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Dominique Strauss-Kahn
Le directeur général du FMI, Dominique Strauss-Kahn, a fait le 19 novembre à Francfort plusieurs propositions pour relancer la zone euro et l'Union européenne. Le moins que nous puissions en dire est qu'elles mériteraient un minimum de regard critique Dominique Strauss-Kahn part du constat que la zone euro a souffert d'une récession plus profonde que partout ailleurs au monde, y compris aux Etats-Unis, et qu'elle est plus lente à rebondir. Si rien n'est fait, dit-il, le modèle social européen pourrait être réduit à néant . Mais la raison qu'il en donne est curieuse: « Les citoyens européens ne sont pas à leur plein potentiel ». Ceci voudrait dire qu'ils ne travaillent pas assez? Visent-ils les chômeurs et autres personnes écartées contre leur gré du marché du travail, ou reprend-il à l'intention de tous les Européens son propre rejet de la loi française des 35 heures?
Concernant précisément le marché du travail, il souhaite le lancement « d'une initiative pour un marché du travail unique au niveau européen. Ceci se traduirait par l'harmonisation des fiscalités du travail, des prestations sociales et des législations pour la protection de l'emploi ». Envisager cette harmonisation, qui se ferait nécessairement par alignement sur le moins disant (le plombier polonais ou mieux encore le chauffeur routier bulgare) paraît une étrange façon de protéger le modèle social européen. Si effectivement, dans une Europe à l'unité renforcé, il faudrait harmoniser les droits nationaux, il faudrait commencer par la fiscalité et les règles environnementales dont les incohérences actuelles sont à la source des détournements de trafic et des délocalisations intra-européennes dont souffrent les pays un peu plus régulateurs que les autres. Le droit du travail et de la protection sociale viendrait ensuite, à condition bien évidemment de viser un niveau médian et non le plus bas de la protection.
On observera aussi que, toujours en ce domaine du marché du travail, DSK reprend la solution qu'ont toujours défendue les représentants du patronat pour faire pression sur les salaires domestiques: encourager l'immigration. Peu lui importe que l'excès de celle-ci s'accompagnant du refus de toutes dépenses publiques d'intégration, multiplie les banlieues ghettos. Il est vrai que les riches, dans leurs propres ghettos dorés, n'en souffrent pas.
DSK s'en est pris aussi à la « gouvernance inadaptée de la zone euro ». Dans le principe nous ne pouvons que le suivre, ayant toujours demandé ici la mise en place d'un gouvernement politique, économique et financier de la zone euro. Mais en l'écoutant, on constate qu'il n'y a pas lieu de s'interroger sur les meilleures façons de concevoir un tel gouvernement. Il serait inutile de chercher à concilier, comme dans un véritable Etat fédéral, les droits des Etats fédérés et ceux du gouvernement central, tant d'ailleurs au niveau des exécutifs qu'à celui des représentations parlementaires. Pour lui, la solution est simple: il suffit de donner plus de pouvoirs à la Commission européenne.
Quand on connait les mauvaises conditions dans lesquelles travaillent les Commissaires, leurs légèretés et approximations, leur manque de coordination et surtout l'incroyable pouvoir des lobbies extérieurs s'exerçant sur eux, cette proposition semble particulièrement légère...à moins qu'elle ne cache autre chose. S'il est à Bruxelles un lieu où s'exerce à plein l'influence euro-atlantique (autrement dit l'influence des intérêts politiques et financiers américains), c'est bien la Commission européenne. Serait-ce pour cela que DSK dont les sympathies euro-atlantiques sont connues, veut renforcer la Commission? Il ne suffit pas d'affirmer comme il le fait que « le centre (c'est-à-dire la Commission) doive prendre l'initiative dans tous les domaines clés pour assurer le destin commun de l'Union, notamment en matière de politique financière, économique et sociale ». Si l'on demande aux Etats de céder leurs principaux pouvoirs, notamment pour mener des réformes difficiles, seule une véritable fédéralisation, sur un modèle voisin de celui de l'Etat fédéral américain que tout le monde connait, permettra de recueillir les consensus nécessaires. Il faudra seulement consacrer le temps nécessaire pour en préciser les contours en dialogue avec les citoyens et, entre autres, les syndicats. Les Etats se jugeant assez grands et puissants pour survivre seuls dans un monde dangereux seront libres de ne pas entrer dans une telle organisation fédérale.
