Dim.
26
Oct

MEDIAPART

Connexion utilisateur

Le spectre de Roger SALENGRO ...

… hante-t-il Jean-Luc MÉLENCHON ?

Hier France-2 avait organisé un numéro de cirque médiatique, sur le thème « la gauche contre la gauche » en opposant Jean-Luc MÉLENCHON et Jérôme CAHUZAC. Je n’ai pas regardé cette émission, ni aucune autre d’ailleurs, préférant écrire à des amis et répondre à des courriers.

Ce matin j’ai, cependant, cherché sur internet (Autrement dit sur divers sites d’opinions diverses qui parlaient et donnaient des extraits de ce numéro de Barnum) l’essentiel de ce qu’ils avaient échangé.

Je passe sur le débat technique sur l’économie où l’on voit, cependant, que l’un, en pleine veine Jospiniste explique que l’on ne peut rien faire et que l’autre affirme pouvoir « renverser la table » mais sans réelle réponse à la vraie question : « comment sort-on de l’emprise des marchés ? ». François HOLLANDE, au Bourget, avait déjà dit qu’il n’avait qu’un ennemi … mais sans dire véritablement comment il pensait venir à bout de cet ennemi.

Selon ce que j’ai lu et vu, le seul et vrai problème concret que pose ce débat et la façon dont il a été conduit, c’est le silence absolu de tous les participants … j’ai failli dire « de tous les complices », à propos de la situation tout à fait particulière de Jérôme CAHUZAC.

Certes on a pu voir, dans les divers extraits que j’ai regardés, un homme ne coupant pas les cheveux en quatre, sûr de lui, sans cheveu sur la langue de bois. Mais nul ne s’est étonné, pas même le combattif … pardon le combat-cheveux … Jean-Luc MÉLENCHON, que celui qui représente l’Etat contre l’UBS dans cette odieuse opération de fraude fiscale organisée de façon industrielle, soit aussi soupçonné d’avoir eu un compte dans ce « respectable » établissement helvétique.

Pourquoi se sont-ils tu ? Pourquoi en avaient-ils, bien sûr, convenu avant l’émission, offrant ainsi à Jérôme CAHUZAC cette assurance de vie politique éternelle qui lui permit de rejeter Jean-Luc MÉLENCHON dans cette insignifiance moderne « d’homme seul » ?

Je ne vois qu’une explication, c’est le spectre de Roger SALENGRO, Ministre de l’Intérieur en 1936.

Pauvre Roger SALENGRO, faussement accusé d’avoir déserté, alors qu’au péril de sa vie, le 7 octobre 1915, il avait tenté d’aller chercher entre les lignes le corps d’un ami tombé la veille … et qui fut fait prisonnier. De trois ans de captivité, où son caractère lui fit endurer sanctions et brimades, il revint en pesant quarante deux kilos. Après avoir tout tenté pour expliquer, démentir etc … devant l’acharnement de ceux qui, quatre ans plus tard, pactisèrent avec HITLER et mirent en place la collaboration, il craqua et se suicida dans sa ville de Lille où un passant, dans la rue, venait de lui cracher au visage.

A propos de Jérôme CAHUZAC nous ne sommes pas dans une campagne de diffamation. Nous avons besoin de savoir si le Ministre du Budget est ou n’est pas parfaitement clean en matière fiscale. Il y a des doutes, ils sont, peut-être, infondés et tirés par les cheveux. Ils sont, peut-être, fondés. Il faut que l’on sache et ça n’est pas simplement la personne de Jérôme CAHUZAC qui nous importe, mais la crédibilité d’une politique fiscale qui n’a, pour l’instant, essuyé que des revers et des camouflets.

Jean-Luc MÉLENCHON n’a pas dû vouloir être cet anonyme qui cracha au visage de Roger SALENGRO … on peut le comprendre, mais je ne peux pas l’approuver, car la crédibilité personnelle du Ministre est une chose centrale au moment ou les « fugueurs fiscaux » (Je reprends le terme suggéré par Michel FIZE dans Libé de ce jour) provoquent un pays tout entier.

Jean-Paul Bourgès 8 janvier 2013

Tous les commentaires

08/01/2013, 14:29 | Par JoëlMartin

Une enquête judiciaire su Cahuzac vient de commencer.

Que je sache, Mélenchon n'est pas juge d'instruction.

Il a donc bien agi.

08/01/2013, 16:09 | Par Marc Bontoux

La France est un drôle de pays où c'est à l'accusé de prouver son innocence alors que chez nos "amis" anglo-saxons c'est à l'accusation qu'incombe la preuve.

L'accusation,  c'est au fait qui ? la Justice ? un media ? un particulier ?

Pour ma part le fait que la Justice fasse une enquête est peut-être bien pour certains mais croyez-vous que cela arrêtera les chiens ( comme disait Miterrand ) si le parquet ne trouve rien ? croyez-vous que les accusateurs seront punis ?.

Pour ma part, je préfère voir "un criminel" épargné que cent innocents exécutés.

Mais je sais que pour certains fanatiques il vaut mieux faire comme dans le massacre de Béziers : " Tuez les tous, Dieu reconnaîtra les siens !".

 

08/01/2013, 22:03 | Par Jean-Paul Bourgès en réponse au commentaire de Marc Bontoux le 08/01/2013 à 16:09

J'ai fait, un peu plus tôt, une réponse globale, mais je veux répondre plus en détail à votre bien légitime interrogation qui se termine par cette opportune évocation du légat du Pape, Arnaud AMAURY, lors de "la croisade des Albigeois".

