Sam.
01
Nov

MEDIAPART

Connexion utilisateur

Le coup de tonnerre néerlandais


Henri Guaisno, présenté comme « la plume » de l'actuel président de la République, a violemment mis en cause sur France Inter le 24 avril le très estimé chroniqueur Bernard Guettat...Il lui a reproché d'avoir dans sa rubrique « Géostratégie » du même jour rapporté ce que peuvent constater tous ceux qui se donnent le mal de lire la presse internationale: beaucoup de responsables politiques européens attendent avec le plus grand intérêt ce que sera le résultait définitif des élections présidentielles françaises.

Pour eux, le dilemme est le suivant: ou bien Nicolas Sarkozy est reconduit, et la politique d'économies forcées et d'étranglement de la croissance impulsée par le duo-Merkel Sarkozy sera poursuivie avec les dégâts que l'on sait, ou bien François Hollande devient président de la République et, comme il l'a dit dès le soir même de sa désignation pour le 2e tour (voir notre éditorial du 22/04/2012 http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=894&r_id= ) la France entreprendra, avec l'Allemagne mais aussi les autres pays européens et les institutions de Bruxelles, une renégociation des accords intergouvernementaux et des traités de façon à rendre possible des politiques d'investissement et de croissance.

On aurait pu penser que, lorsque cette promesse avait été évoquée par François Hollande, les gouvernements européens, en majorité conservateurs, l'avaient reçue avec méfiance, sinon hostilité. La France n'ouvrirait-elle pas la porte aux demandes des partis libéraux et sociaux-démocrates qui supportent de moins en moins une recherche sans fin de privatisations et d'économies sous la pression des marchés, c'est-à-dire des forces économiques mondiales déniant aux Européens la possibilité de l'indépendance et de l'investissement. Beaucoup de citoyens européens eux-mêmes, au moins dans les pays les moins touchés par la crise, ne s'étaient-ils pas persuadés, les yeux fixés sur le prétendu « exemple allemand » que les économies forcées sont la seule façon du redressement.

Or le lendemain 23, un vrai coup de tonnerre s'est produit à La Haye. Le gouvernement néerlandais minoritaire a présenté sa démission après l'échec des pourparlers sur un plan de réduction du déficit public des Pays-Bas. Le Premier ministre Mark Rutte, chef du parti libéral VVD, a informé la Reine du refus de sa coalition face aux mesures d'austérité destinées à ramener le déficit sous la limite fixée par le Pacte de stabilité, 3% du Produit intérieur brut (PIB). Il s'était heurté au départ de son principal allié politique, l'eurosceptique et populiste Geert Wilders du parti pour la liberté (extrême droite). Ce dernier a expliqué « que le respect aveugle des règles européennes était stupide et nuirait à l'économie néerlandaise ». L'opposition partage le même point de vue. Diederik Samsom, chef du parti travailliste a laissé entendre qu'il ne s'agirait pas de ramener le déficit dans les critères de Maastricht l'an prochain. Pour les travaillistes, l'enjeu n'est pas de demander la sortie de l'euro et moins encore de l'Union européenne, mais seulement de reconsidérer les conditions de l'équilibre et de la croissance au sein de l'Union.

Cette démission, qu'elles qu'en soient les suites, aura des répercussions dans toute l'Europe, y compris dans la « prospère » Allemagne. Les gouvernements, fussent-ils conservateurs, ne pourront plus fermer les yeux sur les mesures d'austérité qui sont imposées par des économistes et hommes politiques au service des intérêts financiers, de Wall Street et de Pékin. Accepter de ruiner toute l'Europe comme la Grèce est en train de l'être, pour que ses atouts scientifiques et industriels soient rachetés à bas prix par les multinationales et les puissances émergentes, relève d'une politique de quasi haute trahison. On peut s'étonner qu'elle soit encore supportée, tant chez nos voisins qu'en France.

Or si la France, à la suite du changement politique que déclencherait l'élection de François Hollande le 6 Mai, montrait que des mesures d'investissements étaient la meilleure solution pour assurer une croissance respectueuse de l'environnement, si elle obtenait que de tels investissements soient pris en charge par la Banque Centrale Européenne, si elle négociait l'accord de ses principaux voisins pour qu'une politique commune économique et sociale se mette en place pour valoriser ces investissements, le sort de l'Europe serait changé. L'Union Européenne, au lieu de devenir comme elle est en train de l'être, la bête noire des peuples, deviendrait leur alliée.

