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Paradigme : le mot qui dérange nos politiques
Face à un patient réticent, hostile à une proposition de soins, le médecin peut avoir recours à la technique dite du « faux-choix » : avec bienveillance il exposera au patient une série limitée de mesures susceptibles solutionner son « problème » à terme. Toutes ces mesures ne sont pas équivalentes en terme d’efficience, mais qu’importe : l’objectif n’est pas tant le résultat du « choix » final du patient, que de parvenir à le persuader qu’il a bel et bien un problème et l’amener ainsi à s’investir dans la nécessité de sa résolution. Dès lors, la réflexion du patient, son questionnement, ses réticences, sont autant de signes d’assentiment à l’existence même de sa problématique en cause, laquelle n’est plus remise en question. L’enjeu pour le praticien à l’œuvre étant de garder la main pour parvenir à ses fins.
A l’instar de ce qui se passe en médecine on constate que la même démarche est appliquée en politique : face à une humanité légitimement en difficulté, confrontée à une crise mondiale sans précédent, sur laquelle beaucoup ont écrit avec plus ou moins de pertinence - il ne s’agit pas là d’en débattre - pour en analyser les causes et évaluer les effets, les dirigeants des puissances occidentales usent des mêmes méthodes de persuasion que celles employées par nos précieux thérapeutespour canaliser les esprits troublés des citoyens. La technique du « faux-choix », ils connaissent. Mais à l’inverse des médecins, qui ont le souci de sauver le patient, le soulager, le soigner, tout en répondant à l’obligation de moyens (et non de résultats) à laquelle ils se sont engagés sous serment, les politiques - du moins ceux qui ont le pouvoir et entendent le garder - œuvrent eux sans états d’âme : peu leur importe si les masses en pâtissent dès lors qu’ils tirent leur propre épingle du jeu.
Leur credo : « Le monde a changé ». C’est ce qu’ils affirment. Ils ont raison. Mais qui l’a changé ? Eux. Cupides et inconséquents, ils ont laissés le monde de la finance prendre la main, mandat après mandat. La nouvelle donne économique - mondialisation oblige – leur impose à présent de faire de nouveaux choix. Et les voilà employés, en réponse à tous nos maux, à nous servir – démocratiquement - quantité de réformes qualifiées de « courageuses », de « majeures », de « déterminantes » pour l’avenir. Des réformes qui semblent comme autant de rustines appliquées sur nos sociétés pour colmater les brèches d’une paix sociale qu’ils sentent menacée, tant ils craignent pour leurs carrières . Car s’il est un sujet sur lequel ils se montrent inquiets, c’est bien celui là : la paix sociale. Tout faire pour la préserver, quoiqu’il en coûte. Sans elle, pas de gouvernance possible, ni de pouvoir pérenne. On ne tond jamais si bien un mouton que lorsqu’il est immobile, c’est bien connu.
Face à ces choix, ces « faux-choix », tel le malade face à son médecin, que faisons-nous ? Nous contestons, nous négocions, nous manifestons… et finalement nous rentrons dans le rang. Ou pas…
Mais peu importe le résultat. Oui, peu importe qu’une réforme soit ou non entérinée. D’autres suivront. Ce qui prévaut pour nos politiques, c’est finalement que tout ce qui a fait notre préoccupation de citoyens, notre réflexion, nos questionnements, nos réticences, sont autant de signes d’un assentiment de notre part à l’existence même de la problématique de départ qu’ils s’emploient à nous faire apparaître comme une fatalité, une maladie, un fléau : la mondialisation. Incontournable et incontestée.
Et qu’importe si nous sommes dans la rue à manifester. Nos révolutions ne sont pas les leurs tant qu’elles ne menacent pas vraiment l’ordre établi. Il leur suffit de se satisfaire du résultat obtenu : en nous opposant au pouvoir qu’ils incarnent, nous leur reconnaissons de facto ce pouvoir. Et tandis que nous nous agitons, comme une houle contenue par des digues qu’ils savent à « usage unique », ils s’emploient à un tout autre projet, confidentiel celui-là : conduire le Léviathan sur lequel ils naviguent discrètement, vers une destination inconnue de la plupart : « le Nouvel ordre mondial » ainsi qu’ils le nomment en pérorant. Autrement dit un nouveau modèle de gouvernance, un nouveau paradigme, dont il est fort à parier qu’il ne sera pas à notre avantage et accroîtra les inégalités.