Nous pouvons reprocher le même simplisme aux propositions de « création d'une autorité budgétaire centralisée, aussi indépendante politiquement que la Banque centrale européenne . L'autorité fixerait les orientations budgétaires de chaque pays membre et allouerait les ressources provenant du budget central pour mieux atteindre le double objectif de stabilité et de croissance ». Une telle autorité serait en effet indispensable. Il conviendrait d'ailleurs de la doter du pouvoir d'utiliser le tiers ou la moitié des recettes budgétaires des Etats-membres. Mais comment assurer sa légitimité autrement qu'en en faisant l'émanation d'un ministère fédéral des finances, soumis au contrôle d'un organe représentatif fédéral à créer, analogue au Congrès américain.
DSK a raison de critiquer le rôle actuel du Conseil (des ministres) de l'Union européenne, où « des intérêts nationaux étroits interfèrent avec la mise en œuvre effective des règles communes ". Mais là encore, remplacer ce rôle par celui d'une Commission renforcée à qui il sera trop facile de reprocher le mépris des intérêts nationaux ne résoudrait pas la difficulté.
Pour nous, répétons-le, il n'y aura pas d'autres solutions pour sauver l'Europe de la disparition progressive que la transformer en Etat fédéral. DSK n'a pas abordé cette possibilité. On ne peut donc savoir ce qu'il en penserait au fond de lui-même. On conçoit bien qu'aujourd'hui, il ne puisse en parler sans précautions. Mais s'il voulait rendre un vraiment bon service, tant à l'Europe qu'aux gauches européennes, ce serait d'y penser de temps en temps, en se rasant.
* Voir le texte en anglais sur le site du FMI: Http://www.imf.org/external/np/speeches/2010/111910.htm

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Tous les commentaires
D'accord avec ce billet. Dsk dit aussi qu'il ne croit pas que sa vision voit le jour de sitôt. Si l'on songe que l'idée des Etats-Unis d'Europe de V Hugo a été écrite il y a 150 ans ...
L'expérience FMI, avec son rôle éminemment centralisateur et technocratique doit pas mal influencer je suppose sa perception.
J'aimerais qu'il soit élu et qu'il aille faire un tour au Mali, par exemple, dont le FMI a divisé le pouvoir d'achat en deux, en l'espace d'une nuit. J'aimerais le voir courir avec au cul deux cents ados fous de rages avec des machettes, hurlant "Mort aux blancs, Mort aux Français!" comme ça m'est arrivé moi-même, à l'époque... :-))
Intéressant votre billet.
Le problème central, dans tous les cas, cela reste l'imbrication internationale des difficultés dûes à la mondialisation économique.
D'un côté on favorise les échanges, et les investissements, donc la production, de l'autre on introduit des déséquilibres tels, que les pays qui devraient voir leur niveau de vie augmenter progressent, socialement, à tous petits pas, quant aux pays qui sont à un niveau de société développé, ils entament une descente accélérée, et seuls les profits explosent, toujours entre les même mains.
Quand on parle de société, on parle évidemment civilisation, rapports humains, fonctionnement démocratique et citoyen, et morale sociale, économique, et individuelle.
Si le service public ne fonctionne pas, c'est alors le privé qui s'installe, avec la loi habituelle, les premiers servis ont l'argent, les autres n'ont rien, aussi bien en matière de soin, de sécurité, d'éducation, et de protection.
L'échec patent nord-américain, à ce sujet, est notable, sans le pillage des richesses du monde, et l'immigration des nouveaux esclaves du tiers monde de l'amérique centrale et du sud, dont on a pu voir l'état de déliquescence dès lors que ce ne sont pas des pouvoirs socialisant et démocratiques qui tiennent le pays, ce modèle promu aussi dans certains pays d'europe montre ses limites.
En fait, c'est simplissime, il y a des rapports de force, réels, qu'on subit, et qu'on ne veut jamais discuter.
La richesse, énorme, qu'on arrive à créer par le contrat, et l'entente, finit par être détournée par la minorité, qui la dépense, et la dilapide dans des gaspillages effarants, et quand on s'attache à faire le bilan des situations néo-libérales, c'est partout le désatre, la décadence, la destruction pour un sommet de richesse et d'opulence complètement stérile, de classes microscopiques de la population.
Il faut empêcher cette aberration considérée normale partout, actuellement.