On comprend à la lumière de ces évènements quelle responsabilité pèsera dans quelques jours sur les électeurs français, puis sur les socialistes s'ils accèdent au pouvoir. On comprend avec quelle espérance inquiète leurs premiers pas seront suivis, en Grèce, en Espagne..., et même dorénavant en Hollande et en Allemagne.

Certes, l'Europe ne deviendra pas d'un seul coup la puissance fédérale idéale telle que la décrit Mathieu Pigasse dans son livre « Révolutions » (Plon) dont nous conseillons la lecture à tous les eurosceptiques. L'auteur montre comment, si les peuples d'Europe acceptaient de se coordonner dans une structure fédérale, sans pour autant perdre leurs spécificités, ils feraient au 21e siècle la découverte qu'ont faite après 1789 les provinces françaises: la grandeur du groupe nait de la coopération des composantes. Il faudra sans doute encore beaucoup d'années, d'épreuves et de menaces extérieures pour que les Européens s'en persuadent, et que les plus riches d'entre eux acceptent des transferts au bénéfice des plus pauvres.

En attendant, il nous appartient de faire en sorte que ce qui sera peut-être un « modèle français de croissance » réussisse et fasse des émules.

Jean-Paul Baquiast
24/04/2012

Tous les commentaires

24/04/2012, 11:46 | Par passifou

Excellent.

Oui, excellent billet.

24/04/2012, 11:48 | Par MARIE CAROLINE PORTEU

L'inflexible allemagne vient de perdre son plus gros soutien . 

Les propositions de modification des traités européens vont avoir de plus en plus d'échos dans les différents pays de la zone euro 

 

Merci pour ce billet , qui  couvre une nouvelle d'importance majeure .. 

24/04/2012, 13:14 | Par Monic

Que voilà une belle réflexion pour laquelle je suis en total accord. Merci....

24/04/2012, 13:21 | Par Jean-Paul Baquiast

Merci à vous 3. Je pensais soulever un concert d'insultes....Comme quoi on peut se tromper

24/04/2012, 15:32 | Par Isabelle Roux

Hier, Madame Merkel inaugure la foire exposition internationale de Hanovre pour les machines outils et le matériel électronique..A l'honneur cette année l'industrie allemande, les énergies renouvelables,la Chine. Le premier ministre chinois est là.

Dans son discours Madame Merkel vante les mérites de la ccopération Chine-Allemagne....

Allemagne, pas Europe. La solidarité européenne n'existe pas. Nous sommes en réalité concurrents. Chacun pour soi. Que Hollande gagne et se batte. Une Europe fédérale pour l'instant je n'y croit pas.

24/04/2012, 16:07 | Par Jean-Paul Baquiast

Merkel sera de plus en plus sous pression. Voyez l'article de Nicholas Kulish dans le New York Times
http://www.nytimes.com/2012/04/24/world/europe/call-for-growth-puts-pressure-on-german-led-austerity.html

24/04/2012, 20:58 | Par MARIE CAROLINE PORTEU

Pire que cela 

Un dirigeant de la BCE vient de dire à Hollande  qu'il ne fallait pas compter sur les eurobonds , mais ce Monsieur a du oublier que la Chine qui est en train d'investir massivement sur les dettes Européennes les veut pour stabiliser les dettes de la zone euro !!!

Pourtant l'allemagne est déjà en train de céder à condition qu'il n'y ait pas de révision des traités Européens .. on a pas fini de voir des retournements de situation 

Time for Germany to accept eurobonds: IMF

 

Et l'euro monte !!!! .. contrairement aux prévisions de Goldman Sachs et de la Générale. 

Voir mon dernier billet sur  la guerre des monnaies 

 

24/04/2012, 21:26 | Par Danyves

Weidmann Says Bundesbank Is Preserving Euro Stability

By Jeff Black and Rainer Buergin - Apr 24, 2012 11:35 AM GMT+0200

 

Soros Says Bundesbank Destroying Euro, Sueddeutsche Zeitung Says

By James Kraus - Apr 13, 2012 1:00 AM GMT+0200

24/04/2012, 21:29 | Par Danyves

L'Espagne fait la démonstration de l'inanité destructrice de la politique dite de rigueur.

Cela va commencer à se voir dans le public, pjuisque l'on sort du cas de la seul Grèce.

24/04/2012, 21:34 | Par Danyves

Newsletter