C’est donc bien qu’un changement de paradigme est envisageable dans l’absolu. Il n’a rien d’utopique. En tout cas, pour cette poignée de dirigeants soucieux de « garder la main » en se projetant « maîtres du monde », il ne l’est pas.
Dans ces conditions pourquoi ne pas envisager de prendre nous mêmes les choses en mains dès à présent ? Pourquoi ne pas imaginer, concevoir, ou du moins espérer un nouveau paradigme favorable à l’ensemble des humains et non plus seulement à quelques uns, plutôt que d’accepter de nous retrouver confrontés à des choix iniques, en lien avec le paradigme actuel ou celui à venir, concocté dans les antichambres du pouvoir capitaliste? Le monde est devenu complexe, nous dit-on, intransigeant, redoutable. On nous explique que l’économie libérale, le « marché », la finance mondialisée, dictent leurs lois à présent, obligeant fatalement à une adaptation des Etats pour surmonter les crises et rester compétitifs. En clair, il va falloir se serrer la ceinture pour survivre.Aux grands maux les grands moyens ! Nous voilà prévenus.
De fait, mesures d’austérité et restrictions budgétaires drastiques vont bon train. Ce n’est qu’un début. Mais loin d’être équitables, ces mesures frappent les plus démunissans entamer la richesse des plus nantis. Comble de cynisme, elles sont présentées par les gouvernants en place non comme une réponse politique mais technique (!) aux impératifs financiers. C’est dire la fourberie et l’hypocrisie de ces dirigeants et des médias à leur botte : nul n’ignore aujourd’hui que l’énorme déficit des budgets publics résulte du sauvetage dans l’urgence du secteur bancaire privé et d’un défect du politique en amont. Un politique qui a laissé des banquiers corrompus engranger pendant des années des bonus faramineux sur le dos des petits épargnants. La crise des subprimes n’est autre que le résultat de leurs exactions. Parvenues au bord de la faillite après avoir « cassé leur jouet », les banques siphonnent aujourd’hui - en toute légalité - l’argent public, par le biais d’interventions stratégiques mûrement pesées par les pouvoirs en place et les institutions financières, soucieuses de proroger le système capitaliste actuel. Renflouées à coup de dizaines de milliards, voilà à présent ces mêmes banques donneuses de leçons, à nouveau florissantes sans rien avoir perdu de leur arrogance. Pour preuve de cette iniquité absolue, l’aide européenne récemment accordée à la Grèce qui n’a d’autre utilité que de lui permettre de rembourser sa dette aux banques françaises et allemandes ! Ce genre de pratique s’assimile à de la cavalerie. Avec un FMI, vertueux, raide dans ses bottes, pour jouer les arbitres, lui aussi sans états d’âme… C’est consternant.
Alors, quoi ? Que faire ? Continuer ainsi ?... Auquel cas, comme le souligne justement le philosophe Slavoj Zizek dans le Monde diplomatique de Novembre 2010 : « si nous demeurons dans les clous du système capitaliste mondialisé, nous n’avons pas d’autre option que d’accepter les sacrifices imposés aux travailleurs, aux étudiants et aux retraités... Nous entrons dans un état d’urgence économique permanent ». Charmante perspective…
Après ça, comment parler d’espérance aux générations montantes, si tant est qu’elles perçoivent la menace, les yeux rivés sur leur iPhone ou accros à Facebook ? Comment les convaincre de réagir ? La fin des certitudes est une réalité qui caractérise ce début de XXI ème siècle.
Côté opposants démocrates, la rhétorique n’est guère plus engageante. A garder le nez dans le guidon, en combattant pied à pied chacune des « réformes » sur le terrain politique ou syndical, à s’improviser médecins urgentistes au chevet des « pseudo malades » que sont devenues les sociétés modernes, ils se mettent au risque de provoquer un désastre économique, tant le cadre actuel laisse peu de marge. Certains d’entre eux en appellent même à un Strauss-Kahn – perçu comme fin gestionnaire - pour redresser la barre. Pourquoi pas ? Cependant n’est-ce pas la preuve qu’ils ne croient plus vraiment au retour du « grand politique » ? L’Etat-providence a vécu ; on enterre à présent l’idée même d’Etat, remplacée par la notion de « Grande-entreprise ». De nos jours, on attend moins d’un chef d’état qu’il soit un porteur de projet, un homme de conviction, qu’un brillant gestionnaire. C’est symptomatique : A ce compte là, oui, pour de bon, tous, nous nous croyons réellement malades, alors que c’est le cadre même de notre croyance qui l’est. Toujours cette satanée situation de « faux-choix » fallacieux… et nous tombons dans le panneau. Voilà à quoi mène le conditionnement des masses.