La grande question est posée au début de votre commentaire. Qui est le plaignant ? Et j'ajoute, qui devrait l'être ? Le plaignant n'a pas de visage. Celui qui devrait être l'enquêteur avant d'être, éventuellement, le plaignant ça devrait être le Parlement qui est chargé de contrôler l'action du Gouvernement (article 24 de la Constitution) et pour lequel un doute sur la capacité d'un Ministre du Budget de poursuivre une "personne morale" (Les guillemets ont, intentionellement, un double sens) devrait conduire à une investigation mettant au service du Parlement toutes les ressources régaliennes nécessaires. Mais ne nous sommes-nous pas habitués à des affaiblissements tels du Parlement que le Ministre du Budget, situé dans un évident conflit d'intérêts, continuera de venir répondre aux parlementaires depuis le banc des ministres, sans que cela provoque une sortie immédiate de l'hémicycle de tous les Députés, toutes tendances confondues ?

Je redis bien, il n'y a peut-être rien à lui reprocher. Mais il y a tout à investiguer et l'omerta actuelle met à mal la démocratie.

08/01/2013, 16:42 | Par ClFl

Médiapart, ses preuves à l'appui, dénonce à juste raison. C'est le rôle que la société lui assigne.
Cahusac entâme, sûr de lui et dominateur, une longue montée aux Enfers.
Laissons-le lui-même se brûler les ailes.
Mélenchon, me semble-t-il, n'a pas voulu tirer sur l'ambulance.
C'est le moins que l'on puisse attendre venant d'un homme politique responsable...

 

08/01/2013, 17:29 | Par Vingtras

Si vous aviez regardé l'émission, vous auriez constaté que le journaliste avait dès le départ, fait allusion au compte UBS de Cahuzac et que, par la suite, ce dernier s'était efforcé (avec succès car il a beaucoup de culot) de donner le change en étant tout le temps offensif et maître du jeu face à un JL Mélenchon en petite forme.

cf deux billets sur le sujet :

"Cahuzac, un redoutable bretteur"

"Le parapluie et la machine à coudre"

J'ajoute que l'info qui vient de tomber sur l'ouverture d'une enquête pour fraude fiscale de l'impétrant par le Parquet de Paris, est une bonne nouvelle.

NB/ l'affaire Salengro n'a aucun rapport avec l'affaire Cahuzac

08/01/2013, 19:52 | Par [email protected] en réponse au commentaire de Vingtras le 08/01/2013 à 17:29

Ni l'affaire Salengro ni l'affaire Bérégovoy ni l'affaire Cahuzac n'ont le moindre point commun. D'ailleurs on se demande bien pourquoi nous faisons tous cette bizarre association d'idées.

08/01/2013, 17:36 | Par Danyves

FRANCECahuzac se réjouit de l'ouverture d'une enquête, sûr de sa "complète innocence"

08/01 | 16:02 | mis à jour à 17:26

526463_1357657961_cahuzac-afp-pano.jpg

Le parquet de Paris entend vérifier si le ministre délégué au Budget Jérome Cahuzac a détenu un compte en Suisse.

08/01/2013, 20:14 | Par Jean-Paul Bourgès

Beaucoup des réactions ne correspondent pas à ce que je pense. Je réponds donc globalement à certaines de ces réactions. Jérôme CAHUZAC n'a peut-être rien fait de répréhensible et il est normal de considérer que, tant que sa culpabilité n'est pas établie, il est innocent. Ce n'est pas à lui de démontrer son innocence, mais à ceux qui lui imputent un comportement de fraudeur ... et à la puissance publique, de le démontrer.

Mais cela nécessite qu'il abandonne, provisoirement au moins, la fonction ministérielle qu'il occupe car il n'est pas "Ministre de l'agriculture" ... il est le patron de l'administration fiscale qui devrait, en toute logique, se mettre à la disposition de la Justice pour que la vérité se fasse.

Quant au parallèle avec l'affaire SALENGRO, l'objectif était justement de montrer que c'était plutôt une perpendiculaire. Accusé totalement à tort ... et tout le monde le savait ... Roger SALENGRO fut victime, jusqu'au moment où il craqua, d'une cabale honteuse. Dans le cas présent, en dehors de Médiapart qui fait son boulot, le reste du monde politique et médiatique reste étrangement silencieux ... comme si la crainte de salir un innocent paralysait les plumes et les langues.

Au delà de toute autre considération, c'est très mauvais pour la démocratie ... comme le pense sûrement Eric WOERTH.

 

08/01/2013, 20:53 | Par [email protected] en réponse au commentaire de Jean-Paul Bourgès le 08/01/2013 à 20:14

Après coup, chacun s'accorda à reconnaître l'innocence de Salengro; mais de son vivant, on lui crachait encore à la figure...

 

Allons, concentrons-nous plutôt sur le cas Xavier Niel. J'ai hâte de connaître la suite du récit de ses turpitudes.

08/01/2013, 20:57 | Par Jean-Paul Bourgès en réponse au commentaire de [email protected] le 08/01/2013 à 20:53

De son vivant, certains lui crachaient, effectivement, à la figure. Mais pas tout le monde ... loin de là. Juste ceux dont je rappelle que quatre ans plus tard ils collaboraient avec HITLER.

Quant à Xavier NIEL ça n'a pas l'air bien propre non plus ... mais il n'est pas Ministre.

Newsletter