les tâches ménagères dévolues aux filles pour que je consacre tout mon temps à mon travail scolaire.
Les années suivantes, CE1, CM1, CM2, dans cette école, on m'a tout pardonné parce que j'étais une cancre géniale et j'ai fait partie du faible pourcentage de ma catégorie sociale à pouvoir aller jusqu'au BAC !
Je reste convaincue que mes réponses aux tests étaient le fruit du plus pur des hasards et que d'autres vraiment intelligentes, elles, les ont loupé pour des raisons qui n'avaient rien à voir avec leur QI mais bon, je ne vais pas cracher dans la soupe...
En première cinquième, le message de mon présumé génie n'était visiblement pas passé et j'ai été éjectée du lycée après une année cauchemardesque et envoyée redoubler ma cinquième en CEG (c'était comme ça à l'époque).
Là, l'équipe de profs ne soulignait jamais les erreurs mais félicitait pour les réussites même les plus infinitésimales. Nous avions toutes l'intime conviction quand nous discutions entre nous que nous étions les favorites des enseignantes. L'ambiance de la classe était enthousiaste même dans les matières où nous nous pensions les plus nulles et les histoires d'amitié ont été paemi les plus intenses de ma vie : nous étions des personnes et nous nous comportions comme telles. J'ai beaucoup appris sur l'éducation des enfants à travers le décryptage que j'ai fait pas la suite de cette année scolaire.
En troisième, changement de décors et entre autres une prof de maths caricaturale : certaines élèves s'évanouissaient de terreur avant d'entrer dans sa classe. Les maths n'étaient pas vraiment ma tasse de thé mais il s"est trouvé qu'en début d'année après nous avoir fait tout un blablabla sur le postulat d'Euclide elle nous a donné un devoir de maths avec un sourire sadique dont j'ai compris la signification quand, même les meilleures en maths nous on dit que là, elles-mêmes étaient dépassées (on s'entr'aidait ferme pour les devoirs) La veille de rendre le devoir, j'ai rêvé que je résolvais le problème et, dans la foulée, allez donc, démontrais le postulat d'Euclide!
Le matin, j'ai trouvé sous mes couvertures le devoir de maths écrit de ma main, avec la présentation psycho rigide idoine ! Je me souvenais vaguement que je m'étais réveillée juste avant de résoudre le postulat d'Euclide et que, dans un semi sommeil j'avais fait mon devoir sous la couverture à la lampe de poche.
Mais aucun souvenir de la démonstration! En cours de récréation j'ai passé mon devoir à mes copines qui l'ont copié aussi vite - et mal - qu'elles ont pu.
Quand la prof a rendu le devoir, elle m'a appelée au tableau - habituellement c'était un procédé d'humiliation - mais là, c'était parce que j'avais réussi (elle m'a mis 19, celles qui avaient copié sur moi ont eu entre deux et cinq, les autres zéro)
Cependant, au moment de refaire la démonstration au tableau, j'étais en totale panique : aucun souvenir de mon rêve pour me sauver : la prof a fait le devoir à ma place, avec la conviction que j'étais d'une lenteur sidérale - ce qui a toujours été une réalité et l'est toujours - et m'a de nouveau mis une bonne note.
J'ai acquis immédiatement un statut de "bonne en maths" que j'ai gardé toute l'année et c'est bien la seule année de ma vie où les maths m'ont passionnée! Après cela a dégénéré sérieux !
Tout cela pour dire que tout ce qui permet de valoriser une personne dans ses études - y compris la triche - se révèle bénéfique sur le long terme. J'ai rencontré des personnes (il y a plus de vingt ans de cela) qui ont obtenu des postes en produisant de faux diplômes et qui se sont révélées des professionnel(le)s hyper compétent(e)s.
J'étais choquée quand ils/elles m'en ont parlé mais quand j'observe l'incompétence de certaines personnes qui ont eu de vrais diplômes je ne suis plus sure que c'était si injuste que cela (Je le vois maintenant comme une sorte de rééquilibrage social = ces personnes avaient la valeur intellectuelle, la capacité et surtout la motivation mais pas la possibilité matérielle de poursuivre des études.Elles étaient passionnées par leur travail)
Loin de moi l'idée de prétendre que la triche soit recommandable mais j'ai du mal à avoir des convictions morales globales à ce sujet.
Ce que vous dites, Wata Yaga, de comment les enseignants voient leurs élèves, c'est le syndrome PYGMALION. Une étude des années 1970, je vais trouver ça, qui avait prouvé, un peu sur la lancée de Milgram, que les équipes d'enseignants supposent bons ceux qu'on leur présente mathématiquement (scientifiquement) comme bons. Une soumission à l'autorité, de leur part, en quelque sorte.
De quoi se méfier des dossiers.
Depuis 2002 (Ségolène Royal), les dossiers des élèves sont supprimés en fin d'année scolaire, et il ne reste à la rentrée que les bulletins de notes.
Mais n'empêche ! Bourdieu et d'autres n'arrêtent pas de nous le rappeler : les habitus font le cadre de la relation avec les élèves. Les administrations ont fort à faire pour résister aux mécaniques du système oppressif (des flics dans les têtes) chez les enseignants (dont je suis).
Jean-Jacques M’µ
Très beau texte en effet. Et qui fait écho à nombre de mes souvenirs.
J'ai toujours mon premier La Rousse (auquel il manque la couverture et quelques pages), la montre Kelton (100 francs à l'époque, cadeau de luxe des pauvres) que l'on m'a offert pour mon entrée en sixième, mais qui ne fonctionne plus depuis longtemps. Mais j'ai perdu l'Instamatic Kodak (100 francs aussi), reçu pour la même occasion et avec lequel j'ai fait mes premières images.
Je vous réponds plus longuement dès mon retour.
Bonne fin de soirée.
Je ne savais pas que je serais lu, sérieusement. Ça me fait plaisir.
Bonne nuit.
Jean-Jacques M’µ
Y en a quand même certains qui lisent... Très belle histoire bien racontée, on s'y croirait! J'ai été jusqu'à mon deuxième bac le dernier de la classe en permanence, mais je suivais mon petit bonhomme de chemin et les deux bacs sont passés, de justesse, mais passés...
Juste un petit commentaire .
Ne croyez pas chers "amis "que vos ecrits laissent indifferents .
Ceux que je viens de lire , sentent le vécu , sans grandiloquance, avec honneteté vous me rappeler
ma scolarité , bien lointaine .
Un jour , peut etre , je vous en entretiendrez .
MERCI A VOUS .
C'est beau, par ici, on se croirait en forêt, quand le soleil fait des petites taches de lumières sur le sol, à travers le feuillage.
Moi, j'ai toujours été sidéré par la vérité philosophique des fables de La Fontaine, et leur absolue plantade dans la vérité sociologique.
Je n'arrive pas à m'habituer.
Et ça, c'est depuis le cm1.