Restes les irréductibles, les pseudos révolutionnaires, les va-t’en guerre… On les retrouve partout, à droite comme à gauche, aux extrêmes comme au centre, qu’ils soient militants, activistes, intellectuels radicaux (la plupart nostalgiques de révolutions qu’ils n’ont jamais faites et ne feront sans doute jamais), chômeurs excédés, exclus, sans-papiers, clandestins, anarchistes, casseurs… Tous en arrivent à exprimer leur ras-le-bol. De différentes manières, que ce soit dans la rue, dans les manifs, au bistro, dans les cités, sur un mur, sur un blog… L’indigence du cadre vécu comme insupportable, le rejet de toute alternative constructive, le déni du politique, alimentent leur harangue. Il faut dire que l’exemple fameux du « casse toi pauvre con » leur a donné le ton. Mais la radicalisation, et son corollaire, la violence, sont autant d’entreprises vouées à l’échec dès lors qu’elles opèrent dans le champ du paradigme actuel. Toute rébellion –matée ou non - pourrait faire des morts, d’avantages de miséreux, et déboucherait sur un inconnu qui risque d’être plus tragique encore. Ce n’est pas la solution. Mais la grenade est dégoupillée. Prions pour qu’elle n’explose pas.
Alors on y revient : que faire ? Que faire pour sortir de la nasse, comme interroge Zizek ?
C’est là qu’on mesure l’enjeu de ce qui pourrait faire de nous des hommes heureux. Un enjeu de taille. Il ne suffit plus de simplement manifester contre la retraite à 62 ans plutôt qu’à 60 – alors que la valeur « travail » est mise à mal -, ou autrefois, de réclamer les 35 heures quand, dans le même temps, des pans entiers d’une économie s’effondrent sous nos yeux (la sidérurgie, le textile…), sans parler de la privatisations des services publics, sans qu’il soit possible de s’y opposer...
Pour prétendre être efficients dans l’élaboration d’un nouveau paradigme il paraît tout aussi nécessaire d’arrêter de nous agiter, de nous mettre à réfléchir, de nous écouter - nous écouter vraiment -, de nous entendre et d’entretenir entre nous une réelle communication, chargée de sens et non pas simplement réduite à l’idolâtrie de ses outils, téléviseurs, ordinateurs, téléphones mobiles, et autres Smartphones... Au lieu de cela, la convoitise, l’individualisme, la concurrence, la compétitivité et l’inflation du quantitatif règnent, les réseaux sociaux explosent et prospèrent– ceux-là mêmes où nous déversons quotidiennement nos parts d’intime sans la moindre pudeur, en toute inconséquence, sans réaliser que nous alimentons les bases de données qui, à terme, feront de nous des esclaves absolus, privés de liberté et de sens critique...
Si nous voulons changer de monde, il nous faut d’abord changer nous mêmes. Changer nos mentalités, nos comportements, cesser de nous abrutir, de bruit, de slogans, de publicités, de vitesse. Nous respecter à nouveau. Respecter l’autre... Il nous faut exiger du politique qu’il gouverne vraiment et justement pour combattre les inégalités, l’exclusion, la faim, la misère, et redonne à l’homme sa dignité au travail.
Vaste programme... L’idéologie dominante - pour citer encore Zizek - « s’efforce de nous persuader de l’impossibilité d’un tel changement radical, de l’impossibilité d’une abolition du capitalisme, de l’impossibilité de la création d’une démocratie qui ne se réduirait pas à un jeu parlementaire corrompu… ». Autrement dit, la messe serait dite. Mais plus loin Zizek cite Lacan et provoque, insufflant une lueur d’espoir : « L’impossible arrive... ».
Oui, l’impossible peut arriver. Tôt ou tard. A condition d’y croire. Et c’est bien cela qui dérange vraiment nos politiques : cette capacité que nous pourrions avoir à inventer un monde plus juste, plus cohérent, à inventer un nouveau paradigme. Nous pouvons y parvenir. Nous y parviendrons, si ce n'est nous, d'autres hommes de bonne volonté après nous.
A moins que...
A moins que nous ne soyons effectivement d'ores et déjà bien malades, tous, atteints d’un mal qui nous mine durablement : la résignation. Le pire des maux. Il conduirait irrémédiablement à notre perte et à l’anéantissement de toute espérance.
Est-ce là ce que vous souhaitez ?
