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27
Nov

MEDIAPART

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Le rendez-vous manqué entre la France et la Russie

 

On aurait pu espérer que la visite de Vladimir Poutin à Berlin puis à Paris les 31 mai et ler juin aurait marqué le renforcement des liens de coopération stratégique entre l'Europe et la Russie.


Plusieurs points auraient mérité d'être discutés: intérêts communs dans les relations tant avec la Chine qu'avec l'Afrique, coopérations dans l'énergie, les transports (liaisons ferroviaires euro-asiatiques), le spatial et les industries de défense, facilitation des échanges universitaires, lutte contre la corruption, etc...

Mais il aurait fallu pour cela que les Européens cessent de se comporter en petits porteurs de messages émanant de Washington, par Otan interposée, sur trois points fondamentaux: le système de défense anti-balistique (BMDE) que le lobby militaire et diplomatique américain persiste contre vents et marées à imposer aux Européens, les mesures destinées à abattre Bachar Al Assad en Syrie, le soutien aux révolutions dite « Orange » pouvant survenir avec le soutien de la CIA et de la NSA en n'importe quel endroit de la zone d'influence russe, au Moyen Orient comme en Russie même. Sur ces trois points, nous avons précédemment rappelé que la position américaine est toujours la même, affaiblir la Russie et ses alliances.

Le 1er juin, concernant le BMDE et la Syrie, François Hollande, au nom de la France, ne s'est en rien distingué des positions américaines, ce qui n'a pu que conforter Vladimir Poutine dans une position défensive rigide qui conduira si rien n'est fait à une sorte de reprise de la guerre froide et de course aux armements 1). Concernant la Syrie, il a paru considérer comme sans valeurs les témoignages pouvant laisser penser que, dans les manifestations contre Bachar el Assad se trouvent impliqués des intérêts saoudiens, qataris et irakiens, liés aux intérêts pétroliers et stratégiques américains, qui mériteraient un minimum de circonspection de la part des Européens.

Ainsi, d'une façon générale, l'incapacité de la France et de son président à se déprendre d'un atlantisme dangereux pour l'Europe compromet actuellement les chances de réussite d'un rapprochement dans le cadre de l'euroBRICS, pour lesquelles un accord avec la Russie constitue un préalable 2). On peut penser que l'Allemagne pour sa part est moins naïve et, la question syrienne étant mise à part, continue à prendre grand soin de ses coopérations à long terme avec Moscou.

Rien n'est perdu pour l'avenir, puisque dans les différentes réunions internationales de cette semaine, la Russie tient à s'affirmer comme le pivot central d'un axe ouest-est entre l'Europe et l'Asie...autrement dit comme le pivot de l'euroBRiCS évoqué ici. Mais pour que la France puisse y jouer un rôle correspondant à ses propres intérets, il faudra répétons-le que ses dirigeants et ses élites se dépouillent de leurs adhérences atlantistes. Elles ne peuvent que les paralyser.


Notes

1) Sur le BMDE et ses suites, voir

* Missile defense system for Europe and potential threat to Russia
by Ilya Kramnik
Moscow (Voice of Russia) Jun 01, 2012
http://www.spacewar.com/reports/Missile_defense_system_for_Europe_and_potential_threat_to_Russia_999.html

* Russia tests next generation missile by Oleg Nekhay
Moscow (Voice of Russia) Jun 01, 2012 http://www.spacewar.com/reports/Russia_tests_next_generation_missile_999.html

2) Rappelons ici notre article La France et l'atlantisme http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=912&r_id=

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