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19
Sep

MEDIAPART

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François Hollande et l'atlantisme

Lors d'une discussion organisée sur son programme par le journal Médiapart le 13 avril, François Hollande s'est montré très flou en matière de politique internationale et de défense. A des questions d'ailleurs superficielles posées par le journaliste, il s'est borné à rappeler qu''après son élection, il négocierait avec l'Otan le départ des troupes française d'Afghanistan. Il ne semble pas avoir perçu ce que d'autres à gauche considèrent comme une nécessité: rompre le lien d'allégeance avec les Etats-Unis, tant en matière diplomatique que militaire.


La différence était éclatante avec la politique exposée précédemment par Jean-Luc Mélenchon, et que nous avions saluée (voir un éditorial précédent http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=878&r_id= ) . Rappelons les principaux de ces points, sur lesquels François Hollande a été muet: sortir définitivement de l'atlantisme et notamment de l'Otan; poursuivre les investissements en faveur d'une industrie de défense autonome, ainsi que des technologies qui , notamment en matière spatiale et de protection de l'espace maritime, sont indispensables à la France; engager sur la base de la réciprocité des accords stratégiques avec en premier lieu les pays du BRICS; reconnaître l'ONU comme seule représentative des intérêts universels, notamment ceux des pays émergents.

Au contraire. lors d'un échange confus sur la participation de la France et de l'Europe au bouclier anti-missiles balistiques que les Etats-Unis sont en train d'imposer aussi bien en Europe (BMDE) qu'en Asie, François Hollande s'est borné, si nous avons bien compris, à indiquer que les industriels français souhaiteraient avoir une part des contrats envisagés. Noble perspective.

Le candidat souhaite sans doute se concilier les milieux très influents qui, en France comme en Europe, veulent ne pas remettre en cause l'alliance dite atlantique, c'est-à-dire l'assujettissement au Pentagone et au intérêts militaro-industriels américains. Il semble ajouter foi à la narrative américaine selon laquelle la Balistique Missile Defense serait destinée à protéger l'Europe contre l'Iran (ou la Corée du Nord ?). Chacun sait au contraire qu'il s'agit de pénétrer et neutraliser toutes les velléités de diplomatie et de défense indépendante des pays ainsi « protégés » - tout en fournissant des marchés providentiels aux industriels américains aujourd'hui inquiets des projets de réduction du budget du Pentagone.

La Russie, soutenue par les pays du BRICS, a pour sa part clairement fait comprendre aux Européens comme aux Américains qu'elle considérait au contraire ce bouclier comme ressuscitant une course aux armements entre l'Ouest et l'Est dont le monde, dans la crise actuelle, n'a aucun besoin. Vladimir Poutine en a d'ailleurs profité pour relancer des investissements militaires en matière de défense anti-missiles qui répondent aux exigences des milieux conservateurs russes.

Il y a plus grave. Si la France, sous un président socialiste, renonçait à toute indépendance vis-à-vis de l'Amérique, elle enterrerait le principe d'Europe de la défense, déjà bien malade. A moyen terme, elle donnerait un bien mauvais exemple à tous ceux, notamment chez certains de nos voisins européens, qui défendent le concept prometteur d'EuroBRICS (voir notre article http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=842&r_id=7 ).

Rappelons qu'il s'agirait, par l'EuroBRICS, de mettre en place face aux autres blocs des stratégies communes entre les pays européens, la Russie et sans doute aussi l'Inde. Ces stratégies seraient diplomatiques, économiques, industrielles et spatiales. Elles supposeraient une indépendance affirmée à l'égard d'une Amérique de plus en plus enfermée dans le refus de la souveraineté européenne.

14/04/2012

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