Moi non.

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Le mot paradigme (étant moi même utilisateur compulsif de celui ci), est le mot que l'on emploie quand on ne sait pas de quoi on parle. Ici, je dirais que ce mot n'est pas un terme générique, un adjectif qualificatif univoque, tant les tentatives de définition sont restées vaines. Ainsi à chaque utilisation du mot lui correspond un sens propre, une idée, une représentation, une opinon du monde particulière, en somme une substance différente. Ceci étant, en tant qu'élément linguistique, le paradigme porte en lui même la distinction du monde et de sa réprésentation. N'ayant toujours pas apporter la preuve de l'existence d'une conscience collective (et encore moins d'une conscience de classe), l'hypothèse "paradigme" permet le dévoleppement d'instruments théoriques, propre à chacun de nous, nécessaires à l'auto-gestion de notre représentation (de notre sens critique). A mon sens, la distinction du monde et de sa représentation, relativise le "monde" et lui donne la qualité d'objet d'étude et de substrat de l'étude, en permettant la reflexion épistémologique sur les instruments de représentation du monde exterieur. En réalité l'unique enjeux réside dans la représentation individuelle du monde, car rien n'éxiste pour notre cerveaux en dehors de notre représentation personnelle.
" Mais la radicalisation, et son corollaire, la violence, sont autant d'entreprises vouées à l'échec dès lors qu'elles opèrent dans le champ du paradigme actuel."
Ces modes d'actions marginaux (la radicalisation et son corollaire apriori : la violence) mais d'actualités, seraient ici impuissants dans le paradigme "actuel". Ces modes d'actions seraient inoppérants compte tenu de l'opinion dominante (dans mon hypothèse, "du paradigme actuel"). Ces modes d'actions (cas d'école dans notre réflexion) ne sont donc pas impuissants en soit, ils le sont compte tenu de notre représentation "collective". L'utilisation du mot paradigme pourrait trouver un éxutoire pratique dans sa popularisation, car il porte le doute et l'incertitude inhérents au détachement du paradigme dominant. Car toute institution porte un "paradigme" nécesaire à sa légitimité et à son existence. Ainsi un développement quantitatif et qualitatif des petits paradigmes individuels lutterait contre les paradigmes institutionnels (en relativisant les valeurs qui les soutiennent). Pour en revenir à l'exemple, le "paradigme des casseurs" est considéré comme le plus radical, au point d'être représenté comme étant "l'anti-monde". Mais celui ci, en tant que paradigme particulier, participe du même mouvement de "paradigmatisation" du monde que semble-t-il vous appelez de vos voeux.
Quant à la question principale, pourquoi ce mot dérange-t-il "nos" politiques, il est de la logique même du système de représentation politique de soutenir le paradigme démocratique, le paradigme "père" du monde occidentale. Mais conformément à mon axiome initial, le mot paradigme est le mot que l'on utilise quand on ne sait pas de quoi on parle. Il revient donc aux "politiques" de se garder de distinguer le monde de sa représentation (symbolisée - et non pas créée - à l'échelle nationale et internationale par le jeux médiatique). L'administration étant réelle, sensible, elle tend à "être le monde" dans nos esprits, et ce garde bien de s'affirmer comme le fruit d'une réprésentation du monde. L'administration actuelle, que je qualifirait de libérale, cherche à préserver la "représentation-monde" ("état d'urgence économique permanent") et l'hypothèse "paradigmatique" doit s'entendre, non pas dans la quète d'un unique paradigme contraire et policé, qui impliquerait la construction de nouvelles institutions, mais bien au contraire dans la quête de la déconstruction des institutions actuelles, en ouvrant le robinet à "paradigmes". Au finale la chute du "paradigme" dominant passe par l'enthousiasme de l'incertitude ("Tous en arrivent à exprimer leur ras-le-bol"), et le refus d'émettre des paroles prescriptives et normatives ("sur un inconnu qui risque d'être plus tragique encore."), celles la même qui nous prédestinent à un avenir obscur .
"Mais la grenade ( à paradigme, je rajoute) est dégoupillée". Prions pour qu'elle explose.