Non content d'être les plus forts, d'être les plus riches et de dicter leur loi à tout le monde, les gens qui maintiennent les sociétés dans un état de dépendance et dans le désordre social, par la désinformation, la corruption, la manipulation, un désordre autant moral que financier, ces gens voudraient qu'on l'accepte de plus comme naturel, et sans autre possibilité d'évoluer ailleurs que vers l'aggravation, désastreuse, humainement, et socialement.
Alors?
Alors il faut revenir aux faits, à la vérité, et au rapport de force.
Si DSK soutient la mondialisation néo-libérale, il faut le démontrer.
Et le combattre.
Et si l'avenir, c'est de voir sans cesse les salaires divisés par deux, les moyens de la protection sociale disparaître, et les profits prendre des courbes exponentielles vers le soleil, il faut alors veiller à procurer aussi des machete à nos ados.
Et à tout le monde.
Et qu'ils commencent tous à courir.
L'union monétaire aurait du être conditionnée par un plus grand degré d'homogénéité des politiques fiscales, sociales et budgétaires. Maurice Allais a souligné les dangers d'une libéralisation dans des milieux non homogènes, et la crise de l'euro souligne la fragilité d'une solidarité monétaire dont on veut faire une solidarité financière. L'euro, avec l'euro fort de Trichet (dans une large mesure inscrit dans les textes européens) a été un facteur puissant de délocalisations, soit au profit de l'ex Europe de l'Ouest, soit vers l'asie. La primauté des considérations monétaires est la traduction d'une politique d'endettement public et de protection des créanciers des Etats et des entreprises européennes, au détriment des entreprises . Elle entraine une protection systématique des marchés financiers, malgré toutes les dérives de "l'innovation financière" . Les plans de rigueur du FMI et de l'Europe permettent à court terme aux marchés financiers de protéger leurs créances, elles saignent les débiteurs (publics et privés) , mais la finance internationale (principalement américaine) qui connait parfaitement l'illogisme d'une politique qui prive les états des recettes nécessaires pour le remboursement des dettes tout en affamant les citoyens, en tire profit en jouant les obligations à la baisse et par des ventes de CDS.
C'est ce schéma que DSK, comme NS, veut protéger et préserver
« création d'une autorité budgétaire centralisée, aussi indépendante politiquement que la Banque centrale européenne . L'autorité fixerait les orientations budgétaires de chaque pays membre et allouerait les ressources provenant du budget central pour mieux atteindre le double objectif de stabilité et de croissance ».
C'est ce que j'ai lu de plus hallucinant de toute ma vie. Plus de faux-semblant! Contrat social, souveraineté des citoyens, "la loi est l'expression de la volonté générale"... les fondations de la démocratie des temps modernes, tels que le 18ème siècle les a élaborés, achèvent d'être liquidés. A 100%. Un homme politique énonce avec bonhomie que l'ensemble de la puissance publique d'un continent de 500 millions de citoyens, le plus riche de la planète, doit être confiée à une instance indépendante de leurs élus. Avec pour modèle avoué la BCE, qui est chargée depuis 20 ans, détentrice de la souveraineté sur la monnaie arrachée aux citoyens, de mener une politique destructrice de l'économie mais profitable aux seuls détenteurs de capitaux, avec les conséquences que l'on voit. Désolé, quand on en est là dans la lâcheté de la classe politique (sauf M. Strauss-Kahn, qui est clair et cohérent, lui!) et l'hallucinante passivité du corps social, seule la révolution est possible, nécessaire, urgentissime, pour rétablir les B.A. BA de la démocratie: la souveraineté des citoyens à travers leurs élus, conformément aux principes du Contrat social.
PS cher J.-P. Baquiast,
"il n'y aura pas d'autres solutions pour sauver l'Europe de la disparition progressive que la transformer en Etat fédéral. "
Bien sûr que vous avez raison. Mais où voyez-vous les forces politiques qu'il faudrait pour aller dans ce sens, et pour contrer la puissante alliance du capitalisme financier et des égoïsmes nationaux, qui transforment un peu plus chaque année l'Europe en une impuissance publique organisée? Et ne croyez-vous pas qu'une troisième alternative est plus que probable pour le futur de l'Europe, plutôt que la disparition ou que l'Etat fédéral que j'appelle comme vous de mes voeux: l'épanouissement sans limite, dans une gamme toujours plus étendue de domaines, de la dictature des marchés? DSK en tous cas est prêt pour la tâche!