Je fais constat que le premier commentaire à mon article (commentaire dont je dois dire qu’il m’a fallu le relire plusieurs fois avant m’imprégner de son sens, tant la rhétorique, bien que pertinente, m’est assez peu familière) est celui d’un jeune étudiant. Quand bien même ce dernier apparaît-il sympathisant anarchiste, je m’en réjouis à plus d’un titre. Je le remercie donc doublement : un, d’avoir pris la peine de me lire ; deux, d’avoir pris celle de me répondre. Ceci dit, étant non violent par nature et par ailleurs père de trois enfants (ça change le regard, je vous prie de me croire), je persiste à penser que la démarche réflexive et analytique- pratiquée dans l’échange et l’écoute -, doit être un préalable à l’action citoyenne, précisément pour que celle-ci ne se résume pas à un acte de violence quel qu’il soit, aussi bien du point de vue d’une « représentation subjective du monde », que dans le monde « tout court » où les gens crèvent objectivement de faim.
Pour la forme, il est évident que mon propos n'est pas articulé de manière claire, il est même carrément bordelique. Il est vrai qu'en dehors des canons universitaires, auxquels 99% de mes écrits sont soumis, j'embrasse une méthode d'écriture compulsive et je drape mes mots d'une esthétique malicieuse plûtôt que, à proprement parler, d'une rhétorique. Vous avez pris le temps de me déchiffrer, soyez sûr de mon enthousiasme.
Etant moi aussi, de fait, non violent, je voudrais préciser ma pensée. La réflexion que je tente de mener ne porte pas tant sur l'utilisation de la violence dans une lutte politique, mais plus sur la symbolique de la violence.
En premier lieu et pour évacuer les problématiques qui ne rentrent pas dans mon (notre) propos, l'utilisation de la violence comme fruit d'une démarche "réflexive et analytique" est une problématique vieille comme le monde, à laquelle je ne m'interesse pas ici (Gandhi vs la Commune, la Résistance, la Révolution française...).
La question est de savoir qu'elle est notre représentation du monde, ce qui implique d'investir le domaine de la linguistique (c'est du moins mon interprétation de l'intitulé de l'article). Par soucis d'économie je fixe donc la réflexion sur la violence, cas d'école dans "l'air de notre temps". Les mots ne sont que des symboles des idées. Ils ne colportent pas en eux même des idées. Le sens d'un mot ne se fixe que par l'activation des valeurs qui lui sont attachées. Je combat - dans la perspective d'une valorisation des échanges et des écoutes citoyens (du débat) - les valeurs qui soutiennent les mots, celles là même qui s'imposent à l'opinion collective. L'appropriation du langage préalable au débat (et par conséquent à l'action) passe par la destruction de la "valeur" des mots. Ici, avec l'emblématique question de la violence, je pourrais dire que la paix sociale est en elle même violente. Que la violence, dénuée de sa symbolique, admet des considérations variées. Un exemple, est-il si illégitime de considérer la peine de mort moins violente que l'incarcération à vie ? Perséverer dans une conception restrictive des mots (au nombre desquels figure celui de "violence"), c'est témoigner de notre propre soumission à un langage que nous n'avons pas choisi. Partant toute action citoyenne effective se doit de réfuter un langage façonné part une oranisation sociale que nous voulons combattre, mieux, dépasser. Reprenons l'exemple, selon moins il convient de découvrir la violence là ou nous ne la percevons pas, la violence du travail salarié, la violence de la maladie, la violence des relations affectives, la violence de la condition humaine. Le monopole de la violence légitime de la puissance publique n'en est pas moins violente, la violence oubliée de la perte de dignité quotidienne.
Le maintient de l'organisation sociale passe par le maintient des mots et de leur signification propre. Je déplore la bétise des institutions censées incarner le contre-pouvoir qui revendiquent l'acceptation dominante du mot violence en fustigeant les actes de vandalismes (dans les défilés), stigmatisant de ce fait les "vandals" et s'arrogeant ainsi une légitimée symbolique tant recherchée. Elles jouent un jeux dont elles ne fixent pas les règles, autant dire qu'elles ont déjà perdu. Soyons sûr que nous n'avons pas à cautionner, comme nous n'avons pas à fustiger, des expériences de luttes "violentes" car nous vivons dans un monde, selon moi bien plus violent. Un monde d'une violence objective comme peut l'être la faim, mais surtout d'une violence de la soumission "aux mots du maître", et partant de l'atrophie latente de notre dignité.
Pour conclure cette brève réflexion tributaire de nombreux travaux (surtout universitaires donc malheureusement élitistes), et puisque que je ne souhaite pas vivre dans le monde que l'on me réserve, je dirais qu'il ne faut pas évacuer le paradigme du langage et que bien au contraire, le "pouvoir" (ou pluôt le déroulé des choses) réside tout entier dans les mots que l'on ne prononce pas.